‹ Caroline en Sicile (volume 2)Chapitre 9 sur 14 · PREPARATIFS · texte numérisé non relu

PREPARATIFS

Strict observateur des ordres de la reine, Castroné s'accorda à peine quelques heures de repos dans la tour des Forts; à Paube il était sur la route de Trapani , se promettant bien de ne servir Fabio que dans les limites de son propre intérêt. II avait sur le cœur son échec de la veille avec l'invalide, et se promit de le réparer en passant à Boncevino. Qui sait s'il ne puiserait pas là quelque renseignement utile à ses vues?

Précisément , il trouva Pipo assis mélancoli-

quement , et la pipe à la bouche , devant la grille de la cassine. Depuis le départ du capitaine , il n'avait que deux choses à faire , fumer et se promener; il usait beaucoup de la première faculté , fort peu de la seconde , si ce n'est pour aller de temps en temps demander des nouvelles de son maître , dont il ignorait encore l'arrestation , à la zingara, qui restait dans un vague désespérant. Il en était des prédictions de cette pythonisse en haillons comme des oracles de Delphes ; on n'en comprenait le sens qu'après l'événement.

« Eh ! eh ! dit Castroné à l'invalide en arrêtant son cheval devant lui ; te voilà encore, mon camarade.

— Oh ! oh ! répondit Pipo sans changer d'attitude , sans même ôter sa pipe de la bouche , c'est encore vous , mon voyageur?

— Eh bien ! as-tu reçu enfin des nouvelles de ton maîlre?

— Toujours aussi curieux qu'hier?

— Et toi aussi peu communicatif?

— C'est selon. On ne craint pas plus qu'un autre un bout de conversation , quand on connaît les gens.

— Tu es défiant , à ce qu'il paraît; tu as rai-

son : défiance est mère de sûrelé; mais il ne faut pas la porter trop loin. Apprends donc, pour ta gouverne , que je m'appelle Castroné , que j'ai été officier de marine et que je connais beaucoup ton capitaine.

— Ah ! vous connaissez le capitaine? Et où l'avez-vous vu pour le connaître si bien ?

— A bord du Tarlare que je commandais quand il y a servi comme lieutenant.

— C'est pourtant vrai ! et c'est ce voyage de malheur qui lui a valu" sa destitution.

— Mais qui l'avait fait d'abord capitaine. Ne suis-je pas bien informé?

— Que ne me disiez-vous cela hier? Je ne vous aurais pas rembarré comme je l'ai fait.

— Hier j'étais pressé. Ce matin c'est différent, j'ai le temps de causer avec toi. Et puisque tu ne veux pas me donner des nouvelles de ton maître, je vais t'en donner, moi. Il est à Trapani.

— Eh bien ! oui , il est à Trapani , répliqua Pipo qui avait encore un peu de défiance au fond du cœur. Puisque vous le savez, autant vous le dire.

— Et ce que lu ne sais pas, peut-être, c'est qu'il est en prison.

— En prison ! s'écria l'invalide en cassant sa

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pipe sur sa jambe de bois dans l'excès de son indignation ; en prison ! un homme comme lui ! un ami de la reine !

— Le capitaine connaît donc Sa Majesté ?

— S'il la connaît ! continua l'invalide en se levant, ce qu'il n'avait pas fait jusqu'alors , et en ôtant son bonnet de police en signe de respect ; Sa Majesté en personne nous a honorés de sa visite.

— Ici?

— Ici même, et qu'elle m'a dit encore à moi qui vous parle : « C'est bien , mon ami , je suis contente de toi ! » Ces mots resteront à jamais gravés dans mon cœur. Et voilà l'homme qu'on met en prison ! Mais ces Anglais veulent donc se faire égorger tous jusqu'au dernier, car je parierais bien que ce sont eux qui ont fait le coup.

— Ce sont eux, en effet, tu gagnerais ton pari.

— Arrêter le capitaine! répétait Pipo dans le paroxysme de la fureur; comme si ce n'était pas assez déjà de l'avoir destitué ! Paire une pareille avanie à un homme comme lui ! Mais j'espère, au moins, qu'il ne court aucun danger?

— Je l'espère aussi.

— Vous n'en êtes donc pas sûr?

