‹ Carpeaux; 48 planches hors-texte, accompagnées de 48 notices rédigéesChapitre 2 sur 53 · I. — PORTRAIT DE CARREAUX · texte numérisé non relu

I. — PORTRAIT DE CARREAUX

Jean-Baptiste Carpeaux naquit à Valenciennes le 14 mai 1827. Fils d'un maçon, il garda toujours quelque chose de la rudesse de ses origines. « Toute sa vie — dit Chesneau — il aima le gros pain et le vin piqué. » Quoiqu'il ait témoigné parfois un respect un peu naïf pour le beau monde, — n'eut-il pas un jour l'idée singulière de se faire nommer baron I — il ne se débarrassa jamais de certains solêcismes de langage et de tenue, fruits d'une éducation forcément sommaire.

A cette éducation il devait par contre des qualités plus précieuses. La lutte opiniâtre pour le pain quotidien, la nécessité de surmonter les obstacles accumulés contre ceux qui sont fils de leurs œuvres furent une école d'énergie pour le jeune homme courageux et qui sentait sa valeur. Entier, impulsif, souffrant avec impatience les mécomptes, prompt à. grossir de toute sa sensibilité d'artiste les événements heureux ou malheureux de son existence, s' abandonnant tout entier à la gaieté comme à la colère, Carpeaux trouva pour servir son talent une indomptable ténacité. Cœur simple et bon d'ailleurs. « Mes passions — note-t-il en 1867 —

— se sont traduites par des chagrins et non par des vengeances et des outrages. »

Il était de petite taille et de physionomie un peu dure: « Si je m'étais fait moi-même — confiait-il — je me serais fignolé, mieux que ça. »

M. Claretie, qui Va connu à quarante ans, nous le décrit « maigre, énergique, la moustache rude, les cheveux en coup de vent ; il ressemblait à un officier de chasseurs à pied vêtu en bourgeois, l'air d'un ouvrier et d'un soldat, avec la flamme de l'artiste dans le regard. »

Les Concourt, qui le rencontrèrent en 1865, ne virent d'abord que «sa tête taillée à la serpe, tête rude et grossière d'un carrier, avec des moustaches de sergent de ville et des yeux durement brillants... des yeux d'ouvrier en colère. » Mais ils ne furent pas longs à pressentir « la fièvre du génie dans l'enveloppe du marbrier. »

Il existe de nombreux portraits de Carpeaux. Le musée de Valenciennes possède, de sa main, deux dessins, datés de 1857 et 1860, une peinture offerte par le marquis de Piennes, et la toile reproduite ci-contre, donnée par le peintre Vollon, pour qui l'artiste l'exécuta en 1862. La famille du statuaire a offert au Musée de Versailles un des portraits qu'elle a recueillis.

Il faut citer aussi des toiles de Bruno-Chérier, Moreau-Deschanvres et Ciacometti, des bustes de Lacave, de Hiolle, de F. de St- Vidal et de Bernard.

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