POINT DE FAIT
U N ouvrage portant mon nom , dont le manuscrit signe par moi portait aussi man adresse, ayant pour titreCARNOT, etpour epigraphe, fruit ur famd sui , fut remis par moi k Madame veuve Peronneau , imprimeur-litraire , avec invitation de l'imprimer. J'ajoutai,parce que ma conscience me le disait, corame elle me le dit encore , qu'il ne contenait rien qui put cpmpromettre , je ne dis pas seulement % sa s&rete , ses interets , mais sa delicatesse y sou attachement k tous ses devoirs , dont la garan^ tie toute entiere e$t dans son excellent^ et in~ attachable reputation.
Cette dame fit , conformement an* lois sur la librairie , sa declaration a la direction gene*-, rale, le 5 fevrier dernier: son recepisse porte la date du 6 ; PInspecteur de la librairie r M. Huiasart cPHSron , dont on n'accusera jamais le zele d'etre en defaut , quand , surtout , il s'agit des devoirs de sa place , a regulierement suivi l'impression de mon ouvrage, comme celle de tout ce qui s'imprimait chez Madame veuve Peronneau j il a pris avec beau-
coup de regularite note des feuilles , k mesure qu'elles passaient ou sortaient du tirage ; il a vu et pris date du jour ou Pouvrage , tire dans son entier, a ete livre au brochage; il Pa vu rentrer en magasin ; et de tout il a du faire , et n'a pas manque , j'en reponds , de faire son rapport au chef de division de la direction generate de la librairie , remplissant les fonctions de Directeur general.
Le i o mars Madame veuve Peronneau a fait h, la direction de la librairie, le depot de cincx exemplaires , conformement k la loi. Le chef du bureau charge de la partie des declarations et des depots , lui a fait dire , qu'a quatre heures on lui enverrait son recepisse : tous les imprimeurs savent que sou vent ce r&episse de depot leur est envoye par un commissionaire 9 quand au moment ou le depot se fait , quelques occupations particulieres des employes , les retiennent h. d'autres soins.
Madame Peronneau pouvait d&s-lors , sans courir aucun risque devant la loi , me livre* Pedition de mon ouvrage , et j'avais le droit de Pexiger ; ni elle , ni moi , n'en eumes la pens^e; moi, parce que j'etais averti par ma conscience et mon sens intime , que mon ouvrage ne contenait rien de reprehensible; elle f parce qu'elle n'ayait aucun doute , et comptait
( 19 ) *m pen sur mon discemement , beaucoup sur
ma probite.
Eh ! comment aurions-nous eu la moindi* incertitude? Nous n'avions pas cesse d'etre sous Pempire de la loi du 21 octobre i8i4 sur les ecrits imprimes. Cette loi est demeuree dans toute sa vigueur , en tout ce qui n'estpas contraire & Particle unique de celle du 28 fevrier dernier. Ainsi Pa dit a la chambre des Pairs, le 25 du meme mois, le Ministre de la police generate.
Mais cette loi , dans les articles 4 et 5 du titre L cr , autori^e le Directeur general de hi librairie , k surseoir h. Pimpression des ouvrages, diffamatoires , capables de troubler la tranquillity publique, contr aires a la Charte constitutionnelle , blessant les bonnes moeurs* Le Directeur de la librairie n'a pas juge que mon ouyrage offrit aucun de ces caracteres et merit&t cette suspension , puisqu'il ne Pa pas ordonnee. II n'a pas juge qu'aucun genre de poison put etre surpris dans mon ecrit, puisqu'il Pa laisse circuler ,' pendant plus d'un mois , dans un attelier d'imprimerie. On ne contestera pas, sans doute, qu'un ecrit seditieux, ne fut , en quelque sorte , plus dangereux dans un attelier queiconque, que dans un magasin de librairie.
Voudrait-on dissimuler le manque de pr£»
caution qui > dans cette circonstance*, s'attaclierait a la direction de la librairie, en la couvrant do pretexte specieux du respect pour la liberte de la presse ? Ce ne serait la qu'une derision. Privenir pour n'avoir pas k r6pri~ mer 9 repondrais-je d'abord, est de devoir rigoureux pour les hommes charges de veiller k toutes les tranquilities , physiques et morales , generates et individuelles , publiques et particulieres.
Eh ! avec quelle qualification ne pourraiton pas poursuivre en presence de l'opinion publique , de cette opinion , time sourde qui ronge le fer que Von fratte contre elle , le sommeil apparent et le brusque reveil de la direction de la librairie , si l'on savait surtout , qu'avant de livrer un autre manuscrit k Pirnpression , j'avais voulu en confier Pexamen, I'abandonner aux conseils du chef de division de la direction de la librairie , qui me repondit cc que cela ressemblerait trop k la censure <c dont le ministre avait voulu detruire jusqu'k cc l'apparence ; qu'il le devait moins pour moi <c que pour tout autre , a cause des rapports <c que l'on savait bien que nous avions eu « ensemble ; y> ( il avait ete professeur de rhethorique de mon fils ). Si l'on savait que pres
d'un mois avtnt le depdt de man carnage, j'arais eu , h son sujet , k la promenade , une longuc et fort etendue conversation arec cm des chefs de la direction charge de Pexamea des ouvrages ; si Pan aavait enfin , que dans une autre circonstancc , j'avais Xaiit le sacrifice d'u» ccrit k des considerations particuli^res , dont ceux k qui elles se rapportaient , tie m'ont, dans cette nouvelle occasion , tenu aucun compte, quel nom merite la conduite de la direction de la librairie envers mot , dans cette circonstance ? Ne pourrais-je pas l'appeier embuche 9 tri bucket 9 ptege y pour eviter, par suite de mon respect pour toute institution
publiquc, de prononcer le mot.. Le
public vient de le faire entendre, (a)
Quand je dornaais du sommeil des homines irreprochables , mon ouvrage fat saisi ; e'etait le 1 1 mars k cinq Keures du matin , et il resulte du proces-verbal de saisie, que pas un seui exemplaire u'a ete distrait. J'avais donne ordre de faire opposition k la saisie et Phuissier s'ea •occupait, quand je regus un mandat de comparution deyant un des Juges instructeurs. Je parus sans delai , quoique son mandat ne m'eut ete signifie qu'k neuf heures , du jour ou je
(tf) Guet-apeus.
devais comparaitre a midi. Mes r^ponses a ses questions furent franches , et son proces-verjbal portc ma reserve de m'opposer a la saisie de mon ecrit , d'apres le droit accorde par la loi aux auteurs d'ouvrages saisis.
Cettft opposition fut, en efiet, signifiee le 1 5 a M. le Procureur du Roi ; a sa requfetc je fas cite devant vous; j'y comparus le 22.
Dans cet etat de la cause vous entendi tes, il y a huit jours , M. le Substitut du Proctutfuir du Roi sur le contenu de mon ecrit Je vais eft suivant la iiiarche qu'il m'a lui-meme tracee, repousser par des justifications irresistibles d'abord ses accusations en masse , ensuite ses reproches en detail.
Ses accusations en masse ! dans mon ecrit, j'ai prof esse , au dire de M. le Substitut du Procureur du Roi, la doctrine revolution-* naire y je rCai choisi qu 9 a cette intention Fhistoire de Carnot > pour , en remplissant mon cadre , m'abandonner a mon attrait pour la revolution.
J'ai attaquS le systSme auguste de la Hgitimit4 : il r 4 suite de mon outrage que Louis XVII rtaurait pas succedS a Louis XVI y et Louis XVIII a Louis XVII; que Louis XVIII daterait a tort
#es ordonhdnces et tous lea octes de son gouvernement de Pan vingt-dauxi&me de son r&gne.
Je Pai bien etatetidu ; le public Pa bien entendu comme moi :. et quelques journaux da diraanche a3 ont colporte ces vehementcs et ftusses assertions.
Mais qui a dit k M . le Procureur du Roi tant et dfe si etranges choses ?
Depuis cette grave sortie contre moi , j'ai lu et relu mon ouvrage, et par.une bisarrerie fort remarquable , les mots legitimes ou ISgitirnitd nese trouvent pas meme dans une seule de mes trois cent douze pages. Des reflexions sur la date des actes du gouvernement , ne s'y trouvent pas davantage.
