‹ Cartouche drame nouveau en cinq actes huit tableaux (volume 2)Chapitre 28 sur 91 · FRANÇOIS, JEANNETTE · texte numérisé non relu

FRANÇOIS, JEANNETTE

FRANÇOIS

Ah! c’est toi, Jeannette.

JEANNETTE

Tiens, qu’est cc que tu Alisdune là?

FRANÇOIS

Ta vois... je cogne un clou...

JEANNETTE

Pour te pendre?

FRANÇOIS

Peut-être bien.

• JEANNETTE, i part.

Comme il me dit cela... (Haut.) Que je ne te dérange pas.

FRANÇOIS

Oh! /attendrai bien que tu sois partie.

A ton aise...

FRANÇOIS

Comme te voilà gaie, toi !

JEANNETTE

Ohl oui, val... J’ai le cœur si joyeux, que je ne peux pas m'cmpèclier de chanter!

FRANÇOIS

Tant mieux. Jeannette, tant mieux!

JEANNETTE

Dis donc, cousin; je viens te faire une confidence... il est de retour...

FRANÇOIS

Qui?...

JEANNETTE

Tu me demandes qui? Mais lui, François, lui!... Est-ce que pour Jeannette il peut y en avoir un autre?... C'est sa main qui a laisse tomber les pièces d ur dans mon tablier... l.a pensée m’est bien venue de te dire tout bas : Le voila !... Mais en ce moment la voix m’a manqué... et puis... j’étais comme interdite... comme subjuguée... sous ce regard qui me traversait ie cœur! Tiens, François, veux-tu que je te dise?... Je suis sûre d’être aimée!...

FRANÇOIS

Moi, je suis sûr que tu aime». .. voilà tout.

il y a des riens qui disent üii-n des choses!... De ces preuves muettes qui ne trempent jamais! Je suis aimée. François, je suis aimee!... Et voilà pourquoi ma joie déborde, pourquoi je me trouve dans ta chambre, pourquoi la vie me parait si belle, et pourquoi je chante connue un pinson! Mais quelle égoïste je fais!... Je t'ennuie là de nies secrets, quand j'aurais dû cont* tucurer par te demander les tiens...

FRANÇOIS

Les miens?... Ils r>e sont gentils ni à dira ni à entendre... Ne m’interroge pas...

JEANNETTE

Par exemple! i

François.

Je l’cn prie...

JEANNETTE

Allons donc! Je suis très-bavarde. c’est mi; mais je suis très- curieuse aussi, et je ne le ferai pas grâce d'un détail... A*4U revu Louise?...

FRANÇOIS

J’ai revu... mademoiselle de Grandlieul

On ne l’a pas mal reçu?...

FRANÇOIS

Oh! non... On m’a renvoyé, voilà touL

JEANNETTE

Ah! les méchants...

FRANÇOIS

Ne les accuse pas, Jeannette!... U faute est à moi seul ; j’étais absurde, j’étais fou!.. Louise et son père sont à cent ] lieues de croire qu’ils ont été cruels, et la nouvelle de mon chagrin les étonnerait bien... On a remis à sa place le présomp- | tuLiix paysan | et il te méritait !... La leçon a p»nit-étre été un peu rude, mais qu’y faire?... Tâcher a en profiter. Jeannette, et chercher l’oubli... c’est mon intention... (nc-ginU»! u cluu.) Je vais le chercher... i 'oubli... un peu loin... peut-être...

JEANNETTE

Et moi qui n’ai pas remarqué tout de suite sa pâleur ! son accablement I... Ah! comme nuire propre joie nous rend aveugles ! Mais je ne veux plus penser qu’à toi ; écoute, François, je ne chercherai pas à le consoler, c«r je ne trois pas qu’il y ait des consolations possibles pour ces douleurs-là I... seulement, je te prends la main, je te la serre avec affection, avec tristesse, et je te dis ce que dirait un homme : Il faut avoir du courage I... mon ami, il faut avoir du courage.

FRANÇOIS

Sois tranquille... j’en aurai... j'aurai môme un courage... que je ne me soupçonnais pas...

JEANNETTE

Voyons! qu’ est-ce que tu comptes faire?

FRANÇOIS

Dame! m’en retourner au pays.

Je n’aime pas ça...

FRANÇOIS

Il est possible aussi que je fasse un voyage... un grand

voyage... •

JEANNETTE

Je n'aime pas ça non plus...

FRANÇOIS

Pourquoi?...

JEANNETTE

Je n’en sais rien... mais l’idée de ce départ me donne comme le frisson... Tiens, cousin, je ne veux pas que tu me quitte» encore; je suis convaincue que f puis t’élre utile...

FRANÇOIS

C'est vrai... tu peux me rendre un grand service...

JF ANNETTE.

Ah! tu vois bien!... parle!

FRANÇOIS

Je désire que tu remettes tui-mèrae à Louise cette lettre d’adieu...

JEANNETTE

D’adieu!..

FRANÇOIS

Oh! ne me parle plus de Miter, ce serait inutile ; ma résolution est irrevocable!... tu charges tu de celle lettre?

Oui.

FRANÇOIS

Je te remercie.

JEANNETTE

Donne!

FRANÇOIS

Ah!... comme il est très-lard ét que d’ailleurs je tiens à être loin déjà, quand cette lettre sera remise, lu ne la porteras que demain, n'est-ce pas?

JEANNETTE

Oui, oui, demain...

FRANÇOIS

Et à présent, petite cousine, jo vais le renvoyer... Car. voistu, je sens ma pauvre tute si fatiguée, que j’ai bien besoin de repos... Jeannette, je oc t« ferai "jms de grandes plira-es au moment de te quitter... je te souhaite seulement de toute mon àm« autant de bonheur que j’ai eu de misère..! Quand tu le?** mariée, et que tu auras de beaux petits enfants, tu leur ap-

prendras mon nom, n’est-ce pas?... tu leur parleras quelquefois de moi, qui serai bien loin; enfin... tu ne m’oublieras pas toi. Jeannette.

JEANNETTE

Oh I non, non, jamais...

FRANÇOIS

A présent... embrassons-nous comme frère et soeur... pense à moi... prie pour moi... Adieu. Jeannette, adieu I..

Adieu, François, je lui poricni ta lettre.

FRANÇOIS

Oui, mais demain seulement... demain...

JF-ANNETTE, A part.

Comme il me recommande ça... J’ai bien envie...

FRANÇOIS

Demain, tu sais...

JEANNETTE, à pari.

Oui t oui! il n’y a que Louise qui puisse le retenir. (n«ai.) Adieu, François... adieu! .. (eiicwi... l'Acouia t>li*gn«r.)

FRANÇOIS, Mut.

Elle descend l’escalier, elle rentre dans sa chambre... (aeprenanl son entrttia cl »oa clou.) Allons ! à mort ClOUl... (il rei&'inie »ur •i eh* ne et rucommcuce A <«g*Br...C«riouctH, aay«igu«r4 4 U nuia, du* la tnaoMrde par U fenêtre.)

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