CHAPITRE II
Carnotj dans une ville libre d? Allemaqne , refute le rapport fait par Bail.... au conseil des- cinq-cents 9 sur la conspiration du 18 fructidor.
Carnot supportait loin dq son pays toot le poids d'une accusation atroce. Les moyens d'eclairer Popinipn de ses concitoyens £taient nuls pour lui. II saisissait par la pensee , les fausses et di verses conjectures qui' le poursuivaient dans son honneur, dans sa loyaute, dans son patriotisms Les hommes attaches k la constitution de 1 795 , applaudissaient k ses malheurs ; il s'etait constamment eleve contre leur fureur , il en avait toujours courageusement signale les exc&s.
Les sages liberaux l'accusaient, peut-etre,
d'avoir hesite , d'avoir temporise , de n'avoir
pas assez tot, et par une retraite eclatante,
• ouvert les yeux de la nation sur ses vrais in-
terets et les menees de ses ennemis.
Les royalistes se rejouissaient de l'eloignement de ce patriote indomptable ; mais ils s'en
(9i) xejouissaient en secret. lis se gardaient bien
de laisser croire que l'accusation de royalisme
intentee par le directoire contre Carnot , etait
un mensonge auquel ses auteurs ne croyaient
pas eux-memes ; leur interet voulait qu'on ne
s'eloignat pas trop de cette idee. Iiclaircir les
rangs des amis de la revolution , s'etait servir
la cause des royalistes ; faire planer le soup^on
sur les homines integres et marquans de la
revolution , c'etait avancer leurs affaires.
II ne faut pas qu'on se meprenne stir le sens que ] 'attache a ce mot royaliste. Je n'entends designer ici par lui que ces hommes d'une exaltation dangeieuse , qui , lors meme qu'on entoure de respect l'opinion de royalisme soutenue sans exces, se font presque un devoir d'aliener d'elle les hommes les plus sages; qui , sans attendre qu'on les signale par des distinctions singulieres , se donnent k euxmemes , par des expressions de caractere , une qualification ridicule, lis viennent de se nommer les quand mime ( 1 1 ).
Carnot meprisait les gens de cette espece.
Quant a ceux qui, toujours dans leur cons-* cience, et jamais hors d'elle •, ayant emigre 9 mais ne s'etant pas armes contre leur patrie , portaient vers lui leur confiance , il les servait de tous ses moyens. On le lui a reproche plus
(90 d'one ibis ; et quand on Faccusait de faiblesSe
envers la caste privilegiee, les menagemens
doftt il usait avec elle, n'etaient que la preuve
de sa confiance en la force du peuple fran^ais,
et du desir de reunir, par des moyens d'in-
diligence , autour de la mfere commune , les
enfans qu'une excessive rigueur en aurait in-
contestablement ecartes. Je sais bien que ses
intentions ne furent pas plus justement appre-
dees par les royalistes qu'il avait obliges, que
par les patriotes trop ardens. La reconnaissance,
on Pa dit bien des fois , est pour le grand
nombre un fardeau. On a entendu des ennemis
de la revolution , sauves des derniers malheurs
par une commiseration souvent perilleuse , dire
insolemment aprfes la tourmente , je ne sais
lequel de ces misS rabies m 9 a sauvS la vie.
Benjamin-Constant assure , dans son £ciit de
la Doctrine politique qui pent rdunir les
esprits en France (page 28) , avoir entendu
ce propos de la boucbe d'un de ces sots entiches.
Quelque assure que fut Garnot de Fingra-
titude des incorrigibles de ce terns , il n'avait
pas moins fait servir le pouvoir qu'il exenjait
au comite de salut public , qu'il n'a use de-
puis de la puissance directorial , pour les ar-
racher aux mains des bourreaux. Robespierre
en a moins fait p&ir , que Garnot n'en a sauve.
( 95 ) Les orleanistes savaient bien que Caroot
avait toujours dedaigne leurs rangs ; que toi*-
jours il avait contrarie leurs projets , dejoue
jusqxPa leurs esperances. Invariable dans ce
point de sa doctrine et de sa conduite poli- ■-
tique, il n'eut pas retrograde vers un systeme
qu'il avait taut et tant de fois reprouve; aussi
les orleanistes regardaient-ils la proscription
de Carnot comme un triomphe ; ils croyaient
deja recueillir tous les fruits de l'attentat de
fractidor.
