‹ CarthageChapitre 23 sur 37 · Hérod., Yll · texte numérisé non relu

Hérod., Yll

K. Monnaie au Dom de trois sulTètea. aristo-MVTVMBALBICOCE-Svf. Tttes accolées d'Auguste et de Tibère. 4. VEHERIS Kar {Karlkago). Temple de Vénn* (Tanit). Broaia.

5. Monnaie au noin de duumvirs. Au droit, la tjte de Tibère, A. l-a. FAVSTVS D c.aASSvs II ViR. Li'ie assise. Dans le champ, ppdd {perttàita procfauuUg, dtcreto decuri<mum). Bronze.

pu manquer de s'appliquer les vers où le poète représente les compagnons de Didon, comme un essaîn d*abeîlles, bâtissant la première Garthage :

Instant ardentes Tyrii : pars ducere muros, Molirique arcem : et manibus subTcWere saxa ; ' Pars optare locum tecto, et concludere sulco. Jura magistratusque legunt, sanctumque senatum. Hic portas alii effodiunt ; hic alta theatris Fundamenta locant alii, immanisque columnas Rupibus excidunt^ scenis décora alta f uturïs(i4e7t. , 1, 423 et s.)«

Puis c'est Didon elle-même qui consacre à Junon-Tanit un temple magnifique à Tendroît même où, en creusant le sol, on avait découvert une tête de cheval. Sur les parois du sanctuaire des peintures merveilleuses retracent l'histoire de Troie et des héroïques combats qui ensanglantèrent sa chute. Tandis qu'Ênée contemple ces émouvants tableaux, voici que Didon radieuse, le carquois sur Tépaule, s'avance vers lo temple escortée de jeunes niies, comme Diane sur les hauteurs du Gynthe conduisant un chœur de nymphes. Elle s'assied sur un trône élevé pour dicter des lois à son peuple et prédire la grandeur future de Garlhage. Puis, elle conduit Ënée dans son palais, où elle cherche à le retenir par les artifices de l'Amour.

Voilà les poétiques légendes qui circulent sur toutes les lèvres des Romains de la nouvelle colonie. Ils s'imaginent retrouver, çà et là, parmi les décombres et les cendres, des traces de ces contes qui charment leurexil volontaire, lis honorent Didon d'un culte public, ils se montrent et transforment en sanctuaire une maison, d'où ils croient qu'elle avait vu fuir les vaisseaux de l'infidèle Énée :

Regina speculis ut primum albescere lucem

Vidit et aequatis classem procedere velis (Aen.^ IV, 586).

« Au milieu de Garthage, dit, à son tour, Sillus Italiens, dans des vers ampoulés, était un temple consacré aux mânes de Didon, sa fondatrice, et où le Tyrien, suivant l'antique usage, lui rendait un tremblant hommage. Des ifs et des pins, de leur ombrage lugubre, le dérobaient aux regards et le rendaient impénétrable

aux rayons du soleil. C'était là, disait-on, qu'autrefois cette reine, en proie à de cuisanties douleurs, avait renoncé à la vie. Là, s'offraient à la vue des statues dont la tristesse semblait avoir pénétré le marbre; l'antique Bélus, et la longue suite de ses descendants ; plus loin, Agénor, la gloire de sa nation, et Phénix, dont le nom immortel fut conservé par son pays. Enfin, on y voyait Didon elle-même, assise, et réunie pour jamais à son cher Sicbée. Une épée troyenne était à ses pieds. Sur le

Monnaies do Clodius Hacer. *.

pourtour du temple, s'élevaient cent autels consacrés aux dieux du ciel et du formidable Érèbe. C'était en ce lieu que la prêtresse, les cheveux épars, et couverte d'une tunique infernale invoquait les puissances de l'Achéron et la déesse d'Henna. La

1. LC-MACRICARTHAGO {Lucio Ciodio Maci'L Cartkago). Buste tourelé de Carthage, avec une corne d'abondance sur l'épaule ; à l'exergue, se. {senalûs consulto), — f^. sicilia. La triquêtre, emblème de la Sicile; au centre, la tête de Méduse ; entre les jambes, des épis. Argent.

2. L-CLODIMACRI. — LlBERATRix. Buste de l'Afrique, coiflfée d'une peau d'éléphant; à l'exergue, s-c. — ^. legiii-avglib. {Legio tertia Augusta liberatrix). Aigle légionnaire entre deux enseignes. Argent.

3. L-CLODivs MACER. Tête de Clodius Macer. A l'exergue, s-c. — PROPRAE-AFRICAE. Galère. Argent.

90 C.\RTHAGE

terre mugît; d'horribles sifflements se font entendre dans les ténèbres ; des flammes jaillisent sur les autels ; les mânes, attirées par les chants magiques, voltigent dans les airs; et sur le visage de Didon, la sueur coule à travers le marbre. »

Le culte de ces légendes, le rôle de capitale de TAfrique que remplissait nécessairement Garthage, son esprit d'indépendance ne flrentqu^aviver les défiances héréditaires des Romains. Rome fut, jusqu'à la fin, la rivale jalouse de Garthage et elle s'opposa, jusqu*au temps de Tinvasion des Vandales en Afrique, à ce que ses murailles fussent relevées.

La dernière année du règne de Néron, tandis que Galba se faisait proclamer empereur en Espagne, l'Afrique s'insurgeait à l'instigation du légat de Numidie, L. Glodîus Macer (en mai68j« Mais ce dernier n'eut qu'un pouvoir éphémère et mourut assassiné'. L'une des monnaies qu'il fit frapper a pour type la tête personnifiée de Garthage ■.

Au moment des troubles qui accompagnèrent l'avènement de Vitellius, le gouverneur de la province d'Afrique, Pison, fut proclamé empereur à Garthage. On dit que ce fut malgré lui, et que le peuple le réclama à grands cris sur le forum, pour le porter sur le pavois. Le pauvre homme se tenait renfermé dans le palais proconsulaire, sourd à toutes les sollicitations: mais ce pusillanime désintéressement ne lui servit de rien : il paya de sa vie cette velléité impériale que les colons et les soldats de Garthage, trop empressés, avaient eue pour lui.

Un peu plus tard, deux événements d'une autre nature vinrent remettre en émoi la florissante colonie : c'est l'incendie du quartier du forum sous Antonin le Pieux', et la construction, ou plutôt, vraisemblablement, la reconstruction, sous Hadrien, en l'an 125, de l'aqueduc gigantesque dont nous admirons aujourd'hui les ruines, depuis le nymphaeum du mons Zeugitanus jusqu'aux citernes du quartier des Mapalia^, Gommode ayant octroyé à la colonie certains privilèges, elle prit, par recon-

i. R. Gagnât, L'armée romaine (T Afrique, p. 30.

2. L.itfuller, Numismatique de Vancienne Afrique^ t. II, p. 170.

Page 1