LE SIEGE
La nuit se passa sans accidents , mais non sans alertes : la fidélité timorée de Pipo lui faisait voir partout des sbires ; il entendait leur voix dans les soupirs du vent ou les bâillements des chiens, et si un nuage passait sur la lune , c'était leur ombre qui se glissait dans la cassine. Il n'épargnait pas le Qui vive militaire , et appelait ainsi, à force de précautions , les dangers qu'il voulait éloigner. Rosario , quand venait son tour de fac-
lion , y mettait plus de réserve et de sang- froid. Habitué aux ruses du braconnier, il ne prenait pas l'alarme aisément et faisait d'autant mieux la garde qu'il n'avait pas Pair delà fiîirc.
Le malin arriva donc , et le soleil se leva radieux sur les bauleurs de Gibillina et de Rocca d'Aniello ; la rosée de la nuit étincelait sur les liantes herbes de la cour et sur les orangers du jardin ; chaque goutte , avant de se dissoudre , jelait l'éclat du diamant.
Les premiers rayons doraient à peine les murs crevassés de la cassine , qu'une douzaine de dragons anglais , venus de Mazzara , s'arrêtèrent à la grille encore fermée et entourèrent la maison de tous les côtés. Attirés par les aboiements furieux des deux chiens, l'invalide et le braconnier accoururent en même temps et le fusil à la main sur le point menacé.
« Ouvrez , au nom de la loi ! leur cria le brigadier de service dont l'ordre sec et absolu eut bien de la peine à dominer les deux voix combinées du caniche et du lévrier.
— Nous sommes pris , dit Pipo ; les habits rouges en veulent au capitaine , c'est sûr, et la retraite est fermée.
— Par saint Hubert ! dit Rosario ; cette infer-
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nale sorcière nous aura vendus. Quand je vous le disais !
— Ah! zingara, ma mie, murmura Pipo , si c'esi toi qui as fait ce coup , tu auras de mes nouvelles.
— C'est égal , dit le braconnier, il faut faire bonne contenance. L'ennemi n'est pas encore dans la place. Parlementons pour gagner du temps, i»
Et comme le brigadier renouvelait son ordre en brandissant son sabre nu ,
€ A qui en voulez-vous? lui demanda Pipo avec plus de résolution qu'on n'avait le droit d'en attendre de sa jambo de bois.
— Nous en voulons au capitaine Fabio qui est ici , nous le savons. Ouvrez , au nom de la loi î
— Au nom de quelle loi? demanda Rosario , qui , en qualité de métayer, possédait assez son code pour tenir tête à un procureur, à plus forte raison à un dragon.
— Ouvrez , au nom de la loi! répétait toujours l'autre en élevant sa voix d'une gamme à chaque injonction.
— Avez-vous un ordre du justicier? répliqua Rosario. Si vous en avez un , produisez-le.
— Ouvrez à rinslant même, ou nous enfonçons la grille , d cria l'Anglais impatienté.
Rosario savait par expérience combien celte menace était facile à exécuter: pourtant il ne se laissa intimider ni par la faiblesse de ses retranchements, ni par la colère toujours croissante du brigadier.
« Qui êtes-vous ? lui dit-il bravement , pour entrer de force dans la maison d'un fidèle sujet du roi. Vous n'en avez pas le droit ; un Sicilien est maîlre chez lui , et il n'appartient pas à des étrangers comme vous de commander chez nous,
— Voilà qui est parler ! s'écria l'invalide en mettant de travers son bonnet de police ; oui , un Sicilien est maître chez lui. Vous seriez le roi d'Angleterre en personne , que vous n'entreriez pas.
— Ah ! vous autres , vous résistez! dit le brigadier poussé à bout. Mousallonsvoir.Goddam! »
il mit pied à terre aussitôt , enfonça la grille d'un coup de pied et entra dans la cour son sabre dans une main et un pistolet dans l'autre. Il n'était resté avec lui que deux dragons , les autres enveloppaient la cassine, afin que personne n'en pût sortir. Pour l'instant du moins les deux armées étaient de force égale; caries deux chiens valaient bien un dragon , et si Pipo était ii»valide, son fusil ne l'était pas.