Carnot dans sa retraite , songeait avec amerturae a Pincertitude d'opinion qui naissait sans doute en France et dans Petranger , de la violence exercee contre lui ; et pour tout adoucissement , il toumait ses regards vers les armees. II eut ete impossible , en effet , de leur persuader que Carnot avait trahi sa patrie. Le souvenir de leurs triomphes en Italie, etait tout recent ; elles n'ignoraient pas qii'k Carnot etaient dus tous les plans de campagne qui avaient rendu si glorieuses celles del'an i 6r et de Pan 2. Accoutumees a juger par les resultats , elles reportaient k Carnot le bienfait de {'organisation militaire, qui avait elle-m£me organise la victoire.
Seul avec sa conscience et quelques souvenirs heureux , loin de ses parens , de ses amis ,
( 94 ) il eut traine sur une terre letrang&re une existence presque importune , si les sciences et les lettres n'etaient venues rompre de chagrins loisirs.
II passait chaque jour plusifetfrs heures chez un libraire , qui se procurait tout ce qu'il pouvait faire venir de France d'ouvrages marquans. Ce libraire parlait souvent avec effusion de coeur , k Carnot qu'il ne connaissait pas , de ce Carnot dont les journaux fran^ais disaient tant de mal. Un jour il lui remit le rapport de Bail.... qu'il venait de recevoir; Carnot le saisit avec empressement , en fit la reponse d'un seul jet et sans intprvalle , et revint chez son libraire. II dissimulait peniblement avec cet homme, dont les ouvertures franches lui paraissaient meriter confiance et abandon. Ce meme jour il lui dit : <c Vous m'avez souvent cc temoigne le desir de voir Carnot ; le desirezcc vous encore? — Eh! mon dieu, oui.... —
cc voyez-le done; e'est moi. — Ah! ah!
cc Monsieur , soyez-moi utile et vous le serez k cc ma famille : il ne faut pour cela qu'un ou-
cc vrage de vous — Je vous le dois puis-
cc que vous m'en avez fourni le moyen. Voila cc la reponse au rapport de Bail.... que vous cTm'avez confie hier , je vous la donne j puiscc siez-vous en faire quelque profit. y>
( 95) Carriot, en t£te de cet ouvrage, a pris la
qualification de citqyen frangaia, Pun des
fondateurs de la rdpublique, et membre
constitutionnel du directoire exdcutif.
. II etait de l'interet des directeurs d'interccp-
ter la communication de l'ouvrage de Carnot,
et de Jui fermer toutes les avenues ; mais il etait
aussi de l'interet du libraire-editeur de le re-
pandre, et en plus grand nombre possible.
L'interet rend connaisseur , et souyent hasar-
deux. Les vedetes directoriales furent trompees
ou endormies , et bientot Paris et les departe-
mens re^urent l'ecrit de Carnot : il fit , on s'en
doute bien , une fortune rapide. L'a propos des
circonstances , la rapidite du Style , la force des
raisonnemens , le mordant de Pironie, l'ori-
ginalite des portraits des directeurs , et de quel-
ques.autres personnages, tout concourut k sa
vogue et k la confusion des directeurs , dont
les impostures et les perfidies y sont prouvees
jusqu'& la demonstration.
II faut bien extraire de cet ecrit piquant quelques fragment remarquables : je ferais eprouver k mes lecteurs une privation reelle , et je manquerais k mon devoir d'historien si je m'en abstenais.
• c< U m'est enfin parvenu un exemplaiife du « rapport de Bail..,., sur la conjuration de
cc fructidor. (Ainsi debute Carnot.) Je me suis « empresse de chercher dans ce rapport si quelcc que chose pouvait me concerner personnellecc ment, j'ai trouve qu'en effet la commission (C m'avait honore d'une attention particulifere , cc et qu'elle avait consigne mes pretendus decc lits dans environ douze lignes de teste , et cc quarante-cinq lignes de notes.
cc J'ignore si dans tout le reste du rapport, <( elle est aussi veridique que sur Particle qui cc me concerne ; mais je commence par declacc rer , et je vais demontrer tout k Pheure , que cc cet article n'est qu'un tissu d'abominables cc impostures , qu'il ne s'y trouve pas un seul cc mot qui ne porte le caractere d'une faussete <c premeditee , et de la plus insigne perfidie . . .
