‹ CarthageChapitre 26 sur 37 · Cil. Tissol, Oeogr. comp., l. I, p · texte numérisé non relu

Cil. Tissol, Oeogr. comp., l. I, p

de Lucius, Montanus, JuUanus, Victoricus et Flavianus; puis Garthage, comme tout le reste de Tempire, bénéficia de Tédit de tolérance que publia Gallien en 260, à la prière de Timpératrice Saloniae. Dans ce temps-là, d'ailleurs, l'empereur avait autre chose à faire qu'à tourmenter les chrétiens. Les Parthes étaient victorieux en Asie, et dans chaque province surgissait, à tout instant, un nouveau César proclamé par les légions indiciplinées. Vers 264 ou 265, un certain Celsus qui, après avoir servi dans l'armée comme tribun, vivait retiré dans une maison de campagne auprès de Garthage, se vit tout à coup porté sur le pavois. On le conduisit en triomphe dans le temple de Junon Gœlestis et on lui jeta sur les épaules le fameux péplum de la déesse, en guise de manteau de pourpre. Mais cet antique Palladium avait sans doute perdu sa vertu, car au bout de sept jours, Gelsus fut tué par Licinia Galliena, cousine de Gallien; son corps, traîné à la voirie, fut la proie des chiens, Jusqu^à ce qu'enfin les restes en fussent exposés, sur un gibet, aux insultes des passants.

Probus visita Garthage. De nouveaux thermes furent construits dans la ville par Maximien. Un curateur de Garthage, G. Yalerius Gallîanus Honoratianus, fit graver en Thonneur de Dioclétîen une belle dédicace, conservée aujourd'hui au Musée de Saint-Louis : elle fut trouvée au sud-ouest du village de La Malga*. Ge sont là des indices de la prospérité toujours croissante de Garthage à cette époque. Quand une nouvelle persécution vint à sévir contre les chrétiens, révoque de Garthage, Mensurius, obtint, par son ascendant moral et sa prudence, une modération relative de la part du proconsul. Sous le gou • vernement de Gonstance Ghlore, Maxence s'étant fait proclamer empereur en Afrique, une grande effervescence agita Garthage. La garnison étant hostile à l'usurpateur, poussa le vicaire d'Afrique L. Domitius Alexander, qui résidait dans la ville, à prendre la pourpre à son tour (en 308). Alexandre fut proclamé empereur et reconnu par quelques villes. Mais en

i. s. Reinach et £. Babelon, Recherches archéoL en Tunisie^ p. 13 ; Corpus inscript, lalin.^ t. Ylil, Supplément^ n» 12522.

311, Maxence envoya contre lui son préfet du prétoire Rufius Volusianus. Alexandre, fait prisonnier, fut étranglé et Carthage fut si cruellement châtiée qu'elle en conserva longtemps du ressentiment . Deux ans après , quand Constantin eut battu Maxence au pont Milvius, il lui suffit, pour se concilier les Carthaginois, de leur envoyer la tête de son ennemi vaincu*.

Après la mort de Tévéque Mensurius, en 311, le diacre Ceci* lien fut porté au trône épiscopal et sacré par Félix, évéque d'Apthugni, mais une partie du clergé de Carthage refusa de reconnaître cette élection ; parmi les opposants, figuraient Donat, Majorin et une femme riche nommée Lucilla. Ce fut l'origine du schisme des Donatistes. En vain Constantin fit prendre, par le proconsul Anulinus et le vicaire d'Afrique Celsus, des mesures de rigueur contre les héritiques; en vain ceux-ci furent-ils condamnés par maints conciles, à Rome aussi bien qu'à Carthage. Deux siècles durant, TAfrique fut agitée par cette lutte, tantôt sourde, tantôt ouverte, mais toujours opiniâtre et violente, entre orthodoxes et donatistes. C'est qu'il y avait, au fond, autre chose qu'une dispute de théologiens : il faut voir dans le Donatisme du iv« et du v« siècle, la manifestation des tendances séparatistes de l'Afrique, un nouvel aspect de la rivalité entre Rome et Carthage.