A part que ces grandes questions politiques etaient hors de mon plan ., puisque je ne dis~ cute pas, m&me de loin , aiicune question poli- * tique , on n'aurait pas du supposer qu'Jt mon age , avec mon experience , et surtout avec ma reconnaissance inalterable pour tout ce que j'ai du a Louis XVI ( j'etais jeune encore et ii m'avait comblede graces) j'eusse eu, nonpas le tort , mais la pensee , tnais Pintention d'attaquer , de contester la succession au trone de ceux dont j'ai dit aux pages 28 et 29 de mon
( 34) ou^rag^ (de cett^ edition 17) <cqwtnousregar- <^ diops coou^e la voix 4^ ' a na ^v*i ^U 6 ^ cc nous parlait en fayeur des rois dopt nous « etipiis. ^cqoutumjes k yoix> fyfws taut de c<; qfedjUL V? $ang $u,r l^tppne. >} Qu*wl JP signals « un$ fapUou, ^uriftppOa, c^'# ejaijt d» d^ cc voir des gens de bien de dejcqtgr. y> Qnmdt je djsais en me important i ces terns malheureux , cc que la nation n'a vait rien k .gagner , (c pas m6me pour son independance , au cnancc gement honteux de dynastie que preparaient a les fauteurs de ce'tte conjuration impie qui «. ne voulaient faire regner leur roi par le peucc pie , que pour regner eux-memes par leur cc roi , et que la France ne pourrait recevoir cc aucune espece de Kberte d'etres qui degrade des par l'habitude cPune longue servitude, cc ne soDgeraieni qu'k se venger sur nous de <^leur fciupili^tion passeq. y> Quand j'ajoutais cc- que Pesperance d'une paix durable avec les cc puissances da dehors ? n$ pouvait ser^ir $& a pretexte k cette transition} subite et forces , cc que Louis XVI &ait en paix ayec toute cc PEurope, qu'auqra prippe ne l'attaquaitencc Core ouvertement , et que. si des machinacc tions perfides , si d£s trames sourdes etaient cc ourdies contre lui par uu cabinet impatient cc de venger son orgueij, humilie hors chi con-
C 4* ) v '* titaaiU lfe cabinet <le Louis XVI prticlainait
« le b'esoiri d'une harmonie fcacree entfe lefe
xz pe&jfteS et les rbis , et professait le syst&nfe
fc de la bienveillance univeteelle. »
Si la main (run genie inalfaisatrt n'a pas arrache ces 'deux pages de mon ecrit danfc i'fcxemplaire soumis a M. le Substitut du Pro-? cureur du Roi , j'ai k regretter qu'elles aierifc echa^pe & sou attention.
J'ai profess^ la doctrine rdvolutionnaire > et je n'ai choisi qu*a cette intention pour sujety Phistoire de Car not.
D'abord tries intentions ne sont du domaine de personne ; et si M. le Substittit du Plrocureur du Roi a pu pehser un seul moment qu'il aurait le droit d'en exercer sur elles, il aura depuis renonee k cette pretention. II aura compris que fe coe'ur et Pesprit he connaissent point de maitre, qu'ils sont rois d*eux-th£mes , qu'ils disposent k leur gi£ de lenrs sentimens , que les monvemens de Pun , quand ils ne sont pais agitateurs , sont kors de sa portee ; que les expressions de Pautre , quand elles ne sont pas perturbatrices , sont h Pabii de Ses atteintes, et que torn ■• les citoyeif* doivent pouvoir dormir tranguffles sous Vdgide des loie.
Je fus , Messieurs , l'ennemi et la victim* de toutes les revolutions ; je veux dire , des revolutions desordonnees , et j'eus pour destin&e de voir toujours un parti saisir des armes pour me poursuivre, des mains du parti qui % pendant de trop langues annces , promena sur ma tete la faux de la mort ; et tandis qu'ici je suis accuse de professer , k dessein , la doctrine revolutionnajre , je le suis ailleurs , d'avoir dans mon ouvrage crible les hommes de la revolution : de sorte que , par justice , ou &u moins par pitie , i\ devrait m'etre permis d'avoir recours a un tiers-arbitre , C opinion publique j k laquelle je m'abandonnerais sans hesitation et sans me reserver le moyen de I'appel y si je pouvais lui soumettre quelques exemplaires d'un ouvrage dont on m'a saisi jusqu'au dernier.
Non , je n'aime pas les revolutions ; a moins qu'on ne veuille appeler ainsi les changemens utiles dans les situations politiques; ce que Louis XVIII a consacre quand , dans lc preambule de sa Charte constitutionnelle , il a nomme besoin y cession faite au voeu gdn£~>ral y ces changemens que desavouent , seuls , ces hommes qui , il y a long-tems , etaient en possession de daranger les ressorts de la machine politique , pour profiler du desordre*
Et pour terminer ici sur le mot rSvolurtioriy j'appele ainsi la Charte qui a renouvele, sanctifie des priucipes antiques : et, si l'oa veut encore, l'ordonnance du 5 septemhre, qui a garanti contre toute nouvelle atteinte, les bases de <:ette Charte , palladium de notre liberte publique.
Si j'avais eu d'autres pensees , je me serais fait imprinter en pays etranger. On ne dira pas que les moyens en soient impossibles; mais pour dire avec respect, les verites et les verites d'experience que j'avais le desir de faire parvenir au Roi des Frau^ais , je n'ai du les proclamer qu'au milieu des Fran- £ais.
J'eusse cede aux sollicitations qu'on ma faites de permettre la traduction de mon ouvrage en plusieurs langues; et je 1'ai refuse parce que je redoute autant de porter aux nations qui ne sont pas la mienne , une influence qui doit leur etre etrang&re , que je hais de voir agir sur mon pays l'influence des autres nations.
J'eusse enfin fait tirer l'edition h. un plus grand nombre d'exemplaires ; et je n'aurais pas manifeste dans Pavertissement qui precede tous les chapitres , mon desir de recevoir
(at)
d& objurations que je me ferais un devoir d'aocueillir , de quelque nature qu'elles pussent £tre , avant d'6n publier une seconds Edition.
Je suis k present en mesure, Messieurs, pour faire toutes les corrections qu'il tne plaira convenable d'adopter ; M. le Sobstitut du Procureur du Roi n'a fait gr&ce k rien. La censure qu'il a e&cerc£e contre mon 6crit , le met tout it fait k i'abri ded critiques des plus impitoyablcfis ari&tarques.
C'est, surtout, dans les applications de detail que son exactitude s'est montree toute enti&re ; et c'est aussi dans ces applications de detail que l'interet de ma cause veut que je le suive.
IMMMM
Messieurs ,
Un de ces ^tres vils qui n'assiegent que trop les hommes eminemment places , disait au plus grand komme d'etat , au Cardinal de Richelieu dont il exritait le courroux contre un individu qu'il accusait d'aroir fait contre ce Ministre une diatribe ; donrtez-moi , Monseigneur, cinq lignes de PScriture de cet homme , et ce sera plus qu'il n J en faut pour le faire pchdre. Cinq lignes I repondit le Ministre , prises sans doute, de suite f Sims lacune 9 sans interstice ; car , sans cela , ce serait une monstruosiU. Cette idee d'eternelle justice, yient d'etre consacree par un art£t prononce par la Cour royale ft Angers, dans la cause de M. Basin. Les journaux en ont rendu compte. Le Tribunal correctionnel du Mans ayait condanra£ comme sSditieux tib ecrit II Pavait fait a l'aide de quelques cotipures adroites. La Cour royale a refortoe ce jugement; void, Messieurs , les considerans de son arret:
« Attendu qu'en principe , ce n'est pas «c dans des phrases isolees, incompletes, ou Si tronqu&s , que Pon doit chercher la v&i- <c table intention de Pauteur, mais dans Pen- <c semble de son ouvrase * et mie dans celui
(5o) c de l'appellant , on ne trouve aucun des
<c delits caracterises par la loi du 9 novem-
c bre i8i5, &c, &c.
a Ge jugement lemarquable par I 'esprit de sagesse et de moderation qui l'a dicte , dit le journalists qui le rapporte, nousparaitprouver que les passions s'eteignent , que les haines et ks vengeances se taisent devant la loi , et que tous les principes de la Charte ne sont point un yam appui pour ceux qui les invoquent, et se refiigient sous leur protection. » (a)
J'avais , Messieurs , juge aiinsi la cause que j'aurais k soutenir devant vous,. quand je formai opposition h. la saisie de raon ouvrage, et j'avais bien pense que la justice qui me serait rendue , par vous , mieux qu'elle ne l'a ete a M. Basin par le Tribunal du Mans, me dispenserait de parcourir un second degre de jurisdiction. Pour justifier h vos yeux , ma confiance en votre equite , c'est le moment de detruire les reproches isoles .de M. le Substitut du Procureur du Roi ; et de vous ramener par degres au tout de mon ecrit;
L'epigraphe a paru indecemment appliquee it un rdgicide. J'avais bien prevu qu'elle serait critiquee ; inais je ne m'attendais pas &
(0) Q)ii 9 4 Angers,
(Si )
€& qu'elle le firffpar le Ministere public; quand 4ans l'avant propos de fnon ouvrage, pageiij, je disais: «, quelle serait peut-etre trouvee « ambitieuse par les homines de parti » mais le reproche qu'on lui adresse , me parait , a moi sans yaleur. . Cette epigraphe prise dans Tacite sur Germanicus , appliquee k Carnot, dit qu'il jouit de sa renommee. Messieurs, chacun a la sienne. Rien n'est plus relatif que les renommees; elles sont bonnes ou mauvaises: bonnes dans Popinion de quelques-uns, mauvaises dans l'opinion de quelques autresj bonnes dans un pays , mauvaises dans un autre ; de sorte que le roenie homme, peut, tout a la fois, avoir une bonne et une mauvaise renommee , et par consequent , avoir de douces jouissances et de douloureux souvenirs ; et c'est bien le sort de Carnot.