cc Au bout de six mois de travail et de recc cherche , le rapporteur de la commission cc declare que toute la suite de ce rapport cc est appuySe sur des pieces qfficielles de-
cc poshes chez les ministres
cc ..... .,
cc Eh bien ! moi qui suis loin du cabinet des cc ministres , moi retire dans un village du coeur cc de PAUemagne, je vais prouver k Bail.... , cc que les pieces qu'il dit etre deposees chez
(97 ) cc les miriistres , qu'il dit avoir vues , lues ,
cc n'existent pas; je vais prouver k Bail...., « qu'il en existe une multitude qui constatent cc les faits diametralement opposes k ceux qu'il cc garantit; je vais prouver k Bail...., qu'il « est le plus lache et le plus vil de tous les <c imposteurs. Je rapporterai phrase k phrase cc ce qu'il dit sur mon compte , et je reponcc drai successivement k chacune d'eiles. »
cc Carnot nie qu'il se commette de* ascc sassinats. »
cc Le nombre des assassinate fut sans doute cc fort exagere par les journalistes , et les mo- (( tils de ces assassinats n'etaient pas toujours cc ceux qu'ils leur attribuaient ; mais loin que <c je les aie jamais nies , perso&ne n'a taut cc presse que moi la poursuite des' assassins; <( personne ne s'est recrie avec tant d'amerc< tume contre la partialite revoltante des trice bunaux , personne n'a demande avec tant de cc chaleur et tant d'instance aux membres du (c corps legislatif , qu'ils accordassent enfin au cc directoire des moyens pour arreter ce de-
cc bprdement de crimes
a II s'etait commis k Dijon et k Arras des cc actes de violence ; il y avait meme eu un <c meurtre consomme dans la premiere de ces
( 98 ) « deux villes , et 1'on ne pouvait douter que cc ces actes n'eussent ete l'ouvrage des contrfccc revolutio&ttaires. J'avais recueilli sur ces faits cc des temoignages nombreux et certains ; j'en cc avais fait part au directoire ; et je les avais <c remis au ministre de la police generate , a vec cc invitation de poursuivre les coupables. Eh <c bien ! croirait-t-on que je n'ai jamais pu obcc tenir un rapport sur ce sujet? Croirait-on « que j'en ai parle avec les plus vives instance ces , plus de quinze fois , au directoire , sans « qu'il ait voulu s'en occuper? Les pieces « que j'ai deposees font foi. Les deputes de la cc Cote-d'Or peuvent particuli&rement attester <( l'ardeur que j'ai mise k poursuivre l'affaire cc de leur departement , et tous mes soins ont cc 6te infmctueux. Pourquoi ? Parce que le dice rectoire etait bien aise qu'on commit des cc assassinate ; parce que le remede , selon lui^ cc etait dans l'exces du mal. II voulait , en effet , cc que le mal fut porte a l'exces. C'etaient au- <c tant de pretextes qu'il avait pour accuser les cc membres du corps legislatif , et cenx du <c directoire qu'il voulait perdre. II saisissait <e surtout avidement 1'occasion de deverser sur <c moi l'indignation que devait necessairement cc produire l'impunite du crime dans les de- <c partemens qui devaient plus specialement
(99) c rn'itrteresser. Je suis ne dans le departemetot « de la Cote-d'Or, et marii dans celui da « Pas-de-Calais j voili pourquoi je n'ai jamais «pu obtenir justice j ni pour Pun ni p our «c Vautre de ces departemens ......
<r Protecteur dtclard des rois, ils'Scrie, « for^w dfe^ directeurs republicans fails, saient des propositions honorable* pour « la France. Poidewous done opp rimer « PEmpereur ? »
« J'ai protegS les rois!
fc Et vous, Bail.... , dans cette fameuse lutte, <c comment vous Stes - vous signale tant que ft l'issue enafte douteuse? Demandez k ces « n>is, lequel ils aiment le mieux d'un pro- « tecteur comme moi , ou d'un valet comme « vous. »
«.D** difecteurs rSpublicains ! Je
« n'en connais point panni les triumvirs ; je « n'y connais que de$ assassins de la repu- « Hiqrue et de la constitution.
