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CHAPITRE II

Varnot , pendant la nuit du 1% fructidor*

IJne nuit fatale k la patrie > imprima , au milieu meme de ses tenebres , Pinfamie de ses auteurs sur tous les murs du palais directorial. Le tems ne les en a peiit-etre pas encore purifies , tant Pempreinte en fat profonde , tant la souillure en fut etendue.

Le 17 fmctidor, pendant son dine,Carnot re§ut une lettre qui le prevenait qu'& minuit le canon d'alanne serait tire, etqu'&l'instant, son appartement investi, on se presenterait pour Parreter ; et que comme on presumait qu'il chercherait son salut dans la faite, on aurait d'avance aposte des meurtriers sur son passage. Camot mit avec sang froid la lettre dans sa poche , continua son dine , fit sa promenade accoutumee, et rentra k Pheure ordinaire au directoire.

Un second avis lui annon^a , k onze heures du soir que les assassins etaient reunis dans le jardin du Luxembourg.

Le president du directoire etait absent (c'etait Reveillere) ; la peur , la confusion , l'horreur du crime l'avaient-clles jete k l'ecart?

L'officier superieur de la garde du directoire , qui sans doute , n'etait pas dans le se% cret de ^expedition projetee , vint en l'absence du president, rendre compte k Carnot, en sa qualite de dernier ex-president , des manoeuvres remarquees dans le jardin, et du ras- ^emblement d'hommes armes sous difierens unifonnes , sous divers costumes , et lui rendre compte de leur refus d'obeir k la sommation qui leur avait ete faite de se retirer. Carnot lui donna l'ordre de reiterer 1'injonction ; en s'adressant surtout aux militaries qui sans doute jiueux que d'autaes respecteraient la consigne. Apres quelques pourparlers , les bandits se retirerent cbez un des leurs ; et pour donner k cette reunion seditieuse une apparence de legitimite, on pretendit que ces bra yes ne s'etaient rassembies ., que pour defendre le directoire contse les attaques du corps legislatif.

Coiepte exact iut rendu k Carnot , comme ex -president, des di verses agitations jusqu'k une beure du matin.

Barthelemi regut l'eveil sur ces mouvemens inaccQutumis^ il Tint cbez Carnot savoir quel parti il devait prendre. Vqus sauver , lui dit

Carnot, si votes ne voulez Stre assassine, arretS au moins.

Peu de minutes apres, un aide-de-camp de la garde vint chez Carnot pour s'assurer s'il 6tait encore chez lui. II y etait reste avec le calme d'un guerrier, dont Pintrepidite fat toujours remarquable entre toutes ses autres vertus. La seule mesure de prudence qu'il prit, fut de se munir d y une double cle du jardin du Luxembourg. Une porte de demure pouvait au moins Yavoriser son evasion en caff d'un danger pressant. Cette mesure ne lui paraissait qu'une mesure de complaisance pour les affectueuses apprehensions de ce qui Pentourait. Eh! comment ce brave aurait-il cru leg&rement que Pon voulftt dinger contre un etre isole , et presque sans defense , des bandes armees ? Sa politique franche , mais eclairee , pouvait-elle ne pas repousser Pidee d'un mouvement populaire qui pouvait tourner contre ses auteurs? La garde du directoire lui paraissait un moyen sur et suffisant de defense ; la ressource de Pevasion ne se presentait qu'au dernier rang dans sa pensee, et ce moyen d'evasion fut cependant celui a qui seul il dut son salut.

Les hommes qu'on avait ameutes contre Carnot , n'etaient pas pris parmi ces militaires

(73) dont 1c cri de guerre est patrte , et le mot de talliement honneur. Us a vaient ete choisis , tout expres, parmi ces personnages violens, d'une haine implacable/ pleins encore de ressentimfens contre la reforme operee par Carnot , et dans laqueile ils ayaient ete enveloppes , dont plusieurs ayaient ecrit h. Carnot des lettres mena$antes qu'il avait , pour ordre , commaniquees k ses collegues , et dont aussi les noms n'ayaient pas ete perdus, mais recueillis au contraire pour le jour d'attentat. L'un d'eux fvit employe dans la nuit du 1 7 au 1 8 fructidor , en qualite d'inspecteur de police , emploi qu'il perdit peu de tems aprfes. II n'avait ete qu'un instrument servile dans des mains agitatrices, 3 tat ecarte avec mepris qiiand il deyint inutile ; et brise sans pitie , quand ceux qui Payaient mis en oeuvre le jugerent daugereux.

Carnot, harasse de fatigue, s'etait jete tout babille sur un lit de repos , place dans une alcove ignoree de la salle h manger. II conseryait , on n'en doute pas , le calme qui h'abandonne pas un militaire exerce au combat , au moment raeme de l'assaut.

