‹ Cartells et trustsChapitre 43 sur 87 · I. — Avantages naturels do · texte numérisé non relu

I. — Avantages naturels do

Le grand, l'éternel argume trusts consiste, ainsi qu'il a ét^ trust a inauguré le régime d llque et rationnelle. Lui seul tout travail inutile (labor sat seul est capable d'obtenir le n par le minimum d'effort. Comn serait-il pas l'institution éconoi mode d'organisation industrie] l'intérêt public ?

11 y a dans ce raisonnement < explicite : Le trust permet d\ dans les conditions les plus é

L'autre implicite : Le trust

aux économies qu'il réalise dans la production. Il convient d'examiner tour à tour ces deux propositions. Le présent chapitre aura pour but d'étudier la première.

Le trust est-il en soi le mode de production le plus économique? Il n'est guère possible de le contester. Il est certain en efifet que le trust est à même, nous ne disons pas de vendre, mais de produire à meilleur marché que l'industrie libre ou simplement syndiquée.

Tout d'abord, le trust comme le cartell, mais à un degré supérieur, opère entre toutes les entreprises qu'il réunit une concentration commerciale. Il leur assure donc tous les avantages que Ton connaît déjà, savoir : achat par grandes quantités — donc à de meilleures conditions — des matières premières ;

Économies sur les transports ;

Économies sur la publicité ;

Suppression ou réduction des crédits à longs termes ;

Répartition des risques commerciaux ;

Facilités d'exportation.

Mais à tous ces avantages qui procèdent de la concentration commerciale, le trust en ajoute d'autres qui sont la conséquence de la concentration industrielle.

1** Une meilleure division du travail. Le trust peut affecter à telle fabrication spéciale une usine que sa situation topographique ou la nature de son outillage rend plus particulièrement apte à cette destination. Souvent aussi il ferme une partie des usines qu'il a acquises et organise la production à plein {at, full ca^ pacity) dans celles qu'il conserve. Il réalise ainsi de notables économies sur les frais généraux (salaire, location ou amortissement du prix d'achat des terrains) *.

4. Lorsque le trust du whisky s'est formé, en i887, il a fermé 68 distilleries sur 80. — Des 18 raffineries acquises par le trust du sucre, 6 ou 1 seulement ont été maintenues en activité.

Le prv^ai -.i^z.^n un jm Le trnst wi-ii ■m iol .s

il ivt::>f

r, le rv^i

^ larir icconlé

istrieli,

ts tnxi-

Utriqur

Kiuniirusl (lu

tlrùiis

yjr^

américaine tout entière ? Les avocats des trusts le prétendent. D'après M. Guthrie (du trust du feuillard et des lamelles), ces produits ne pourraient lutter avec la concurrence anglaise sans le; droit de douane qui les protège, les frais de transport par voie ferrée de Pittsburg (lieu de fabrication) aux ports de la côte occidentale (Charleston, Galveston) étant plus élevés que les frets d'Angleterre en Amérique \ Un économiste dont la compétence est universellement reconnue, M. Jenks, est d'avis que l'abandon de toute protection douanière ruinerait nombre d'industries ^. Il y a évidemment là une question de mesure et d'opportunité. Mais dans bien des cas une diminution temporaire des droits d'importation pourrait, semble-t-il, refréner très utilement l'avidité des trusts.

Tarifs de faveur sur les chemins de fer, — Les trusts ont eu pour alliés, dans leur campagne contre l'industrie libre, les compagnies de chemins de fer qui leur ont concédé des tarifs de faveur [freight discriminations)^ réduisant à leur profit le prix des transports dont leurs concurrents devaient au contraire acquitter l'intégralité. Un mouvement d'opinion, créé surtout par la révélation de l'entente frauduleuse établie entre les compagnies de chemins de fer et le trust du pétrole, a entraîné en 1887 le vote d'une loi dite Interstate Commerce Act^ prescrivant aux compagnies de chemins de fer d'appliquer à tous les transports de même nature des tarifs égaux, sans avoir égard à la personnalité de l'expéditeur. Malgré cette loi dont une commission spéciale, V Interstate Commerce Commission^ est censée contrôler l'exécution, il n'est pas douteux que les trusts continuent à bénéficier pour leurs transports

