PREMIÈRE PAGE DU CARNET DE L'OFFICIER SAXON
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Journal de campagne d’un Officier Saxon
Ce journal est écrit dans un carnet relié en molesquine noire(?). La reliure est renforcée par un ruban blanc et bleu transperçant tous les feuillets(3). Les tranches sont rouges. Il mesure 46 X 85m, Le papier est à quadrillage gris de 4m, I] compte 60 feuillets de récit non paginés, 33 feuillets blancs, 2 feuillets et notes diverses, soit, au total: 95 feuillets. L'écriture est en caractères romains au crayon de fuchsine. À la date des 12 et 13 septembre, le texte est simplement sténographie(+).
Le récit va du 6 août au 25 seblembre, avec une seule lacune pour la journée du 14 septembre.
(1) Le 1782 régiment d’infanterie ou 13° saxon tenait garnison à Kamenz (Saxe). Il formait avec le 177° (122 saxon, Dresde) la 642 brigade comptant à la 32€ division et au XII corps d’armée.
(2) Voir, ci-dessus, page vi, la photographie de cette couverture et, ci-contre, celle de la première page du carnet.
(3) Dans les fac-similés ci-contre et page 56, ce cordonnet se voit distinctement.
(4) Voir, page 56, le fac-similé de ce passage sténographié.
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JOURNAL DE CAMPAGNE
D'UN
DRPICIER SAXON
6 août (5° jour de la mobilisation). — 12"4$, départ
| de Kamenz (*) du 2° bataillon. 8-9 heures du matin,
déjeuner. Engelsdorf(?) (filet). Nous passons Leipzig, arrèt à Markranstädt, Korbetha (5) (partout grand enthousiasme et cadeaux), Weissenfels, Naumburg, Weimar, Erfurt, Eisenach. A Herleshausen, ravitaillement : deux beautés hessoises du Schwarzwald des Landgraves (1). Willershausen, Bebra, Pays Souabe, Kirchhain.
7 août. — Marburg (vallée de la Lahn), Weilburg,
| Runkel (belle ruine féodale et petite ville). Nous ren-
(x) Kamenz est à environ 40 kilomètres au nord-est de Dresde.
(2) Engelsdorf, Weissenfels et Naumburg sont situées dans la province prussienne de la Saxe, sur la grande ligne de Leipzig à Weimar. (3) Le texte porte : Corbetha.
(4) Le texte porte : Von d. landgräfl., Sch. wald,
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controns un train de charrettes enlevées aux Russes. Entre Weilburg et Ems, dix-sept tunnels ! Château de Lahneck. Arrivée à Coblentz à 3 heures de l’après- | midi. Vallée de la Moselle. À Wengerohr, à 7 heures, ravitaillement. Puis nous filons par Wittlich, vers!
Pronsfeld (*).
8 août. — Après avoir retrouvé l’ordre de marche | égaré, nous nous mettons en route par Uttfeld (:)| (population invisible) et des chemins parfois effroya-| bles jusqu’à Ouren(3). Je mange tout en marchant un| morceau de pain et de lard. La population sort del l’église, elle a prié pour nous. À Ouren, cantonne-| ment resserré (c’est le plus dégoûtant des trous del l'Eifel); paysage d’un charme mélancolique par sa, solitude. Mon hôte s'appelle Mayers. Popote impro: visée. Nous couchons par trois dans des lits à deux! personnes en vieux chène, d’antique patine. Remar-| quables pièces sculptées en chêne foncé (huches,l
avec four à pain; tout est noirci par la fumée; plan-k cher et encadrements de fenêtres semblent en painil
gique de l’Eifel. Pronsfeld est une station de la ligne stratégique déh Lissingen à Saint-With, à 8 kilomètres au sud-ouest de Prüm. il (2) Petite ville située à 4 kilomètres environ au sud-ouest de Pronsfeld
(3) Petit village situé à 9 kilomètres à l’ouest de Uttfeld sur l# petite rivière Our, affluent de gauche de la Sauer, elle-même afluen
de la Moselle.
