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Journal d'un officier saxon 33
taillon. On apprend que dans le boîs, devant le village, un escadron de hussards a été détruit par un feu d'infanterie ennemie et qu’il n’en est resté que quelques hommes. Départ dans la direction du sud-est vers Signy-l’Abbaye (1). On a cherché partout le curé pour le faire passer par les armes, parce qu’il aurait fait des signaux optiques du haut de son clocher(?); mais il s’était à temps mis en sûreté. A la place de l’embuscade gisaient des blessés que l’on put enfin panser. On avait capturé en même temps un déserteur(!), un artilleur qui aurait dénoncé notre approche. Pour éclairer la surprise nocturne (peutêtre aussi comme signal), les habitants avaient mis à la lisière de la forêt le feu à une propriété, qui brûlait en éclairant comme en plein jour. Les Français paraissent vouloir entraver notre marche par de petites surprises d’arrière-garde de ce genre; notre commandement a l'air aussi de faire un peu trop leur jeu.
Nous marchons sur Signy à travers les bois dans lesquels nos hussards ont été surpris et qu’un bataillon du 177° a nettoyés. Aux points critiques, s’entassent des cadavres de chevaux. Les hussards morts sont mis de côté, ainsi que quelques morts du 177°. A Signy-l’Abbaye, déploiement pour le combat. Un sergent reçoit dans la jambe un coup de feu tiré de
(x) A la lisière des forèts du même nom.
(2) Même observation que ci-dessus page”29, note 2.
l’intérieur d’une maison ; on met le feu à la maison. Tout en se déployant, on s’aperçoit qu’il n’y a pas d’ennemi là. L’artillerie a encore une fois gaspillé ses munitions (comme elle le fait contre les avions). Rassemblement, déjeuner; à 3 heures, reprise de la marche. Canonnade enragée tout près de nous dans la direction de l’est. Une grande armée française serait en retraite entre Mézières et Sedan. À entendre ce feu soutenu, cela n’est guère vraisemblable. On nous avise que deux régiments de turcos veulent arrêter notre marche sur Launois(*). Après un assez long combat, l’adversaire se retire à la tombée de la nuit. Bivouac d’alerte à Dommery (?).
29 août. — À 3 heures du matin, départ. En nous voyant ainsi partir bravement(5), je pensais malgré moi à nos hussards tombés en embuscade. Il faisait encore presque nuit quand, peu après Dommery, nous nous trouvâmes, devant un bois, pris sous un tir rapide enragé. Toute la lisière du bois n’était qu’une ligne de feu. Ce qu’il y eut d’intéressant, ce fut la panique qui en résulta! Tout le monde commandait, personne n’eut l’idée de faire coucher les hommes. En plein jour, cet incroyable mêli-mêlo nous aurait fait anéantir. Les coups de feu partaient
(x) Textuellement Lonoy. Voir plus bas, page 35, note 1. (2) Dommery est à 4 kilomètres au sud-est de Signy-l'Abbaye, (3) Textuellement : As ich uns so drauf los rücken sab.
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de tous côtés. Voilà une chose que je ne voudrais pas revivre! Enfin notre capitaine ramasse une poignée d'hommes sur une position de repli. Tiraillerie formidable ; amis et ennemis se canardent pêle-mêle.
C'était une lourde faute de commandement de faire, après les marches fatigantes des trois derniers jours, repartir le régiment de nuit vers l'avant. Après le combat d’hier, on pouvait admettre d’emblée que l'ennemi allait reprendre position et nous surprendre. L'affaire n’eut pas trop de suites fâcheuses, par suite de lPobscurité et du peu de mordant des Français. S'il avait fait plus jour, nous pouvions être anéantis. Désormais nous marchons avec de fortes avant-gardes et flanc-gardes. Le gros lui-même marche parallèlement à la grand’route.
Tout à coup cela repart. Devant nous il n’y a que des rideaux de buissons, dont les turcos se servent avec une adresse stupéfiante pour se couvrir. D'’ailleurs, en général, l’ennemi est formé d’une manière surprenante à l’utilisation du terrain. Le régiment se déploie de nouveau, prend après un vif combat un petit village et s’arrête devant Launois (*). Le combat continue de pied ferme. L’aile gauche ne fait pas de progrès ; la droite, dont le flanc est couvert par la 8° compagnie, avance rapidement. C’est un combat épouvantable. Nous avons le soleil en face de nous et il nous faut descendre par un terrain boisé, semé de
(x) Launoïs est à s kilomètres au sud-est de Dommery.