« Des propositions hono rabies ! QueUes
«sont ces propositions honorables? Quelque « chose d'honorahfe peut^l etre propose par « des gens denues de tout principe d'honneur «et <fe justice? La verite ne devient-elle pas « mensonge en passant pat lews Jxroches im-
cc pures ? L'honneur meme , ~ s'il pouvait en cc approcher , ne serait - il pas fletri par leur cc souffle empeste? N'expirerait-il pas surleurs
cc levres gangrenees? . . . v
cc Vous voulez done opprimer VEmpe-
cc reur? Ce n'est pas cela, Bail.... ; mais
cc j'ai dit k ces Don Quichottes ; Vous ne voulez cc done point la paix avec Pempereur; si vos <c conditions sont tellement oppressives pour cc lui , qu'il lui soit impossible de les accepter cc sans courir evidemment h. sa perte, ii vaut cc mieux declarer franchement <jue vous voulez cc reprendre les hostilites , que vous voulez une cc guerre d'extermination. A ce mot , Reveillfcre cc bondit sur son fauteuil , et dit qu'il ne sait pas cc s'il doit plus long-tems tenir seance. J'obcc servai a Reveillere que je ne faisais que rap~ cc peler ce que Bonaparte avait ecrit plusieurs cc fois, qu'une paix ne pouvait etre solide qu'aucc tant que les clauses en etaient au moins cc tolerables pour le parti vaincu ; que ce serait, cc laisser subsister un levain d'irritation qui tot cc ou tard produirait une explosion fatale ; ce cc developpement parut un peu calmer la vipere cc qui se remit en rond sur son fauteuil. . . .
- cc Jl rty. <wa& P<*s Jusqu'a F existence po-
cc litique du Pope qui ne lui fut chkre.
• cc Probablement , puisque Bail.... ne dit
cc rien quine soit appuyS sur des pieces offi-
cc ciettes dipostes chez les ministres , il se
<c sera trouve parmi ces pieces une correspon-
cc dance entre Pie VI et moi , qui aura ete in-
« terceptee. Mais pourquoi Bail.... n'amuse-
<c t-il pas le public , par quelques extraits de
cc cette correspondance? Le pape m'aura en-
cc voye des agnus , des indulgences plSni&res
cc pour me mettre dans ses interets ; ils auront
cc ete saisis <quand on a mis le scelle sur mes
cc papiers. Le petit Reveillere avait en efiet
a tellement peur du pape , qu'il le voyait sans
cc cesse k sa poursuite , etendant Jes doigts pour
cc lui donner sa benediction. Le vicaire de Jesus
cc etait un rival dangereux pour lui , qui voulait
cc aussi etre chef de secte
<c Reveillere qui ne croit pas en Dieu , et qui cc passe sa vie a tourmenter les hommes , s'encc rola parmi ceux qui se disaient les adorateurs cc de Vtiire - Supreme et les bienfaiteurs de cc Thumanite ; et rSvant deja qu'il est le fence dateur d'une nouvelle religion , un autre cc Mahomet , il se met aussi a faire son Alcoran. «c Cet puvrage pour lequel il mit son esprit k
« fa torture pendant plusieurs mois , parce qu'Il <c n'avait pas , comme son predecesseur , un cc pigeon qui vint lui becqueter l'oreille , donne cc precisement la mesure de sa capacity. U lut cc son chef-d'oeuvre a PInstitut national , qui <c s'abstint de rire k cause de la dignite du <c personnage , et chacun se pin^a pour s'em-» <c pecher de dormir ; mais on ne s'extasia point , <c comme on aurait du le faire , sur cet ecrit , cc trop profond pour etre bien k la portee des cc membres de PInstitut. Reveillere fat pique <c au vif ; et c'est particulierement depuis cette cc 6poque qu'il devint pointilleux , acariatre , cc entrepreneur de nouyelles revolutions y et cc que, ne pouvant etre Mahomet, il voulnt
cc £tre S&de
cc Reveillere , qui croit que tout ce qui n'est cc th6ophilantrope est necessairement catholicc que , digne d'etre crucifie , voyait en moi cc un grand ami de la cour de Rome. Pavais cc beaucoup loue Bonaparte d'avoir dedaigne <c la vaine gloire de marcher sur cette viile , cc pour combattre un ennemi plu6 dangereux , <t dont la defaite entrainait la chute de Rome cc et de toute l'ltalie. Le theopbilantrope vou- «clait, au contraiie, qu'on fiit d'abord au
( io3) <( Capitole chanter un hymne sur It cendr* « des Gracques ; et l'enlevement de la bonne <c Vieige de bois vermoulu qui etait k Lorette p <c lui paraissait une victoire bien plus imporcctante, que l'enlevement des drapeaux da <c*bataillon de Vienne.