Telle était la force du donatisme, que le concile, réuni par se^ adhérents après la mort de Cécilien en 328, comptait 270 évoques africains. On sait qu'il ne fallut rien moins que l'éloquence de saint Augustin pour mettre un terme au grand schisme africain. L'évéque d'Hippone visita souvent Carthage où, encore païen, il avait achevé ses éludes littéraires. Les écoles de Carthage, alors justement célèbres, attiraient l'élite de la jeunesse africaine. Augustin y professa même un instant, jusqu'au jour où il s'embarqua pour Tltalie. Après sa conversion, il revint en Afrique et aborda à Carthage dans les derniers mois de 388. Consulté par tous les évoques, son avis faisait

1. R. Gagnât, L'armée romaine d* Afrique^ pp. 63-65; A. -Clément Pallu de Lessert, Vicaires et comtes d'Afrique^ pp. 3640.

autorité : il fut l'âme des conciles sans nombre qui se réunirent à Hippone ou âCarthage. Pendant ce temps, le paganisme Faisait de vains efforts pour se survivre à lui-même et bénéficier des lamentables divisions des chrétiens. Mon loin de l'amphithéâtre de Garthage, on a recueilli une inscription au nom de Q. Aurelius Symmachus qui fut proconsul d'Afrique entre 373 et 375; or, ce Symmaque est le fils du personnage du même nom qui s'illustra comme l'un des derniers défenseurs du paganisme à Rome où il mit particulièrement en honneur le culte de la Victoire. Circonstance curieuse, à côté de l'inscription qui mentionne le proconsul africain, le P. Deiattre a déterré une statue colossale de Victoire qui est au Musée de Saint-Louis : le fils aurait-il essayé à Carthage, comme le père à Rome, de restaurer le culte d'une déesse que Tempire avait alors, effectivement, un pressant besoin d'invoquer*? Quoi qu'il en soit, les efforts du fils comme ceux du père furent vains : les dieux étaient partis sans espoir de retour, et c'est vers ce moment que Junon Cœleslis elle-même, la déesse tutélaire de Carthage, regagna l'Olympe : Théodose fit fermer son temple en 391. Un peu plus tard, l'évêque Aurelius en prit possession au nom du Christ triomphant. Cependant, les païens étaient encore assez nombreux à Carthage pour crier au scandale, et ils osèrent pénétrer dans l'enceinte de la nouvelle basilique pour y renouveler, en l'honneur de Tanit, leurs sacrifices et leurs cérémonies. Cette manifestation causa la ruine du temple : sur un ordre de l'empereur Constance, en 421, il fut rasé de fond en comble*. On

1. Ch. Tissot, Fastes de la province romaine d* Afrique^ p. 258 ; Héron de Villefosse, dans les Comptes rendus de VAcad. des inscript, et belles» lettres^ mars-ayril 1893, p. 101; H. Saladin, dans le Bulletin archéologique du Comité, 1890, p. 449 ; Deiattre, Carthage, notes archéologiques, 1894^ pp. 19-20; le même, dans les Mémoires de la Société archéologique de Constantine, 1894, p. 173.

2. Anonyme, à la suite des œuvres de Prosper d'Aquitaine, De promissis et praedict,, III, 38, 5. (La dernière et la plus complète des éditions de la Chronique de Prosper d'Aquitaine a été donnée par M. Mommsen, dans les Monumenta Germaniœ historica. Auctores antiquissimi, Chronica minora, p. 486 et suiv.). Cf. Ch. Tissot, Géogr, comp,, t. I, pp. 653-

en a cherché en vain les ruines sur la colline dite de Junon, à Test de Byrsa. Les ex-voto à Tanil et à Baal Ammon qu'on a recueillis par milliers, entre Byrsa et le dar Ahmed Zarouk, porteraient à placer plutôt dans ces parages le sanctuaire de la grande déesse punique.

Au V® siècle, la querelle des Donatistes met Garthage en effervescence : chaque année, chaque jour, les discussions s'enveniment dans les conciles que domine la grande voix d'Augustin; le désordre descend dans la rue, et les rescrils impériaux sont impuissants à rétablir le calme. En 411, Honorius convoqua à Garthage un concile demeuré célèbre. Les évêques^donatistes s'y rendirent en aussi grand nombre qu'ils purent et avec ostentation pour en imposer à la foule. On les vit, au nombre de 270, traverser lentement et en procession les rues les plus populeuses de la ville; les évoques orthodoxes, au contraire, arrivèrent de tous les points, isolément et sans bruit : ils se trouvèrent 286. Le tribun et notaire impérial, Flavius Marcellinus, publia une ordonnance qui fixait le lieu de la conférence dans les thermes Gargiliens, et limitait à sept le nombre des orateurs de chaque parti, pour éviter tout tumulte. Augustin était le premier des orateurs catholiques; la discussion, commencée au lever de l'aurore, ne se termina qu'à la lueur des flambeaux, et c'était le 8 juin, au cœur de Tété. L'évèque d'Hippone confondit les Donatistes ; les actes du concile, qui furent exposés et lus dans toutes les églises, ne comptaient pas moins de 587 articles : il nous en reste 281.