Mais de cette epigraphe , on vole a un cruel e venement. Le moment n ? est pas eloigne ou j'en parlerai avec le sentiment profond que, depuis qu'il est arrive, il a laisse dans mori ame.
On se plaint de ce qu'a la page 1 * re je dis que cc l'injustice de quelques auteurs qui out <c ecrit contre Carnot , a fausse en eux le raisonnement. y> Je ne vois rien dans cette. phrase qui spit dirige contre, le Roi ou les Prince* de safamille. lis n'put surement pa$ pris la
^peine d'ecriifc sor Carnot Oft rtproche est done toot Jt firit l'ecueil de inOn intelligence.
On bi&me qu*k la page iij, je dise qtite « loin de la France, il trione (Carnot) l'exisc fence penible'd'on dtoyen qui idotttre de sa c pa trie, rie pent la voir, ne la voil qti y esi c perspective, a Ces mote idoldtre de sa patrie , ont et£ releves avec amertome par M. Jte Substitut da Procarenr da Roi : mais qa'orit-ife done d6 seditieux? Si j'avais connu un fran^ais dont la vie fat plus £teine de traits de patribtismfe que celle de Carnot, fe 1'aurais choisi pour moh sujet;et poor me servir de ^expression de M. lfe Substitnt du Procarenr da Roi , cohtre laquelte je suis loin d£ me 1 eerier , j'eh aurais firit mon heros. Mais eels expressions sont dies done r&prouv6es par la loi qu6 , contre moi , Voh ftmvque ? Et qftand k fa pag6 ix , je dis qu'il (Carhot) a devaft Arrfoter s&ns ejfcfes k la hauteur k la- « quelle ltiomfbe est susceptible de &*eieVer& «t toucher all teftfte de I'hntf&se cariftre livk^er * k Ik ptHSHtace de son g£nie, duv&te k ta <c liberie dfc son imagih&tion , d ces mots far*rftw *<itt* (?xce^ cbo^nt M. le Siibstitut d* Pftttirenr da Roi , et tout )e reste de toft phrase defient I'bbjet d'ufri fcenSufe v£h&ntftf& M&iS , epiand j'ai dit : sdm etoc&& j ihk peisefe lie S'fesfrpas portee vert ufte catastrophe que
qelui qui en fht la victirae a pardonnee , e| 9ur laqueUe la Ch^rte qui noqs regit, a par sop article XI m Prpit public d#s Fratygais , <$ comnpande u» egqd $i\ewd aux Tribunanx Gt aux Citoyens. >>
Qua*tf k PimmtwM4 d# la carr&fe qu* j£ di$ avoir e$& #w«fe a ia puissance <je sot* g^rrie (d? Camot) , omterfa 4. fe, Hb0rt4 d& $pii imaginative je n'exagere p^$; m$i a da&& *qus ks c^, cetle pcneee tfaMaqqe ni direct to8*ent, w indiifeeteiwnt lapersonm du Roi et son cwforUd. Jte tfe^agere pas , quand je p^rJle d'uji bcwme qui ea 1792, 9 pi?s Jkai direction de la guerre , qui av/« ks seufes $>ices de la nation , a vaiucu PEu&ope entiere; qui sans perdre un ppuqe de terrein,, a conq/uis 4^6 prQ\inces; efc d$ Paris, Hvre des bataijfcs^ dirige quator^e armies , arrache trois fbiq des^ jpa^ins (Je Stranger, &a patrie sub Wpielle devait u& jour i^gner sans contradiction, le successeur de duos Rois.
Je u'atiaque ni directenuent ni iadupepteinent irz per spnae da Roi et son autorite' , quaad en parlant de Carnot , je vante les prodigimi& succes des armees fran^aises auxquel& to Roi Be fut sureouent pas insensible, puisqu'il fut toupufs le Roi des. Fran^ais.
M. le Substitut du Procuueur dn Roi ra'a
ftjporte k la pagfc 26 (de cette editiqn i$) , tfu je dis que cc la revolution du dix-huitieme « si&cle fut la crise par laquelle la philosophic « voulut se degager , . k la fois , des erreurs 4 cc des fausses maximes, des procedes arbitraireg c< des gouVfcrnemens , des absurdites religieu- « ses. » Cette phrase excite son indignation , et il me fait le triple feproche d'avoir preconise la philosophie ? attaque la religion , vante la revolution et ses desaStres; je nele croyais pas : sans doute parce que je ri'en avais pas eu la pensee ; et je fie le crois pas davantage , depuis que M. le Substitut du Procureur du Roi k ma pensee, a substitue la sieniie.
F^r la phllosophie i je n'ai pas entendu, et je n'ai pu entendre, un philosophisme impur, un cynisme ridicule; j'ai voulu parler, j'ai. parle de la sagesse qui , par ses lumieres a eleve Phomme au niveau de sa djgnite, a creuse un vaste tombeau k toutes les pretentions orgueilleuses ; tombeau dont Pentree est scellee par une main puissante , la main de la verite ; sceau inviolable , que tous les tems ne sauraient briser.
Par ces mots absurdites religieuses , j'ai Voulu signaler tout ce que Pignorance et Pinteret ont fait pour couvrir la religion d'un masque tout a la fbis hideux et ridicule : raais ,
tooi , Messieurs , attaqtter la religion , cette fillfi du ciel , dont les titres sont ecrits par la main de Dieu meme ! ah ! que ma langue s'attache k mon palais plutot que de proferer des blasphemes ! apres cette declaration solennelle , il in'est bien pennis, Messieurs, de dire que cette religion sublime qui date de Peternite , n'a rien a gagner a titre preconisee par nos taumaturges de nouvelle date.
J'ai encore , d'apres M. le Substitut du Procureur du Roi , vante dans cette malheureuse phrase, la revolution et ses desastres. La revolution! ... oui, si, conune jel'ai dej& dit , on donne ce nom a des changemfcns utiles dans les situations politicoes ; a des principes dont le developpement est tout entier dans le preambule de la Charte, quand le Roi appelle cette Gharte un besoin g4n£*r ralement senti , une cession fdite a dds veeux unhversels / principes poses pat l'assemblle Constituante , auxquels Sa Majeste a ajoute la defense de la recherche des opinion* et des votes sur lesquels elle a commands un Sgal silence aux Tribunauxet aux Citcyens.
J'ai vante les desastres de la revolution*, Pincendie des chateaux , les massacres, les ftmeurs populaires , le 20 juin; Messieurs, M . le Substitut du Procureur -du Roi vous l'a
( 36 ) dit : vous ne l'avez pas oublie , et je Pai bieit moins oublie encore. Pendant cette longue sortie du zele brulant de M. le Substitut du Procureur du Roi , man cceur etait oppresse ; mais ce coeur recueillait a vec toute Parnertume qu'a du luj imprimer une pareiUe attaque , les accusations portees contre mot, a vec le d&ir vehement de les repousser.
A ces revoltantes imputations de ML le Substitut du Procureur du Roi , je repouds que j'eteignais les incendies des cb&teau* , que je me prepipitais au-devant des furieux qu'on egarait, que je leur amchais leurs yktinaes, que je leur iqoposais par ma fennete , ( je pourrais sur tout cela, citer des faits qui, sans 4outa, neserajert pas meoonmis parceux qui e& furent k$ temoins) qnand, par uaeretraite prudente, par une fuite preeeaturee, ceux qui a'avaieafc pas , comma Us Princes frtmftm d *a#ver en leurs persormes les restes du ecmg <$e nos, Una* abandonnerent presque «an$ defend le meiUeur, le plus infortuae de tons , k h discretion de ses enuerai$.
Le 20 jutn ! je fus k CQte du plus malheurreux des Rois pendant toute cette joumee desastreuse : et nous, nous serions sureraent renr contres ayec M. le Substitut du Procureur du Roi , k ce paste d'houneur ,. si sou jeune age
( 3 7 ) lui eut permis de sentir et de partager nos
perils.
