‹ CarthageChapitre 31 sur 37 · Scène de sacrifice, sur une stèle votive à Tauit · texte numérisé non relu

Scène de sacrifice, sur une stèle votive à Tauit

Arabes, le nom significatif de Gartagenna (Lavigerie, De Vutilité d'une mission archéologique permanente à Carthaget p. 22). L'emplacement du forum est exploité, depuis des siècles, par les chercheurs de pierres qui en ont fait disparaître toute trace audessus du sol. Au temps de la Carlhage punique, s'élevait sur le forum, la curie, lieu ordinaire des réunions du sénat; sur l'un des côtés se trouvait le temple d'Apollon; les maisons qui entouraient cette place étaient très élevées, et trois grandes rues conduisaient du forum à Byrsa. Détruit par Scipion en 146 avant J.-C, le forum de Cartbage fut rétabli lors de la fondation de la colonie romaine. D'après Capitolin {Anton. Pius, IX), un incendie le détruisit de nouveau sous Antonin le Pieux. Il fut encore restauré ; saint Augustin y signale le tribunal et, à proximité, les

boutiques des changeurs, vicus argentarius, (S. August., Conf., VI, 9, 14; Bœswillwald et Gagnât, Timgad, p. 6.)

A la fin de Tempire romain, le forum est appelé la Place mari" time, à cause de son voisinage delà mer. Justinieny fit construire deux portiques et les thermes de Théodora. Sur l'emplacement ou dans le voisinage immédiat du forum, on a trouvé quelques stèles puniques, ex-voto à Tanit et à Baal-Ammon, un assez grand nombre dé grifles de lion en pierre rougeâtre, qui paraissent avoir servi de supports à des sièges, des inscriptions funéraires grecques, latines, païennes et chrétiennes, une grande quantité de débris d'amphores, avec estampilles phéniciennes, grecques et romaines ; une inscription, malheureusement mutilée, contenant Ténuméralion d'un certain nombre de villes africaines; un fragment de tarif de douane (?}, un ex-voto à Mercure, un bas- relief représentant le dieu du commerce* Le P. Delattre raconte qu'en 1875, il vit les Arabes sortir de terre, une jolie tête de statue, barbue comme Jupiter et coiffée d'une peau d'animal (Melkart ou l'Hercule tyrien?). (E. de Sainte-Marie, Mission à CarthagCy pp. 162 et 205; Tissot, Géogr. comp,, t. I, p. 658 ; S. Reinach et E. Babelon, Recherches archéologiques en Tunisie, pp. 9 et 25 ; Delattre, dans le Cosmos du 11 février 1888, pp. 296-299, et 2 novembre 1889, p. 386 ; le même, dans le Bulletin épigraphiquCt t. IV, p. 205, et t. VI, 1886, p. 141 ; le même, dans la Revue de V Afrique française, W sept. 1888; le même, dans les Mélanges de l'École de Rome^ 1890, p. 16).

XXVI. Dar Mustapha ben IsxnaXl. — Ce palais qui n'appartient plus à cet ancien ministre du bey, mais qui fut bâti par lui en 1875, se trouve sur les substructions d'un édifice antique qu'on a proposé, sans preuve, d'identifier avec le temple d'Apollon voisin du forum (Dureau de la Malle, Recherches sur la topographie de Carthage, p. 19). Il y a peu d'années, on y conservait une mosaïque, aujourd'hui détruite, qui représentait la toilette de Pégase par trois nymphes (Delattre dans le Bulletin épigraphique, t. IV, p. 207, et dans le Cosmos du 11 février 1888, p. 297). On a aussi recueilli, dans le voisinage immédiat, un certain nombre d'ex-voto à Tanit et à Baal Ammon (S. Reinach

et E. Babelon, Recherches arthéotogiques en Tunisie, p. 11). MM. de Sainte-Marie et Caillât, qui se trouvaient à Carthage en 1875, ont pu relever les dimensions et le plan de l'édiDce antique déblayé pour construire le nouveau. Il mesurait 62'" ,25 de long, sur 33", 30 de iarne, et se composait de trois salles ayant cliacune ll^iTS sur 28°, 8t. La salle du milieu se terminait au nord en abside ; les deux salles latérales élaient en contre-bas

