TABLEAU III, SCENE
FRANÇOIS
Avant do partir, je suis allé aux Ormes.
LOUISE
Ah!
FRANÇOIS
J’ai tout visité, tout parcouru.
LOUISE
Vraiment?
FRANÇOIS . 1
J’ai jeté du pain blanc à tes poissons rouges, et donné de la luzerne fraîche à tes chèvres.
LOUISE
Tu as bien fait, je l’en remercie.
FRANÇOIS
Je savais bien que ça te ferait plaisir. (Mouvement de Grmuiiieu.) LOUISE, qui l’a observé.
FRANÇOIS
Louise?...
LOUISE
Ne me tutoie plus...
FRANÇOIS
Pourquoi donc?
LOUISE, regardant son père*
Je t’en prie...
FRANÇOIS, à part.
Elle me tutoie toujours, elle.
DE GRANDLIEU
Beaudouin !
FRANÇOIS
Monsieur?
DE GRANDLIEU
Pourquoi diable as-tu quitté le pays?
FRANÇOIS
Mais pour vous voir tous les deux, Monsieur.
N’étais-tu pas entré clerc chez le procureur Desjardins?
FRANÇOIS
Oui, Monsieur; mais je m’ennuyais tarit dans son étude, que...
DF. GRANDLIEU
Tu as eu tort d’en sortir... à ton âge, on ne doit pas s’ennuyer du travail; ta mère n’est pas riche, et il est temps que tu songes à gagner ta vie.
FRANÇOIS
Je tâcherai de la gagner à Paris, Monsieur. Oh! j’aurai plus de courage ici.
DE GRANDLIEU
Ah! c'est qu’ici, pour les gens de la classe, les emplois sont
beaucoup plus rares, les moyens de parvenir beaucoup plus difficiles... Crois-moi, Beaiulouin, ta place n’est pas à Paris.
FRANÇOIS
Ma place... ma .. c’est-à-dirê que vous me renvoyez, Monsieur?
DE GRANDLIEU
Non!... mais je te donne un conseil, voilà tout.
FRANÇOIS, à part.
Oh!
LOUISE, à part.
Il a les yeux gros de larmes...
FRANÇOIS, pleurant.
Je partirai, Monsieur, je partirai...
DE GRANDLIEU
C’est bien, mon garçon...
FRANÇOIS
Oh! oui, oui, je quitterai Paris, pour n’y jamais revenir.