<c J'aurais renie cent fois par jour Jesus et (( le pape y que je n'aurais jamais pu oter du a cerveau de Reveillfcre que j'etais catholique 9 (c apostolique , et surtout romain. Les grands (( hommes ont quelquefbis des maladies mo- (( rales , dont il est bien difficile de les guecc rir ; Pascal se croyait toujours plonge dans «une rmere jusqu'au nombril; Revelli&ro ccse croit toujours dans une cruche d'eau
cc benite
<r II prdtendait changer en autant de <t royaumes toutes nos conquStes, et la crda- (( tion surtout (Tun royaume de Lombardie vflattait singulii rement son imagination* « Barthdlerm tdmoignait , par de graves, « inflexions de Ute> combien cette doctrine H lui convenait.
« Je cherche dans ma tete ce qui pent avoir « donne lieu au trio , de febriquer cette im-
( io4 ) « pertinence, et je crois avoir trouve le fin <sc mot ; le void :
' cc Je voulais qu'on donn&t au due de Parme cc quelques parties des terres papales (malgre cc mon attachement pour sa saintete ) et du cc M odenois , en echange de la Louisiane et d& cc la Floride , que le roi d'Espagne nous aurait cc cedees dans le dessein de procurer a Pinfant cc un etablissement plus considerable. Je trou— cc vais k cela deux a vantages: i°. celui, non cc pas de creer un nouveau royaume en Europe , cc mais au contraire de republicaniser une vasle cc et belle contree de PAmerique , qui nous cc eut donne une si grande influence sur les cc Etats-Unis, et que les maladroits, ou les * cc traitres , qui ont fait le traite de PEspagne , cc ne se sont point fait conceder, lorsque la cc chose etait si facile ; 2 . d'opposer k Pem— cc pereur en Italie une plus forte barriere que <c la repuMique Cisalpine seule ; car le roi d'Es- <c pagne, fortement interess£ aiors aux affaires <c de ce pays > aurait ete un grand contre-poids ce h la mai&on d'Autriche. Ajoutez que e'etait « un moyen de plus d'assurer la paix et Pal— « liance de la republique Frangaise avec PEs- <c pagne, car PEspagne aurait senti le besoin cc qu'elle avait de nous pour se soutehir ert cc Italie centre Pempereur; et si elle avait
( ><>5 ) <c voulu nous faire la guerre , die se serait cc exposee k se voir attaquer par nous dans « les deux endroits a la fois. O'etait done la «c meilleure garantie qu'on put se procurer «c d'une alliance durable avec l'Espagne. Mais « le trio , qui a la vue pergante , a demele tout (( de suite qu'il s'agissait de la resurrection d\i a royaume des Lombards ; et la crainte de re « royaume imaginaire l'a emp£che d'agrandir <c la republique d'un territoire immense, inutile (c a l'Espagne , nuisible meme pour elle , et <( de tendre les bras a ces anciens Fran^ais cc qui soupirent depuis si long-tems apres leur cc reunion a leur premiere metropole. Honneur <c d nos directeurs rSpublicains I
« Quant k cette multitude de petite royau- <c mes dont je voulais entourer , comme d'aucc tant de planetes, le soleil de la republique, <c quoique cela soit vraiment fait pour flatter « P imagination , j'avoue que je n'en ai au~ (c cun souvenir quelconque ; mais je promets cc k Bail. ... de lui repOndre sur ce point , aussi- « t6t qu'il aura produit les pieces officielles <c qui sont dSposdes chez les ministres.