Journal d'un officier saxon S
d'épices (chène). Le village est d’ailleurs abondamment garni de tas de fumier.
L’après-midi, visite au curé. Il nous mène dans la vieille, intéressante et belle église du village : il y a là le blason du château détruit (une croix formée de têtes de serpent), un retable représentant le Christ et saint Jean et attribué à Rubens, qui aurait été Phôte de ce château. Cure confortable et braves femmes. Ouren(— Ur, aurochs), malgré son extrème pauvreté, a beaucoup de belles choses. Les gens y .tissent le lin pour leur propre usage et font eux-mêmes leurs draps, nappes, etc.
On nous fait des récits de la perfidie des Belges contre nos soldats au cantonnement (*).
g août. — Nous étudions une vieille carte des chemins de fer de la Belgique. A 8" 30 nous n’avons pas encore d'ordres de marche! Nous attendons.
9 heures. Arrivée du fourrier du bataillon d’Ersatz (2). Grande joie pour ce renfort. Je prends un bain froid dans l’Our, puis un bain de soleil. La journée est magnifique. Je jette un coup d’œil sur
(x) C’est sans doute déjà la légende des yeux crevés aux soldats allemands par les femmes belges. (Cf. plus loin, page 85, note 2.)
(2) Le mot de Ersatz (remplacement) entre en composition des termes militaires allemands s’appliquant soit au recrutement, soit aux unités lde dépôt ou aux effectifs de complément. Il s’agit ici, sans doute, d’un bataillon constitué au, dépôt du régiment à l’aide d’éléments de hréserve et ayant pour ojbet de renforcer les effectifs des troupes en campagne.
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quelques vallons débouchant dans la vallée de Our; c’est tout à fait ravissant, j'aime surtout ces abruptes formations schisteuses.
Le soir, arrive lPaide de camp de la brigade qui s'étonne de ne pas nous avoir vus arriver. L'ordre de marche s’est évidemment perdu !
10 août. — À "30, départ vers Gouvy par Weiss-. wampach (*). Matinée magnifique sur les hauteurs de PEïifel. Brouillards. À 6" 15, nous passons la frontière luxembourgeoise. Les villages sont propres, la route bonne. Mais les réservistes commencent à être fourbus. |
Les pertes à l'assaut de Liége seraient d’environ 1.800 hommes. Nous nous approchons aussi de Bruxelles.
À 920, passage de la frontière belge. Les Belges ont abattu de beaux chênes le long de la route pour barrer le passage. Ils ont creusé un fossé de 6 mètres de largeur et 3 mètres de profondeur en travers de la route; mais la circulation est déjà rétablie. Marche par Deyfeld et Ourt, vers Gouvy (2). Joli paysage de prairies, villages propres.
(1) Weisswampach est une localité de l’extréme nord du grandduché du Luxembourg, située à 2 kilométres seulement de la frontière allemande et à 4 kilométres du village allemand d’Ouren.
(2) Deyfeld est à 8 kilomètres au nord-est de Weisswampach, sur
la route de Salm. Ourt est à 2 kilomètres à l’ouest de Deyfeld, dans la direction de Gouvy. ë
Journal d'un officier saxon 7
À la gare de Gouvy (détruite, puis rétablie par nos gens), nous trouvons le bataillon et bivouaquons; nous occupons la cote $or, au nord du chemin de fer dans la direction de Bovigny (*). Objectif : la brigade doit garder la ligne du chemin de fer jusqu’à ce que le XII corps d'armée soit en marche. Notre armée comprend les XI°, XII° et XIX® corps, avec la cavalerie de la Garde, sous les ordres de von Hausen (?).
On apprend qu’à Liége il a été fait 70.000 prisonniers (3).
