‹ Cartouche drame nouveau en cinq actes huit tableauxChapitre 53 sur 91 · TABLEAU VI, SCÈNE II · texte numérisé non relu

TABLEAU VI, SCÈNE II

Vous le savez ?

d’orbessan.

Oui, et tout à l'heure un de ces drôles a osé s’approcher de moi et me parler.

Il a osé cela !..

d’orbessan.

« Vous allez voir fcartouche , monsieur d’Orbessan , m’at-il dit, veuillez donc vous charger de lui donner un coup de chapeau do ma part. »

CARTOUCHE, réfléchissant.

Un coup... de... chapeau... (a part.) Je comprends!., cela signifie qu’à sa sortie, son chapeau sera visité par eux.

d’orbessan.

Je me demande ce que voulait dire ce bandit... « Donnezlui... de ma part... un... »

CAfRTOUCHE , riant.

Eh bien ! cela signifiait, monsieur le comte... qu'il avait besoin de votre montre.

D’ORBESSAN, tâtant son gousset.

Ma montre! c’est parbleu vrai !.. Allons, ils sont adroits, vos hommes!

Merci pour eux de votre approbation.

d’orbessan.

Ah çà! quand vous aurez fini d’écrire, il s’agira de faire porter votre lettre... Ce sera difficile, ici.

Elle sera envoyée avant une demi-heure... Vou3 permettez, monsieur le comte ?

d’orbessan.

Faites donc, je vous en prie...

C’est à la femme que j'aime que j’adresse cette lettre.

Vous lui conseillez la patience?

Non, je lui annonce ma prochaine arrivée.

d’orbessan.

Elvbien! vrai, j’admire cet aplomb et ce calme d’esprit qui, môm* en prison, vous permettent de songer à l’amour.

Cela vous étonne, monsieur le comte?. . Mais c’est en prison, c’est sous les verrous que s’épanouissent les sentiments les plus tendres... L’amour est une fleur qui cherche l’ombre. C’est entre les murs noircis de ce cachot que le mien a grandi. Oui, j’aime... comme je n’avais jamais aimé. C’est qu’autrefois, lorsque j’étais libre, ma vie était partagée entre mes expédi-

tions et mes ruses, mon esprit s’occupait à la fois des opérations à tenter, de mes hommes à conduire, des exempts a duper, et je n'avais que de rares instants à donner à l’amour.

d’orbessan.

Ici, au contraire, deux pensées seulement vous occupent.

Deux?.. . '

d’orbessan.

L’amour et l’évasion.

Oh! l’évasion ne m’occupe guère... c’est trop facile. d’orbessan.

Ah!., c’est... trop facile...

A mes yeux, du moins. Tenez... si vous voulez en juger... écoutez ce passage de mu lettre : « Mon ange bien aime, quitte ce Paris maudit, où des pièges sont tendus à chaque pas à ton innocence, à la vertu. Retourne dan 4 s le village qui t’a vue naître, et où j’irai te rejoindre plus tard... Alors, nous ne nous quitterons plus, et tu seras ma femme, oui, ma femme, car je t’aime plus que tout au monde. »

d’orbessan.

Mais c’est touchant au possible, mon cher monsieur Cartouche 1

Voici fa fin : « Je quitterai aujourd’hui même l’asile où... je suis retenu, et dans quelque temps je serai près de toi. »

d’orbessan.

Charmant! adorable!

Je ferme ma lettre...

d’orbessan.

Eh bien! vous me voyez tout confus...

Pourquoi donc?

Imaginez-vous que, sachant., je veux dire : supposant que dans quelques jours on devait vous conduire en place de Grève, j’étais venu vous faire ma visite de condoléance... (sérieu*mei.t.) J’étais venu vous dire : Cartouche, j’ai aidé à ton arrestation, i’aurai hâté le moment de ton supplice, et pour cela je veux aaouclr, s’il se peut, la fin de cette vie coupable. €i tu laisses derrière toi quelque faute, quelque crime dont tu te repentes assez pour vouloir le réparer, quelque victime dont le souvenir te poursuive dans tes dernières heures , et dont je puisse améliorer le sort, je me chargerai d’accomplir cette réparation, qui te méritera peut-être là-haut un jugement moins

terrible, (cartouche, astis pris de la table, se prend la télé daus ses deux mains, et demeure absorbé et silencieux.) VOUS... ne répondez pas?..

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