« Prenez garde à ce que vous faites , dit Rosario en couchant en joue le brigadier ; si vous avez pour vous le nombre , nous avons, nous , la légalité. J>
A ce mot de légalité, l'Anglais fit un pas en arrière et abaissa son pistolet , au bout duquel il tenait déjà le hardi braconnier.
< Tout citoyen anglais , dit-il d'un ton subitement et sensiblement radouci , connaît ses devoirs et respecte la légalité ; avant de forcer la clôture , je vous ai fait les trois sommations , j'ai été jusqu'à quatre et môme jusqu'à cinq ; ainsi j'ai observé les formes , et c'est vous qui les violez,
— Il s'agit bien de formes ! répliqua Rosario en ajustant son homme. Vous entrez ici comme des bandits et on vous reçoit comme tels. »
Le coup partit , le brigadier tomba. Non moins résolu que son maître , le valeureux caniche avait happé })nr les naseaux l'un des deux dragons, ou du moins son cheval, et s'y tenait suspendu par les crocs avec acharnement. Le cheval furieux hennissait de douleur, bondissait de rage sans pouvoir se débarrasser de son appendice incommode; mais, en revanche, il se débarrassa de son cavalier , qui , dans la lutte , fut lancé à dix
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pas. Pendant ce temps, l'invalide, aidé du lévrier, avait mis hors de combat le second dra- £!;on ; la victoire restait aux assiégés. Maîlre du champ de bataille, le prudent braconnier alla refermer la grille, qui n'en était pas moins, si faible qu'elle fût, une première ligue de défense. Il s'attendait à une attaque générale de la part des dix dragons occupés en ce moment à cerner la cassine. Tout à coup il entendit, de l'autre côté de la maison , un coup de fusil suivi d'un second , d'un troisième, puis un feu de peloton appuyé d'un feu de file bien nourri.
« Ah ! ah ! dit Pipo , tout fier de son exploit, voilà le capitaine qui se réveille. î
Au même instant on vil paraître à la grille une demi-douzainededragoissqui, bien loin de songer à l'attaque , ne songèrent pas même à la défense; se voyant pris entre deux feux , ils abandonnèrent leur brigadier et se mirent à fuir bride abattue du côté de Mazzara , sans attendre la décharge que leur réservaient nos deux vainqueurs, étonnés eux-mêmes d'un triomphe si facile.
(( Par sainte Rosalie ! s'écria l'invalide en reposant les armes militairement , le capitaine n'a pas perdu son temps. »
Fabio , en effet, ne l'avait pas perdu , quoique
riionneurde la victoire ne lui appartînt pas lout entier. Réveillé en sursaut par le premier coup de fusil du braconnier, il saute à sa fenôlre, qui donnait sur le jardin, et , voyant sa maison investie parles draijons, il devine le reste. Cédant à son premier mouvement , il tire sur un dragon qui réplique, et, de riposte en riposte, le combat s'était engagé aussi sérieusement de ce côlé que de l'autre. Le résultat n'en pouvait être douteux : Fabio, à bout de munitions , calculait déjà ses moyens de reiraiie , lorsqu'im feu de peloton éclata comme un coup de tonnerre à la lisière du bois de pins qui sépare Boncévino de la mer. Étaient-ce des amis ou un nouvel ennemi ? Telle est la question que se posait naturellement Fabio; la déroute des dragons et leur fuite précipitée à travers la plaine ne lui laissèrent bientôt aucun doute sur les dispositions de ce renfort inespéré. Mais ses libérateurs, qui étaient-ils? Voilà ce qu'il ne devinait point. Il regarde... personne; il écoute... plus rien. Les dragons une fois débandés, la fusillade avait cessé.
