ÉTUDE DE JEUNE FEMME, PAR CARPEAUX
nerveux qui rappelle le dessin de Daumier. D'ailleurs, pour qui parcourt les albums du Louvre, de Valenciennes, de l'Ecole des Beaux-Arts, la variété, la spontanéité prime-sautière de ces deux ou trois mille croquis n'en sont pas le moindre charme. Carpeaux est original, même quand il paraît seulement exercer sa gaminerie ou sa virtuosité. Avec du fusain et un peu de pastel, il s'amuse à disposer sur du papier gris une bassine et des légumes, et il écrit en marge : « Pour singer la façon de composer de Vollon1. » Mais son 1. Musée de Valenciennes.
dessin n'est-il. pas plus près de Chardin que de Vollon? Un autre jour, il prend une feuille de buvard rose, il étale l'encre, comme en se jouant, tantôt frottant le papier avec le dos de la plume pour obtenir de beaux noirs veloutés, tantôt le zébrant de traits qui crachent; quelques touches de craie avivent le point lumineux du front, et c'est Y Homme à la bouche ouverte du musée de Valenciennes. Mais à tout il préfère le papier gris ou bleu, souvent assez foncé, sur lequel le crayon Conté court en frottis légers, balafre les ombres de hachures violentes, souligne d'un trait écrasé la structure d'un visage ou le contour d'un corps, tandis que des rehauts de blanc font saillir les reliefs ou miroiter les lumières. C'est ainsi qu'il exprime les caractères et les attitudes, les costumes et les jeux de la clarté dans l'admirable dessin, Quadrille impérial à Compiègne, qui est récemment entré au Louvre1, après avoir figuré à l'Exposition centennale de 1900. Mais ce sont aussi les mêmes moyens que Carpeaux a employés dans tant de croquis rapides, qui, pour la vérité, le mouvement et la plénitude de l'effet, ne le cèdent, pas aux crayons les plus achevés, et qui, avec quelque chose de plus nerveux, ont autant de charme que les plus libres, les plus souples, les plus colorés dessins de Fragonard.
Carpeaux avait toujours pratiqué la peinture. Il avait vingt et un ans quand, à la suite d'une sorte de gageure avec son ami Bruno Chérier, il peignit ce Vieux Sergent qui appartient aujourd'hui à M. Jules Pillion. C'était en 1848, au moment où il exécutait pour la maison de M. J.-B. Foucart, à Valenciennes, une frise inspirée de Béranger: La Sainte- Alliance des Peuples, tandis que son ami, qui devait illustrer en des panneaux décoratifs d'autres chansons alors fameuses, avait résolu de commencer par celle du Vieux Sergent-.
Il n'abandonne pas ses pinceaux pendant les années qu'il passe à la Villa Médicis. Parmi de nombreuses études faites dans la campagne romaine ou dans les ruines de la Ville Eternelle, une Vue du Tibre, toile importante et très poussée, qui reproduit presque un des motifs aimés de Corot, s'impose à la mémoire par ses architectures solidement établies, peintes avec précision, mais sans sécheresse, par sa lumière dorée et ses colorations fauves.
Il aime la pâte généreuse, qu'il manie avec une virtuosité instinc-