— Si , si ; nous le tirerons d'affaire.

— Sa Majeslé n'a qu'un mot à dire. Voilà une belle occasion pour elle de se montrer en notre faveur.

— Sois tranquille, te dis-je, les Anglais ne sont pas les plus forts.

— En attendant, ils sont les plus méchants. Arrêter mon capitaine!... dans quel moment encore? Quand il est sur le point de se marier.

— Ah ! ton capitaine se marie? Avec qui?

— Ceci n'est pas mon secret , c'est le sien , et puisque vous allez à Trapani , demandez-lelui; il vous le dira lui-même, si cela lui convient. N'oubliez pas aussi de lui parler du pauvre Pipo ; dites-lui que je suis bien malheureux, que vous m'avez vu...

— Pour qu'il me croie, il me faut une preuve, quelque message particulier de toi.

— C'est juste. Le premier venu peut lui dire : J'ai vu Pipo ; mais le prouver, c'est autre chose.

— Que veux-tu donc que je lui dise de ta part?

— Dites-lui... dites-lui... répondit l'invalide en creusant dans sa cervelle et en promenant les yeux autour de lui sans rien trouver, dites-lui que l'âne de Mimo le jardinier est mort, et qu'il en demande un autre pour aller au marché.

— Va pour l'âne de Mimo ! > dit Castroné en riant.

Et, suivant à part lui son idée :

« Ce moyen d'introduction , pensa-t-il tout bas, en vaut bien un autre. Le capitaine verra du moins que je suis initié dans ses affaires domestiques et n'en sera que plus disposé à m'accorder sa confiance. »

Du reste la campagne était bonne pour Castroné. Il avait appris du nouveau et s'était confirme dans les idées qu'il s'était déjà faites sur les rapports mystérieux de la reine avec Fabio.

« Elle va chez lui, se dit-il, donc elle l'aime; il va se marier, donc il la trompe. Double imbroglio ! Gare au dénoûment ! Ces jeunes gens sont d'une suffisance!... Ils rêvent tous, par saint Janvier ! la fortune d'Aclon. Ne vous gênez pas , mes jouvenceaux. Pour un qui a réussi, combien se sont cassé le cou ! »

Tout en faisant ces réflexions peu charitables, il cheminait vigoureusement sur la route de Trapani , où nous allons le précéder ; car , si rapide que fût sa monture, la nôtre va plus vite encore; il trottait sur les jambes de son cheval; nous volons, nous, sur les ailes de la pensée.

Les jours se succédaient sans apporter aucun changement clans la situation de Fabio, si ce n'est pourtant que , le secret une fois levé , il était rentré en communication avec le monde extérieur ; et, grâce à la condescendance intéressée du geôlier, il recevait dans sa prison, avec la même facilité que s'il eût encore été à l'auberge du Soleil; sauf la liberté, il jouissait de tous les privilèges de la liberté. Le baron Schininà venait tous les jours et se donnait beaucoup de mouvement en faveur du prisonnier, sans arriver à rien; il n'épargnait cependant, c'est une justice à lui rendre, ni démarches, ni sollicitations, ni citations latines , mais il perdait ses pas et son latin, passus atque latinum , comme il le disait lui-même en soupirant.

Rafaella, depuis sa première visite, était revenue plusieurs lois avec le même mystère, et accompagnée d'Errante, qui travaillait toujours, ou du moins était censé travaillera son portrait.

< Votre évasion mûrit, disaient-ils au prisonnier sans s'expliquer davantage ; on ne l'ajourne que pour mieux l'assurer. »

Quant à lui, il était toujours, à cet égard, dans

la même perplexité. Fuirait-il ? Ne fuirait-il pas ?

Tel était le problème qu'il se posait à lui-même.

Quoiqu'il s'adressât celte question dix fois par minute , il ne s'était encore répondu ni oui ni non. Un jour il s'endormait en se disant : Evadons-nous. Il se disait au réveil : Restons. Outrant un sentiment fort noble en soi, et faisant de l'honneur militaire une application exagérée, il s'était butté à l'idée qu'il était aussi lâche , aussi déshonorant de fuir la prison que le champ de bataille.