A la page 3i (de cette edition 20) j'ai parte de la souverainete des peuples , et cette expression est , selon M. le Substitut du Procureur du Roi , Papologie d'un sjstfcme r£prouv& Id, Messieurs, M. Desize dvec lequel, sans doute , on ne me fera pas un reproche de m'entendre, s'.est, d'avance et depuis long-terns, .charge de ma reponse. Dans la defense de Louis XVI il disait : cc Void done les prin- <c cipes que je pose et que je reclame j
<c Les nations sont souveraines j
« Elles sont libres de se donner ia forme m de gouyernement qui lenr parait leplus con-« « venable. Elles peuvent meme , lorsqu'elles 4C ont connu le vice de celle qu'elles ont es- «c sayee , en adopter une nouvelle pour chan- <c ger leur sort.
cc Je ne conteste pas ce droit des nations :
« il est imprescriptible; il est ecrit dans notre
ic acte constitutionnel , et on n'a peut-etre pas
4L oublie, que e'est aux efforts de Pun des con-
<c seils .meme de Louis, membre alors de
« l'assemblee constituante , que la France doit
« de voir cette maxime fondamentale placee
c au nombre de ses propres lois.
c Mais une grande nation ne peut pas exercer
( 38 ) a eMe-meme & sonyerainete ; il feut necessai- <c rement qu'elle la delegue. La necessite de a cette delegation la conduit ou k se donner xin a roi , ou k se former en republique, j> &c. &c.
Sur {'application de ces principes poses par M. Deseze, je dirais que ce fut elle , cette application > qui conserra le trone a la descendance directs d'Henri IV , et Panacha k la branche collateral qui , petit~ette , Poccuperait encore , ou > qu'au moins , on n'auradt pa en precipiter sans des convulsions*
Dans cette reflexion , Messieurs , est ma pensee toute entiere sur Pordre de successi— JrilitS an trone de France ; et s'il fallait faire assaut pour soutenir cette doctrine , je saisirais aved vivacite mes armes accoutumees.
A la page 33 (de cette edition 22) jMi appele morale et politique Pid^e de la fabrication des piques , dont Carftot eut la pre*, m&re pensee; et vousavez, k propos de cette idee qui me paraissai t toute naturelle ? vous aye*, dis~je, ru M. le Substitut da Procureur d*.
Roi , offrir les horribles images de tetes pro*ihenees dans les* rues sur des piques meur^ trieres ; la peinture hideuse qu'il en a feite , cart encode dans mes yeux; mon coeur en est encore souleve. . ,
Mais k Pendroit de ce passage ou je dis
(59) que Carnot avait pour but principal de rammer, par cette mesure, les atteliers de nos immenses faubourgs, et d'attacher la classe ouvriere a la cause nationale , vows avez en~ tendu ce qu'a dit de ees faubourgs et de leurfi habitans, M. le Substitut du Procureur du Roi. Ah! Messieurs, jem'abstiensparcirconspection autant que par respect, de touts autre reflexion que celle-ci : s*ii follait juger les faubourgs aiissi fceverement qu'ils Pont &£ ici , il faudrait les fuir , et se hater d ? aller respirer Pair seul pur du faubourg lSt.-Germain. Eh ! qui sait , Messieurs , si Garnot , second^ par les faubouigs qu'il avait anne de piques ', n'eut pas d&endu le trdhe avec les artnes que $ peut-etre , h cette intention , il avait pr£j>a* rees. Oij n'a jamais dit qu'il se fat trouv£ 1 la t6te d'aucun rassemblement , et on Pa vu le 10 aout, 9<*ui, pfrfcs d'etre massacre sur 1* Carrouze!.
A la page 34 (de cette Mftion s3) on lilt <c La dech&nce de Ltfuis XVI venait d'«tt* <c prononc&> ; et i'db&ttanefc des Soldatt frfta* <c ^ais a un ttouV&iU gouvewtfmenf ddVfcnaSt <c desormais la seule garahtie de Pordre et de «: la traricruiliite ihterieurt. »
Qu'a done de i^prehensibie cette t&fk&cfoi Fallait-il dire que Paring dans cette eircoh^-
( 4p ) tance d&astreuse devait deliberer, se consti-
tuer en revoke , inonder les villes et les campagnes de notre pauvre France, acheyer les massacres que des forieux n'avaient que trop multiplies ? Non , Messieurs , c'est un principe eternel de civilisation , que l'armee est essentiellement obeissante ; et si d'ailleurs , une discussion pouvait jamais s'engager sur cette grande question , ce ne pourrait etre que dans un conseil secret , et non dans une audience publique.
Quant k la decheance , j'en ai parle comme d'un fait, et j'ai dejJt prouve , ce que je prouverai bien mieux tout k Pheure , que tout ce qui a trait au desastre du malheureux Louis XVI, ne peut etre raconte par moi, qu'avec 1 'expression du plus eminent regret.
Aux pages 38 et 39 ( de cette edition 27 et 28), Messieurs, j'ai parle de la condamnation de Louis XVI , et , k en croire M. le Substitut du Procureur du Roi , je 1'ai justifies Ah ! Messieurs , si quelques-uns de ceux qui les premiers en eurent la pensee , p&sent encore sur le globe, que la terre les engloutisse tout vivans ; et s'ils ne sont plus, qu'elle les vomisse k mes yeux; au nom de toutes les vertus je leur dirai anathetae. Mais quand j'ai dit cc que pour etre juge sainement, cet
ti evenement desastreux etait encore trop prfcs a de nous , qu'il etait du domaine de pasa sions trop recentes et encore trop agitees , cc qu'il fallait abandonner sans reserve , k Pavecc nir , les hommes et les choses de cette p&cc riode de notre histoire , y> je n'ai pas entendu parler de l'evenement en lui-meme ; je n'ai pu entendre que ce que j'avais dit a la page precedente , et que , peut-etre , il eut ete de toute justice de rapprocher de celle-ci , c'est-&-dire que «Phistoire a burine sur ses tables d'aicc rain , les noms des moteurs hypocrites et « des instrumens entraines de cette catastrocc phe ; que ses principes destructeurs et leurs cc consequences immediates , ses causes pre- « mieres et leurs effets inevitables , n'ont pas <c echappe a l'oeil scrutateur de Pimpartiale cc Clio , et que les ages a venir reconnaitront cc les vdritables auteurs de ce malheur police tique , k Pineffacjable fletrissure qu'aura imcc primee k leur memoire la kardiesse de la « verite. »
Mais je n'en ai pas moins du inviter les contemporains a concentrer leurs regrets, a n'aigrir aucune douleur , k ne rouvrir aucune plaie , parce que le pardon , qu'en mourant , le roi malheureux a proclame , n'est pas vain ; parce que du kaut du sejour des heureux ii
l?a ratifie > et que Louis XVIII a place k l'abri de la charte, comme derr&re un retranchematt inattaqnaUe , tons ceux dont les noms resteraient attaches k ce fatal souvenir.
A la page 63 (de cette edition 53) on lit:
« En janyier ifti5, dans un de ses rapports « sur les hauts faits de l'armee du Nord , « Garnot demanda qu'il fat au moins pertnis cc aux anglais de regarder les soldats frarxjais cc comma de grands terrorists*. Cette saillie cc d'one ironie ingenieuse fat , bien improprecc ment , appelee calembourg par un homme cc qui 9 plus qu'un autre > avail h redouter de cc malignes applications; il mit tant d'aigreur , c* je dirais presque tant de colore dans sa remarcc que inconsideree , qu*on aiirait pa croire un cc anglais deporte dans une assemble Ja plus a Sminemment frangaise. y> Ces deux mots , cc dminemment franpaise , ont deplu k M. le Substitut du Procureur du Roi. lis hii ont donne lieu k faire une vigoureuse apostrophe St la convention nationale dont , dans ce passage , je ne disais pas le mot , et h tons les aetes de laquelle il est , h present , bien demontre que je fus tou jours loin d'applaudir.
II ne manque k cette supposition que la verite. Je n'ai parle dans cet endroit , m de la convention nationale, ni d'aueune autre
assemblee en parficulier. Pai parle en general
d'une assemblee iminemment frangai&e dans
laiqtielle un anglais aurait ete introduit, et
j'ai dit que cet anglais ri* aurait pas imagini
<c d'appeler calemboiirg , cette saillie d'unc
<c ironie ingenieuse de Carnot, qui voulait
« qu'il fut, au moins, penrtis aux anglais de
<c regarder les soldats fran^ais, comme de
cc grands terroristes. »
- Mais je n'en aurais pas moins pu Pappeler iminemment frangaise cette convention , en la considerant d'apres des faits qui ne lui sont contestes par personne. Ne se souvientr-on pas des efforts presque surnaturels avec lesquels elle parvint h arfacher le • tenitoire frangais des mains de Petranger ; k enflammer Pamour de la patrie , sans lequel on verrait sans cesse les nations s'elancer , sans ordre et par caprice, les unes sur lesautres, les trones s'entrechoquer , et le monde politique tomber tout . entier dans le cahos?
