III. — Tactique des trusts
Leurs procédés commerciaux. — La concurrence à se couper la gorge (eu/ throai compétition). — La vente à perte {underselling), — Corruption des employés des concurrents. — Rapports du trust avec le corn* merce. — Rabais.
Quelle que soit l'habileté des promoteurs d'un trust, ils ne parviennent généralement pas à obtenir l'adhé-
\, Ibid,
s. Id.y Hearings, p. 772-774, notes. — Cf. D. Lloyd, op. et/., ch. xvii.
sion de tous les chefs d'industrie avec lesquels ils entament des négociations ; certains producteurs demeurent obstinément rebelles à toutes leurs propositions ou subordonnent leur acceptation à des conditions jugées inacceptables par le trust. Aussitôt constitué, le trust déclare à ces indépendants une guerre à mort et il entre sans tarder en campagne. Entre eux et lui commence une ère de luttes acharnées ; c'est le régime nommé par les Américains la concurrence à se couper la gorge {eut throat compétition]. Nous passerons en revue les principaux procédés mis en œuvre par le trust pour tuer les entreprises libres.
Le plus connu de ces procédés est la vente au-dessous du prix de res^ient [Underselling). Afin de ruiner ses concurrents, le trust vend à perte ses produits dans toute la contrée qui constitue le débouché naturel des usines indépendantes. Dans les régions au contraire où il n'a à redouter aucune concurrence, il élève les prix au-dessus du cours ordinaire pour rattraper la perte [recoup the loss) qu'il a subie dans le premier cas. Bien entendu, lorsque les industriels indépendants ont été acculés à la faillite, les prix momentanément abaissés sont ramenés à l'ancien taux, souvent même portés sensiblement au-dessus de ce taux.
Le trust du pétrole [Standard OU Co,) est surtout passé maître dans l'art de ruiner ses concurrents en leur enlevant leurs clientèles.
« Ils (ses directeurs) sont informés de chaque expédition. Un envoi est-il fait par un raffineur indépendant? Avant que le pétrole ainsi expédié parvienne à destination, ils débarquent dans le même lieu un chargement de pétrole qu'ils vendent à des prix très réduits. Ils font ainsi la baisse des prix trois ou quatre jours avant l'arrivée du pétrole indépendant, de manière à empêcher l'acheteur de le revendre, lis lui envoient alors un
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émissairn qui lui dil : ■ Vous ne poove ■ indi'pendant. C'est à nous qu'il faut a thode de tous les trusts '. -
Ces manœuvres ne sont possib tenu jour par jour et presque hei rant des opérations de ses adv prend ses mesures en conséquen une police privée fort bien orgf dont la sincérité ne peut être su:
altomey général de l'Etat d'Oh déposition devant VIndustrial ressants détails sur la manière service d'espionnage et cette éco!
■ Je puis vous fa[re connattre le tèt dans un procès intenté devant la Cou que la Standard achetait les employés obtenir des renseignements sur leurs a
• A Cleveland (Ohio), un employé di Teagie recevait tant par mois pour re transactions de cette maison. It devai' quantité d'huile expédiée, le nom du fabrication et tous autres détails -. •
Lorsqu'elle ne réussit pas à co des industriels indépendants, la dresse au personnel des compa; fer et distribue des pots-de-vin munications relatives aux charge rents. M. Monnett cite un cas où un employé de la station du chemin de fer, soudoyé par la Standard, déposait dans un bar voisin des avis écrits qu'un agent de la Standard allait y chercher. « Au besoin, les émissaires du trust opèrent eux-mêmes. Ils sauten'
sur les wagons chargés d'huile et en vérifient la destination *, »
Les trusts s'efforcent également d'assujettir à leur joug le commerce de gros et de détail en l'empêchant par tous les moyens de s'approvisionner, même partiellement ^ même occasionnellement y dans les usines libres. Tout ou rien, telle est la devise du trust. Un commerçant accepte-t-il de devenir son satellite, on lui accorde le bénéfice des rabais. Refuse-t-il, on emploie contre lui diverses mesures de coercition, on le met en quarantaine; on ne lui fournira, par exemple, aucun des produits brevetés, aucune des marchandises de types, de marques ou de qualités particulières dont le trust monopolise la fabrication. En admettant que l'on consente à traiter avec lui pour ces produits, on les lui vendra plus cher qu'aux marchands avec lesquels le trust a conclu une entente. Ceux-ci en effet bénéficient de rabais.
Ces pratiques sont communes à la plupart des trusts. D'après plusieurs témoins entendus par YIndustrial Commissionj le trust des produits photographiques ou, plus exactement, la société concessionnaire de ces produits, V Eastman Kodak Co., accorde un rabais spécial de 12 % aux marchands qui s'approvisionnent exclusivement chez lui. Ce fait a été reconnu exact par M. Abbott, vice-président du trust. En soi, ces rabais sont légitimes; il est licite à un commerçant — trust ou simple particulier — de chercher à récom
1. Ibid. Voir eDCore, à ce sujet, p. 356. La Standard OU désavoue liblement ces manœuvres qui ont été dans certains cas prouvées en istice. • Ces procédés de concurrence ont pu, dans de rares circons- Lnces, être employés par des agents trop zélés, mais ils sont blâmés lar la Compagnie qui reconnaît touterois recourir à tous les moyens tratiques et honorables de se renseigner sur ce que font ses concurents. > {Review of Evidence, p. 90.)
penser par des réductîoDS de prix la tèle. Le fait ne mérite pas moios constitue l'un des anneaux de la par le trust et par laquelle il tient servi.
Il est de l'intérêt du trust d'évitet currence s'établisse entre les mar Ces derniers, après s'être combatti clure une entente dont le trust feri les trusts obligent-ils fréquemmen gros ou en détail à ne pas vendre dessous d'un certain prix. S'ils n engagement, ils obtiennent, après u la restitution par voie de ristoumt leur prix d'achat'.
Par tous ces procédés, le trust f prix de vente en gros et au détail; i de la consommation. 11 est perm s'il s'en tiendra là et ne tentera pa commerce comme il s'est emparé n'établira pas dans toutes les vill vente en gros et des magasins de d treprise serait assurément diflicile, même du marchand, ses relations, su inspirer, son obligeance sont au succès avec lesquels un établisseme par le trust aurait à compter. Un être cependant où le trust s'engag et créera des comptoirs de comm' agents de confiance 1
1. Voir Indutirial Commitsion. I. I, Hearin enientes des rafnneura de sucre et des marcb en déUiil bu Canada, voir Asulet, HiUoric
aux bénéfices et qui s'efforceront de prendre contact avec la clientèle. La loi même de l'évolution du trust qui l'oblige à rechercher, pour lui seul il est vrai, des économies, l'amènera sans doute à franchir cette étape nouvelle. Jusqu'ici il s'est borné à commander au commerce sans l'absorber.