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buissons qui arrêtent partout la vue, flanqué en outre de hauteurs boisées, et régulièrement coupé par de fortes barricades de fils de fer. Une fois arrivés sur les hauteurs, à 1.000 mètres environ de Launois, notre artillerie bombarde ce trou avec des shrapnells, qui frappent en partie trop court. Au-dessus de moi, l’un d’eux éclate à 40 mètres de hauteur, ce qui est singulièrement désagréable! Malheureusement, la compagnie de mitrailleuses a souffert du feu de notre propre artillerie ; plusieurs officiers sont blessés. Tout à coup l'artillerie ennemie met un terme à notre progression, en arrivant à mettre en batterie deux pièces latéralement à Launois (les autres pièces culbutent au départ sous notre feu). Elle dirige de là un terrible feu de flanc, shrapnells et obus, sur notre ligne et sur la grand’route. Nos gens reculent, jusqu’à ce que tout à coup le feu ennemi se taise, sans doute parce qu'il est pris sous le feu dominant d’une batterie de la division (*) qui approche. Cette batterie couvre d’un feu puissant l’adversaire, ainsi que Launois, qui brûle de toutes parts. Nous reprenons notre marche en avant et contraignons l’ennemi à la retraite, par un feu d’enfer qui surprend et anéantit un bataillon de zouaves en formation serrée.
La journée de Launois a été le baptème de feu pour ”
le 178°, qui a combattu l’ennemi presque seul, avec
(x) Lecture douteuse.
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l'artillerie. L'autre brigade (*) poursuit, tandis que nous, après quatre jours de fatigues, goûtons un bon sommeil de quelques heures au soleil. Les pertes sont relativement faibles et proviennent pour la plupart de notre artillerie. Le résultat du soin excessif que l’ennemi donne à l’utilisation du terrain, c’est qu'il tire toujours trop haut. En tout cas, les balles sifaient autour de nous leur désagréable chanson plaintive, sans que, même avec mon excellente jumelle Zeiss, je pusse rien découvrir de l’ennemi. Le pays est couvert de petites vagues gazonnées comme il y en a dans les pays de pacage. LA derrière, il y avait des turcos couchés, complètement invisibles. Nous avons fait quelques prisonniers, qui avaient enlevé leur culotte rouge et leur petite veste bleue et qui, avec leur chemise sale et leur large pantalon, étaient complètement couleur de terre (?). On a fait sur un offcier un riche butin de cartes, surtout de Belgique et de toute la ligne du Rhin.
Le rôle dont étaient chargés ces turcos, c'était de maintenir une ligne de retraite ouverte vers le sud à l'armée engagée sur la ligne Mézières—Sedan. De là, leur défense extrêmement tenace. Désormais les derrières de l’ennemi semblent découverts et nous pou-
(x) C'est-à-dire la 632 brigade (102€ de Zittau et 1032 de Bautzen) qui complète la 32€ division (XIIe corps).
(2) L’officier semble ignorer que l’uniforme d'été, tant des zouaves que des tirailleurs algériens, comportait le pantalon d’Afrique en treillis, C’est avec ce large pantalon, d’un gris sale, que nos zouaves et turcos sont effectivement entrés en campagne, en 1914.
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vons remplir la mission spéciale de notre régiment, laquelle est d'accompagner et de couvrir nos gros obusiers de campagne destinés à bombarder à revers l'artillerie lourde de l’ennemi, difficile à attaquer de front, par suite de son remarquable défilement.
Nous pouvons le faire, nous ne le faisons pas, car le corps d’armée tout entier se porte maintenant en avant. Quand le 178° vient à passer devant le divisionnaire, S. Exc. (*) von der Planitz, celui-ci nous exprime sa vive gratitude pour la conduite du régiment au feu. La phase la plus désagréable du combat fut certainement le feu en rafale tout à coup déchainé par l'ennemi sur nos lignes qui se portaient en avant. L’eflet moral produit par l’éclatement de ces rangées de shrapnells, même lorsqu'ils ne portaient pas, était une reculade momentanée,
Marche vers le sud jusqu’à Villers-le-Tourneur (°) où la division bivouaque. Le long du chemin brülent des villages, que nous avons incendiés en les bombardant (5), pour protéger notre marche contre toute surprise. En route, nous arrive, de l'état-major divisionnaire, la nouvelle que Sedan serait tombée et que l'armée française battrait en retraite. Un tonnerre de
(x) Le titre d’Excellenx ne se donne qu’aux officiers généraux ayant un rang égal ou supérieur à Generalleutnant, c'est-à-dire général de division.