« Les graves inflexions detete deBarthelemi c< sbnt sans doute aussi parmi les pieces ojfi- <c . cilslles ddposSeschez les ministres ; Bail — fiC nous dira un jour quelle figure elles y font
( «o6 ) <r Le pauvre Barthelemi serait bien etotme <c si , sur le grabat ou il repose ses infirmitea cc parmi les sauvages , on allait ltd dire qu'il (c est \k pour ses graves inflexions de t4te «c lorsque je proposals de faire des roy&umes. cc Helas ! dirait-il , je croyais n'avoir jamais ou'i cc paiier de royaumes k mon coilfegue Carnot , cc que pour les detruire ; mais laissez-moi , je cc vous prie , mourir en paix parmi ces hon— cc netes gens , beaucoup moins sauvages que cc vous : eloignez-vous de ces cabanes , ou la cc corruption n'a pas encore penetre. Est - il cc possible qu'un gouveraement , pour justifier cc ses actes de barbarie , en soit reduit k re— cc courir k de si laches moyens , k de si plats cc mensonges !
cc Je viens d'epuiser Particle du texte qui « me concerne dans le rapport de Bail.... ; je cc passe maintenant k la note page 5 2 et 53. cc C'est ici apparemment que sont les bottes cc secretes.
cc Ce rCest pas settlement en soutenant cc VAutriche , et en disant qu'on voulait cc Vopprimer , que Carnot dicelait le *ys~ cc t&me quHl suivait secrHement pour per— «c dre la rSpublique.
cc Lorsqu 9 on traitait les affaires de la cc Hollande , lorsqu 9 on discutait le projet
« de traitS dans lequel on votdait tenir
<c loyalement la promesse faite a cette rd-
Kpubligue naissante, de ne pas sSparer
« nos intdrSts des siens , lorsqu'on calcu-<
(C lait lea may ens tfarracher ce pays aux
<c dScJuremens dont les stathouddriens et
<c les anarchistes le menaQcdent 4galement ,
« lorsqu'on cherchait les mesures a pren-
« dre pour y constituer un gouvernement
« et assurer la libertd , Carnot soutenait
<c quHl fallait sacrifier la Hollands ; que
« son sort devait nous Stre indifferent j
a que nous ne devious pas nous inquiSter
« si VAngleterre gardait quelque chose de
« ses proprUtis. QuHls se bat tent entr'eux,
<c au surplus , tant quails voudront , discdt~
oc ilj il n*y a pas grand mal a cela pour
vinous. »
a Qui vons a dit tant de belles choses, Bail*...? <c Ce ne stmt pas les pieces ojficielles dipostes <c chez les minintres , car on ne depose pas « chez les ministres des paroles , et des paroles <c emises dans le sein du directoire ; ce sont « done encore nos avgustes directeurs dont la
<c veracite est demontree
« Mais Tons - meme , Bail. ... , vous , leur ccfidele interprete, ne faites-vous pas leur
( io8 ) cc profession de foi et la votreV lorsque vou$ cc dites au corps legislatif : Banrtissons , je le <c rSptie y ces absurdes theories de priten— <c dies principes , ces innovations stupides <c de la constitution. Tout votre systeme y <c tout celui de vos heros est dans ce peu de <c paroles. Les principes ne sont que pour les <c sots ; la bonne foi , la fidelite aux engage- <sr mens , ne sont que pour les sots ; il n'y a <c de bon droit que pour le plus fort ; toutes <c autres theories de pretendus principes sont cc absurdes : celui qui les inyoque est un stucc pide. Le 1 8 fructidor n'a-t-il pas mis tout cc cela en evidence ? Et d'ailleurs on ne cher- <c eke point a prouver la lumiere y les ancc nales de 1'antiquite deposent toutes en faveur
«c du systeme de Bail Le stupide Aristide
cc est chasse de son pays ; le stupide Miltiade cc meurt en prison; le stupide SoCrate boit la cc cigue ; le stupide Caton est reduit a se donner cc la mort ; le stupide Ciceron est assassine par cc l'ordre des triumvirs ; le stupide Phocion cc qui y lorsqu'un Athenien le voyant alier au <c supplice , s'ecrifc : cc O respectable vieillard ! «c qui eut jamais pense que tu dusses mourir cc ainsi ? Repond : n'est-ce pas ainsi que sont a morts tous ceux qui ont rendu des services cc St la patrie ? »
( io9 )
<c Vousavez seme , Bail.... , dans votrt&rit f - <x des maximes admirables , et bien superieures cc aux lourds preceptes de la philosophic ; mais
oc parlous de la Hollande » Ici Camot
eutie dans une discussion si claire et &. fort empreinte du caractfere de la verite, qu'elle est sans replique; mais elle est d'une telle &eiidue, que je suis force d'y renvoyer les lecteurs.
