‹ Carpeaux, 1827-1875Chapitre 80 sur 90 · ARE. QE · texte numérisé non relu

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que Carpeaux ne les a pas enfreints. Quand il recommande à ses élèves de ne pas se faire esclaves du procédé, de conserver l'élan, d’avoir une âme, il ne leur interdit pas d’acquérir la science, cette science profonde qui, seule, permet de le suivre sans défaillance. Le grand maître savait mieux que personne comment la science s’acquiert par une volonté soutenue ; il oubliait par contre, que ceux qui manient le ciseau, n’ont pas tous une âme de l’envergure de la sienne. Ses élèves, — si élèves il y a, — ne l’ont que trop prouvé !

En 1868, le maître est absorbé par les travaux de l'Opéra : le modèle du groupe est prêt ; bientôt Carpeaux va attaquer la pierre. Le marbre du buste de M. Dervillé, celui du Marquis de Laborde, datent de cette époque ; mais, infatigable créateur, Carpeaux étudie déjà une vaste composition qu’il veut offrir à sa ville natale, pour couronner le fronton de l'Hôtel de Ville. Puis il fait des recherches consciencieuses pour les types orientaux qu’il va avoir à traiter pour la Fontaine du Luxembourg : les bustes du Chinois et de la Négresse attestent ces études, ainsi que des maquettes et de nombreux dessins.

1869 apporte à Carpeaux la joie de fonder un foyer, joie depuis longtemps souhaitée, mais que la jalousie de ses parents a rendu irréalisable jusqu’à ce jour. Le 12 février, il est fiancé à M1Ie Amélie de Montfort l’Impératrice, elle-même, est intervenue en faveur de cette union.

A cette occasion, il est vrai que le grand maître a désiré être anobli, comme l’ont été avant lui les barons Gros, Gérard et consorts ; ce n’est pas pour lui qu’il a souhaité ce hochet. Son vœu n’a rien qui doive le ridiculiser ; il prouve la délicatesse de son amour pour la noble jeune fille qui lui accorde sa main. Carpeaux rayonne de gloire et de bonheur ; il a dépassé les rêves les plus enthousiastes de sa jeunesse ; mais ses parents, furieux de voir leur fils leur échapper, tentent l’impossible pour détruire son avenir. Pendant les fiançailles, le maître a exécuté, à la pierre noire, des portraits charmants d’après sa fiancée et ses futurs beaux-parents ; puis il modèle le buste de Mlle de Montfort, plein de grâce souriante et craintive. Ce buste est daté du 13 Mars 1869. D’après ce portrait, en changeant seulement le masque, il réalise le buste décoratif qu’il appelle La Fiancée. Y1 dédie à Mlle de Montfort son Christ en Croix.

Le mariage a lieu à la Madeleine, en grande pompe, le 27 Avril 1869. Carpeaux a quarante-deux ans ; la jeune femme, vingt-deux.

Mais les préparatifs du mariage, le mariage lui-même, ne peuvent distraire complètement Carpeaux de ses grands travaux de lOpéra, auxquels s’ajoutent le buste du célèbre architecte Charles Garnier (1) et celui de Mlle Eugénie Fiocre. La spirituelle danseuse a inspiré au maître

(1) Exposé au Salon de 1869, un bronze admirable de ce portrait a pris place au Foyer de l’Opéra.

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