(2) Petit village situé à $ kilométres au sud de Lsunois.
(3) Textuellement : die zum Schutz gegen Ueberfall von uns in Brand geschossen warer. Cette dévastation préalable, à toute éventualité, est l’une des innovations de la tactique allemande.
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hurras court le long de l’interminable colonne. — N. B. La distance au lieu de bivouac était d'environ s kilomètres. Il a fallu pour la franchir marcher de 7 heures à 1 heure! piétinage sans fin! On se met à dormir à 2 heures. Dès 4 heures, alerte sans tambour ni trompette (*). Du reste, on ne dort maintenant plus guère que deux heures par jour.
30 août. — Contremarche pour rejoindre l’autre division. C’est dimanche; je l’aurais volontiers fêté par la solennité d’une petite lessive. Mais l'Histoire universelle, dont je suis un collaborateur, ne le permet pas. Dans le sud, il y a déjà une forte canonnade. Le lieutenant de réserve Kipping a pris comme butin un ravissant cheval blanc, dont le propriétaire français avait été tué; c’est un vrai cheval de bédouin, avec longue crinière et queue trainante. Marche par Neuvizy (2) (charmante église romane) et Faissault (3) vers le sud, où tonne le canon. Nous entrons dans le combat et aurions, paraît-il, contre nous deux corps d'armée, qui auraient pour objectif d’arrèter notre mouvement tournant et sans doute de couvrir la voie ferrée Rethel-Mézières.
Le 2° bataillon du 178° est soutien d’artillerie sur le flanc gauche, qui s'appuie, nous dit-on, sur la
(x) En allemand : stiller Alarm.
(2) Neuvizy est à 4 kilomètres au nord-ouest de Villers-le-Tourneur.
(3) Faissault est à environ 4 kilomètres au sud-ouest de Neuvizy.
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23° division. À la vérité, nous ne nous en apercevons pas, car il nous faut ouvrir l’œil, et sérieusement, sur la cavalerie ennemie, qui cherche à attaquer notre artillerie, sur le flanc gauche. Les divisions paraissent se battre tout à fait indépendamment l’une de l’autre. Nous avons encore un terrain odieux, coupé et boisé, fort beau comme paysage, mais inutilisable au point de vue militaire. Il apparait bientôt que l’ennemi nous est très supérieur en artillerie. Le 102° aurait notamment, en réserve, subi de fortes pertes. Les shrapnells et obus ennemis arrosaient avec beaucoup de sûreté les plis de terrain situés en arrière des positions d’artillerie, dans lesquels l’infanterie a coutume de se couvrir. Nous aussi, nous avons eu quelques pertes. Tout près de moi est venu tomber un projectile qui n’éclata pas et, Dieu merci, c’est ce qui arrive pour beaucoup de ces objets-là !
Après un dur combat de hauteurs en hauteurs, l'ennemi se retire, et nous occupons Auboncourt(*), un joli village, en attendant lattaque nocturne d’un ennemi supérieur en nombre. Notre situation est simplement effroyable. Nous avons évidemment avancé trop vite et sommes là en l’air, dans une position peu enviable. Le 1° bataillon du 178° est dans le village, le 2° bataillon par derrière dans un terrain boisé (en partie des taillis impénétrables) qu’on ne peut défendre d’aucun côté. Nous passons la nuit
(x) Auboncourt est à 7 kilométres au sud-est de Faissault.
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dans une cornière de bois puante et marécageuse. Nous n’avions même pas de champ de tir (sans compter l’obscurité). Il y aurait donc eu un combat à la baïonnette, dans lequel une troupe plus forte nous attaquant nous aurait probablement passé sur le corps. Vers 3 heures, dès que parut la première petite lueur de jour, rendant les bois doublement impressionnants, les compagnies se préparèrent à aller prendre les positions qui leur étaient assignées. La défense est beaucoup plus désagréable que l’attaque, ne fût-ce que parce que le défenseur est obligé de se tenir continuellement sur ses gardes, ce qui est extrèmement fatigant. On respire quand il fait jour sans qu’il se soit rien passé.