Mais si, sous ce rapport, j'avais vante la convention , je n'en avais pas moins dit page
1 54 (de cette edition i 45 ) aux derniferes lignes de laquelle M. le Substitut du Procureur du Roi s'est arrete net dans le reproche qui va suivre , et qu'il eut ete fte toute justice de
rapprocher de la phrase citee isoiement par lui
(44) et prfte 2t la page 64 (de cette edition 53) que cc la convention rendit son joug insuppor- « table quand rile etablit son gouvernement «c et ses tribunaux revolutionnaires , amalgam* c d'idees contradictoires j quand elle rendit « son atroce loi des suspects ; quand die arcc racha les citoyens k leurs juges ordinaires ; cc quand , surtout , elle mit la delation k Porcc dre du jour , et qu'elle en fit un devoir. y>
II n'eut pas ete peut-^tre sans quelqu'utilite d'ajouter k ce passage l'alinea qui le suit,, et ou je m'exprime ainsi : cc II faut neanmoins cc le dire, la verite le veut; malgre la terreur ' cc inspiree par les mesures revolutionnaires > cc les delateurs ne. sortirent alors que de la cc classe, jene dis pas seulementla plus obscure, cc mais la plus abjecte , la plus viciee , la plus cc corrompue; et si, de nos jours, cet ignocc minieux ministere s'est etendu , s'il est de- « venu presque familier par un grand nombre cc d'individus nes dans une classe plus elevee , cc il faut Pattribuer k Pimmoralite qui prepara cc d'abord , et frappa ensuite les coups d'etat. y>
A la page i53 (de cette edition 1 43 et suiv.) je dis: cc L'empietement de la noblesse sur.
cc les droits du peuple , Causa tous les malheurs <c de cette epoque. » Et quand je cite , en t&* moignage public , M. De Courvoisier , dans
(45) Aon discours relatif au projet de loi star le* elections, M. le Substitut du Procureur du Roi s'eqrie que M . De Counroisier s'etonneraifc de trouver ici son nom. Mais il ne s'en etonnerait , sans doute , pas davantage qu'il ne l'a- fait , quand dans tous les journaux qu'il n'a pas , au lyste , contredit , il a lu ce que tojis nous y avons lu. Je tiens le Cotistitutionnel et j'y trouve : cc M. De Courvoisier rappelle cc Pempietement insupportable des nobles sur <c les droits du peuple , et que ce fut a la foist cc Poigueil et l'insolence de la noblesse, et cc l'espece de dependance a laquelle elle vou- <c lait reduire la bourgeoisie , qui aroena la cc catastrophe de 1789. Avec quelques concescc sions , dit-il , on eut epargne a ma malheucc reuse patrie , les horreurs d'une si longue cctourmente. Le dernier des trois ordres ne cc fut jamais dans aucun cas des perils publics, cc le moins resigne et le moins genereux. »
Mais qu'ai-je dit de plus? Si j'ai erre, je Pai fait avec un estimable depute h qui M. le Substitut du Procureur du Roi n'a pas manque de rendre ici, un honorable et public temoignage.
Mais non , Messieurs , je n'ai par erre. Touted les circonstances dont le souvenir me frappe si vivement > ne sont ignorees ou meconnues
qfie par cfeux qui etaient alors encore retenus
dans les liens de i'etifance. De quel nom , en
eflet, les hommes justes peuvent-ils appeler
les droits feodaux , les dimes , Peremption de
la milice, Pirregul&re repartition des impots,
la chasse , la peche , les colombiers , les differens droits aux successions et tant d'autres
abns dont la charte a pour jamais aboli le
retour?
Le Gouvernement doit accorder ses soins h tons y mais de preference , k la classe la moins aisee. Ainsi le pensaient le bon Henri et son vertueux ami , son digne ministre Sully. On trouve partout qu'ils voulaient que le pays an put , le dimanche , mettre la poule an pot ; mais on ne trouve nulle part , qu'ils s'inquietassent beaucoup de la cuisine des nobles et des riches.
, A la page ig4 ( de cette edition i85 ) je dis : a Carnot fit un ecrit ; il le fit avec Pin- <c tention que sous le voile de Panonytne , il « put parvenir an Roi, Son style , sa forme , « son titre, devaient lui servir de passeport ttjusqu'au trone.
<c Son style toujours le sien , loin de ce dice quetis de mots incoherens qui ne retentissent «c qu'aux oreilles et ne vont jamais k l'esprit oc et au coeur , £tait brillant de ['expression ,
<c trop ardente , peut-6tre , du d&ir vehement
cc de voir s'operer et s'affermir le salut de la « patrie , en depit meme des implacables en- <c nemis des citoyens k qui elle dut tant de cc succ&s et tant de gloire.
cc Sa forme etait celle de la verite ; de la <c verity austere jusques dans ses egards ; sect vere lors m£me qu'elle doit parvenir aux <c rois. »
Lk s'est arrete M. le Substitut du Procureur du Roi, et moi je continue.
cc Son titre etait celui-ci : Des caracteres cc d'une juste liberty et d?un pouvoir Ugicc time. »
((Ace titre , (je pottrsuis) qui avait ete la cc pensee premiere de Carnot, on a substitue decc puis, celui de M£moire au Roi : ce changecc ment n'est ni heureux, ni conyenable. II n'etait cc pas dans l'ordre du respect qu'un ecrit qui cc contenait des reflexions aussi hardies , fut cc adresse k Sa Majeste sans les precautions cc qui servent , au moins , k adoucir l'aspeiite cc des pensees d'un homme d'etat , souvent en- (c traine par ses retours sur le passe et sa precc voyance sur Pavenir. Si ce changement fut cc le fait d'une main etrangfcre* cette main etait cc ennemie j s'il fut celui de Carnot , Carnot
(48) c fit one faute; et dans cette occasion, mon « bon Homkre sommeiUa. J>
Mais , Messieurs , quand apres cette critique que M. le Substitut du Procureur du Roi ne pouvait manquer d'avoir sous les yeux , j'ajoute k la meme page que <c je ne yeux ni analyser a cet ecrit de Carnot , ni en juger les motifs » , je ne puis comprendre comment M. le Substitut du Procureur du Roi a pu me reprocher d'avoir fait Papologie d'un 6crit , suivant lui , jugi par tout le monde. Mais quel est done ce monde qui a vu Poriginal parvenu sous les yeux du Roi ? Cet ecrit n'est connu qu'avec les alterations, qu'avec les mutilations qu'on y a faites ; et quand le ministre FoucM est convenu que cfetait lui qui Pavait faitimprimer ; quand il est de notoriete publique que , pour payer de ce soin ses editeurs , il a donne une somme de i5oo francs k un baron etune baronne de daterecente, qui me saurontgre, lans doute, de dissimuler leur nom; on nt coiriprend pas comment cet ecrit pourrait etre repute juge par tout le monde; quand, surtout , Carnot en a desavoue Pimpression , dans tous les journaux qui ont bien voulu lui faire Phonneur d'inserer sa reclamation.
A la page 207 (de cette edition 198) en parlant de son ministere de Pinterieur , je dis :
(4 9 ) « Carnot accepta ; et depuis m£mc un nouvel <c ordre de choses , il a dit qu'il avait accepte <c sans repugnance. II ayait Pespoir, le desir, <c surtout , de faire le bien ; et il ne r&istait <c plus a ce qui lui paraissait , a tort peut- • cc etre , demontre , que Bonaparte etait par le <c fait le chef - de l'£tat. » Et plus bas : cc II <c n'ayait aucune pensee de rebellion ; mais sa cc patrie et son horreur pour les dechiremens <c auxquels Panarchie devait la laisser en proie, « Pafiennirent dans sa resolution. »
Eh ! qu'a donc.de reprehensible cette phrase ? Cette pretention de gouvernement de faitn'at-elle pas ete consacree par cent jugemens?
Et qui les a rendus ces jugemens ? Ge tribunal ? Ou sont les juges qui les ont rendus ?
Parmi vous , Messieurs ; tout le monde le sait : et s'il avait ete autrement, ne faudrait-il pas dire que la plupart des fonctionnaires publics qui ont fait, alternativement, serment a la republique , a la constitution de Pan trois , k Bonaparte, a Louis XVIII, a Bonaparte encore , et k Louis XVIII enfin , aniveront au tenne de leur carri&re, escortes de parjures?
Eh ! ne croyez pas , Messieurs , que je defende id, ma cause personnelle; je declare que j'ai ete si sobre de sermens ^ que ma signature ne se trouye ni sur aucun proc^s-ycrbal ,
(So) ni sur aucune adresse de demande on d'adhesion dans tout te cours de la revolution , pas plus que ma figure ne s'est montree dans aucune assemblee, soit populaire, soit deliberante , de quelqu'espece qu'on puisse la supposer: et, sur cefait, j 'adresse defiaumonde entier. Qui de vous pourrait en dire autant?
A la page 221 (de cette edition 2i3) on lit: <c Le 21 juin, Carnot fit lecture k la cham- € bre des pairs d'une note accablante pour des <c coeurs francais. » Accablante pour des coeurs frangais I s'est £crie M. le Substitut du Procuieur du Roi , et ces expressions commentees par lui , m'ont ete , aussi par lui , reprochees. A ce reproche , un mot Qui fcst-ce qui a peri h Waterloo? Sont-ce des Frangais ou des sauvages?
