LES CORNERS ET LES RINGS
lève sur le marché par les achats qu^ls font de tous les stocks existants. Ces ventes doivent être faites par les membres du corner, chacun dans les limites convenues. En même temps le corner achète à terme aux liquidations successives toutes les quantités offertes et l'élévation des cours provoque la multiplication des offres. 11 ne craint pas de s'encombrer, car au moyen de warrants, il se procure de l'argent pour à peu près la valeur de la marchandise. Les vendeurs à découvert se trouvent pour la plupart du temps dans l'incapacité de livrer à cause de l'accaparement des existences par le corner. Ils sont obligés de se racheter^ de payer de lourdes différences, et c'est le plus net des bénéfices du corner. Ainsi ont procédé les corners sur les blés à Chicago de 1882 à 1887, les corners sur les cotons à Liverpool, celui sur les maïs à Vienne en 1888 ^ »
Il s'en faut de beaucoup que les corners et les rings réussissent toujours dans leurs entreprises. La faiblesse de ces combinaisons parfois formidables par la puissance des capitaux dont elles disposent, vient, selon l'expression très heureuse de M. Charles Brouilhet^, « de ce qu'elles manquent de prise sur l'offre et la demande ». Le corner rafle tous les stocks disponibles, mais il n'a pas d'action directe sur la production. Si sa mainmise sur les disponibilités coïncide avec un maximum de dépression suivi bientôt d'une amélioration de la situation et d'une augmentation de la demande, il a pour lui les meilleures chances. Mais si la crise se prolonge trop, l'industrie, stimulée par l'ajnélioration factice des cours que provoquent les achats du corner, active sa production; l'offre augmente tan-
4. Le capital, la spéculation et la finance au XIX"" siècle, p. 289. . 3. Essai sur les ententes, p. 29.
dis que la demande réelle — celle qui émane du marché de la consommation — demeure stationnaire. Le corner est pris à son propre piège.
La sûreté du jugement, la promptitude d'action sont deux conditions essentielles du succès du corner qui n'est en somme qu'un coup de main, un raid heureux ou malheureux. Si l'industrie et le public contre lesquels l'aventure est tentée ont le temps de se reconnaître, le corner est manqué.
En 1889, le corner, tenté sur les cuivres par M. Secrétan et la Société des métanx, a échoué parce que la prime énorme offerte par la hausse des prix à la découverte de ce métal a fait rentrer dans la circulation des masses considérables de cuivre dénaturé et aftecté aux usages les plus divers.
D'août 1897 à juin 1893, un spéculateur américain, M. Leiter, a tenté sur les blés l'un des plus audacieux corners qui aient jamais été osés. Après avoir un instant réalisé sur le papier un bénéfice de 5 millions de dollars, Leiter n'a pu se liquider à temps et a été surpris par l'abondante récolte de l'année 1898 qu'il n'avait plus le moyen d'accaparer.
En somme, la victoire du corner est un fait exceptionnel. La haute finance internationale se tient d'ordinaire nment à l'écart de ces aventures. Elle se borne ilement à prévoir les variations qui pourront suriur les prix des marchandises et à spéculer en [uence sans prétendre diriger les cours. Un ser- 'informations merveilleusement organisé et les s relations qu'elle entretient avec la haute rie lui permettent de jouer presque à coup su