4 Par saint Bologaro ! dit lout à coup une voix; les langoustes ont pris le mors aux dents. Coure après qui voudra ! ce ne sera pas moi ; je reste pour enterrer les morts et pour les dépouil-
1er; c;ir ce serait un péché que de laisser leurs guinées se rouiller dans leurs poches? Avec cela qu'ils n'auront d'autre bière que la peau qu'ils portaient sur leurs os en venant au monde ; corps de Dieu ! c'est assez bon pour des hérétiques. » Fabio crut reconnaître dans cette voix qui parlait l'idiome calabrais, une de celles qui une t'ois déjà avait frappé ses oreilles dans la plaine de ('.astelvétrano. Il ne se trompait point. Le séjour des Calabrais à Sélinonte se prolongeant malgré les injonctions réitérées du général Mac- Farlane , et les vivres leur manquant en l'absence du brick qui avait conduit la reine à Caiane, ils en étaient réduits pour subsister à marauder aux environs; or , comme autour d'eux et grâce à eux , le pays était dévasté , le cercle de leurs déprédations s'étendait nécessairement tous les jours. Celle nuit-là ils avaient audacieusement poussé leurs reconnaissances jusqu'à la porte de Mazzara ; passant par Boncévino pour regagner Sélinonte , ils avaient aperçu les dragons et lire dessus par haine encore plus que par cupidité, car qu'espérer d'une pareille proie? 4 La peau d'un dragon, disait Francatripa, ne vaut pas même celle d'un lapin.» Trois ou quatre Anglais étaient restés sur la place ; les autres n'avaient dû
leur salul qu'aux jambes de leurs chevaux. Après celle viclorieuse et rapide expéditiou les Calabrais firent le lourde la cassine et se présentèrent à la grille au moment où Fabio descendait dans la cour.
« Eh î les amis , crièrent-ils à Tinvalide et à Rosario en apercevant les trois dragons démoniés et couchés sur le tlanc tous les trois , ouvrez-nous donc la porte que nous vous donnions un coup de main.
— On y va ! on y va ! répondit Pipo en courant à la grille aussi vile que le lui permettait sa jambe de bois. Entrez, entrez! C'est donc vous qui avez servi aux langoustes le picotin qui les fait courir si vite?
— On n'a pas fait ici de la mauvaise besogne à ce qu'il paraît , dit Parafanti , car c'était lui qui commandait en personne les maraudeurs. Bravo ! les ennemis des Anglais sont nos amis. Mais, Dieu me pardonne ! en voilà un , je crois, qui se permet de vivre encore. Attends , mon garçon , je vais te ressusciter comme Lazare. »
A ces mois le féroce partisan acheva d'un coup de carabine le malheureux dragon que son cheval avait renversé , et qui , tout meurtri de sa chute, essayait de se relever. Il retomba pour ne se
relever jamais. Son camarade gisait non loin avec deux dents du lévrier dans les jambes , et deux balles de Pipo dans la poitrine. Quant au brigadier, il avait éprouvé aux dépens de sa vie la fatale adresse du braconnier. Les morts, tant ceux de la cour que ceux du jardin , furent dépouillés en un clin d'œil par la bande avide des Calabrais , puis enterrés à cent pas de là dans une fosse improvisée dont on eut soin de dissimuler les traces sous les palmes et les cactus. La terre du Midi fut lourde aux pauvres étrangers qui regrettèrent en mourant les brouillards de la patrie.
Fabio assista sans y prendre part à cette triste cérémonie ; son insouciance et ses habitudes de soldat lui faisaient voir sans trop d'émotion ces funèbres soins. Les choses s'étaient passées selon les lois de la guerre, Thonneur militaire était saiisfait. Après le combat on enterrait les morts, rien de plus simple. El d'ailleurs ces morts n'étaient-ils pas les agresseurs!... des Anglais?...
Boncévino était moins que jamais un refuge assuré pour lui ; les Anglais ne pouvaient manquer d'y revenir en force , et après un pareil éclat, il n'avait qu'à se bien cacher, mais où? Parafant! résolut celle question difficile.
