CHAPITRE II
Carnot a la Convention.
Carnot fut nomme a la Convention nationale, par le departement du»Pas-de-Calais.
Dettx fois pendant les terns les plus orageux, il en remplit la presidence. Dans les clrconstances difficiles, des missions lui farent confiees, soit pour organiser des armees , soit pour regulariser Pordre et la discipline de celles deja en activite. Ici , je n'insiste pas : ses missions seront le sujet <Pun chapitre ; et ses fonctions au comite de salut public , la mati&re d'un autre.
A Pepoque de cette Convention, sont attaches de m£morabIes souvenirs; elle est bien la preuve f&cheuse que si , vers la fin du dxx.huitieme siecle , une revolution etait inevitable, les resistances devaient en accroitre le volume , et peut-etre les exc&s. Malheureusement , alors , tous les vices , comme toutes les vertus , fermenterent presque simultanement : tous les desordres spontanes et encore plus, suscites par les ennemis du perfectionnement de Part social , vinrent souiller Pepoque de la
( *7 ) plu& haute puissance des idees philosopttiqnes
qui elcctrisaient toutes les t£tes. Transported hors d'eux-m&nes, tous les hommcs qui, jusqu'alors , n'avaient contribue qu'au developpement majestueux de la revolution , en rendirent la crise terrible : le torrent fat deborde , une main cruelle , mais artificieuse , en avait rompn la digue ; et la tcte d'un roi honndte homme , tomba sous la haehe impitoyable des hommes ou du terns, de Perreur ou de la destinSe.
Ii'liistoire a burine , sur ses tables d'airain , les noms des rooteurs hypocrites , et des instrumens entraines de cette catastrophe; ses prmcipes destructeurs et leurs consequences inevitables , ses causes premieres et leurs effete immediats , n'ont pas echappe k Poeil scrutateur de l'hripartiale Clio ; et les &ges k venir reconnaitront les veritables auteurs de ce malheur politique, k Pineffa^able fletrissure qu'aura impri* mee & leur memoire , la hardiesse de la verite.
Mais, que les contemporains concentrent leurs regrets! qu'ils n'aigrissent aucunc douleur ! qu'ils ne rouvrent , surtout , aucune plaie ! que 1'exemple du roi malheureux ne soit pa$ perdu] Le pardon , qu'en mourant, il a proclaims, n'est pas vain; du haut du sejour des heureux, il l'a ratifie, et la Charte constitutionnelle qui nous regit, a , par son article XI $
au titre du droit pubuc des Fran<?Ais 9
interdi toutes rechercfyes des opinions et des itotes ; elle a commands le mime silence aux tribunaux et aux citoyens. <
Pour etre juge • sainement , cet evenement desastreux est encore trop pres de nous; il est du domaine de passions trop recentes , et encore trop agitees. Les passions ^ celles , sur— tout, qui fermentent, sont des juges aumoins recusables. Abandonnons sans reserve , k Pave— nir , les homines et les choses de cette periode de notre histoire.
De retour a Paris y de sa mission dans les Pyrenees orientales (a), le 10 Janvier, Carnot dit oui au jugement qui frappa Louis XVI six jours aprfes.
En vendemiaire an 4 r il pronon^a un discours sur le projet de reunion de la principaute de Monaco et de la Belgique a la France. Ses developpemens porterent, jusqu'a la demonstration , la preuve de la necessite de cette reunion , et le besoin d'attenuer le grand pouvoir de PAngleterre et de l'Autriche. L'interet de son pays lui inspira des pensees dont la force originate etait entrainante. cc Coupez y disaitil ,
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(a) U Itait parti le 3 decembre 179a , et n'avait pas par consequent participe 1 aux stances pendaot lesquelles fut pro- •neacee la culpabilitl de Louis XVI.
« les ongles an leopard ; abattez , au moms , «c une des tetes de Paigle , si vous voulez que « le coq puisse dormir tranquille. » Le mcrite essentiel de cette phrase , est lie & la position dans laquelle se trouvait alors la France, k 1'egard de ces deux puissances avec lesquelles des pourparlers de paix n'etaient pas encore entames , et dont il fallait affaiblir les moyens , pour obtenir cette paix, objet principal des voeux de Carnot.
La reunion fill decretee.
La question du renouvellement de l'assemblde conyentionnelle fiit agitee , et il se pronon^a fortement pour que ce renouvellement ne fut opere que par tiers. 11 insista sur le grand interet du corps social , a voir le corps legislatif compose d'une partie considerable de ses membres anciens j Pensemble et la stabilite des mesures , prises ou k prendre , dependent essentiellement , en effet , de la transmission et de la perennite du grand riombre, comme Pinstabilite et la confusion sont inherentes k d'entieres et trop frequentes mutations. Un exemple recent (celui de Passembl6e constituante) demon trait deja Pinconvenient , je devrais dire , le danger , de laisser la conservation d'un edifice nouveau , et peu eprouve , aux soins d'hommes entitlement etrangers k sa construction.
Le systeme du gouvemement directorial fat mis en evidence , et Carnot n'en fut pas d'avis* Ses raisonnemens sur les dangers de cette com— binaison incoherent^ , sont d'un sens exquis et d'une rectitude complete de jugement. cc Tons cc les pouvoirs etant separes , disait-il , il ne <x peut plus exister d'harmonie dans l'ensemble j <k le sort de PEtat dependra absoluuient du ca— <c ractere des cinq membres du directoire , et « plus ces caracteres seront difierens entr'eux , <c plus l'£tat eprouvera de fluctuations.
<c Le pouvoir executif n'ayant point de part «c aux deliberations du pouvoir legislatif , et les a ministres en etant exclus , il est de toute impos— cc sibilite que le gouvemement aille a son but. »
Des interets prives , soutenus par des manoeuvres impertinemment publiques , Pempor— terent sur les conseils de la sagesse , et le gouvemement directorial fut decrete.
Sa conscience , libre des-Iors , et par remission de sa pensee expramee fortement , Carnot jit , dans cette circonstance , ce que toujours il avait fait , ce que toujours on Pa vu faire ; il se tut , se soumrt , et employa tons ses moyens pour imprimer le mouvement a cette nouvelle constitution que la nation venait de se donner.
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