VIII.— Miie ANNA FOUCART
LE PÊCHEUR A LA COQUILLE avait du jour au lendemain rendu le nom de Carpeaux célèbre. L'artiste avait bien gagné son succès, mais, somme toute, il n'avait pas eu longtemps à attendre.
« Il est venu — constate Paul Mantz — au moment où les vieilles querelles d'école étaient éteintes. Grâce aux combattants des premières journées, le terrain était conquis et ils pouvaient y marcher librement, ceux qui prétendaient que la caractéristique essentielle de la sculpture française, c'est la vie.
Si Carpeaux était entré dans l'art vers 1835, il aurait trouvé intacte la vieille citadelle académique, il se serait vu obligé de lutter comme Barye. Rien de pareil dans sa biographie. Après le débrouillement du début, Carpeaux n'a eu qu'à se présenter pour vaincre et, plus heureux que ses devanciers, il a rencontré un public depuis longtemps converti à toutes les séductions de l'art agité et au besoin de l'art excessif. » (Gazette des Beaux-Arts, 1876.)
Il faut ajouter que la plupart des œuvres de Carpeaux eussent provoqué à toute époque une moindre résistance que celles de ses prédécesseurs immédiats. Rude et Barye avaient dit leurs vérités dans une langue trop sévère et trop classique pour séduire le grand public. Carpeaux débu-
tait avec une grâce plus persuasive. On ne pouvait faire un accueil bien sévère à celui qui s'annonçait comme le sculpteur du sourire.
A la même série aimable que le Jeune Pécheur appartient un buste exécuté en 1860, à Valenciennes, par le pensionnaire peu fidèle de l'Ecole de Rome. La ville natale, « l'Athènes du Nord », l'attirait par le bon accueil qu'elle sait réserver depuis si longtemps à l'art et aux artistes. Carpeaux y retrouvait la sympathie dévouée des amis qui avaient facilité ses débuts. Le modèle de notre buste, Miie Anna Foucart (Mme paul Sautteau), appartient à l'une de ces familles de bourgeoisie éclairée dont le nom est lié à la gloire de notre sculpteur. Son père. J.-B. Foucart (1823-1898), avocat et écrivain, fut un des premiers à acquérir des œuvres de l'artiste, un des premiers ensuite à les offrir libéralement à nos musées. Un frère de M'"® Sautteau, M. Paul Foucart, avocat et écrivain lui aussi, a enrichi à son tour le musée de Valenciennes, dont il a laissé un précieux catalogue.
Le buste que nous reproduisons sous sa première forme, grâce à l'obligeance de M. Marcel Guérin, est assez peu connu (une autre épreuve a appartenu à la princesse Mathilde). Il en existe en revanche des variantes répandues à de nombreux exemplaires. La plus populaire est La Rieuse Napolitaine, modelée par Carpeaux en 1867, qui figura en marbre à l'exposition universelle de 1867.