31 août. — À 8 heures du matin, nos obusiers lourds ouvrent, tout près derrière nous, un feu d’enfer, bien qu’il y ait encore du brouillard. Sans doute ce sont les localités situées devant nous, et notamment Rethel (*), que l’on bombarde. C’est une terrible canonnade d’obusiers légers et lourds, armes éminemment sympathiques ! A 7h15, retentit le signal de la marche en avant. Dieu soit béni que nous sortions enfin de ce trou boisé; je préférerais le troisième étage de l’enfer! Je peux au moins me laver. Par contre, il n’y a pas de café! Mais si! j’en trouve encore un peu!
(x) Rethel ne se trouve en effet qu’à une dizaine de kilomètres au sud-ouest d’Auboncourt,
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Par une assez grosse chaleur, nous nous avançons par Faux (*) sur Sorcy (?). Nous passons près des positions d'artillerie française ; c’est un effroyable spectacle! Les emplacements des pièces étaient marqués par d'énormes tas de cartouches. Çà et là, dans la terre arable, nos obus avaient creusé d'immenses entonnoirs. Çà et là, un pantalon rouge fait une tache lumineuse dans les betteraves; mais par place ils étaient en tas. Des blessés gisaient ou clopinaient partout dans les champs. Un chasseur d'Amiens, fait prisonnier, raconte que de son bataillon il ne restait pas grand’chose(5). Les Français doivent avoir éprouvé des pertes colossales du fait de notre artillerie, leur retraite avait aussi bien l’air d’une fuite. De grandes quantités d’équipements et de cartouches avaient été abandonnées.
À Faux, nous réquisitionnons des vivres. Nous trouvons des milliers d’œufs, d'énormes quartiers de lard, des jambons, du vin en tonneaux. Ce merveilleux paysage de Corot est incroyablement productif; lon n’y cultive que du froment, de l’avoine, des betteraves, d’admirables pommes de terre, des fruits en abondance. C’est une terre de promission. D’autant plus épouvantables apparaissent les dévastations
(x) Faux est à 2 kilomètres environ d’Auboncourt.
(2) Sorcy se trouve à 3 kilomètres à l’est de Faux.
(3) Le 8e bataillon de chasseurs à pied en garnison à Amiens couvrait en effet la retraite du 122 corps d'armée et fut assez éprouvé sous Rethel; mais il faut faire ici la part aux exagérations explicables chez un prisonnier nécessairement déprimé.
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que nos obus ont produites à Faux. L’un d’eux, tombant au seuil d’un portail, avait fracassé toute l'entrée, et les éclats avaient creusé de tous côtés dans les murs des sillons rayonnants.
1% septembre. — Marche sur Rethel, petite ville française, avec une admirable vieille église gothique au clocher Renaissance. Pour la première fois depuis longtemps, j’ai pu bien me laver et dormir dans un lit (Hôtel Moderne, près de la gare). Le bataillon reste ici pour la garde du commandement en chef.
1° septembre. — Vie divine (*) à Rethel qui, le 2 septembre, est à moitié détruite par le feu. On admet que ce sont les Français qui ont mis le feu pour couper nos communications avec l’arrière (?). C’est ce qui se produit pour un court moment. C’est grave, car notre artillerie de campagne manque de munitions. Malgré cela, la division pousse sans cesse de l’avant. L’incendie de Rethel était épouvantable, mais beau. Par la claire nuit de lune, on voyait une
(x) Textuellement : Güfferleben. Cette satisfaction contraste étrangement avec l'horreur de ce qui suit.
(2) Le texte porte : Annehmbar haben die Franxosen angexündet… L’invraisemblance de cette accusation n’arrête pas l’officier, qui, toutefois, ne semble pas l’admettre sans réserves. Il est plus probable que l'incendie de Rethel aura été la conséquence d’un combat d’arrièregarde : des soldats allemands énervés, et peut-être avinés, auront cru châtier d’hypothétiques francs-lireurs en mettant le feu aux maisons d’une rue que balayait encore la fusillade des derniers échelons français en retraite. Voir DAMPIERRE, op. cif., pages 244-246.
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lueur ardente rouler dans la direction de l’ouest. Les petites maisons françaises, avec leur abondante charpente et les meubles de bois qui s’y entassent, flambaient l’une après l’autre au souffle vif du vent d'est. L’Aisne marqua un court temps d’arrêt; mais bientôt des étincelles la franchirent et incendièrent l’autre rive. Au matin, la moitié de la ville n’était plus qu’un tas de décombres sur lequel dansait une vague de chaleur (*).