1. Industrial Commission^ t. I, p. 93u et 1013, 3. Op, cit., p. 46.

de conditions de faveur habilement dissimulées àTaide de multiples subterfuges ^ *

D'après les adversaires du trust du pétrole [Stan^ dard OU Company) , cette compagnie recouvrerait secrètement une partie des sommes par elle acquittées comme frais de transports. Tantôt les compagnies de chemins de fer lui verseraient après coup des ristournes [rebates) ; tantôt l'avantage serait déguisé sous forme de majoration du prix de l'huile lubrifiante que le trust vend aux compagnies ^, Ces accusations, bien que très vraisemblables, n'ont pu être catégoriquement prouvées. De même on ne peut faire sérieusement grief aux chemins de fer de concéder un tarif réduit aux expéditions de pétrole faites par wagonsréservoirs [tank-cars). Sans doute la Standard retire en fait un grand avantage de ce tarif; mais il n'y a pas là vraiment un privilège illicite, car tout industriel indépendant, propriétaire de wagons-réservoirs, obtiendrait les mêmes conditions ^4

1. « Un mois après la promulgation de Vlnterstate Commerce Act^ il fut prouvé devant une commission du Sénat que des tarifs de faveur étaient encore accordés... A la face {sic) de la loi sur Vlnterstate Commerce les chemins de fer réclamèrent à Rice (le raffineur de pétrole indépendant qui avait mené la campagne contre le trust) pour ses ti^ansports à destination de la Géorgie, de l'Alabama, du Tennessee... des prix supérieurs de 29 et parfois ISO, 168 et 242 pour dOO à ceux que payait le trust du pétrole. » Henry Demarest Lloyd, Wealth against Commori' wealth, New-York, i9(M,p. 218.

2. Voir Industrial Commission, t. ï, p. 26, et Llovd, op. cit., ch. viir, XV, XVI, XVII. — Le livre de Lloyd, très curieux et parfois très éloquent, est un réquisitoire passionné contre les trusts. Aussi ses assertions ne peuvent être accueillies sans réserve.

3. Le trust du pétrole fait aussi usage pour une très grande partie de ses transports de canalisations {pipe Unes) établies entre les lieux de production et les raffineries (de Rousiers, op. cit., p. 38 et suiv. —Lloyd, p. 1(M, 104, 106, 116).— La Standard OU refuse de transporter sur ces canalisations le pétrole destiné aux raffineries indépendantes ou le taxe de droits de circulation exorbitants. Il est permis, sans être le moins du monde socialiste, de se demander jusqu*à quel point une société particulière a ainsi le droit de couvrir le territoire d'un grand État de canaux souterrains fermés à l'industrie libre et si TÉtat ne

Mais voici des faits avérée dont toute la vigilance des intéressés n'a pu empêcher la divulgation; ils sont singulièrement suggestifs.

Dans sa déposition devant VIndustrial Commission (11 novembre 1899) \ M. Rice, dont les longs démêlés avec la Standard OU Company ont passionné l'opinion américaine, a porté contre cette compagnie, cette fois avec preuves écrites à Tappui, la grave accusation suivante :

« L*un des moyens employés par les compagnies transcontinentales de chemins de fer pour favoriser le trust est le suivant. Ces compagnies réduisent temporairement de moitié les prix des transports, puis les relèvent quelque temps après de 50 %;. Secrètement informé à l'avance de ces changements de tarifs, le trust s'arrange à faire en temps utile ses expéditions au plus bas prix, tandis que ses concurrents non prévenus paieront plus tard des prix plus élevés. »

On comprend la combinaison. Supposons que le tarif du transport du pétrole entre Chicago* et la côte du Pacifique soit, au 1" juillet 1902, de 2 dollars 70 les 100 livres^. La compagnie de chemins de fer avise secrètement le trust qu'à la date du 15 juillet, le tarif sera porté à 3 dollars les 100 livres. Le trust s'empresse d'expédier avant le 15 juillet à tous ses clients ou consignataires de l'Ouest tout le pétrole qu'en temps ordinaire il eût mis six mois peut-être à leur livrer. Il bénéficie ainsi de l'ancien tarif réduit. Les producteurs indépendants ignorant les intentions de la^ compagnie sont surpris le 15 juillet par l'annonce su-

serait pas fondé, en pareil cas, à intervenir pour empêcher ou contrôler l'exercice d'un tel monopole des moyens de transports.

Page 1