II août. — Après avoir installé une position fortifiée le long de la voie ferrée et avoir bivouaqué derrière, il faut nous replier. Grâce à ma jumelle Zeiïss, je reconnais dans le lointain un avion français à sa cocarde tricolore. Pour faciliter les dépenses éventuelles, je verse à la caisse de la compagnie mon encaisse or de 150 marks. Solde et entrée en campagne nous sont comptées en papier! Hier soir, après une matinée de marche passablement chaude, la compagnie a touché un seul mouton avec des pommes de terre. Depuis trois jours, la compagnie n’a pas de pain ; aujourd’hui on en touche enfin. J'en chipe encore un, malgré protestations. Pour dé-
(x) La station de Gouvy est située sur la ligne de Bastogne à Stavelot. Bovigny se trouve à $ kilomètres plus au nord sur la même ligne.
(2) Cette armée (IIIe) comprit plus tard les XIIS et XIXe corps actifs (Dresde et Leipzig) avec le XII® corps de réserve.
(3) Chiffre manifestement exagéré,
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jeuner, café et lard (reste des vivres de réserve) ("). Nous nous replions par la gare de Gouvy pour aller en soutien de l'artillerie. Nous sommes relevés par le 3° bataillon du 178°.
Nous bivouaquons dans des cabanes faites de jeunes pins. Nous touchons encore de la nourriture (riz et bœuf). Je réquisitionne cinq bouteilles de bourgogne rouge 1895 à $ marks, ainsi que du lard. La bonne vieille propriétaire du « Bon Marché » disait : « Vous n’êtes pas des barbares, vous épargnez notre récolte (2). »
12 août. — La brigade est avisée qu’un fort corps français s'approche. La brigade a ordre de l'arrêter et se porte en avant par Gouvy sur Sterpigny et Chérain (5). Chaleur torride, midi en pleins champs! De magnifiques vieux pins, le long des routes, ont été abattus par les habitants. Nos pionniers les ont mis de côté. Dans la hâte du départ, le bourgogne est resté dans la cave. À Sterpigny j'achète deux belles poules et les sacrifie de ma maïn. Un artilleur me les vole, pendant que je cours après des soldats occupés à piller.
Le 2° bataillon cantonne à Baclain (*). Le premier
(x) Le texte porte : eiserne Ration. On dit plutôt eiserne Portion. Le mot Ration étant plus spécialement affecté en allemand à la quantité journalière de fourrage délivrée à chaque cheval.
(2) En français dans le texte.
(3) Chérain est à environ 6 kilomètres à l’ouest de Gouvy.
(4) Baclain est à 2 kilomètres environ au nord de Chérain.
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lieutenant W.(*) et moi, chacun avec notre section, nous entrons dans le village. Le maire n’est pas là, mais il y a un conseiller auquel on fait une semonce. Le conseiller enjoint aux habitants de livrer leurs armes (il vint principalement de vieux fusils de chasse). Cantonnement resserré, bien pis que le bivouac. Je couche au corps de garde (dans l’école), où les hommes de relève me marchent dessus continuellement.
A midi, il y a eu des haricots et du porc gras; le soir, café. MM. les sous-officiers s’étaient servi le foie et ont daigné nous en donner. Ravitaillement plus que misérable ; il doit, dit-on, s'améliorer.
13 août. — Retour à Sterpigny, pour rassemblement. Je ne me suis pas déshabillé depuis trois jours. On dit'que demain doit commencer la marche en avant. Bain de siège dans un petit ruisseau. Le soir nous revenons cantonner à Baclain. La poste aux armées, ardemment attendue, est, paraît-il, installée, mais ne fonctionne pas encore. La mise en marche du XII: corps d'armée dure terriblement longtemps. Je suis envoyé aux avant-postes; magnifique nuit étoilée (voie lactée). Bu chez le curé de bon Steinhäger.
14 août. — Retour au point de rassemblement de
(x) Lecture douteuse.