II poursuit ailleurs : « La constitution fat (( outragee : on ne peut point faire qu'elle ne cc l'ait pas ete ; on ne peut pas faire qu'un cc crime commis, n'ait pas ete commis ; mais cc il ne faut pas demeurer en crime permanent; cc il ne faut pas que ce soit un heritage qui cc passe d'une generation legislative a 1'autre,
cc d'une session a la suivante. . . .•
a J'ai fait beaucoup d'efforts pour ramener cc ceux que je voyais , et ce n'etait aucun des «meneurs, aucun de ceux dont le systeme cc liberticide me paraissait forme; mais des recc presentans eclaires , courageux , republicans, cc malheureusement exasperes. D'autres ont escc saye de venir ghez moi , et ma porte etait «.ouverte a tous les represehtans du peuple «jndistinctement; mais il en etait que mon
cc succes de leurs tentatives j et ils savaient cc qu'ils imprimeraient trop d'horreur au peu— cc pie devenu rassis , et instruit par Pexperience <c du passe. Mais ils ont mis plus de rafinement cc dans leur criiaute , et n'ont pas fait moins de <c malheureux. Les proscrits de la seconde cc septenibrisation , sont les victimes immolees cc aux m&nes de d'Orleans. L'histoire cbmpren— <c dra sous le meme nom generique les coxy— cc phees de Pune et de Pautre ; elles ne seront cc qu'un meme fait pour ceux qui cherchent k cc voir les evenemens dans leur cause.
cc Beaucoup de represeritans ne se sont pas cc aper§us du role infame qu'on leur faisait cc jouer ; le meme precisement que celui auquel cc fut reduite Passemblee legislative , lorsque cc T..... , au nom de la commune, vint ltd cc annoncer qu'on allait delivrer la France de cc ses ennemis , et vider les prisons par un cc egorgement universel. Les premiers septemcc briseurs ont eu une grande jouissance , en cc voyant s'accroitre leurs co-associes , de ceux cc meme qui , jusqu'alors , ayaient fait, au moins cc en apparence , profession de les fuir. Ils ont cc voulu , en Phonneur de Pimmortelle journee <c de fructidor , leur faire elever des monumens , « et celebrer des fetes que, dans leurs orgies <c et leurs conseils secrets , ils auraient rappor-
< "3 ) * t£es & Pepoque de ga > aussi bien qu'k cdle
cc de 97; probablement que ce secret leur a
<c ecbappe , et que c'est ce qui aura fait ajouiv
<c ner Pexecution du projet sublime & des terns
cc plus keztreux. . , » ; k . . .
cc . * • . .
CC
cc La haine que me portaient plusieurs memcc bjnes du directoine, B..... surtont, prenait
<c sa source dms des ev&nemens bien anteriem? <( a sa formation : B,,.» . etait d*une {action que <c j'ai toujours eue en horreur ; de cette faction <c qui voul^it d'abord porter d'Orleans sur le <c trone; qui, q'ayant pu reussir, smagpna de «c travailfer pour sou propre compte, et qui cc finitpar se diviser dte-meme eu deux autres 9 tx l'une Dautouieune ? dominant au* Cordeliers , <cet Pqufre Robftpiemenne , dominant aux cc Jacob^s.^ kl^ commune de Paris 5 dscetjte <c faction ,-mfin,, qui, d'ibord si qoutraire ap <c systkme republican , en porta ensuite les « principes jusqu'i Pexaltation , Iprsqu'elle vjt «c qu'eUe pouvait en profiter pour se mettre A <c la t&e 4e h wpuMique. ..........