« xMon bel officier, dii-il à Fabio, qui avait jeté sa défroque de paysan et repris l'uniforme de son grade , vous ne nie j)arai88ez pas être ce qu'il y a de mieux dans les papiers des habits rouges ni les porter dans votre cœur ; mais comme vous êtes seul et qu'ils sont quinze mille en Sicile, la partie n'est pas égale entre vous; vous ferez bien, si vous m'en croyez, de les attendre ici le moins longtemps possible : l'air de cet endroit n'est pas sain pour vous. Le plus prudent est de venir avec nous ; vous trouverez de bons vivants qui n'aiment pas plus les Anglais que vous, et qui leur font tout le mal que vous leur souhaitez. Est-ce dit? Acceptez-vous l'hospitalité calabraise? ï
Fabio allait dire oui , lorsqu'un regard jeté sur les atroces figures de la bande qui encombrait sa cour, le fit hésiter. Ce spectacle , en efîet , n'avait rien d'engageant; le chef lui-même, malgré la recherche et la richesse de son costume calabrais , malgré les rubans de son chapeau pointu et son gilet de velours à boutons d'argent, et le pieux agnus qu'il portait au cou , Parafanli, dis-je , était loin , comme on peut s'en souvenir, d'avoir une physionomie prévenante ; son visage velu appartenait moinsà l'homme qu'à l'animal;
son œil couvert et sombre inquiétait comme celui du chat-tigre à l'affût d'une proie. Quant au reste , c'était un ramassis de gens sans foi ni loi, déguenillés pour la plupart, manquant de tout et prêts à tout pour se procurer ce qui leur manquait. Rien au monde ne ressemblait plus à une bande de voleurs. Tout étonné de se trouver en présence de si singuliers auxiliaires , le braconnier les prit pour ce qu'ils paraissaient être ; mais Pipo rectifia ses idées à leur égard ; il n'était pas là sans avoir entendu parler des Calabrais campés à Sélinonte : quoiqu'il les haït en qualité de Sicilien et les méprisât en qualité de soldat, il leur faisait grâce en ce moment, et ne voyait en eux , pour l'instant , que les ennemis des Anglais et les libérateurs de son capitaine.
Fabiodonc fut quelque temps indécis.
« Vous hésitez? lui dit Parafanti. Je vois ce que c'est : vous craignez , parce que nous sommes Calabrais , de ne trouver parmi nous personne à qui parler? Détrompez-vous : la Sicile est représentée à Sélinonte aussi bien que la Calabre; nous possédons le régiment insulaire , commandé par l'illustrissime Spaccaforno , un Sicilien comme vous, qui se fera un véritable plaisir de recevoir un compatriote dans son état-major. »
Fahio MO pul s'empêcher de rire du sérieux avec lequel Parafanii lui faisait celle burlesque propositiou ; il aurail ri bien davanlage s'il avait pu se représenter l'illustrissime Spaccaforno avec son habit rouge , son casque à queue et ses épaulaites d'or, passant en revue ses vingt-cinq ou trente recrues en haillons , car, hélas ! tel était le chiffre auquel ladésertion avaitréduit le fameux régiment insulaire.
« Va pour Sélinonte ! » dit Fabio entraîné par la curiosité.
Il n'était pas fâché de voir de près ces terribles et mystérieux partisans qui lui étaient apparus la nuit comme des spectres échappés du Tartare. Qu'avait-il à craindre, après tout ? Puisqu'il était hors la loi , fuorbandito , comme disent les Italiens , et condamné à la vie errante , aventureuse des contumaces , autant valait pour lui aller là qu'ailleurs, sauf à n'y pas rester s'il s'y trouvait mal.
< Rosario, dit-il à son ami le braconnier, tandis que Pipo lui sellait son cheval , nous nous reverrons plus tard ; j'irai quelque jour, bientôt, sans doute , vous surprendre à la Barbara, et alors nous irons ensemble courir ces grands bois que vous aimez tant.
— Eh ! qui ne les aimerait ? répondit, le braconnier en tournant un regard d'amour vers les monlagnes. L'odeur d«^s lorôts est si -bonne à sentir.
— En attendant que nous la respirions ensemble , partez seul , vous le pouvez sans danger. Personne ne vous a vu à Boncévino et les morts ne reviendront pas vous dénoncer.
— Mais vous , capitaine? J'ai répondu de vous sur ma tête à M. le comte Allégroni.