Aux pages 225, 224 et 225 (de cette edition 2i5, 216 et 217) je raconte ainsi: ccEn «c commen$ant la guerre pour soutenir Pin- « <dependance nationale (disait ce Monarque <c trompe dans toutes ses esperances autant que oc dans toutes ses combinaisons politiques) &c.d Ici , le mot Monarque a paru choquer. Mais remarquez bien , Messieurs , que j& raconte un evenement historique ; que qnand je parle d'un fait ordinaire , je dis Bonaparte : que quand je parle d'un acte de souvcrainet^ tel que celui
(50 tie soft abdication , je dia Monarque. ISPest-
ce pas ainsi qu'un ecrivain doit nuancer ses
expressions ?
Et d'ailleurs, Messieurs , quelle querelk de mots ! Bonaparte avait-il cesse d'etre Monarque de Pile cTElbe? Le premier Pontife de la religion romaine n'£tait~il pas descenda de son tr6ne pontifical , pour yenir fiure coulcr l'hilile sainte sur sa tete ? Eh ! me ccmvint-il jatnais de fouler aux pieds IHdale renversee? Pas plus , Messieurs , qu'il ne me conyenait de l'encenser quand elle etait deboilt.
II est d'ailieurs , Messieurs , des convenances et des egards politiques dont les Rois ne doiyent pas aimer qu'on s'ec&rte; et si j'ai parle de Bonaparte avec le respect du k ses hautes alliances , je n'ai pas cru tenter, m&me indirec tement , cTaffaiblir le respect d£ an Roi ou h ton autoriU. Un historien m'a appris que les traits lances par une main in* consider^ 3 reviennent bien sduvent la frapper elle-mfrne et la biessen Sagitta rum umquam resiiiejis , perkutit. *
Je dis phis loin ajir&s avoir parte da desir znanifeste pskr Bonaparte k la deputation dcs chambres, de ycrir son fils lui succeder au trone i <c le cori de la nature soutenait en ce c morndfit un grand intent, » M. k Substitut
(Sa) du frocarear da Roi s'est trompe sur le serf de cette phrase, qui me pa rait, cependant* bien naturel. Je ne parle pas des grands int6* rets des peuples .et des rbis ; je ne parle que de celui que le cri de la nature soutenait dans ce moment en Bonaparte qui exprimait le desir , bien naturel sans doute , de voir son fils regner apr&s lui*
Et plus bas endore ; <c mais les rois ont-ils a jamais pu croire que leurs dernieres volontes xc seraient accueillies et . surtout respectees? <c Elles ont touted le sort de celles consignees <c au testament solennel de Louis XIV. »
Pai compare, a-t-on dit, Bonaparte k Louis XIV; j'ai assimile leurs dernieres volontes. On se trompe: Lotus XIV, pour son sifecle , n'est comparable h personne ; et Bo* naparte , pour le sien , ne Pest pas davantage , sous quelqtie aspect favorable ou defavorable qu'on veuille le considerer; mais j'ai youlu dire et j'ai reellement dit, que Bonaparte abattu , renverse du trone , ne devait pas fonder un espoir raisonrtable sur la manifestation de son desir , puisque les dernieres volontds de Louis XIV , au comble de la puissance, ayaient ete meconnues apres sa mort
M. le Substitut du Procureur du Roi m'a jsuivi avec son exactitude ordinaire, depuis k
( 53 ) . page 225 jusqu'St la page 23o (de cette edition 216 jusqu'k 222), ou il est question de la commission du Gouvernement provisoire pendant I'absence dn Roi et avant son retour. II a surtout trouve mauyais qu'k la page 229 (de cette edition 221) j'eusse dit que ccnotre « confiance n'ayait pas donne k cette comcc mission , sur nous , un droit de propriete ; » et il a fait une allusion que j'aurais eu de la peine k sentir , si pendant plus d'une heure , tous ses moyens n'avaient ete diriges vers une seule pensee, s'ils n'avaient tendu vers un seul but. Mais quand j'ai dit que cc le poids « d'une responsabilite redoutable aurait accable «c l'adhesion de cette commission a la demande «c formee par les puissances coalisees , d'une « contribution , » j'ai voulu dire et j'ai dit, que son mandat etant restraint k 1'execution des lois , elle n'avait , ne pouvait avoir aucun pouvoir discretionnaire , et qu'elle etait purement pouvoir executif.
A la page 23o (de cette edition 221) j'ai dit que cette commission etait tvidemment Jrangaisej et ici encore, j'ai eu le malheur de trouver M. le Substitut du Procureur du Roi en opposition avec moi. Mais j'avoue que je ne con^ois pas ce reproche; quand, surtout , aux pages 249 et 25o (de cette edition
a4o cl 2 4 1 ) j'ai voulu , et j'ai cm avoir prouve qu'elle n'avait que deux partis a prendre , et qu'elle avait pris le seul conforme k Pinteret de la majeste royale et k celui de Louis XVIII.
Mais , a dit M. le Substitut du Procureur du Roi, cette commission fut rebelle. Rebelle!.... et k qui?.... A Louis XVIII?.— Mais le president de cette commission passa sans intervalle , de cette presidence au minis-tfcre de la police generate , qui lui fat confie par Sa Majeste. Mais encore , ou est la loi qui Pa declaree rebelle ? Et n'est-il pas , au moins, extraordinaire qu'on mette en jeu une question qui n'a jamais ete elevee , ni par une , ni par deux branches du pouvoir legislatif , ni par les trois branches du pouvoir reunies ?
Je ne me donnerai pas, Messieurs, le tort d'en dire davantage ; et je me borne k vous reporter , par la pensee , k la position d'alors, it Pautorite qui a institue cette commission, k la force active qui a reconnu sa voix , k la masse passive qui est reste calme en sa presence.
cc Mais cette commission a envoye ( e'est cc M. le Substitut du Procureur du Roi qui «c parle) des deputes aux puissances alJiees , a qui ont accueilli avec dedain, la proposi- <c tion qui leur a ete faite de placer sur le
(55) « trdne de France un prince Stranger, and- « qu'il fat , a 1'erclusion des Bourbons. »
J'm entendu pour la premiere foiz, et de fe bouche de M. le Substitut du Procureur da Roi, cette particularite- et j'avoue que si je Pavais connue, je me serais garde de la con^ signer dans un ecrit destine" a devenir public; que je me serais bien gard<§ davantage d'ea parler a voire audience j et que si pared secret m'eut & confie, j'aurais cherche a me montrer digne de la confidence, par une excessive reserve. II est des voiles politiques qui ne peuvent Stre leves que par les mains qui les ont poses. Mais, au surplus , ce qui me ferait, au moins , douter de cette demande de la part de la commission aux puissances etamgeres, c'est qu'un des griefi contre Camot, une des causes de sa proscription au 18 fructidor, fut ^apprehension d*une opposition vehemente et opiniatre de sa part , aux projets de certains hommes qui voulaient placer a la tete da Gouvernement Francais, un etranger sous le titre de grand tilecteur. Je m'etais abstena de parler de cette dirconstance , dans tout le eours de mon ecrit; en me forcant a me defendre sur mille points difierens , M. le Substitut du Prxxmreur duRoi, a yaincu pa i&.
serve.
M. le Substitut du Procureur du Roi a ajoutc que cette commission avait fait fermer les barrihies pour comprimer Pelan des Fran^ais empresses k la rencontre de leur Roi. Je Pai encore ignore. J'etais , comme tons ses babi~ tans , renferme dans Lille , en &at de siege.
Mais qu'aurait de commun avec ma cause, ce tort de la commission , puisque je n'ai pas parle de cette cloture des barrifcres dans mon ecrit. Je suis bon Fran^ais , fidele & Phonneur , k ma pa trie 7 k son chef, a son gouvernement , et je ne fits jamais ni censeur , ni apologiste de ce qui ne peut etre pour moi , la matiere d > un eloge, ou le sujet d'un reproche.
On Pa dit k la tribune des deputes , « il « n'y a dans les troubles civils ni vainqueurs , o: ni vaincus ; » et quand le descendant d'une dynastie qui , depuis pres de mille ans , est en possession du trone de France , n'adresse de reproches k personne, qu'il couvre toutes les erreurs de son egide, qu'il ne voit que des enfans dans tous les Frangais , pourquoi semerait-on entre nous la defiance et le trouble qui ne manque jamais de la suivre ? Ne serait-il pas plus consolant de se porter par la pensee dans Pavenir , que de se reporter sans cesse sur le passe ; dans cet avenir , sans
( 5 7 ) doute bien pies de nous , ou tout le mal sera oublie ; ou reunis en famille , nous n'aurons plus k songer qa 9 k nous rendre mutuellement heureux , pour la gloire de notre patrie et le bonheur de son Roi !
