‹ Carpeaux. 48 planches hors-texte, accompagnées de 48 notices rédigéesChapitre 28 sur 51 · XXVII. — CHARLES CARNIER · texte numérisé non relu

XXVII. — CHARLES CARNIER

Les rapports de Carpeaux avec les architectes furent toujours difficiles. Dans sa ville natale, il désespère Batigny, auteur du nouvel Hôtel de Ville, par la furia de son fronton : La Ville de Valenciennes défendant la Patrie (1868). En même temps, à Paris, son groupe de LA Danse menace l'équilibre de la façade du nouvel Opéra.

Mais ici l'architecte est Charles Carnier (1825- 1898), c'est-à-dire non seulement un camarade d'enfance, un condisciple de la Petite Ecole, mais aussi un homme dont le talent peut sympathiser avec le sien, également respectueux des souvenirs de l'art italien et également épris de couleur, de richesse et d'éclat. Aussi les discussions restèrent-elles toujours des plus amicales. Le buste de Garnier fut exposé en 1869, c'est-àdire au moment même où la Danse, objet de la colère publique, causait à l'architecte de continuels tracas.

Le buste fut des plus remarqués. Castagnary et Chaumelin en ont loué la souplesse, l'esprit, la précision.

«r Nous n'avons rien vu de plus étonnant en fait de ressemblance — s'écria Gautier — que le portrait où la personnalité même du modèle semble avoir été jetée dans le moule à nature perdue et amalgamée avec la couleur d'airain.

Les yeux regardent, les narines palpitent, la bouche respire, les cheveux touffus retombent sur le front comme il le font quand l'artiste secoue la tête par un mouvement qui lui est familier. En vérité, ce buste est plus vivant que la vie J »

Plus vivant que la vie l Voilà bien ce que P. Mantz reproche à cette effigie « si colorée et si vivante ». Libre à Carpeaux de modeler avec caprice les accessoires « de chercher l'accent pittoresque dans les cheveux et dans les vêtements » mais les chairs ? Au lieu de les marteler de petites touches destinées à accrocher la lumière, il aurait dû « les traiter plus simplement et d'un ébauchoir moins fébrile » (Gazette des Beaux- Arts).

Le reproche est général : Touches trop multipliées, dit Charles Blanc. Aspect papillonnant et agité, ajoute Lafenestre. C'est une furieuse pochade, déclare enfin P. Casimir-Périer : en un style de forêt vierge, vêtements et cheveux s'échappent et se révoltent tandis que le visage, extra-fruste, poreux, boursouflé, semble mordu par toute une meute J

Ajoutons que pour donner à son œuvre un aspect plus vivant et plus réel, Carpeaux avait coloré en noir, à l'indignation des puristes, les , cheveux et les prunelles.

Le marbre appartient à Mme ch. Garnier. Un exemplaire en bronze a été donné par l'architecte C. Moyaux au musée de Valenciennes, qui possédait déjà un buste en plâtre bronzé.

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