Plua dea ruinei d'un éiliSce, nïaiil k con^lmclioa du Djr Mualapha ben Umail.

elleursvoùtesélaient soutenues par trois rangéesdesix colonnes. Une jetée de 12 mètres Taisail saillie sur la mer, en avant de l'édifice. La disposition de ces constructions nous porterait à croire qu'au lieu d'un temple il s'agil pluldt de thermes, tels que ceux de Theodora, femme de Juslinien, que nous savons avoir été construits sur le forum (E. de Sainte-Marie, Mission à Curthage, pp. 166 & 173). Non loin de la maison, on a trouvé une inscription punique énumérant des sacrifices (C. i. Semi(., t. I, p. 2i9, n- 170).

XXVIU et XXIX. FouUles de MM. S- Reinach et E. Babelon en IS84. — La tranchée n° XXVIil, orientée nordsud, et aujourd'hui comblée, avait mis à découvert un grand

TOPOGRAPHIE DE CARTUAGE

nombre de murs très enchevêtrés, appartenant à des époques différentes et reposant sur trois sols superposés et séparés par des débris de toutes sortes^avec traces considérables d'incendie (S. Reinach et E. Babelon, Recherches archéoL, p. 35), La fouille n* XXIX est une longue tranchée encore visible, orientée estouest, entre le Bir Messaouda et le Bir ez-Zerig; elle mesure en longueur 135 mètres, en largeur et en profondeur, de 5 à 7 mètres. On y voit des substructions de maisons, des citernes voûtées et des puits; on y reconnaît la direction de plusieurs rues. Au cours des fouilles, on a recueilli de nombreuses lampes romaines, païennes et chrétiennes, des fragments de poteries et d'inscriptions latines, des débris très mutilés de statues en marbre,

Motif architectural gravé sur une stèle votive à Tanit.

un beau masque en terre cuite représentant Tanit, une quantité énorme de balles de fronde en terre cuite, des débris carbonisés, de toute nature ; les traces d'incendie étaient partout visibles (S. Reinach etE. Babelon, R'icherches archéol, en Tunisie, pass.)»

XXXIl à XXXVIII. Fouilles de M. de Sainte-Marie et deMM. Reinach et Babelon. — Dans les diverses fouilles entreprises sur ce vaste emplacement, M. de Sainte-Marie a découvert, à des profondeurs variant de2 à 7 mètres, 2133 stèles puniques» ex-voto àTanitetàBaalAmmon;de nombreuses inscriptions grecques et latines, d'intéressants fragments d'architecture et de sculptures en marbre et en pierre du pays appelée saouan, parmi lesquels nous citerons deux têtes de Jupiter, une tête d'Apollon,

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une tête de l'empereur Hadrien, des torses d'hommes et do femmes, des bras, des jambes, des pieds^ des inscriptions votives en grec et en latin (E. de Sainte-Marie, Mission à Cartfiage, passira). Au n» XXXV, lieu dit Feddan el-Behim, déjà en partie fouillé par M. de Sainte-Marie, MM. Reinach et Babelon ont ouvert une grande tranchée de 56 mètres de long sur 13 mètres de large et de 6 à 9 mètres de profondeur; on y a exhumé 330 nouvelles stèles votives à Tanit et à Baal Ammon, des débris de sculptures en marbre, des substructions de maisons, des citernes voûtées, des lampes païennes et chrétiennes, des fragments d'inscriptions latines, et enfin une citerne punique, dont l'entrée, ayant la forme d'un caveau sépulcral, est protégée par d'énormes dalles appuyées en angle aigu Tune contre Tautre (S. Reinach et E. Babelon, Recherches archéoL en Tunisie, pp. 9, 37 et suiv.). Dans la même région, le P. Delattre a aussilrouvé plus de 200 stèles puniques votives à Tanit et à Baal Ammon, ainsi que des épitaphes, des lampes et des poteries chrétiennes. Le fameux temple de Tanit-Astarté devait se trouver non loin delà.

