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collections. Production incessante d’un puissant génie, auquel de fortes études permettent de réaliser tout ce qu’il voit, tout ce qu’il pense, tout ce qu'il rêve, avec une verve et une variété de facture qui tiennent du prodige. « Il a été, nous dit M. Paul Jamot, l'historien le plus lyrique à la fois et le plus vrai d’une société dont personne, avant lui, n’a mieux compris la grâce nonchalante et le voluptueux laisser aller. » (1).
Les biographes de Carpeaux se sont de tout temps mis d’accord pour reconnaître son extraordinaire facilité de création ; de nos jours, on le désigne encore volontiers comme un artiste qui crée « d’instinct », sans raiscnner, sans müûrir par la réflexion l’œuvre qui jaillit spontanément de ses doigts fiévreux. En fait, ce qui prédomine dans la suite des créations du maître, c’est un prodigieux sentiment de la vie... l'expression morale semble médiocre (2).
Il apparaîtrait cependant que lorsqu'un artiste a pénétré ce secret de la vie, la psychologie «doive s'inscrire d’elle-même dans son œuvre, sans pénibles tâtonnements ; il est difficile d'admettre que Carpeaux n'ait pas subi une large évolution au cours de ses études. Est-ce bien le fils du pauvre maçon de Valenciennes qui va créer ces portraits où sont empreints la grâce, l'aristocratie d’une race, la finesse de l’esprit, la pensée profonde du diplomate, l’amertume d’un Napoléon IIT ?
Cependant, quelle que soit la sûreté de sa main, Carpeaux ne se dérobera jamais au plus scrupuleux contrôle de sa pensée. Nous en avons une preuve certaine devant les vitrines de la Salle Carpeaux au Louvre, devant celles des Arts Décoratifs, et si nous visitons le Musée Carpeaux à Valenciennes, où sont exposés en si grand nombre les maquettes et les dessins du maître. Cette quantité d’études, auxquelles s’ajouteront un jour celles des collections particulières, précise bien les recherches préliminaires auxquelles le grand artiste s’astreignait, avant de fixer ses plus hardies compositions ; mouvement, expression, anatomie serrée, tout est examiné sous les aspects les plus variés. Ces études disent à la postérité comment Carpeaux est devenu un «instinctif » si habile, et quelle somme formidable de travail acharné représente cette facile épithète : l'improvisation à ce degré de maîtrise n’est pas seulement le résultat d’un don heureux ; c’est le fruit d’un âpre, d’un intelligent labeur. Mais la recherche du mouvement et de la vie surprise sur le vif est dénoncée comme une doctrine « dangereuse pour un sculpteur... La sculpture, gardienne puissante et fidèle des formes, ne s’accommode pas de l’à peu près. C’est une langue qui ne supporte ni l'instabilité ni l'incertitude (3) ». Nul ne peut disconvenir de la sagesse de ces préceptes ; nous prétendons
(1) Paul Jamot, Carpeaux peintre et graveur (Gazette des Beaux-Arts, septembre 1908) (2) Paul Vitry, L'Art de noire Temps. Carpeaux (Introduction, page 7). (3) Jean Laran et Georges Le Bas, L'Art de notre Temps, Carpeaux, page 80.