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la brigade. Les hussards de Grossenhain (:) sont arrivés et apportent la nouvelle que, d’après les Dresdener Blätter, la 64° brigade aurait été taillée en pièces (2). Avec cela nous n’avons pas encore vu une jambe de l’ennemi! Par une chaleur torride de midi, nous voyons éclater à l'horizon les premiers shrapnells (contre avions). Après midi, office divin, émouvant et élevé, sans aucune vaine pompe. Le soir, cantonnement avec les hussards à Baclain. J’y couche.
15 août. — Départ de la division pour Wibrin. Nous marchons sur Mont-le-Ban (3). L’ennemi se retrancherait sur la Meuse. Passé la journée à faire des réquisitions, cantonnements, etc. Rattrapé mon sommeil. Passé une bonne heure à causer avec le curé, extrêmement aimable. En réalité, nous ne voulions que réquisitionner un dictionnaire, il n'y en avait pas. Le village est pauvre comme tous les autres. On ne peut que s'étonner qu'il y ait encore
(x) C’est le 18€ régiment de hussards ou 1*r régiment saxon. Il forme avec le 20° (Bautzen) la brigade de cavalerie affectée au XIIe corps d'armée.
(2) La 64 brigade était précisément celle que forment les 177e et 1782 régiments d'infanterie. On voit que les nouvelles publiées par la presse allemande au début de la guerre étaient loin d’être alors soumises à un rigoureux contrôle officiel.
(3) Wibrin est un petit village belge situé à 19 kilomètres au nord de Bastogne, à vol d’oiseau. Mont-le-Ban est également à 15 kilomètres au nord-ouest de Weisswampach et 8 kilomètres à l’est de Wibrin.
Journal d'un officier saxon II
tant de vivres, notamment de beurre, alors que déjà le 177° régiment d’infanterie a passé par là.
Le soir, à la popote, essais pour manger deux poules avec des pommes frites (*) (recette personnelle); grâce à un système tendineux bien développé, l’attaque sur les poules échoue complètement. Par contre, le bourgogne était excellent. Passé la nuit dans la grange.
16 août. — Jour de repos et en même temps de lavage. Le fait de pouvoir une fois dormir jusqu’à 6 heures (au lieu de 3 heures) apparaît maintenant comme un luxe inoui. Les hommes nettoient leurs affaires tandis que s’agite parmi eux une grosse maman. À Mont-le-Ban et tout à côté à Halon il y a deux bataillons du 178° et plusieurs escadrons du 18° hussards (*) avec bagages. Les cantonnements deviennent de plus en plus resserrés.
Leçon de français aux sous-officiers et autres intéressés. On tue pour le 2° bataillon un énorme bœuf. Le sous-offcier de tir l’a fusillé à bout portant. Effroyable effet d’éclatement produit dans le corps de l’animal. L’estomac de ce colosse avait au moins 1 mètre de diamètre.
Le soir, j'ai grignoté une vieille poule et bu avec cela beaucoup de vin rouge; puis rentré dans la grange.
(x) Ces deux mots sont en français dans le texte. (2) Ce sont les hussards de Grossenhain. Voir ci-contre, note 1.
T2 Carnets de combattants allemands
En chemin, je suis arrêté tous les trois pas par des « Halte-là! Qui vive? (ï) » Qui ne répond pas immédiatement court le risque d’être abattu d’un coup
de feu.
17 août. — La nuit il a plu à torrents; il pleut encore très fort; pour que nos soldats ne soient pas mouillés, nous restons ici encore un jour. On écrit des lettres. L’après-midi j'ai visité un petit château qui appartient à un secrétaire du Roi (*), disparu (5), et dans lequel notre landwehr s’est comportée comme des vandales. Tout d’abord, on a pillé la cave, mais ensuite on s’est tourné vers l’habitation et, là, renversé caisses et armoires (mème un coffre-fort, après de vains efforts pour le fracturer). Pêle-mêle sauvage de beaux meubles rococo () couverts de soie, de chaises de chêne garnies de cuir repoussé, de buffets encore à demi pleins de porcelaines et de cristaux, et d’armoires vidées de leur contenu. Voilà ce qui arrive
(x) L'expression allemande est : Halt wer da?