XL àLX. Gollicede Saint-Louis ouByrsa. —Le plateau supérieur de la colline de Saint-Louis, Tancienne Byrsa, haut de 63 mètres, a la forme d'une pyramide tronquée dont les angles correspondent aux quatre points cardinaux (Tissot, Géogr, comp., t. I, p. 587). Cette plate-forme compte actuellement 1,400 mètres de circuit. Le côté sud-ouest fut une nécropole pendant tout le temps de l'indépendance de Carthage, c'est-àdire jusqu'au siège de Tan 146 avant J.-G. Quand les Carthaginois firent de Byrsa une forteresse, et qu'ils voulurent, en conséquence, l'environner de remparts, ils en nivelèrent le sommet, rejetant les terres sur les pentes. Il en résulta qu'un grand nombre des anciens tombeaux se trouvèrent profondément ensevelis sous les terres de déblai; mais on continua néanmoins à enterrer des cadavres et à creuser des chambres sépulcrales sur le flanc sud-ouest de la colline, comme le prouvent,en particulier,les monnaies des iv» au n» siècles trouvées dans les tombeaux. Les constructions qui s'élevèrent sur le plateau, ainsi que les remparts qui entouraient l'acropole furent détruits

de Bini (colliDs de g«lid-Louis) dnué

* Ict iD>Uc4U<HU da H. P. DtUllM.

par les Romains en 146 avant J.-C. ; Orose dit mftme qu'ils furent réduits en poussière. II en existe pourtant encore des traces souterraines, comme Beulé Ta prouvé par ses fouilles de 1859, et le P. Delattre en a retrouvé, dans ses sondages, des vestiges qui permettent d*en indiquer la direction générale et les principales lignes. Suivant le P. Delattre, Tenceinte murée du plateau supérieur de Byrsa n'avait pas plus de 300 mètres de profondeur; mais, en contre-bas, il existait d'autres lignes fortifiées; l'une d*elles s'éloignait même de la colline pour aller rejoindre la grande muraille d'enceinte, dans la direction du lac de

s Tunis, au lieu ditEl-Gsour (n<> LXI). C'est à cette ligne inférieure des fortifications que s'appliquent les mesures données par les

'h Anciens aux fortifications de Byrsa, savoir : 2,000 pas par Orose (iv, 23), c'est-à-dire 2,945 mètres, et 22 stades ou 3,960 mètres d'après Servius {in Aeneid., I, 4). Tissot. Géogr. comp., t. 1, p. 570 et suiv. ; E. de Sainte-Marie, If ission à Carthage, p. 163 ; Delattre, dans le Bulletin épiQraphique, t. V, 1885, p. 84.

Démantelée par les soldats de Scipion en 146 avant J.-G., Byrsa ne fut fortifiée de nouveau que sous Théodose II en 424. En 553, Béiisaire, ayant repris Carlhage à Gélimer, répara les fortifications que les Vandales avaient laissées se dégrader. Elles furent de nouveau restaurées par le patrice Jean qui succomba sous l'invasion arabe.

Actuellement, les principales constructions modernes qui s'élèvent au-dessus de la colline de Saint-Louis sont : la chapelle bâtie, en 1841, sur l'emplacement où l'on croit que mourut saint Louis en 1270 ; le séminaire des religieux Missionnaires d'Alger et enfin la cathédrale construite par les soins du cardinal Lavigerie en 1890. — Les détails qui précèdent étaient nécessaires pour faire comprendre l'intérêt des fouilles exécutées sur Byrsa par Beulé et surtout par le P. Delattre, fouilles que nous allons passer en revue sommairement.

I. — En contrebas de ce mur, sur le versant Est de la colline, on a découvert, le 26 novembre 1890, une mosaïque dont le motif central représente l'Amour et Psyché, avec une inscription (Delattre. dans les Mélanges de VÈcole française de

134 GARTHAGE

Romef t. XII, 1892, p 252 ; le même, dans le Cosmos du 27 février 1892, p. 363-364). Le mur lui-même est signalé parBeuIé {Fouilles à Carthage, p. 39). A quelque dislance au sud, on a déterré une chapelle chrétienne, sorte de crypte souterraine ornée de fresques (Héron de Villefosse, dans le Bulletin de la Soc, des Antiquaires de France^ 1895, p. 159 à loi).

XLI. — Huit citernes voûtées. En vidant ces citernes qui recevaient les eaux pluviales du palais situé au n°XLII,on a trouvé de beaux morceaux de sculpture, tels que la tête d*un Jupiter Sérapis, celle d'une Minerve, un buste de vieillard, des bas-reliefs mutilés, parmi lesquels on reconnaît le serpent d'EscuIape (Beuié, Fouilles à Carthage^ p. 39; Delaltre, dans le Bulletin épigraphiquCf t. V, 1885, p. 90).