cc JB. . . . • etait 4b la faction Dantaaienne , aiusi <£,que la pluparf de ceux qui se sunt qualifies
( "4) a de thermidoriens par excellence , mais qui ,
cc le g thermidor, independamment du danger
cc qui les menagait , et auquel il etait urgent
<c de faire face , Songeaient beaucoup moins k
cc abattre un tyran qu'Jt en venger un autre,
cc et & retablir la tyrannie decehri-ci dans leurs
cc propres mains, Et quels etaient , en effet , ces
cc pretendus vengeurs de Phiimanite? C'6taient ,
cc parmi les principaux , ces m£mes hommes
cc qui ayaient inonde de sang les villes de Paris ,
cc de Bordeaux et de Marseille.
cc J'ai dej& observe que le double talent de cc la faction orleaniste , dont les restes travaillent cc aujourd'hui pour leur propre compte, et sont cc les veritables auteurs de fructidor , etait de cc s'approprier le fruit du travail des autre*', cc et de faire toujours retomber sur ceux-ci la
cc punition de leurs propres crimes
cc .....*.......*.....
cc Le tigre de Panarchie mikhait k vide decc puis long-tems: s'a etepourlui une joie cc inexprimable , quand il a vu le directoim cc lui jeter deux de ses propres metnbres j pour cc apaiser *a grosse faim 5 quand il a vu toniber
« dabs s* gueiile celui qui l'ayait fait jedner « si -long-tems ; le seul de tons les membres cc du dfrectoire qui eut aime la liberte dhs le cc principe ; qui 1'eAt aimee pour elle-m&ne ; « qui Peut servie efficacement : car ce sont ceuxcc la surtout qu'il aime k devorer. Si j'eusse (( ete royaliste ou republicain de drcoustance , cc comme mes collogues , ii m'eut vu tomber <c ayec indifference. Ce sont des patriotes purs cc qu'il lui faut: aussi a-t-il senti pour ses <( pourvoyeurs une tendresse d'etonnement , et
cc il leur a leche un instant k main
« Quelle bizarrerie ! Les triumvirs ont v6cu cc pendant deux ans dans 1 'insouciance ; ils ne <c se sont occupe de rien, ils ont abandonne « le corps legislatif aux fureurs de toutes les <c factions ; aucune n'a ete ni preyenue , ni decc jouee par eux ; ils n'ont cesse de l'insulter , cc d'en avilir individuellemftnt les membres, cc ils ont fini par les mettre sous leurs pieds ; cc et ils sont proclames par lui les sauveurs de c< la liberte ! J'ai , pendant deux annees , fait « pour la surete de la representation nationale <( le devoir d'une sentinelle vigilante; je lui « ai fait un rempart contre les brigands qui « voulaient l'assassiner ; j'ai ecarte d'dle. les
( * lft >
a plus dangereux orages ; j'ai voulu qu'eHefut « honoree , inviolable jusques dans ses ecarts , « respecfcee dans chacim de ses membres ; et cc je suis proscrit par elle I Je recueille pour cc fruit de raon devouement , la ctifiamation , la <i mi&ere! ! ! Eh bien ! legislated > triumvirs , cc generaux qui avefc trahi vos devoirs , Bwnistres cc qui avez servi l'iniqnite , je vous le repete : je « pre&re mon sort an votre. Oui , ma proscrip- « tion m'est ch&re ; puisse-je avoir pu la me- « riter par plus de zele encore pour la gloire
<c et la prosperity de ma patrift . . *
cc . .. .. .. ....... . . .. . •
cc O France ! 6 ma patrie! & grand peuple , cc veritahlement grand peuple ! c'est sur ton cc sol que* j'eus le bonheur de naiire ; je ne puis <c cesser de t'apparteuir qu'en cessant d'esis- <c ter : Ui sen&rraes tous ks objets de mon cc affection , Pouvsage que mes mains oat concc tribue k fonder ; le vieiUard probe qui rae cc donna le jour ; une fanaille safes tache ; des n anus qui coimaissent le fond de mon coeur , <c qui savent si jamais A eon$u£ d'aatre pensee ct que eelle du bonheur de ses eoHipatriotes ; cc s'il forma d^autre vcew queoelui de ta gloire cc immortelle , de ta eonstante prospeiite : re- «c gqis ce voeu que je renoftvelte chaque jour ,
cc que j'adresse en ce moment k tout ce qt»
<c tu renfermes d'ames honnetes et yertueuses , cc a tons ceux qui couscrveut an dedans d'eux- <c memes 1'etincelle sacree de la liberie ; et je cc finis par la pritaedeaSpartiates : O Dieux !