Revenant sur ses pas , et me reportant k la page 227 (de cette edition 2i8)M.leSubstitut du Procureur du Roi a trouve mauvais que j'eusse dit et prouve par des faits , que Carnot avait ete pour beaucoup dans Pheureux aecord des armees frangaises. J'avais puise ce fait historique dans un journal accredite. Ici , Messieurs, toutes mes idees ont ete confondues; et j'ai cru que vingt mois d'intervalle , m'avaient enleve jusqu'au souvenir de la position de Paris a la fin de juin i8i5, et je me suis dit : <c Si Parmee franchise succom- « bant sous le poids de son epuisement et de ses « revers , eut , egaree par des hommes corrom- « pus , meconnu la voix de ces braves , et le <c cri patrie , honneur; qu'elle fut entree dans cc Paris , imposant d'onereuses conditions aux « autorites provisoires , que seraient devenus cc Paris , la France, le trone , la famille royale? » Vous fremissez avec moi , Messieurs , vous benissez le ciel de ce que , grace k ceux qui reunissaient la confiance de Parmee , de si horribles calamites ont ete ecartees de nous tous.
A la page 271 ( de cette Edition ^63) je me suis ecri£ : cc O qu'ils sont aveugles el per- « vers ceux qui dans leur fureur , osent porter « un Roi debonnaire a se vetir de leurs hona teuses passions ! J'appelle ami da Monar- « (pie , oelui qui cherche k augmenter pour sa cc personne Pamour et le respect des peuples ; « et non pas les Tigellihs , qui veulent pros- « aire en son nom , pour lui recueillir un h6- « ritage de maledictions et de haines. »
J'observe d'abord , Messieurs , que je n'ai pas ecrit et qu'on ne trouve pas dans la page citee par M. le Substitutdu ProcureurduRoi, bi ailleurs, ces mots, proscrire son nom, que deux fois il a repetes , et que le Journal de Paris a repetes apres lui; mais j'ai dit proscrire en son nom, cequi, cemesemble f est d'un sens bien different.
Pobserve ensuite que j'ai voulu signaler par cette apostrophe, non pas les hommes sages , vrais amis du M onarque , k l'administration desquels on devrait Paccroissement d'amour et de respect qui entoureraient son tr6ne , et les benedictions , qui s'elanceraient jusqu'a lui ; mais ces hommes qui , par des sentimens haineux et interesses, arracherent Pordonnanee de proscription , surlaquelle j'ose implorer la justice du Roi ; ces hommes , dont
(5 9 ) Pun surtout , place par le terns dans une nou-
velle position , ne s'arrete surement pas , sans quelqu'amertume , devant cette reflexion , que dans ce monde, rien n'est fixe; et qu'un jour le proscripteur et le proscrit peuvent etre reunis dans une meme proscription.
J 'observe enfin, qn'k tort et bien h tort, M. le Substitut du Procureur du Roi m'a suppose une intention reprehensible , quand pour agraver son accusation contre moi , il a torture ^expression debonnaire ; quand il Pa attribute & irrespectueuse ironie ; quand il a cherche k insinuer que j'avais voulu peindre le Roi comme un bon homme , faible , sans caractere et s'abandonnant sans pj*4voycvnce a ses alentours. Ma conscience repoussait , Messieurs , cette inculpation ; mais un temoin irrecusable , un temoin qui , pour etre muet , n'en parle pas, moms bien, va repondre; et sa reponse demeurera sans replique de la part de M. le Substitut du Procureur du Roi. Ce temoin, Messieurs, c'est le Dictionnaire de PAcademie frangaise. Je Pouvre , et je liS au mot debonnaire : <c Adject, des deux genres , « dans le style serieux , en parlant des per- «,sonnes, il ne se dit que vbs Princes-, «c Oest un prince debonnaire , Louis le « JMbomaire. Hors de Ik il ne se dit guere
( 6o) c qu'en moquerie, pour donner da ridicule. »
Dans le meme sens ont explique ce mot Wail] j et tous les grattimairiens.
En touraant et retournant ma phrase , M. le Substitut duProcureur du Roi s'est appesanti sur le mot dSbonnairetS y quoique je nem'en fiisse pas servi une seule fois ; et il ltd a encore donne un sens qui n'est pas le sien. J'ouvre une seconde fois le Dictionnaire de PAcademiefran- £aise et je lis : « Bonte , douceur. Le vain- <c queur les a traitSs avec ddbonnairetS. II cc a vieilli. )) C'est surement , Messieurs, parce qu'il a vieilli , qu'il n'a pu , meme en se trainant , arriver jusques sous ma plume.
En refutant Interpretation que M. le Substitut du Procureur du Roi a donnee au mot dAbonnalre , je pourrais vous dire ab uno disce omnes , si deja en detail , et par ordre , je n'avais combattu avec avantage toutes ses in* ductions.
Parrive enfin , Messieurs , au dernier reproche que M. le Substitut du Procureur du Roi a juge a propos de faire a mon ecrit.
Pai transcrit a la fin de la note 20. e ,page 3o4 ( de cette edition 2g3 ) un extrait du Journal de la province de Liege en date du 26 avril 1816, et M. le Substitut du Procureur du Roi m'a dit : cc Quand on s'approprie
(6i) « les ecrits d'autrui , on s'attribue tout ce cc qu'ils disent ; or vous vous £tes approprie cc un dire de Carnot, done vous avez participe cc k ce dire ; et comme il est reprehensible , « vous Petes vous-meme. » Et il est si vra\, Messieurs, que e'est en ce sens que M. le Substitut duProcureur du Roi a ete entendu, que le Journal de Paris l'a ainsi rendu.
Entendons nous bien sur ce fait. L'extrait
que j'ai rapporte , est pris dans le Journal
de LiSge N.° 96 , 22 , a3 avril 1816 , article
Bruxelles y ce journal avait puise cet article
dans celui de la Flandre orientate et occir*
dent ale , ou il avait ete insere peu de jours
auparavant, et Carnot, k cette epoque, etait
k Varsovie. Disons bien ensuite , que de tous
les extraits que j'ai faits relativement a Carnot ,
celui-lk est le mains flatteur pour lui; car
sans designer ici personne, je dirai que j'ai
rapporte page 3o3 ( de cette edition 293 )
l'extrait d'un ouvrage imprime k Paris en 1 8 1 5,
ou Fan trouve : cc L'eloge de Carnot est dans
cc son nom , synonyme de vertus. On ne vante
cc point ici des talens varies qui suffiraient k
cc plusieurs reputations ; mais quel homme que
cc celui qui , aprfes n'avoir gouverne la France
cc que pour la sauver, cache sa gloire sous
cc un toit presqu'ignore ? Si le Roi eut appele
<r atrprSs de lui ce grand citoyen , on Pent « trouve pensant & sa patrie , et se consolant « de Pinjustice , entre le compas de Vauban , « et la coignee de Pbocion. j>
J'ai ecrit, je Pavoue, 307 pages poor prouver ce que celui que je cite > a dit en quelques ligncs.
Mais que dit , au surplusr , ce Journal de liege? (( L'ecole Poly technique qui vient de «c tomber sous la faux des ultra royalistes f a est une institution due au genie de Carnot. »
Voilk done, Messieurs, tout ce sur quoi porte le reproche de M. le Substitut du Procureur du Roi, Le journal dont je me suis approprie la phrase , sur Carnot , quand pat basard je l'ai trouve couvert de poussiere dans le fond d'un cabinet litteraire, dit que l'ecole Polytechnique est tombee sous la faux des ultra royalistes , quand il est de fait , dit M. le Substitut du Procureur du Roi , que cette ecole a ete d&ruite par une ordonnance da Roi ; done , me dit— il encore , vous avez manqu6 de respect a la personne de Sa Majeste, Serai tce bien serieusement que ce reproche me serait adresse ? Est-ce bien le Roi qui lui-meme a juge ou reconnu et apprecie les reproches faits aux elfcves de Pecole Polytechnique ? Ne sontce pas les agens de son autorite qui ont pro-
(65) voque la mesure severe que repoussait son cceur, enclin, sansdoute, k indulgence pour line jeunesse si facile k entrainer hors du devoir? On Pa dit souyent.
Mais pourquoi M. le Substitut du Proeu* reur du Roi ayant de m'accuser sur ce fait, n'a-t-il pas pris la peine de jeter quelques regards sur la page 1 66 de mon ouyrage ?