Deux ans après ce mémorable colloque des thermes Gargiliens, les schismatiques qui refusèrent de s'incliner devant la sentence prononcée contre eux, étaient encore assez nombreux à Garthage pour y fomenter une insurrection politique. Ils se groupèrent autour du comte Héraclien qui, proclamé empereur, se crut même assez fort pour tenter d'envahir l'Italie ; il partit avec sa flotte, laissant à Garthage son gendre Sabinus. Le tribun Marcellinus, que les Donatistes accusaient d'avoir favorisé les catholiques, fut décapité ainsi que son frère. La répression ne se flt pas longtemps attendre : Héraclien battu se réfugia à Garthage où il fut arrêté et mis à mort dans le temple de Mémoire ;

106 GARTHA6E

les Donatistes furent sévèrement châtiés et tout rentra dans Tordre à Garthage (en 413) «.

Ce n'était pas pour longtemps : le soleil ardent de TAfrique, il faut le croire, échauffait le cerveau des théologiens. Le donatisme était à peine étouffé que le pélagianisme provoqua de nouvelles luttes non moins ardentes. Saint Augustin fut le champion victorieux de l'orthodoxie contre le pélagianisme, comme il Tavait été contre le donatisme. On retrouve les traces de ces querelles théologiques jusque sur les plus modestes des épitaphes funéraires recueillies à Garthage. En effet, quand on classe, dans Tordre chronologique, ces tituli si nombieux au Musée de Saint-Louis, on remarque que les plus anciens portent, à la suite du nom du défjmt, simplement la formule IN PAGE VDQT: c*est le temps où il n'est point encore question des hérésies. On se contente d'affirmer, paru ne allusion transparente et discrète, la foi chrétienne du défunt : les païens disent, au contraire, PIVS VIXIT. Mais bientôt, schismatiques, hérétiques, apostats, lapsi et re/apsi, firent éprouver aux orthodoxes le besoin de se distinguer par une nouvelle formule; ceux-^ci introduisirent, dans la mention qu'ils avaient jusque-là adoptée, le mot fidelis : on trouve, FIDELIS IN PAGE*. Ainsi, jusque dans la m5rt on discutait, on se lançait de part et d'autre les foudres de Tanathème.

Mais voici, soudain, qu'au mois de mai 429, les Vandales, appelés par le comte Boniface, gouverneur de TAfrique, quittent l'Espagne et envahissent la Maurétanie*. Les hérétiques de toute nature qui pullulaient sur le sol africain, manichéens, donatistes, tertuUianistes, montanistes, ariens, pélagiens, virent dans les barbares le bras vengeur de leurs querelles; ils les accueillirent comme les champions de leurs rancunes théologiques, — les plus féroces de toutes, — et dès lors rien ne put résister à Genséric. Saint Augustin mourut de douleur en voyant les Vandales porter le fer et la flamme autour d'Hippone assiégée.

1. Clément Fallu de Lessert, Vicaires etcomtes d Afrique, pp. 131-139.

2. Voyez à ce sujet, Delattre, dans les Comptes rendu du Congrès scientifique des Catholiques tenu à Paris en 1891, pp. 26-27.

3. Sur Bonifacius qui livra TAfrique aux Vandales, voyez Clément Pallu de Lessert, Vicaires et comtes d'Afrique, pp. 144 à 154.

LA GARTHAGE ROMAINE 107

En 439, Genséric arriva devant Carthage, dont les murs, renversés depuis cinq siècles, venaient d'être relevés en toute hâte, sur Tordre de Tempereur Théodose II*. En dépit des luttes intestines et des querelles d'écoles que nous avons signalées, Carthage était restée la capitale de l'Afrique et le disputait avec Rome, Constantinople et Alexandrie, pour le nombre de ses habitants, la beauté de ses édifices, l'importance de son commerce*. Le prêtre Salvien qui écrivait au commencement du v« siècle, en fait le tableau suivant : « Carthage, la première et presque la mère de toutes les villes d'Afrique, toujours la rivale de Rome, autrefois par ses armes et son courage, depuis, par sa grandeur et sa magnifîcence ; Carthage, la plus cruelle ennemie de Rome et qui est, pour ainsi dire, la Rome de TAfrique. Là, se trouvent des établissements pour toutes les fonctions publiques, des écoles pour les arts libéraux, des académies pour les philosophes, enfin, des gymnases de toute espèce pour l'éducation physique et intellectuelle ; là, se trouvent aussi les forces militaires et les chefs qui dirigent les armées; là, s'honore de résider le proconsul, qui, tous les jours, rend la justice et dirige Tadministration, proconsul quant au nom seulement, mais consul quant à la puissance; là, résident enfin des administrateurs de toute catégorie, dont les emplois diffèrent autant que les noms, qui surveillent en quelque sorte toutes les places et tous les carrefours, qui tiennent dans leur main presque toutes les parties de la ville et tous les membres de la population. » '

