CHAPITRE X
l'œuvre économique du trust.
L'œuvre économique du trust. Son influence : A., sur les conditions du travail ; B. sur le mouvement des prix de vente. Bénéfices des trusts; C. sur l'exportation. Le trust de l'Océan.
L'œuvre économique du trust. — A. Influence sur les conditions du travail.
Le trust a-t-il exercé une influence sur les conditions du travail? Si oui, quelle a été son influence à cet égard?
Il est certain tout d'abord que le trust prive de leurs moyens d'existence nombre d'individus. Il en est ainsi pour la double raison suivante :
V Le trust, comme il a été dit, ferme lors de sa formation toutes les usines dont il jugie l'existence inutile pour, au contraire, faire marcher à j^/em les usines qu'il conserve. Lorsque le trust du sucre a démantelé 12 raflineries sur 18, lorsque le trust du whisky a arrêté la fabrication de 68 distilleries sur 80, ces mesures ont évidemment entraîné le licenciement d'un< grande partie des ouvriers et des employés qui travaillaient dans les établissements ainsi fermés. Ui petit nombre seulement ont retrouvé un emploi dans
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les usines conservées dont la production était activée.
2^ Le trust congédie la plupart des voyageurs de commerce qu'employait l'industrie privée sous le régime de la concurrence. Ses produits étant universellement connus, il n'a pas besoin de rétribuer des agents chargés d'en assurer le placement. — On évaluait, en 1892, à 35.000 le nombre des commis voyageurs auxquels les trusts avaient fait perdre leur emploi, et à 25.000 le nombre de ceux dont ils avaient réduit les émoluments ^
Aux plaintes des ouvriers, employés et voyageurs de commerce ainsi évincés, le trust répond en invoquant cette raison d'état : la nécessité d'assurer la production à bon marché. C'est la loi même du progrès industriel qui commande de supprimer tous les intermédiaires parasites, tous les rouages inutiles dans l'œuvre de production. On ajoute que le préjudice causé aux travailleurs congédiés ne sera que temporaire. L'invention de la presse mécanique à imprimer a privé momentanément de leur emploi nombre d'artisans, qui manœuvraient la presse à main. Mais bientôt, grâce au bon marché des impressions, les grands journaux quotidiens ont fait leur apparition; les maisons d'édition ont doublé, triplé le nombre et l'importance de leurs publications ; il a fallu augmenter le personnel des papeteries ; les fabriques de construction de machines à imprimer ont eu besoin d'ouvriers; des emplois nouveaux de crieurs, de vendeurs
i. « Les commis voyageurs qui ont perdu leur emploi à cause des trusts étaient tous des braves gens doués de ce caractère énergique ;t soucieux du progrès qui est propre au citoyen américain. Certains >Dt trouvé du travail dans d'autres maisons. U en est qui ont demandé i d'antres métiers des moyens de subsistance. U en est qui se sont /aits fermiers, il en est qui cherchent encore. ■ {Chicago Conférence on Trusts, p. ils. Discours de M. Dowe, président de la Ligue des voyageurs de commerce).
CARTELL5 ET TltUSTS.
laux, de distributeurs d'imprimés ont été créés, mprimerie mécanique et les industries annexes t infiniment plus d'ouvriers que l'imprimerie ois. 11 en sera de même, ajoute-t-on, pour tous e le trust a momentanément congédiés. Le jement normal de la grande industrie perle les engager de nouveau après un chômage ire. La diminution du prix des marchandises nentera la consommation; de nouvelles inaccessoires ou complémentaires se créeront eront un nombreux personnel.