La garde qui se presenta pour l'arreter , fut trompee par 1'adroiteprevoyancedeM. Allent qui la conduisit dans sa chambre a coucher;

(7i) et pendant Je terns d'une perquisition imfruo tu^use , Camot s'evada par la porte de der- ^ riere de son jardin. Un general , dont je dis- |*

simule le nom pour ne pas renouveller sa honte, et peut-etre ses regrets, avait ete nomine, tout expres pour cette expedition forceoee , commandant en chef de la garde du directoire. Ce fat pendant les minutieuses recherches de ce general , qjie Carnot trouva le terns de s'echapper, en desordre de toilette |l

peut-^tre , car le proces-verbal de l'empresse commandant de la garde , constata que le lit de Carnot 4bait encore chaud quand il avait penetre dans son appartement Les furteux directeurs auraient du lui savoir gre au moins de son empressement , de son devouement aveugie k leurs ordres. Leur inexecution avait ete independante de son zele ardemment va~ leureux. II n'en fut pas moins remplace par eux, peu de jours apres.

lie moment de l'assassinat de Carnot devait etre celui du signal des xnouvemens concertes dcs long -terns, et le canon d'alarme ne fut tire pour ayertir les conjures, que quelques terns apres que son evasion ne fut plus dou teuse.

La haine des ennemis souperains de Carnot avait ete pre voy ante; et pour le cas ou il parviendrait k se soustraire k leurs coups , ils

(7M avaient ea la precaution de suspendre, soul

des pretexted sur lesquels il ne prit jamais la

peine de reflechir , le paiement de son traite-

men\ de directeur; de sorte qu'au 18 fructi-

<lor, il avait chez lui, et pour toute ressouroe ,

-quelques ecus dont il n'eut pas meme , aa

moment de sa fuite , le terns de se saisir , pas

plus que de ses armes qu'il laissa pour trophce

h ses vaillans et genereux vainqueurs.

Le projet d'assassinat de Garnot etait evente cl'avance ; de sages patriotes lui avaient plu- ^ieurs fois offert leur bras pour *a defense. Un jeune officier, distingu£ par ses talens, sa bravoure et ses services , lui demanda k deux reprises , le 27 fructidor, Pautorisation de .poignarder le tyrcm : c'est sous cette denomination odieuse qu'il signtflait Pennenai connu tie Carnot. II repoussa avec fremissement cette proposition, calma la tete effervescente de ce jeune homme , dont le genie enflamme par les exemples effectifs du violent amour de la patrie-, lui offrait peuir-£tre en perspective, et

dans Payenir, la gloire de Pavoir sauvee

Ce sentiment avait nagueres mis le poigaard & la mam d\ine femme ^elehre.

Deja Garnot ravait jepnusse le projet fcrm£ ^par des patriotes purs , de 1'aneftation de ses collegues * non qu'il ne les regards commp

(76) en conspiration ouverte et permanente contra

la patrie , mais parce qu'il croyait aux mo yens tie les ramener; qu'il en a conserve l'espoir jusqu'au dernier moment , et parcte que, surtout il etait convaincu qu'attaquer la Constitution , c'etait porter k la liberie et k Pindependance nationale le coup le plus ftmeste.

lis se reposaient sur le respect de Carnot pour cette Constitution , et Pinviolabilite de la representation nationale , ses collegues auxquels il s'en etait si souvent ouvert. Ilssavaient i)ien , trop peut-etre , que jamais il n'autoriserait , ne consentirait meme a aucune voie de riguear , fut^elle constitutionnelle , contre les tnembres des corps legalement institues , avant devoir epuise tous les moyens de conciliation. Devenir victime d'une proscription immeritee , lui parut toujours preferable au pouvoir d'en immoler ; le bonheur de la patrie ne resulta jamais , il ne Pignorait pas y des sacrifices sanglans : de grands malheurs suivirent presque toujours les sombres et farouches inquietudes: Quelque soin que j'aie mis k adoucir le recit de la. catastrophe de cette nuit fameuse, elle laisse, j'en suis sur, a Pesprit des souvenirs importuns. Une anecdote assez piquante, liee par hasard a cet evenement , pouiya peut-£tre en temperer PimpressioiL

L'ambassadeur ottoman fut inform^ , dhs le jour meme , du pretendu coup d'etat de la nuit : ministre d'un sultan , il comprit a meryeille comment ies despotes ayaient pu faire arreter les representans du peuple. Sa premiere question fat de savoir combien de tetes etaient

plantees sur les murailles du palais ;mais

il fat deux jours entiers h concevoir comment deux membres du pouvoir executif auraient pu etre arretes. <c Depuis le grand prophete , « jusqu'k ce moment , s'ecria-t-il , je n'avais « pas ouj dire qu'aucun muphti se fut jamais « coupe les bras. »

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