‹ CarthageChapitre 2 sur 37 · E. Babelon, Les Perses achéménide^^ Introd., p. clxxxvi · texte numérisé non relu

E. Babelon, Les Perses achéménide^^ Introd., p. clxxxvi

du rivage, qui fut bordé d'un quai analogue à ceux dont on a retrouvé des traces dans d'autres stations phéniciennes. Le cap Carthage et Téperon de Bordj-Djedid les abritaient assez bien contre les vents du large *.

Nous ne savons rien de l'histoire de la colonie sidonienne; pourtant, Texamen du cimetière de liordj-Djedid, qui a continué, d'ailleurs, à être un lieu de sépulture au début de la colonie tyrienne, a permis de remarquer que les tombeaux y sont exacteraentorientéssurSidonousurTyr. vN'ya-t-illà,dit M. Vernaz, qu'une simple coïncidence, due au hasard? Faut- il y voir, au contraire, le souvenir, hautement accusé, de la métropole? Fant-il y voir encore la manifestation d'un sentiment religieux?... Si Ton songe à l'importance que devait avoir, pour les enfants de ïyr, cette direction vers la patrie, qu'ils avaient appris à reconnaître à travers les mers, sans carte ni boussole; si Ton se souvient que la divinité s'incarnait pour eux dans Melkart, le Dieu-Soleilqui les avait guidés à travers l'inconnu, cette double hypothèse devient au moins vraisemblable, L'Israélite, l'Arabe ne tournentils pas, eux aussi, après bien des siècles, leurs regards vers les villes saintes? Et par une analogie plus frappante encore^ les Égyptiens n'ont- ils pas orienté vers l'est, à 3' 40" près, les grandes pyramides, ces autres tombeaux? Phéniciens, Israélites, Arabes, Égyptiens n'ont-ils pas eu le même berceau dans -ce coin de l'Orient, d'où sont sorties toutes les religions de l'ancien monde, et celte communauté d'origine n'est-elfe pas un argument en faveur d'une certaine communauté de tradition? Je suis donc tenté d'admettre que cette orientation des tombes est due à l'union de ces deux souvenirs: la patrie et son Dieu, en même temps qu'à l'idée de survie, si nettement démontrée par le dépôt, dans les caveaux funéraires, d'aliments réels ou figurés, idée qui se serait confondue, dans la pensée des colons phéniciens, ces éternels voyageurs, avec celle d'un suprême départ pour lequel, suppléant à l'impuissance des morts, les vivants auraient orienté le tombeau comme un dernier navire *. »

Si l'on en juge par le mobilier des chambres sépulcrales,

1. J. Vernaz, dans la Revue archéol.y 3* série, t. X, 1887, pp. 161 à 164.

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