‹ CarthageChapitre 3 sur 37 · J. Vernaz^ ihid.^ p · texte numérisé non relu

J. Vernaz^ ihid.^ p

AVANT LES GUERRES PUNIOOES It

Cambé n'était qu'un simple comptoir, installé sur le bord de la mer, d'une manière assez précaire, pour faire le troc aTec les tribus libyennes du voisinage. On ne trouve guère, autour des

cadavres, de productions d"un art indigène : ce sont des bijouï et des pierres gravées de fabrication égyptienne, des terres cuites cypriotes ou phéniciennes, des vases de terre ornés de lignes

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géométriques ou de zones d'animaux, sortis des ateliers de Cypre, de Rhodes ou des îles de la mer Egée. Gambé ne pouvait se développer, à cause de la proximité de sa rivale tyrienne, Utique, plus ancienne, plus grande, pourvue d'un meilleur port, et qui absorbait, avec Hippone, la plus grande partie du commerce de rOrient avec TAfrique. Il fallut une immigration nouvelle de colons phéniciens pour changer la face des choses.

Une tradition prétend que des vaisseaux tyriens conduits par Ezoros ou Zoros et Carchedon, seraient venus, dès avant la guerre de Troie, renforcer la colonie languissante et donner une vigoureuse impulsion à son commerce, en fondant Carthage *. S'il n'y a guère lieu de s'arrêter à cette légende que rapporte Philiste de Syracuse, le récit de Timée que nous allons relater et que l'on adopte généralement, mérite-il plus de créance?

Dans le cours du ix" siècle, Mutton I«', roi de Tyr, était mort en laissant son trône à deux enfants en bas âge, Piimelioun, célèbre dans les fictions poétiques sous le nom de Pygmalion, et Élissar, plus âgée que son frère. Les deux factions rivales qui se disputaient le pouvoir à Tyr, prirent pour chef le frère etla sœur ; le parti démocratique se groupa autour de Pygmalion, le parti aristocratique autour d'Élissar et de son mari Sicharbal, le Sichée de Virgile, grand prêtre de Melkart. La faction populaire, plus audacieuse, l'emporta, et Pygmalion régna seul, au détriment de sa sœur. Au bout de quelques années, le retour au pouvoir du parti aristocratique étant à redouter, Pygmalion n'hésita pas à faire assassiner Sicharbal dans, lequel il voyait un rival dangereux. Alors, Élissar, pour venger son mari, trama à son tour un complot contre son frère. La conspiration fut découverte, et les trois cents patriciens, membres du sénat, se trouvèrent compromis avec Élissar et convaincus de haute trahison. La colère de Pygmalion allait s'appesantir sur eux, lorsqu'ils réussirent à s'emparer des navires ancrés dans le port. Plusieurs milliers de citoyens s'y embarquèrent en

1. Appien, Punica^ VIII, 1; cf. Beulé, Fouilles à Carthage, pp. i et suiv. ; 0. Meltzer, op, ciL, 1. 1, p. 103. Il est éyident qae le nom de Zoros n'est autre que celui de la ville de Tyr (Sour) ; celui de Carchedon est le nom' grec de Carthage.

toute hâte et prirent la mer pour aller fonder sur une terre plus hospitalière une nouvelle Tyr, sous Ja conduite d^Élissar, à qui cette migration forisée valut le surnom de Bidon « la fugitive » • .

Les é migrants se dirigèrent vers la côte d'Afrique où les établissements tyriens étaient nombreux et où ils étaient assurés de trouver des compatriotes, des parents mêmes, disposés à les bien accueillir. C'est ainsi qu'ils vinrent jeter l'ancre devant Cambé qui les reçut avec allégresse et se prépara à leur faire une place à côté d'elle. Les abords de rétablissement sidonien étaient alors occupés par des Liby-Phéniciens, tributaires du roi libyen lapon. Élissar entra en pourparlers avec eux et ce prince, et elle leur acheta, moyennant une redevance annuelle, un vaste terrain où fut bâtie « la ville neuve », Kart^hadschat : c'est ce nom dont les Grecs, par corruption, ont fait Carchedon, et les Romains, Garthage. Didon, poursuit la légende, ayant obtenu des Liby-Phéniciens, pour elle et ses compagnons, autant de terre qu'il en peut tenir dans la peau d'un bœuf, immola un de ces animaux, puis elle en découpa la peau en lanières assez étroites pour en envelopper toute la colline qui, de là, prit le nom de Byrsa. 11 est aisé de deviner que la dernière partie de ce récit ne repose que sur un jeu de mots : le rapprochement du mot grec ^upaa, qui signifie cuir, peau, et du mot phénicien bosra dont le sens est citadelle, forteresse.

Tout n'est pourtant pas à dédaigner dans le récit de l'hégire d'Élissar, dont le vieux Caton, Trogue-Pompée, saint Augustin se sont fait Técho, tandis que Virgile donnait à Didon rimmortelle consécration de sa poésie. En elTet, Garthage s'est toujours réclamée de Tyr sa métropole, et chaque année elle envoyait un tribut au temple fameux du Melkart tyrien; en

1. timée, Frag. 23 ; voyez Movers, PAœ/w'ztscAes Allerthum, i, II, p. 363; Maspero, Hisl. ancienne des peuples de VOrient, 4' édit.,p. 473; F. Lenormant et E. Babelon, Hist, ancienne de VOnent^ t. VI, pp. 518 et 612; Tissot, Géogr. comp,^ 1. 1, p. 527 et suiv. ; le récit de Timée est critiqué et révoqué en doute par 0. Meltzer, Geschichle der Karthaget\ 1. 1, pp. 106 et suiv.; voyez aussi l'article Dido dansRoschcr, Ausf.Lexicon der griech, und rôm. Mythologie,

CARTIÎAGE

outre, Torigine aristocratique des émigrants tyriens semble confirmée par la constitution politique et sociale de Carthage qu'elle sert en même temps à expliquer. EnQn, le développement que prit, dès avant le vi« siècle, la puissance carthaginoise, et sa prépondérance quasi soudaine sur tous les autres

Tombeau punique découvert à Byrsa, par lo P. Delattre

(coupe verticalt).

établissements phéniciens d'Afrique, ne peuvent s'expliquer que par une>xtension subite donnée à sa population et à son commek'ce maritime. Il faut admettre que, longtemps avant le vi« siècle, une nombreuse colonie tyrîenne, chassée peut-être par les invasions des Assyriens en Phénlcie, vint se joindre à colonie sid onîenne de Gambé : voilà ce qui paraît certain.

Sous l'empire romaio, des moDnaies frappées à Tjr et s'inspiraul de la iégeade plus que de Thistolre, oat pour type Didon suruae galère, Tuyantla colère de Pygmalioii, ou bieD Didon armée en Afrique et présidant à la construc lion de Byrsa'. Sur le Viigile du Vatican, une belle miniature représente des

[coupa horiionlalej.

tailleurs de pierres qui ébauchent des blocs de marbre et des colonnes pour le palais de la Pugilive,

La nouvelle ville (Kart-hadschal] se développa à l'ouest et au sud, du cbié de la plaine que commandent Byrsa et la colline dite de Junon Céleste. Ces collines elles-mflmes servirent de

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