2 septembre. — Pendant les travaux de déblaiement, auxquels prirent une forte part des prisonniers français sous ma garde (quelques-uns très gentils), nous avons, dans un café, sur la place du Marché, fêté anniversaire de Sedan. Il y avait encore de bonne bière, qui mit aux anges nos compatriotes, et un gramophone à immense pavillon, d’une pureté de son que je n'avais jamais entendue. Caruso nous chanta du Rigoletto ; des chanteuses françaises se firent entendre ; ce fut une solennité pleine de bonne humeur.
3 Septembre. — Nous sommes toujours là et gardons des prisonniers. Nous devons partir avec les pionniers, qui réparent un pont près de Barby (?).
(x) Sur ce tableau : ein Trümmerbaufen über dem eine Hitzwelle siedete, voir la photographie reproduite page 40. Là, l'éditeur allemand impute l’incendie au bombardement, chose invraisemblable, l’église étant ici épargnée, alors qu’elle eût été spécialement visée dans un combat.
(2) Sur l'Aisne, à environ 4 kilométres à l’ouest de Rethel.
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Entre temps, j'ai visité quelques maisons de meilleure apparence et aussi de vieux petits châteaux et n’en suis pas revenu de ma surprise : le confort français a un fort cachet de surabondance. Sans doute, par suite des habitudes sédentaires des Français, il y a ici, même dans la petite bourgeoisie, encore de merveilleux vieux meubles. Pas de salon sans sièges rococo-empire, etc. (), recouverts en vieilles soieries. Mais que était l’aspect de ces intérieurs! Tout le mobilier renversé (2), les glaces défoncées ; les Vandales ne pouvaient pas mieux. C’est une tache pour notre armée. Sans doute, les habitants qui se sont enfuis auraient dû penser qu’avec de si forts passages de troupes tout ne reste pas intact. Toujours est-il que le plus fort est sur la conscience de ceux qui accompagnent les colonnes. Car ils ont le temps nécessaire pour piller et détruire. Des millions ont été anéantis là. On n’a même pas fait halte devant des coffres-forts.
Je suis venu dans la maison un peu à l’écart d’un avoué, laquelle était installée délicieusement et avec un goût exceptionnel; évidemment c’est un collectionneur de vieilles faïences et d’objets d’art orientaux. Là on n'avait pas encore fouillé. La veuve Cliquot s’y trouvait aussi. Je n’ai pas pu m’empècher cà et là d’emporter une bagatelle comme souvenir.
(x) Sur cette expression, voir ci-dessus, page 12, note 4. (2) Ce passage étant d’une lecture fort difficile, le lecteur pourra Je contrôler sur le fac-similé déjà publié ap. DAMPIERRE, op. cit.,
page 166.
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Finalement il m’a fallu, dans un vieux château, où tout était également bouleversé, réquisitionner une vieille malle de cuir. La plus élégante était une maison toute neuve, à côté de notre Hôtel Moderne. Tout le vestibule, ainsi que les portes, étaient peints en chène clair ; à la rampe d’escalier, de lourdes sculptures. J'ai trouvé là un manteau imperméable en soie et un appareil photographique pour Félix.
À 11 heures du soir, arrive tout à coup l’ordre de départ. Tout le monde attend les pionniers. Soudain, ceux-ci reçoivent l’ordre de se porter à 75 kilomètres plus loin avec leur équipage divisionnaire de ponts; ils partirent au trot; nous ne pouvons donc pas suivre et attendons le matin. Par ailleurs, il a été capturé hier à Châlons-sur-Marne un officier aviateur qui, dans l’idée qu’il y avait encore là des troupes françaises, y avait atterri et nous était ainsi volé dans les mains. Il était extraordinairement abattu (il passa près de nous en auto) : « Vous marchez très vite (®) », nous dit-il.
4 septembre. — Départ vers Pontfaverger par Juniville et Neuville (*). Chaleur effroyable. Les trois journées de repos ont été pour nos hommes les dé-
(x) En français dans le texte.
(2) Marne, arrondissement de Reims, à 22 kilomètres au nord-est de Reims. Juniville est un chef-lieu de canton des Ardennes, arrondissement de Rethel, à 12 kilomètres au nord-est de Pontfaverger. Neuville, canton de Juniville, Ardennes, arrondissement de Rethel, à 8 kilomètres au nord-est de Pontfaverger.
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