‹ CarnotChapitre 5 sur 42 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

vjIn a toujpurs injustement confondu la volonte propre du peuple fraucais avec sa volonte factice. Sa volonte propre est fondle syir le sentiment qui forme le premier trait du caraotere national , le vrai patriotisms Sa volonte factice depend des conceptions politiques > qui , combinees avec artifice , et souvent modifiees par une influence profondement hypocrite, Ternpoisonnent n&essairement par Fintrusion soudoyee d'elemens corrompus.

Des partis s'dlevent contre Fesprit public ; les partis annoncent bien moins le zele du bien que celui de la discorde : Fopinion d'un parti est d'ailleurs fugitive , tandis que Fesprit public est de sa nature permanent,

Aussi , Fesprit national sait-il enlever awe partisans } leurs plus z&es pro-

INTRODUCTION* XMJ

selites. Pourquoi ttest-il pas toujours la pierre de touche , pour distinguer le patriotes des intrigans dont 1'audace en usnrpe le titre ?

Carnot fut du petit nombre des officiers de Tarmee qui se declarerent en faveur de la revolution. Des premiers , il s elanca dans cette carriere drageuse ; FeSpoir d*une regeneration politique le fit sortir sans hesitation de la solitude oil il s'dtait, pour ainsi dire y derobe , presqu'en quittant les bancs de 1 ecole. Les reflexions qu'il n avait cesse de faire au milieu des ecrits des savans et des philosophes anciens et modernes, qui, avec letudfe de son metier , lavaient occupe tout entier^ enflammerent son energie naturelle :

depuis long-tems il appelait cette regeneration quand ses preludes eclaterent.

Mais , ' quand Tactivite impe'tueuse de son imagination franchissait , par la pensee 9 lespace qu avait encore a parcourir sou desir de la perfectibilite

XJV WSTfcODTJCTlON.

humaine , sa raison etait la pour prevenir rinconv&iient des ecarts. Ses facultes , m£me les plus actives , lui avaient ete donnees par la nature pour une fin utile* II devait arriver sans . exces a la hauteur a Iaquelle rhomme est susceptible de selever, et toucher au terme de Fimmense carriere livree a la puissance de son genie , buverte a la liberte de son imagination.

Le tems ne changea rien au type primitif de ses dispositions, Sa tendance vers le bien ou le mieux , ne devait pas Tentrainer sur la route, dans les ^garemens de legoisme ; a moins quon n'appelle egoisme le sentinient de la superiority qui natt du sentiment vif de Temulation. II n est pourtant que Tabus de cet instinct g^nereux et sage qui conduise a Torgeuil , de la au despotisme, comme Tinstinct delicat de l'amour et de la volupte peut conduire a la debauche.

L/emulation est une force projectile

IHTRODUCTIOH. XT

dont le sentiment de legallte est la force de repulsion. Combiner sagement ces deux forces dans les institutions sociales, c'est le moyen de prevenir les crises revolutionnaires ; et peut- &re de les ecarter sans retour.

A qui mieux qu a Carnot pouvait-il £tre donne de saisir ces idees tout a la fois mathematiques et morales ?

Qui \ .mieux que lui en eut la pensee et la volont^ ?

H savait bien que preparer le bonbeur et lattendre , est le propre du petit nombre des sages ; mais il savait aussi que desirer et jouir sont sans intervalle , pour l'homme pris en general comme en particulier.

H dut done etre frappe plus aisement, des resultats de la revolution philosophique , que de ses moyens , que de la necessite de ses degres intermediaires. II dut s'abandonner a Telan de la nation empressee de deyancer la marche du terns , trop lente

elle a donn£ k PEtat des membres dist dans le militaire , le civil et Peglise.

Je p'ai pas Piuteution de saisir dans d< xecules des titles d'illustration pour Car est pour inoi le premier de son nom. Soi tration personnelle suffirait k Pamour le plus difficile; et s'il dut avoir, i Porgueil qui nait du desir des grander et de la certitude de s'etre eleve jusqu' pourquoi emprunterais-je pour le cou^ ornemens de la vanite? Est-il besoin peindre Carnot , de ranimer des ombres rees ? Laissons eette necessite humiliante qui , avertis de partout de leur nullite propre y sont reduits i chercher dans les tombeaux des sources de vie.

Le pfere de Carnot etait avocat ; il jouissait dans sa province de la haute consideration qu'assurent incontestablement h tous eeux qui exercent cette profession honorable , le desinteressement et Pesprit de conciliation qui doi~ vent en 6tre les attributs essentials,

Carnot naquit k Nolty , en Bourgogne , le i3 mai 1753. II re§ut, dans la c&emonie teligieuse , qui consacra la premiere £poque de son entree en ce monde, les prenoms de Lazara-Nioolas-Marguerlte. Cette designation des prenoms de Carnot paraitra peutngtre

(3) jin detail minutieux , une superfluity ; et c©pendant c'est h. dessein que je la consigne ici. Chacun de ces mots a une signification caraoteristique d'une destinee particulate. Piji, plus d'une fois , elle 4 iegu en sa personnt une heureuse application ( 1 ).

II etait encore dans les liens de I'enfance, et , jusque dans ses jeux , il faisait remarquer la rectitude de jugement , la viyacite d'esprit dontle developpement devait, dan$peud'an~ nees, lui valqir des succes.

Son education premiere ftit regies , sous tons les rapports , par les vues sages , sons les yeux, et par les soins de son pfcre. La religion dont jde p&re vertueux rendait en m£me tems dans la pratique les pr£ceptes imposans et saeres , les obligations douces et faciles, entra pour beaucoup dans le plan de sa vie scolaire. II iut eleve jusqu'% Page de seize ms au college fcAutun y ou il fit se* humanites et sa philosophic En rhetoricpe j il remporta les premiers prix. En philosophic , il soutint ses theses avec la plus grande distinction.

Le moment de fixer le choix d'un etat etait arrive poijr Carnot. Pes amis qui rempliwuent des emplojs honorable? dans la diplomatic , la magistrature et les armies , s'o^raient pour lui servir de mentor , et se faire honneur du deye-

loppetnent de ses brillantes dispositions. Soot pere qui , mieux qu'un autre , avait remarque son penchant et son aptitude pour les sciences exactes, le destina ati corps royal du genie ; il 1'enroya 6tudier k Paris sous les meilleurs maitres.

II y porta les impressions religieuses qu'il avait revues au college d' Aiitun , et qui , si elles n'etaient pas celles de la conviction , etaient au moins pour lui celles de Phabitude. Cette habitude, qui a tant de pouvoir sur des coeurS neufs , avait fortement agi sur le sien ; mais il n'etait pas organise de maniere k s'abandonner leg&rement aux impressions d'autrui ; il etait lui-: il voulut se former hu-m&ne, et h luimeme , une opinion independante de toute prevention etrang&re. II etudia la theologie , comme dejk il avait etudie les sciences exactes. L'etude de l'une ne pouvait pas lui donner sur sa valeur des idees aussi precises que l'etude de Pautre lui donnait sur ses moyens des idees fixes.

II y a loin de la theologie aux mathematiques. II s'appliqua neanmoins k la decouverte de la verite , et il lui resta de ses recherches et de I' analyse du systfcme religieux , un respect de conviction pour la morale sublime de l'evangile , et un dedain raisonne pour tout ce qui n'en est que la mythologies

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