(2) I s’agit probablement de l’habitation occupée par le Cte d’Arschot, secrétaire de S. M. le roi des Belges, et où se trouvaient effectivement de fort belles collections de cuirs de Cordoue, ainsi que de porcelaines et d’autres objets d’art.
(3) Le texte porte : verduftet. M. d'Arschot était évidemment à son poste auprès du Roi.
(4) On sait que les Allemands appellent indistinctement rococo les styles français des dix-septième et dix-huitième siècles, où nous distinguons le Louis XIV, le Régence, le Louis XV. Ils confondent également dans le langage courant nos styles Louis XVI et Empire, sous cette dernière appellation. Cf. plus bas page 45.
Journal d’un officier saxon 13
quand on laisse les hommes réquisitionner seuls. Évidemment, beaucoup de choses inutiles auront été emportées par simple plaisir de marauder (:).
18 août. — Anniversaire de Gravelotte. La brigade se porte en avant vers Laroche, à environ 26 kilomètres à travers la sauvage forêt des Ardennes. De magnifiques pins, le long de la route, ont été abattus par l'ennemi pour entraver la marche; dur travail pour nos pionniers. Çà et là s’enfoncent de profondes vallées, où l’on descend par des lacets. On peut alors voir toute la brigade d’un seul coup d’œil. Après quatre heures et demie de marche, halte. Il y a beaucoup d’éclopés à la 8° compagnie et en général beaucoup de pieds malades (par suite du déplacement des linges de pied) (2).
La nuit dernière on nous a coupé notre communication téléphonique avec le 177° d'infanterie (devant nous) et avec le XIX° corps d’armée (5) au sud de nous. Laroche est délicieusement située dans l’étroite et rocheuse vallée de l’Ourthe (+). C’est une vraie petite ville française, dominée par une petite ruine féodale, terminus d’un chemin de fer vicinal, avec de
(x) Voir .ac-similé de ce passage ap. DAMPIERRE, L'Allemagne et le Droit des Gens (Berger-Levrault), page 162.
(2) En allemand : Fusslappen. Les fantassins allemands remplacent la chaussette par un linge carré dont ils s’enveloppent le pied.
(3) Voir ci-dessus page 7, note 2.
(4) L'Ourthe est un affluent de droite de la Meuse.
14 Carnets de combattants allemands
bonnes vieilles locomotives qui étaient toutes alignées là dans un silence solennel. La division se rassemble. Le soir, tard, nous arrive un convoi auxiliaire de subsistance () (environ cinquante voitures) qui a fait de Gouvy jusqu'ici 60 kilomètres (sans doute par suite d'ordres mal donnés)! On augmente les mesures de sécurité en prenant des otages.
19 août. — Départ pour Marche (:) (20 kilomètres). La chaleur fait tomber encore beaucoup de monde; il y a aussi beaucoup de pieds malades. De magnifiques sapins (jusqu’à 75 centimètres de diamètre) sont abattus en travers de la route et déplacés par les pionniers. Nous parcourons de belles pentes boisées. Le passage des autos d’état-major est désagréablement impressionnant. À Laroche était arrivé pendant la nuit le 12° d’artillerie à pied (obusiers de 15°") (5). C’est admirable de voir ainsi les divers corps de troupe (hussards, artillerie) venir à point nommé s'insérer dans la colonne de marche. Tout va sans accroc (+) À Marche nous retrouvons l’esca-
(x) Ou colonne de parc : Fubrparkkolonne.
(2) Petite ville dans le Luxembourg belge, dans le pays de Famenne.