— Voire mission est remplie , et je rendrai bon compte de vos services. Mais j'en réclame de vous encore un ?
— Parlez, capitaine, parlez, vous êtes l'homme que j'aime le mieux au monde après monsieur le comte.
— En passant à Casîelvétrano vous irez de ma part chez la dame que nous avons accompagnée hier.
— De tout mon cœur, seulement je vous ferai observer que vous ne m'avez pas dit son nom.
— Eh ! ne l'avez-vous pas deviné?
— Il ne m'appartient pas , répondit le métayer en levant respectueusement son chapeau, de deviner ces choses-lî^.
— Eh bien ! celte dame est la reine et c'est
chez elle que vous irez de ma part ; vous lui raconterez ce qui vient de se passer et lui direz que je suis allé à Sélinonle attendre ses ordres.
— Suffit! vous serez coiUenl de Rosario et monsieur le comte aussi. Maintenant si vous voulez bien me permellie de vous dire mes idées ?...
— Parlez franchement , mais promptement , car mon cheval est sellé et les Calabrais n'attendent que moi pour partir.
— S'il faut vous parler avec une entière franchise, je vous dirai donc que j'aimerais tout autant les voir partir sans vous. Sauf le respect que je vous dois , vous vous encanaillez furieusement, et celle compagnie-là ne vaut pas mieux que celle des conciapelli , encore ceux-ci sontils Siciliens , mais des Calabrais!... Tenez, j'avais déjà pensé à un bois du Mont-Chinéa où le diable ne nous aurait pas découverts. Avec cela que vous ne serez pas trop en sûreté avec ces vagabonds ? Qui dit (Calabrais dit voleurs.
— En tous cas , mon cher Kosario , ils ne me voleraient pas grand'chose. El puis rassurezvous , je ne cours aucun risque au milieu d'eux. A la manière dont leur parle Pipo, il leur dit, j'en suis sûr, que Sa Majesté me coimaît, et ce litre me rend inviolable à leurs yeux, d
Fabio devinait jusle : Pinvalide n'avait pas manqué de raconter aux Calabrais comme quoi son capitaine était Tami de la reine , qui avait honoré sa cassine de sa visite , et que même elle lui avait dit : « Pipo , je suis contente de toi. > Celte confidence eut pour effet immédiat de mettre Fabio en grande considération auprès de Parafanii et de sa bande : ces hommes féroces, qui ne respectaient rien , étaient aveuglément dévoués à Carobne, et Fabio dut aux vaniteuses indiscrétions de son fantassin de ne pas voir sa maison pillée amicalement du haut en bas, car tels étaient les adieux que ses libérateurs ménageaient à Boncévino. Il est vrai qu'ils ne perdaient pas grand'chose et faisaient de la générosité à peu de frais. Ils se consolèrent de leur sacrifice héroïque en emportant comme un butin légitimé par le droit de la guerre la dépouille et les cbevaux des dragons anglais restés sur le champ de bataille.
Enfin la bande partit pour Sélinonte et Rosario pour (^astelvélrano , sans oublier son inséparable caniche.
L'invalide suivit de Tœil son capitaine, aussi loin qu'il put l'apercevoir ; quand il le perdit de vue il poussa un gros soupir, essuya une grosse
Jaime , et se mit à siffler une marche militaire pour faire diversion à son attendrissement. Son premier soin fut de faire disparaître toutes les traces du combat : lavant à grande eau le sang répandu dans la cour et dans le jardin , il rendit si bien à la cassine sa physionomie pacifique , qu'elle pouvait défier les yeux les plus pénétranis et les plus soupçonneux. Cela fait, et redevenu simple concierge , il referma soigneusement la grille et attendit l'événement de pied ferme , non toujours sans rouler des pensées de vengeance contre la zingara.
« Que pourrais-je lui faire pour la punir ? » se demanda-t-il en bourrant sa pipe , la seule compagnie qui lui restât, car le lévrier avait fait la conduite à son nouvel ami le caniche.
11 craignait par prudence d'en trop faire , et , par vengeance , de n'en pas faire assez.
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