(de cette edition i5j) II y aurait lu: cc que cc plusieurs eleyes de l'ecole Polytechnique esc ayaient raju en 1 8 1 4 la decoration de la cc Legion d'honneur en recompense de leur cc courage et de leur brayoure k la defense de cc Paris ; et que ce fut un hommage royal cc rendu k leur devouement pour leur pays. »
Pourquoi M. le Substitut du Procureur du Roi , au lieu d'aller chercher si loin des probability d'un delit imaginaire, ne s^est-il pas rappele que lorsque j'ayais fait imprimer mon ouyrage , le Roi avait dejk r&abli Pecole Polytechnique? Qui ignore que l'ordonnance qui l'a retablit fut rendue le 4 septembre i 8 1 6 , et seulement la yeille de la dissolution des Chambres ; que cette ordonnance ne fut inseree dans le Bulletin officiel que dans le N.° 112, tandis que celle portant dissolution des Chambres avait 6te inseree dans le N.° 1 1 1 , et que cette ordonnance du 5 septembre serait plus
( 64 ) me suffisante pout justifier le reproche adresse aux ultra royalistes par le Journal de Liegs ct repete par moi ?
Lorsqu'au mois de mars, en effet, je congignais dans mon ouvrage que c'etait aux ultra royalistes qu'on pouvait imputer d'avoir fait tomber la faux sur 1'ecole Polytechnique, loin de bl&mer des actes emanes de 1 'autorite du Roi , je ne faisais au contraire, que rendre horomage au gouvernement du Roi , puisque alors il existait une ordonnance emanee de son autorite qui reparait le mal reproche aux ultra royalistes. II faut avoir l'esprit plus qu'inventif pour trouver dans cet extrait du Journal de Liege , je ne dis pas seulement , um probability de provocation aux injures , raais meme Pombre cPune probability. Au reste , Messieurs , & mon avis , tout le bien vient da Prince ; et j'en suis fache pour les agens de s6n autorite , tout le mal , quand il en arrive, ne peut venir que d'eux : et hors de ce principe , k quoi se reduirait leur responsabilite ? Ou serait notre garantie ? Ignore-t-on que de tous terns les avenues du trone furent assieg£e? par toutes les passions ? Qu'autour de lui , se groupent tous les interets ? Que jamais la verite ne parvient aux Rois qu'en fendant la presse, qu'en se glissant ,j r pour ainsi dire,
(65) ou en for$ant tous les passages intercepts ; et que si le silence et la tristesse des peuples ies avertissent tou jours trop tard du mal commis en leur nom , i\ est de devoir de les avertir k tems du mal qu'en leur nom on est pr£t de commettre.
Les ordonnances des Rois commandent Id respect et la soumission ; mais avec respect , avec soumission , on peut reflecliir et penser tout haut , sur les ordonnances. Nous en avons, Messieurs , un exemple recent Pendant cette session de 1816, une petition a ete presentee aux Chambres ; des reflexions sur Pordonnance relative h la promulgation des lois Paccompagnaient : ces reflexions ont ete renvoyees par la Chambre des Deputes au Ministere de la Justice. Le petitionnaire est-il coupable d'avoir manque de respect a i'autorite du R oi ; et la Chambre des Deputes a-t-elle favorise son irreverence?
Faudra-t-il pour ne pas deplaire k certains hommes, eflacer de la Charte, Particle 8 tout entier ?
Ici , Messieurs , ma penible tache serait yemplie , si ma conscience ne me disait qu'en repoussant victorieusement , avec verite , » avec justice 9 tous les reproches adresses k mou dcrit relativement a la personne du Roi et &
son autoritSy j'ai dans cet ecrit, contcarie certains interets, froisse des amours-propres
ridicules , humilie de petits orgueils , signal©
de grandes yanites. Je l'avoue , Messieurs , et
il ne depend pas de moi d'en avoir le plus
leger regret, (a)
Si yous avez pris la peine de lire ayec attention mon ouvrage , yous avez , Messieurs 9 la mesure d'une de mes intentions premieres.
Vous etes conyaincus que, sans designer qui que ce soit k l'opinion p oblique, puisque \e n'ai nomme personne , j'ai desire de faire passer sous les yeux du Roi, des portraits d'une ressemblance parfaite et dont j'eusse prolonge la galerie , si , comme je l'ai dit k la page 219 (de cette edition 211) je n'avais ete las de remuer la houe du coeur humain.
Je n'ai qu'un mot k dire sur le plan de jurisprudence que , dans les considerations generates de son plaidoyer, M. le Substitut du Procureur du Roi , nous a offert en perspective , . pour la question qu'il a soumise k yotre decision, et je m'abstiendrais de toute
(a) Si c'&ait par haaard a cette phrase que se rattachai le considerant du jugement qui dit, que fai osi declarer d la face de la justice, que je professerais hauiement les prinoipes continues en mon outrage 9 la meprise serait trap rem arqu able et I'application de cette phras* trop bizarre pour valoir la peine de les relcrer.
reflexion , si je n'avais ete reserve par le hazard pour l'essai de la nouvelle tbeorie qu'on vous propose.
M. le Substitut du Procureur du Roi vous a tlit que sur la matiere qui occupe en ce moment le Tribunal , et qui , sans doute , viendra Poccuper davantage, il faut etablir tme jurisprudence. S'agirait-t-il de la forme jde procedure ? Elle est courte , simple , prompte : Particle unique de la loi du 28 fevrier dermer a tout dit , tout prevu h. cet egard.
S'agirait-t-il du fond ? Mais quels moyens d'etablir une jurisprudence uniforme sur des ecrits qui , comme les figures , ont chacun leur pbysionomie particuliere ? Cbaque ouvrage doit etre apprecie suivant son merite. De ce qu'un ecrivain se sera compromis en ecrivant sur une matiere , il ne s'ensuit pas qu'un autre se soit rendu coupable egalement, en ecrivant sur le meme sujet. . Une jurisprudence ne peut s'etablir que sur des faits ; et sur des faits qui se ressemblent parfaitement en tout. II n'y a pas de jurisprudence a etablir lorsque la loi ii'est pas susceptible d'une double interpretation. La jurisprudence est ecrite dans la loi ; s'en ecarter , ce serait la violer.
Sociate l'a dit , les lois sont du ciel; toute la science des juges, Messieurs, est dans ce
ftai de mots ; ils peignent ayec precision It vice attache a 1'interpretation forcee des lois. Si les lois sont du ciel , nul ne peut , apres qu'elles ont ete promulguees , les torturer pour leur porter atteinte. Le danger des interpretations arbitraires est trop reel > il esttrop pr£s de nous : le passe doit preserver Pavenir.
Apres la h'berte individuelle , celle de la presse est la plus precieuse , Messieurs , Par-* tide 8 de la Charte Pa garantie : m Les France £ais ont le droit de publier leurs opinions , <c en se conformant aux lois qui doivent re- <t primer les abus de la presse. »
Cet article est si clair et si precis , que vouloir Passujettir a des interpretations , e'est vouloir commettre un sacrilege* II a tout pr6yu ; toutes les arrieres pensees seraient incons-* titutionnelles, abusives, en opposition avecle principe consacre : elles finiraient par Paneantir. Pour reprimer des ddlits , il faut que des debts existent. Mais avant tout , il faut avoir donne a ce mot dSlit> Pacception qui le caracterise , et le rend passible de la repression. Si le mot dSlit apres qu'il aurait re^u par une loi, une acception positive, pouvait k Paide d? inductions , de probabilitSs , de prisomptions etre abandonhe a Pinterpretation arbitraire , personne ne saurait plus ce
( 69 ) tjtti est jtermis ou defendu. Le vague dans lequel n6us jeteraient les interpretations de Jois positives , ripus livrerait au despotisme le plus huinilianty au despotisme sur la pensee. Sans Wtat de precision de la loi , et si Parhitraire pouvait lui etre substitue , la bonne intention de Pecrivain honnete homme resterait desolee par Pincertitude ; et sa responsabilite abandonnee k tous les hasards, k tous les risques , a tous les caprices , k toutes les passions, k tous les souvenirs amers.
Non , Messieurs , non , il n'en sera pas ainsi ; ^et dejk M. le Substitut du Procureur du !fyoi a renonce k son systeme.
Non , non , il ne suffira pas qu'une denonciation poussee par une main vile (a) peut~ etre, jusques dans le cabinet de M. le Procureur du Roi, y signale un ecrit et son auteur , pour faire prononcer leur condamnation. Toutes les vertus se souleveraient contre ce systeme. Mais si , par impossible , Messieurs , les conclusions de M. le Substitut du Procureur du Roi etaient le precurseur d'un jugement suivi d'un arret definitif de condaipnation , je le supporterais , je ne dis pas seulement ,
(<j ) Des malins ont era voir dans ces expressions un Inigme > et en avoir trouve* U mot en les retonrnant.
( 7° > apcc resignation ct sans regret , mais avec tm
noble orgueil; et je m'applaudjrais d'etre
reste loin de ces homines qui s'aclimatent
sous tous les atmospheres politiques , s'accom-
x&odent de toutes leivs, temperatures , et s' as-
souplissent dqvaot toutes leurs variations,
Je persists dans mes conclusions.