‹ CarthageChapitre 18 sur 37 · Tertull., ApologeL, CIX · texte numérisé non relu

Tertull., ApologeL, CIX

3. Le P. DeMire, Inscriptions de Carthage, 2« fasc, p. 15-16. (Extrait du Bulletin épigraphique, t. IV, p. 317.)

4. Val. Max., IX, 2; cf. Gaidoz, dans la Revue archéoL, t. II de 1886»

LA CONSTITUrrON SOCIALE 73

IIL Industrie et commerce, — Comme les Phéniciens, les Carthaginois ne faisaient le commerce que par voie d'échanges : c'était le simple troc. Aussi, ne commencèrent-ils à frapper monnaie qu'au iv« siècle, lorsqu'ils se trouvèrent en contact avec les Grecs de Sicile. « Au delà des colonnes d'Hercule, dit Hérodote, sur la côte de Libye, il y a des hommes avec lesquels les Carthaginois trafiquent. Ils débarquent leur cargaison, la rangent sur la plage, remontent sur leur navire, et font une grande fumée. Les habitants, à l'aspect de la fumée, se rendent auprès de la mer et, pour prix des marchandises, ils déposent de l'or; puis ils se retirent au loin. Les Carthaginois reviennent, examinent, et si l'or leur semble l'équivalent des marchandises, ils l'emportent et s'en vont. S'il n'y en a pas assez, ils retournent à leur navire et restent en place Les naturels approchent et ajoutent de l'or, jusqu'à ce qu'ils les aient satisfaits ; jamais, de part et d'autre, ils ne commettent d'injustice : les uns ne touchent pas à l'or, avant qu'il n'égale la valeur des marchandises; les autres ne louchent pas à la cargaison, avant qu'on n'ait enlevé l*or *. »

Au temps où Garthage toute-puissante était la reine de la Méditerranée , elle prétendit en accaparer la navigation pour elle seule. Tout navire étranger surpris entre la Sardaigne et les colonnes d'Hercule, était capturé et son équipage jeté à la mer: voilà comment Carthage respectait le droit des gens. Tous les moyens étaient bons à ces marchands pour parvenir à la richesse : « chez les Carthaginois, dit Polybe, de quelque manière qu'on s'enrichisse on n'est jamais blâmé. «Les matelots cachaient avec un soin ombrageux, la route qu'ils suivaient sur les flots, et l'on raconte qu'un jour, un vaisseau de Carthage, se voyant suivi jusque dans l'Atlantique par une galère romaine, préféra s'engager dans une fausse direction et se faire échouer, plutôt que de révéler à un concurrent la route des Cassitérides (lies Sorlingues) où il allait chercher de l'étain; le patron

p. 192. Voir aussi, sur les sacrifices d'enfants à Carthage, Tart. Kronos dans le Lexicon de Roscher, et V. Bérard, De Vorigine des cultes arcadiens, pp. 59 et suiy.

l.Hérod., IV, 196.

«ïi CARTHAGE

s'étant sauvé^ le sénat carthaginois le fit indemniser sur le trésor public de tout ce qu'il avait perdu *.

Comme Tyr et Sidon, Carthage dont la population dépassa peut-être un million d'habitants, possédait dans son sein et dans ses environs, d'innombrables manufactures qui exportaient leurs produits chez les peuples barbares, et mettaient en œuvre les matières premières importées de Textérieur. La fabrication des tissus y était des plus prospères. Athénée nous informe qn'un écrivain grec, du nom de Polémon, avait rédigé un traité spécial sur la fabrication des étoffes carthaginoises qui étaient répandues sur toutes les côtes de la Méditeiranée. En Sicile et en Italie, les Carthaginois vendaient surtout des esclaves noirs, de Tivoire, des métaux et des bois précieux, des pierres fines, des tissus ; en Espagne, Carthage allait chercher le cuivre et Targent, et les mines actuelles de Huelva et dos environs furent exploitées pour son compte, de même que celles des environs d'Osca et de Carthagène. L'Afrique centrale lui fournissait des éléphants, de la poudre d'or, des épices et des dattes. Sur la côte occidentale de TAfrique elle échangeait, contre les produits du Soudan et du Congo, des armes, des poteries, du sel. Enfin, ses navires allaient chercher le cuivre, rétain et même Tambre jaune sur les côtes de l'Angleterre el, dit-on, jusque sur les bords de la mer Baltique.

L'agriculture était très développée dans la Zeugitane et la Byzacène. Cette contrée fut le grenier de Carthage avant de devenir celui de Rome. Les armées d'Agathocle et de Régulus, en parcourant la presqu'île du cap Bon, étaient émerveillées de la fertilité de la contrée, de la richesse et du luxe des splendides villas où les Carthaginois avaient installé tout ce qui peut servir au bien-être et à l'agrément, au milieu de vignobles, de bois d'oliviers, de figuiers et d'orangers, de prairies bien irriguées où paissaient d'immenses troupeaux : comme le répétait cyniquement Caton, ce site enchanteur n'était qu'à trois journées de Rome.

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