XLII. — A 15 mètres au-dessous de la plate-forme de la chapelle de Saint-Louis, Beulé a découverries restes d'une construction très considérable et en bel appareil, qu'il a appelée, sans preuve, le palais du proconsul romain (Beulé, Fouilles à Carthage, p. 68 et suiv.; Tissot, Géogr. comp,, t. I, p. 649 à 653). Cette construction était adossée au large mur du péribole du temple d'Eschmoun ou Esculape, dont la chapelle actuelle paraît occuper TemplacemenL Beulé a déblayé là une suite de sept salles parallèles, terminées en absides; au fond de l'une de ces absides était une estrade destinée à supporter une statue. Les murs étaient revêtus de plaques de marbre et de stuc colorié; la salle du milieu a sa voilte ornée de caissons. Le P. Delattre a déterré une nouvelle salle qui a, comme les autres, la forme d'un fer à cheval, et mesure 10 mètres de haut, 7^,80 de profondeur et 6«»,80 de large. Au fond de l'abside se trouvait aussi une estrade avec un piédestal destiné à une statue. Dans une autre salle, déblayée seulement en partie, on aperçoit des traces de dorure et de peintures murales, des morceaux de mosaïques, de beaux marbres taillés, de diverses couleurs, des fragments de colonnes corinthiennes, une croix grecque sculptée en relief; des débris de chancels, des lampes chrétiennes, une tête d'ange, etc. Ces derniers morceaux portent le P. Delattre

à conjecturer que là était peut-être la chapelle que l'empereur Justinien fît bâtir en Thonneur de la Mère de Dieu (Delattre, dans le Bulletin épigraphique^ t. V, 1885, p. 89).

Quant au nom de « palais proconsulaire » donné, depuis Beulé, à l'ensemble des salles terminées en abside, ce n'est qu'une hypothèse, jusqu'ici non justifiée.

Les prisons étaient annexées au palais proconsulaire, probablement dans les soubassements; nous savons que certains soupiraux de ces cachots regardaient le midi et que, par eux, on pouvait Yoir les ports (ci-dessus, p. 113).

XLTII. Chapelle de Saint-Louis, bâtie sur l'emplacement du temple d'Esculape. — Les substructions du temple d'Eschmoun (Esculape) qui, suivant des indices qu*on peut considérer comme certains'(Sirabon, XVII, m, 706), se trouvait en arrière du palais ci-dessus, ne sauraient être déterrées, à cause des constructions modernes qui s'élèvent sur son emplacement (Tissot, Géogr, comp., t. I, p. 593). Des fragments de bas-reliefs sur lesquels on voit le serpent d'Esculape, ainsi qu'un fragment de cratère, en marbre blanc, avec une inscription votive où on lit [Aesc]VLAPIO, permettent de croire que la chapelle de Saint-Louis et une partie du couvent des Missionnaires recouvrent les ruines du temple le plus somptueux de Carthage (Appien, VIII, 130), de sa cella^ de ses vastes portiques, de la bibliothèque publique et de son area. En temps de paix, dit Appien, on accédait au temple d'Eschmoun par un escalier de soixante marches, et l'expression en temps de paiXt de l'auteur grec, prouve qu'on pouvait supprimer l'escalier au moment d'un siège : c'est, en effet, ce que firent les transfuges et la femme d'Asdrubal, lors du siège de l'an 146. Nous savons que le sénat se réunissait parfois en secret dans le temple (Tite-Live, XIII, 24) ; une des annexes du sanctuaire était la salle des Archives publiques ou la Bibliothèque, que parait désigner une inscription : Apulée donna des leçons dans cette salle (Apul., F/ond., IV, xviii. Cf. Beulé, Fouilles à Carthage, pp. 9, 49 et 75; Ch. Tissot, Géogr. comp.y 1. 1, p. 649; E. de Sainte- Marie, Mission à Carthage, p. 165; Delattre, dans le Cosmos du

11 janvier 1890, p. 161; le même dans le Bulletin épigraphiquCy t. V, 1885, pp. 87 et 305, et dans les Mélanges de VÉcole française de Rome, 1890, p. 317).

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