< Avec cette îogique-là , lui disait Errante , Socrate a bu la ciguë. »

Cependant le moment était venu de prendre un parti. L'évasion était préparée pour le soir même. Par quels moyens? C'est ce que les deux complices , Errante et Rafaella , lui avaient tu obstinément. Quant au baron , il n'était pas dans le secret. Battu tous les jours et sur tous les points, il ne cessait de répéter sur tous les tons : Brilannia ferox ! Il allait même , dans son désespoir, jusqu'au : Delenda Carlhago. Carthage voulait dire Albion.

Le matin même du jour décisif, Fabio était plongé dans ses irrésolutions éternelles ; plus l'instant critique approchait, plus était grande sa perplexité. Il était si absorbé dans ses délibérationsintérieures, qu'il n'avait pas entendu frapper

à sa porte. Un inconnu entra introduit par te geôlier lui-même , qui cette fois ne s'était pas montré d'aussi bonne composition qu'à l'ordinaire; la figure de ce nouveau visiteur ne lui revenait pas , et il n'avait cédé qu'à l'argument souverain. L'inconnu pénétrait chez Fabio , comme Jupiter chez Danaé , dans une pluie d'or.

« Capitaine, dit en entrant Caslroné, car c'était lui , je vous apporte des nouvelles de Boncevino ; je viens vous dire de la part de votre fidèle invalide Pipo, que l'àne de Mimo , le jardinier , est mort, et qu'il en demande un autre pour aller au marché.

— Il est timbré , c'est sûr, murmura le geôlier en se retirant. J'avais bien tort de me défier de lui. >

Fabio ne put s'empêcher de rire d'une entrée en scène aussi grotesque , et qui du moins avait le mérite de l'originalité. Il reconnut Castroné, et Castroné le reconnut ; ils s'étaient vus naguère à bord du ïartare , et dès lors ils ne s'étaient pas plu ; ils se plurent encore moins à la seconde rencontre.

< Mon préambule , dit Castroné , vous fait rire , je le comprends ; mais je parlais pour le geôlier, qui a donné dans le panneau, tout geôlier

qu'il est. Maintenant que nous sommes seuls, apprenez que je viens de la part de la reine.

— De la reine ! s'écria Fabio avec une joie mal déguisée.

— Mon capitaine , reprit Castroné d'un ton important, Sa Majesté m'envoie tout exprès pour vous dire qu'elle s'intéresse à votre sort , et s'occupe de votre délivrance , quoique malade à C;*stelvelrano.

— Pas gravement, j'espère?

— Les médecins affirment qn'avant huit jours Sa Majesté sera rendue à l'amour de ses sujets, j»

Castroné payait si peu de mine , il avait l'œil si rusé , la voix si doucereuse, l'échiné si souple , qu'un soupçon traversa l'esprit de Fabio.

« Si c'était un espion? » se dit-il. Comme, de son côté, Castroné, par les motifs que nous avons signalés, était loin de nourrir à l'égard de Fabio des dispositions bienveillantes , la conversation n'était pas facile. Un mur de glace s'élevait entre eux. Castroné s'appliquait à aggraver, en paroles , la position du prisonnier et cela par deux raisons : d'abord pour l'alarmer et se donner le cruel spectacle de ses inquiétudes; ensuite pour se faire valoir lui-même en amplifiant les dangers qu'il promettait de conjurer,

comme le chirurgien exagère les difficultésd'une opération, afin de se la faire payer plus cher.

<■ Votre affaire est très-mauvaise, lui disait-il, mais nous en viendrons à bout ; ne vous effrayez pas trop.

— Je ne m'effraye point, répondit froidement Fabio. Je compte sur mon bon droit, et j'attends Tévénement quel qu'il soit.

— Vous ne l'attendrez pas longtemps.

— Tant mieux, car je commence à être fatigué des retards qu'on apporte , je ne sais trop pourquoi , à l'instruction de l'affaire où je suis impliqué. Je n'ai pas même subi jusqu'à présent un seul interrogatoire. Je sais bien que tout est lent en Sicile, suriout la justice ; mais enfin tout a un terme , et le conseil de guerre devrait être constitué depuis longtemps.