iment est classique. JI a été souvent développé économistes en réponse aux plaintes auxqueldonné lieu de la part des ouvriers l'introducmachines dans la première moitié du xix° siècle, nent a donné raison alors aux économistes, line a diminué le coàt de la production, et la mce, s'exerçant entre producteurs, a eu pour mener la diminution des prix de vente, d'ac- 1 consommation et de créer ainsi par une série i et de réactions de nouvelles sources de travail. mêmes phénomènes se reproduiront-ils sous un le production caractérisé par le triomphe du ien n'est moins prouvé. Que le trust abaisse le la production, c'est l'évidence. Mais associeiblic à l'économie ainsi réalisée? si non, si augmentent ou demeurent les mêmes, on it pas pour queUes raisons la consommation ;erait dans l'avenir aussi vite que la producirquoi de nouveaux débouchés seraient offerts té des travailleurs renvoyés. Ces observations eront et s'éclaireront lorsque nous étudierons :& des trusts sur le mouvement des prix de
les.
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Salaires. — Si le trust licencie nombre d'employés et d'ouvriers, il semble que, par contre, il paie davantage les travailleurs qu'il continue à employer. Lorsque le premier trust du whisky [Distillers and Cattle Feeders' Trust) se forma en 1887 après avoir fermé, comme il a été dit, 68 sur 80 des distilleries qu'il avait réunies, il augmenta les salaires des ouvriers conservés ou replacés dans ces 12 distilleries. Le président du trust reconnut qu'il était juste d'associer dans une certaine mesure les ouTriers ausLbénéAces de la fusion et il ajouta que, l'opinion étant très excitée oendjca les trusts, il était sage de la part de ces organisations de montrer qu'elles n'étaient pas animées de vues purement égoïstes *.
Le trust du sucre a quelque peu haussé les salaires du personnel qu'il occupe, moins pourtant que d'autres trusts, les ouvriers employés dans les raffineries étant, du reste, plutôt des manœuvres que des ouvriers qualifiés.
En 1900, le trust du pétrole a alloué à ses ouvriers des primes égales à 10 ^ du salaire antérieur. Cette libéralité toutefois ne paraîtra pas extraordinaire si l'on songe qu'en cette même année, le dividende distribué aux actionnaires du trust représentait 40 % de la valeur des actions au pair.
Les principaux trusts métallurgiques paient bien leur personnel. De 1898 à 1901, date à laquelle il fut virtuellement absorbé par la corporation de l'acier, le trust du fer-blanc a augmenté de 15 % les salaires de ses ouvriers. De 1899 à 1901, la hausse des salaires riers a atteint 15 à 20 ^ pour la National Steel C"" Jans certains cas jusqu'à 40 % pour le trust du fil
JEKK8, The Trust problem, p. 172.
de fer ^ Il est à remarquer toutefois que la période 1898-1901 a été extrêmement prospère, et que même sous un régime de concurrence les salaires eussent certainement augmenté. Dans les industries métallurgiques la hausse des salaires a été ainsi le résultat automatique du système de Téchelle mobile qui proportionne la rémunération de l'ouvrier au prix du produit. Or ce système était déjà en vigueur longtemps avant l'organisation des trusts.
B. Influence des trusts sur le mouvement des prix
de vente.
Le trust produit à meilleur compte que l'industrie libre, c'est là un fait acquis. Mais vend-il meilleur marché? Tout est là. Peu importe en effet au consommateur que, grâce à la diminution des prix de transport et des frais de publicité, grâce à la fermeture de certaines fabriques et au fonctionnement à plein de quelques autres, un trust soit en mesure d'abaisser le prix de revient d'une denrée ou d'une marchandise, si celle-ci continue à être vendue sur le marché au même prix ou à un prix supérieur au cours précédemment coté. Le trust ne peut être dit une institution vraiment sociale, que s'il fait participer la collectivité aux bénéfices qu'il retire d'une meilleure organisation de la production. Dans le cas contraire, il n'est pas autre chose qu'un syndicat formé pour exploiter les consommateurs après avoir asservi l'industrie.
Cette question de l'influence exercée par le trust sur le mouvement des prix de vente a profondément di\ les esprits en Amérique. De nombreux économis