GEORGES BROWN ET CARTIER 7C
à une inégalité d’influence entre les provinces au Parlement, autant que le sentiment de justice d’un bon nombre de députés anglais, qui firent échec au néfaste projet. Cette heureuse entente mit à néant l’odieuse tentative de Brown et de ses adhérents d’implanter sur notre sol une tyrannie pire que celle que nous avions eu tant de mal à terrasssr. N’étaitce pas, au reste, reprendre en l’aggravant, le plan de lord Durham d’établir la prépondérance absolue de l’élément anglais au Canada ? Le fanatisme ne désarma pas à la suite de sa défaite à la Chambre. Il continua sa campagne, à travers l’Ouest, faisant appel à tous les préjugés pour battre en brèche le fantôme de la domination française. Brown se gardait bien d’en démontrer l’existence. Il lui suffisait pour ses desseins de la dénoncer.
D’ailleurs, l’état des partis au Canada, sous le régime de l’Union, tendait à donner une couleur de réalité à ses furieuses déclamations. Pendant que les députés anglais, de toutes nuances, se divisaient en factions aux forces toujours changeantes, une imposante phalange française se serrait compacte autour de Cartier, faisant front de tous côtés aux « clear-grits » comme aux libéraux démocrates de l’école de Papineau. Telle on l’avait vue autour de LaFontaine, telle on la retrouvait sous les ordres de Cartier. De 1840 à 1862, ce bataillon national s’est maintenu, modifié dans sa composition par la force des choses, mais solide dans sa puissance, et invariable dans ses idées de justice. Son existence, sa force et sa raison d’être ne se justifiaient-elles pas par : sa conduite? Par quel acte d’empiètement sur les droits du Haut-Canada avait-il imposé sa domination ? Tous les partis de la province voisine n’avaient-ils pas tour à tour sollicité son influence ? Ils la trouvaient légitime lorsqu’elle pouvait leur être utile.
Ce sont d’abord les libéraux de l’école Baldwin,
Prince et Hincks, qui unissent leurs forces aux siennes pour assurer le triomphe de la vraie doctrine constitutionnelle. Plus tard, après la disparition de ces nobles esprits, les réformistes s’affaiblissent en se scindant en deux camps, dont l’un hisse les couleurs radicales des clear grits, tandis que l’autre section s’agite impuissante. C’est alors que les tories du Haut-Ganada modifient leurs idées. L’ogre qui voulait naguère nous dévorer s’adoucit, s’humanise, cherche à se rapprocher du bataillon canadien-français et Mc- Nab, sous l’influence de J. A. Macdonald, tend la main à Morin, non sans avoir, au préalable, selon l’injonction de Cartier, brûlé ce qu’il avait adoré.
Aucun des trois groupes politiques : tories de l’Ouest, réformistes et clear grits, et démocrates du Bas-Canada, ne peut raisonnablement prétendre à la direction des affaires du pays. Le bataillon français qui revient au Parlement à la suite des différentes élections, avec les trois quarts des forces de notre province, constitue le seul facteur sérieux de gouvernement. Ajoutons, un facteur honorable, car s’il a pu s’accommoder, à tour de rôle, de l’alliance de partis aux idées opposées, divergentes, il est entré dans chaque combinaison sans sacrifier aucun de ses principes essentiels.
N’a-t-il pas joué un beau rôle, en soutenant avec la même loyauté le libéral Baldwin, l’ultra-conservateur MacNab et le tory Macdonald ?
Ne convient-il pas de faire remarquer ici (puisque ce fait n’a pas frappé nos historiens ou qu’ils ont voulu l’ignorer) que Cartier a rendu de grands services à son collègue Macdonald, et a été le plus solide instrument de sa gloire ? De 1851 à la coalition de 1864, Cartier se présentait au Parlement, appuyé par la grande majorité des députés de sa province, pendant que Macdonald n’avait à sa