— Je vais vous dire pourquoi il ne l'est pas, et en cecicomme en toute chose, je suis, croyez-le , parfaitement renseigné. Vous ignorez sans doute qu'un meurtre a été commis à la Spagnola ? Eh bien ! je vous l'apprends. Deux officiers anglais ont été tués, c'est-à-dire qu'un seul en est mort ; l'autre, le major Dudley, s'est tiré d'affaire par miracle ; or , comme ce même Dudley doit , on ne sait trop pourquoi , faire partie du conseil de

guerre, on attend, pour le constituer, qu'il soit en état d'y siéger. Voilà la cause du retard qui vous étonne.

— Et ce major Dudley sera-t-il bientôt guéri ? demanda Fabio d'un air indifférent.

— On l'a amené hier de Marsalla à Trapani pour remplir ses fonctions de juge. Quant à celui-là, continua Castroné avec une satisfaction méchante, vous savez déjà de quelle couleur est son vote ; il est rouge. Attendez-vous, mon cher capilaine, à payer pour le meurtre de la Spagnola. Pourtant soyez tranquille , nous sommes là pour vous tirer d'affaire. Vous dire comment, je ne le sais pas encore bien moi-même ; mais il suffit que je le veuille pour que cela soit , et je le veux ! » ajouta-t-il d'un air théâtral.

Le fait est qu'il était assez embarrassé et qu'il ne savait trop comment s'y prendre pour remplir la mission dont la reine l'avait chargé. Mais elle était remplie à son insu ; il venait de sauver Fabio sans s'en douter.

Il venait, en effet, de lui révéler un danger auquel Fabio n'avait pas assez songé ; c'est qu'il pouvait être reconnu pour le meurtrier de la Spagnola , et , quoique arrêté pour le- duel , être condamné pour le meurtre. Ce danger même

n'était plus une possibilité, mais une certitude, du moment que le major Dudley siégeait parmi ses juges. Comment Dudley ne reconnaîtrait-il pas, au premier coup d'ceil, l'homme qui Pavait blessé? Cette péripétie inattendue compliquait singulièrement la situation deFabio. Il était clair que , puisqu'on ne craignait pas de convertir un duel en assassinat, on présenterait, sous des couleurs bien autrement criminelles, un combat qui n'avait eu d'autres témoins que les combattants eux-mêmes et une villageoise à la parole de laquelle on n'ajouterait aucune foi. C'est bien ici que l'innocence prendrait les livrées du crime ; ce n'était plus la déportation que Fabio avait devant les yeux, c'était l'échafaud, et il y monterait non en martyr, mais en assassin. Cette perspective le jeta dans un nouvel ordre d'idées, et modifia ses résolutions, c'est-à-dire qu'elle les fixa.

Le hasard voulut queCastroné, en s'en allant, rencontrât dans l'étroit escalier qui conduisait à la cellule du prisonnier, Errante et Rafaella qui montaient chez Fabio.

< Une femme ! se dit-il. Serait-ce une troisième intrigue , ou si c'est la future î J'ai bien envie de m'en assurer. »

Il fit une tentative pour rentrer; mais il échoua.

La porte était close et resta sourde à sa voix. Dans son mécompte, il se retourna du côté du geôlier qui fui muet et pour cause : il ne connaissait de Rafaella que sa mante.

i C'est égal , se dit l'agent de Caroline en regagnant la rue , cela est toujours bon à savoir. On peut en tirer parti dans l'occasion.

— Le général Mac-Farlane , dit Errante en entrant, est arrivé, et le conseil de guerre entrera en fonctions demain. J'ai vu le général ce malin.

— Vous l'entendez , Fabio , dit Rafaella en souriant, ce traître a des intelligences avec l'ennemi...

— Qui certes n'en a pas, lui, dans le royaume des arls ;car Mac-Farlane, à qui je destine mes Machabées, a juré par saint George et par la Tamise qu'ils sont de Paul Véronèse , et il me les payera en conséquence. Ocoq breton, va, ta cervelle est dans la crête !

— Vous avez vu le général , demanda Fabio ; et ses dispositions...?

— Sont détestables ; il a reçu dans la nuit un courrier de Caslelvelrano.

— De Caslelvelrano ! demanda Fabio avec émolion. Est-ce que la reine...?

— Il s'agit bien de la reine! interrompit Errante.