(3) Bien que l’un des quatre régiments d'artillerie de campagne (Feldartillerie) du XIIe corps d’armée porte également le n° 12, il s’agit là, probablement, d'un groupe d’obusiers lourds de campagne fourni par le 12° régiment d'artillerie à pied (Fussartillerie), lequel tenait garnison à Metz et relevait administrativement du XVIe corps d'armée,
(4) En allemand : alles klappt !
Journal d'un officier saxon 15
drille n° 29, six beaux avions avec un parc automobile ; ils sont arrivés ce matin de la frontière luxembourgeoise par la voie de l'air (*).
Je n’ai vu jusqu'ici qu’un seul avion ennemi. Ils se méfient sans doute de notre artillerie ; celle-ci a encore tiré ce matin sur l’un d’eux qui s’en est allé en toute hâte. Nos aviateurs ont déjà pu observer une bonne partie des positions françaises sur la Meuse.
20 août. — Marche sur Achène (2) (route de Dinant), environ 20 kilomètres. Une grosse chaleur lourde et poussiéreuse a mis beaucoup d’hommes sur le flanc. Les gens ne sont pas encore entraînés du tout aux grandes marches; leur énergie est assez faible. Au bout de ces 20 kilomètres je n’aurais pas voulu avoir à les mener au feu. À Achène la division se rassemble. On ne peut pas se faire une idée de ceténorme rassemblement de troupes et du va-et-vient qu’il y a sur les routes. Autos de tous les états-majors (avec coupe-fils) (5), motocyclettes, aides de camp passent en trombe le long des colonnes qui s’allongent sur la route. Infanterie, hussards, artillerie,
(x) En 1913-1914 le corps des aviateurs comprenait quatre bataillons, relevant respectivement du corps de la Garde et des Ve, VIIIe et XV® corps d’armée. L’escadrille en question avait sans doute été fournie par le 3° bataillon (Cologne, Hanovre, Darmstadt).
(2) Achëne est à 9 kilométres À l’est de Dinant.
(3) Le texte porte : mt Drabtfängern. Il s’agit sans doute d'un dispositif destiné à saisir (fangex) et couper au passage les fils de fer que l'ennemi aurait pu tendre au travers de la route,
16 Carnets de combattants allemands .
pontonniers, convois de voitures couvrent les routes à perte de vue.
À Achène, nous sommes reçus par des chasseurs (*) qui avaient pris Dinant, mais devant des forces supérieures d’infanterie avaient dû se replier. Un lieutenant du $° d'artillerie à cheval (2) nous raconte les merveilles de l’effet de nos pièces et de nos mitrailleuses. L’ennemi tirerait mal (trop haut comme en 1870). Au grondement d’une canonnade lointaine nous prenons le repas de midi et nous bivouaquons. La nuit je suis réveillé par l’ordre d’aller en patrouille établir la liaison avec le 103° d’infanterie (5) qui est à Sovet(#). À grand’peine je trouve tout au bout de cet interminable village l'état-major du régiment cantonné dans un château. Un grand nombre de verres témoignait là d’une petite fête. Après avoir réveillé inutilement quelques dormeurs, j'ai fini par trouver le colonel. Ce service de nuit dura environ trois heures. On est extraordinairement réveillé quand il faut faire attention à la route et à l’appel des sentinelles !
(x) Les 12€ et 13° bataillons de chasseurs à pied (rer et 2€ saxons
respectivement en garnison à Freiberg et à Dresde, font partie du
XIIe corps d'armée. C’est le 16 août qu’aurait eu lieu leur première tentative infructueuse sur Dinant.
(2) Ce régiment tenait garnison à Sprottau et faisait partie du Ve corps (Posen).
(3) Le 103° d'infanterie ou 4® saxon (Bautzen) fait partie de la 63° brigade (32° division, XIIe corps d’armée).
(4) Sovet est à environ 4 kilomètres au nord d’Achéne.