‹ Carnets de voyage, notes sur la Province, 1863-1865Chapitre 8 sur 46 · RUELLE · texte numérisé non relu

RUELLE

misérable ver de terre exténué par la douleur, desséché, privé de sa substance, rien que des os sous une peau flétrie et violacée de meurtrissures, les plaies collées; — voilà Celui à qui l'on pensait quand on a fait ces rosaces.

Avant-hier, visite à la fonderie de Ruelle. Quelques faits curieux : les ouvriers gagnent, par jour, de vingt-six à cinquante sous; la moitié d'entre eux a du bien, de quinze à cinquante mille francs, parfois une petite voiture et le plus souvent une maison. Un colonel américain, en visite à la fonderie, me disait que c'est là le beau de la France : a Ils sont plus heureux que leurs pareils en aucun pays du monde. Surtout, ils ne songent pas à sortir de leur condition. )> — L'homme du Sud aristocrate se peint tout entier dans ce mot. Il a raison; ces gens-là ont acquis leur idéal depuis la Révolution, un morceau de terre. Ils n'aspirent pas au delà; un bon dîner de temps en temps et pas

ti'o[) diinjxjls. (^cst jjoui' eux i[iHi la France est

faite.

En revanche, les asj)irations sont rétrécie.s. Tel fils (l\m i-iclie cultivateur, un autre, fils d'un proj)riétaii'e aisé, gens tie vingt-cinq ans, sont dessinateurs, copistes à la fondei'ie à quarante sous par jour.

D'autre part, la bourgeoisie se cantonne, toute largeur disparaît de sa vie, point de comnuiiiications; on dirait de leau morte qui stagne en autant de petites cruches : personne ne se voit. Le colonel dit que nulle part ailleurs il n'y a de mœurs pareilles. En France, les portes sont fermées au.v étrangers, sauf (]uelques réceptions obligées chez les hauts fonctionnaires. Quel contraste avec l'hospitalité en Angleterre et en .\mérique! Aux Etats-Unis, vous portez votre lettre de recommandation à une personne : dans la journée vous recevez vingt cartes de visite; l'Américain est allé dii'e à ses amis tl'aller vous voir, voilà vingt maisons ouvertes et hospitalières. — « il n'y a que Paiis en France », disait le colonel : cela est vrai. Encore, à Paris, s'en tient-on à la |)oIitesse de bouche, (hi cause

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