— De quoi donc s'agit-il ?

— I! paraît qu'on a massacré à Sélinonte toute une compagnie d'infanterie anglaise, le capitaine en tête.

— Qui?

— Voilà ce que je n'ai pas bien compris. On parle de gardes-côtes, de pirates, de bandits; tout cela n'est pas clair; ce qui l'est beaucoup plus , c'est que les Anglais sont morts et bien morts. Le général est furieux , et le major Dudley, qui est avec lui , et qui a sur le cœur son coup d'épée de la Spagnola , ne fait que l'exciter encore davantage. D'après ce que j'ai pu saisir de leur conversation , il n'est plus question du duel , mais d'un grand coup à frapper pour mettre à la raison, disaient-il, la Sicile et les Siciliens.

— Les insolents ! murmura Fabio.

— Insolents, tant qu'il vous plaira, mais ils sont les plus forts et malheur aux vaincus î Bref, le duel, la Spagnola, la lotir de Sélinonte, on va (aire de tout cela une grande cote ruai taillée, et c'est vous , mon très-cher, qui payerez pour tout le monde.

CAHOLINB. — 2. 15

— Vous voulez dire qu'il ne payera pas, dit Rafaella. Car j'espère bien que la dernière nuit a porté conseil et que le capitaine Fabio est prêt à partir.

— En effet, répondit Fabio sans s'expliquer sur les causes déterminantes de sa résolution , je me rends à vos conseils et je me résigne à la retraite, pourvu, bien entendu, qu'elle soit honorable. '

— En doutez-vous, quand c'est moi qui vous la propose?

— Je n'en doute pas, mais encore faut-il que je sois mis dans le secret.

— Ceci vous regarde , ma belle demoiselle , dit Errante à Rafaella; c'est à vous seule qu'il appartient d'achever la conversion du capitaine. Je vous laisse avec lui. J'ai un rendez-vous beaucoup moins doux avec le comte Allégroni pour notre grande affaire , j'y cours ; avant une heure je reviendrai me mettre corps et âme au service de l'amitié et de la beauté. »

Indépendamment de son rendez-vous, qui était réel, il n'était pas fâché d'échapper à la lutte qui ne pouvait manquer de s'engager au moment décisif entre les deux... Quel nom leur donner? Amants? Non! Futurs? Qui pouvait répondre de l'avenir?

< Monsieur le comte, dit le peintre à Allégroni , vous passez pour un homme de conseil et d'exécution; c'est ce qui m'amène auprès de vous.

— Qu'y a-t-il de bon pour votre service ?

— Voici ; vous connaissez le capitaine Fabio ?

— Je l'ai vu une fois ; il est venu visiter mon musée avec son parrain, le baron Schininà.

— Il est en prison.

— Tout Trapani le sait.

— Bientôt il n'y sera plus.

— Serait-il élargi?

— Non, il est délivré ; il le sera du moins d'ici à une heure.

— Par qui? demanda le comte, un peu humilié peut-être au fond du cœur qu'un autre que lui eût fait ce qu'il aurait voulu et n'avait pu faire lui-même.

— C'est un secret.

— Pardon ! il m'est échappé une question indiscrète.

— Briser les fers du prisonnier, c'est quelque chose, ce n'est pas tout ; il faut le cacher. Mais où? Voilà le problème , et je viens vous demander si vous voulez m'aider à le résoudre. »

Allégroni fut quelque temps sans répondre. Il se consultait visiblement lui-même.

< Une seule question , demanda-t-il enfin , et celle-là est nécessaire. Où compte aller le capitaine à sa sortie de prison ?

— Je viens précisément vous demander où il faut qu'il aille.

— Avez-vous les moyens de le faire sortir de la ville sans danger?

— Je réponds de lui jusqu'au dernier pontlevis exclusivement.

— Je n'en voulais pas savoir davantage. Qu'il aille directement au pied du mont Saint-Julien, il trouvera son cheval, tout sellé, derrière l'église de la Madone; une fois là, s'il exécute ponctuellement les instructions qu'on lui donnera , il est sauvé. »

Le comte se tut. Errante n'en demanda pas davantage, et se hàia de porter celte bonne nouvelle aux deux personnes qu'elle intéressait encore plus que lui.

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