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CHAPITRE II

Cornet depuis le 8 juillet i8i5 jusqu'a sa

sortie de France.

La scfcne vaiait de changer ; et par suite de ce changement, Paris cessait d'etre pour Carnot un sejour sans danger. II s'enfonsa dans son rcduit champetre k Cerny.

Le roi , k son retour , avait recompose la machine administrative de l'etat : il avait norame aux ministeres. Un seul restait r et resta long-tems vacant; et mille bruits se repandirent sur les intentions secretes de Sa Majeste. La nomination de Fouche au ministers de la police , autorisait les faiseurs de nouvelles k supposer Carnot reserve , in petto , pour celui de I'interieur; elle justifiait de louables esperances.

Un Fran§ais , digne de ses rapports avec Carnot , par ses qualites personneUes , et par la consideration qui l'environne , lui ecrivit k ce sujet, et lui soumit ses reflexions particuliferes. Sa lettre , expression desinteressee d'ujj.

(227 ) fcoeur tout ftangais , aurait fortemcnt , ptussamment , peut-etre , agi sur celuf de Camot , s'il avait pa embrasser Pespoir que les services qui lui restaient k rendre , pussent etre utiles k son pays , et agreables au roi. II n'en e&t pas la pensee; sa reponse en fat la prcuve.

Cette reponse , comme elle m'a ete rapportee , serait desesperante , si Pon ne pouvait croire que , toute pure dans son intention et dans ses motifs, elle est aussi le produit d'une pensee affaissee par des maux tout recens , par Paspect des plaies dont la profondeur laissera , il est vrai, de larges cicatrices, mais dont un tems d'une moins longue duree que celle que PamoUr de Carnot pour son pays lui a fait apprehender, viendra k bout de guerir.

II suffisait k Carnot de quelques consolations «pie Pamitie faisait parvenir, par intervalle, dans sa retraite ; et il s'y livrait sans reserve , quand Pordonnance du 24 juillet vint le frap-^ per , et briser son ame.

Cette ordonnance condamna tous ceux dont les noms y sont consignes , « k sortir dans cc trois jours de Paris ; k se retirer dans Pin- <c terieur de la Prance , dans les lieux que le oc ministre de la police generate devait indict quer , et h. y rester sous sa surveillance , en ft attendant que les ehambres statuassent sur

a ceux d'entre eux qui devraient du sortir dfc C£ royaume , ou etre livres aux tribunaux. »

. cc Et elle portait pour disposition particulieie, q. que ceux qui ne se rendraient pas au lieu a qui leur serait assigne par le ministre de la $ police generate , seraient sur-le-champ arte retes. »

II fut bien douloureux , 1'ordre de s'e&patrier , pour un citoyen dont les affections sont tout entieres & sa patrie , qui lui consacra tous ses jours, et k qui elle dut tant de gloire, Serait-il bien vrai que ses adieux et ses regrets? fussent 6ternels ? Esperons qu'un terns vieadra, ou la justice et la paix feront un pacte entr'elles , et reuniront en famille les enfant d'une meme mere, sous les ailes d'un pere y ramene par son coeur vers des enfans qu'il n'eloignapas sans regrets, sous quelquescouleurs qu'k ses yeux on ait pu les peindre, Cc voeu est le mien , et qui oserait le b lamer ? Les exiles sont mes freres.

Cette ordonnance etait & peine connue , et dejk l'on disait que des officiers superieurs des armees coalisees ayaient offert k Carnot une sauve-garde , une escorte , au besoin assez nom* breuse , pour favoriser sa retraite , la faire i«specker , et en assurer les moyens. Les qucre/ies des etats et des princes entre eux > n'eteignent

( "9 ) pas dans les hommes d'honneur de nations

differentes , les sentimens d'estime meritee ; elles n'obscurcissent pas l'eclat des belles actions. La vie politique et militaire de Carnot avait ete justement appreciee par ces braves ctrangers. II refiisa, dit-on encore, leurs secours , decide k ne quitter la France que quand il y serait contraint. I/esperance est la derniere ressource du malheur. Carnot se flattait que l'ordonnance du 24 juillet serait rapportee , et qu'elle 'ne survi vrait pas au retablissement de la tranquillite publique.

Cet espoir l'avait port6 k refuser les passeports qui lui furent offerts pour, l'etranger , f/L pour se justifier aux yeux du monde entier> au moment surtout ou les chambres allaient se reunir, il ecrivit et publia pour eclairer sur son compte , leur religion et leur justice , Pexpose de sa conduite politique depuis le i. er juillet 1 8 1 4 ; il le fit distribuer k tous les membres.

Le style de cet ecrit est simple et digne ; il porte le cachet de la verite. Je craindrais d'en attenuer la force par une analyse ; j'aime mieux en citer les endroits qui me semblent ofTrir plus d'interet, en raison des renseignemens historiques qu'ils fournissent.

cc J'ai long-terns besite k reprendre la plume cc dans les circonstances actuelles , parce que

( 23o ) cc Je n'aime point a ecrire sur les matieres po— cc litiques. Je ne cherche ni k faire parler de «c moi , ni k me faire outlier , parce que je sais cc me contender du temoignage de ma conscience cc et mepriser la calomnie ; mais l'ordonnance cc du roi , datee du 24 juillet dernier , me force cc k rompre le silence , en me comprenant dans <c la liste nominative de ceux qui doivent reset ter liors de Paris , sous la surveillance du cc ministre de la police generale , jusqu'a ce quo cc les chambres , qui viennent d'etre convoquees cc pour le s5 septembre , statuent sur ceux de cc cette liste qui devront ou sortir du royaume , k,ou etre livres a la poursuite des tribunaux. cc ( Afin qu'on ne calomnre pas de nouveau cc mes intentions , je commence par declarer cc formelletnent que je separe entiereinent de la cc personne de S. M. , qui est inviolable etsacc cree , cclle de ses ministres , qui sont essence tiellement responsables. C'est done k eux cc seuls , que doivent etre rapportees les obsercc vations que le droit naturel peut rendre <c necessaires , k un prevenu , pour sa propre «c defense. )

cc Au moment qu'il est avpue par Particle 4 cc de l'ordonnance , qu'elle devie a la Charte cc constitutionnelle , les chambres ne sauraient. cc participer a son execution , sans deroger

C elles-memes k cette Charte ; et les dangers « d'une semblable violation sont assez connus , «c pour qu'on demeure certain que la sagesse <c des legislateurs saura en preserver la France. «c Ge n'est done pas pour me justifier d'avance , « aux yeux des chambres , que j'offre cet exec pose succint; mais j'ai besoin de»conserver « l'cstime dont le public , toujours impassible, <t m'a honore , au milieu des persecutions de « tous les genres que j'ai deja eprouvees ; je c soulage mon coeur , en lui prouvant que je cc n'ai pas metite de la perdre ; que je n'ai « cesse de consacrer , jusqu'Si la fin , toutes <c mes pensees et tous mes voeux au bonheur « de ma patrie.

<c Pourquoi, parmi tous les ministres k porte- <sc feuille de Napoleon , et parmi tous les mem- « bres de la commission du gouvernement , a suis-je le seul compris dans Pordonnance du a 24 juillet? Supposerait - on qu'ils etaient <c moins sinceres que moi ; qu'il y avait quelle que arriere-pensee dans leur plan de con- «c duite ? Non : mes collogues repousseraient «c ces soup^ons injurieux a leur loyaute. Je me «c plals k leur rendre cette justice; j'ose croire «c que nous nous sommes tous montres egale- <C ment zeles dans l'accomplissement des man- <ac dats qui nous avaient ete confies ; si nous

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