Carthage, alors, comptait peut-être plus d'un demi-million d'habitants. On y admirait son forum, et, à proximité, les imposants portiques sous lesquels se tenaient les changeurs et où

1. Victor de Vita, De persec. Vandalica^ in A fric, prov., I, 12, de rédition Petschenig; Prosper d'Aquitaine, C/iron., p. 213; cf. Beulé, Fouilles à Carthage^ p. 15; Tissot, Géogr,comp,, 1. 1, p. 661; Clément Pallu de Lessert, Vicaires et comtes dC Afrique, p. 155; Delattre, dans le Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques, 1893, pp. 100 et suiy.

2. Sur la grandeur et Timportance de Carthage, voyez Auson., Declar, urb., 2; Procop., De Aedific, 615; Salvian., De Gubern,, VII, 16.

CARTHAGB

.a ImiUienl le. .ir.,™, commercLles : c'ét.ll I. Bo«r,e Ivlcu, <.r„„,„.,)| ™e de» gramd., cuticllé. d. I. ville «.f " s,«.let.deb.lelnegi8„.e,,™ |6,„„„„„,„.,,;j l",'' ' ™

Suce «raL? ; T'''"*''"" »'''"■«"'»<'■"" K™ii

Au [»i„l de vue chrétien, Carlhage élall, comme Rome partagée c„ sept région., et ehaqae régio. à.ait .on der.é .pécal. Le, document, conlempor'ain. mentionne iZgS

Monnaiiî de Csrfhigat,

q"esThéodo,i.„n., El'norienT. raf " '="■'""" i'»' tasill-

Sf:rd:iïï£E^H^--<^S; -.p..cement,i..„ïi:ï':L^SSn?c;;^:;:i-

-î- Monnaie autonome de (jir[haBe «,.i< t. j ■ .. ««MHAOO. Cu,M„ debonl. , S",, "h. l 'T'"*'" '•> Vandale.. Bi-on,,. ■■«• t •!• d« élevai et xin (= 12 mmmla).

Tut élevée dans la maison du procurateur Hacrobe, où saint Cypriea fut enseveli'.

On a peine h s'expliquer comment une si grande et si riche capitale se laissa surprendre, sans la moindre résistance, par Genséric. C'était le 19 octobre 439. Le roi des Vandales traita la ville conquise avec la derniÈre rigueur; il se fit livrer les vases sacrés des églises et contraignit les particuliers à porter dans son palais leurs bijoux, leur argenterie, leurs armes, leurs vêlements de luxe. Tous les édiflces publics furent saccagés ou détruits ; les barbares ariens ne respectèrent même pas les cintetiëres des catholiques : ils en jetèrent au vent les ossements, et en brisèrent les épitaphes avec la sape et le mar-

UoDiiale de Carthsgs i .

leau, comme l'avaient fait les païens au temps des plu? ardonies persécutions *.

De Carihage dont il fit sa capitale, Genséric traitait d'égal à égal avec l'empereur de Rome ou celui de Constanlinoplc. En 455, Valentinien étant mort assassiné et Petronius Ma,\imus s'étant emparé de Ja pourpre, l'impératrice Eudoxie appela (ienséric à son secours. Celui-ci ne se Qt pas prier et sa Dotle alla débarquer à Ostie. Rome fut prise et pillée. Genséric revint à Cartbage traînant en captivité un grand nombre de citoyens

1. Dur«Hn de La Halle, Topographie de Carthage, p. 2t4 ; V. Guérin, Voyage archéologique dans la Régence de Tunis, t. 1, p. 61 ; Tissot, Géogr. comp., 1. 1, p, 659.

3. Monoaie autonome, sous la dominïtion vandale. Femme d«boiil do face, tenant des épia des deux mains levées. ^. n XLii (flummia 42). Bronxe.

Page 1