‹ Cartouche, roi des banditsChapitre 11 sur 100 · L:V. I ÎO. F.iva d Fièies, éaileiirs · texte numérisé non relu

L:V. I ÎO. F.iva d Fièies, éaileiirs

— L'eudroit est si désert, on nuraitpu l'assassiner. — - Vous croye2?

— On ne voit donc pas de malfaiteurs dans ce paya?

— Jamais, monsieur.

— Vrai?

— Je vous le jure.

— Jamais un vol?

— On se vole bien quelques petites choses entre soi, mais c'est tout. Est-ce que vous avez peur, monsieur?

— Moi, avoir peur? Regarde-moi bien; ai-je la mine d'un poltron ?

— Pour çà non, répondit Claude, qui ne sy connaissait pas.

— D'ailleurs, ajouta Clairon en indiquant une panoplie qui ornait la muraille de sa salle à manger, j'ai des armes.

Il avait en effet une vieille arquebuse, une épée romaine rongée par la rouille, un casque et un bouclier : des objets de curiosité.

Plusieurs semaines s'écoulèrent, l'automne jaunissait les bois et rendait la grotte de Qairon cbauve de fleurs et de verdure. Des bandes de corbeaux s'abattaient parfois sur la terrasse et discutaient là de leurs affaires dans leur langue âpre et sonore. On était au milieu de décembre...

Une nuit, Jean-Baptiste Clairon fut réveillé en sursaut par un grand bruit quil'eff raya, sans qu il pût se rendre compte de ce qui en était cause.

C'était la porte de la maison qu'on venait d'enfoncer.

Avant qu'il eût rallumé sa lampe, des piétinement nombreux l'avertissaient que sa chambre était envahie et presque aussitôt il était assailli de coups.

Crier au secours était inutile.

— Grâce ! dit-il, ne me tuez pas !

On lui banda les yeux et on lui lia les pieds et les mains, tout en lui demandant son argent.

— Je n'ai pas d'argent, répondit- il.

— Ah! tu ne veux pas répondre, répliqua un des bandits. Et lui mettant le poignard sur la gorge:

— Sens-tu cette lame ?

— J'ai quelques pièces d'or dans une bourse sur la cheminée, dit-il. Les voleurs firent main basse sur la bourse et revinrent à la charge.

— C'est tout ce que je possède; mes économies de cette année sur une petite pet sion dont je vis.

— Tu mens. Nous allons te découper par morceaux jusqu'à ce que tu avouer- D'abord les oreilles, puis le nez, les doigts et là langue... Allons!,..

Déjà un bandit lui saisissait l'oreille quand il s'écria :

— Attendez!... Prenez dans mon gilet la clef de mon coffre-fort. La clef fut vite trouvée.

— Et où se trouve ce coffre-fort ?

— Sur ma terrasse, dans un creux du rocher du côté qui regarde Ver>ailles. Plusieurs bandits s'éloignèrent munis d'une lanterne. Un seul d'entre eux rc^tap^os

du prisonnier.

CARTOUCHE il 57

Entendant son gardien fouiller dans un tiroir, celui-ci en profita pour soulever légèrement son banileau. Il aperçut ainsi l'individu qui le dévalisait. Il était vêtu d'une blouse bleue et de culottes de toile grise et pouvait être pris aussi bien pour un ouvrier que pour un paysan. II s'était noirci le visage.

Les autres revinrent de la terrasse pestant de n'avoir rien trouvé. Clairon tremblant les entrevit à peine; il ne put distinguer leurs traits et ne remarqua rien dans leurs costumes. Toutefois il crut reconnaître deux d'entre eux à leur accent.

— 11 faut venir sur la terrasse, lui dit un de ces hommes. Et ne cherche pas à nous tromper !

Clairon fut détaché de son lit et servit de guide aux voleurs.

11 ouvrit sa cassette de fer et leur livra sa modeste épargne, presque tout ce qu'il possédait, cinq ou six mille livres.

Cependant les bandits semblaient déçus dans leurs espérances. Ils le croyaient riche.

Pour se consoler, ils mirent au pillage la cuisine et la cave, et enlevèrent des couteaux de table à manche de métal qu'ils prirent pour de l'argent.

Enfin ils attachèrent de nouveau leur victime sur son lit et sortirent, lui laissant de la lumière sur sa table de nuit.

A demi nu, mourant de froid, souffrant des coups qu'il avait reçus et des liens qui le retenaient, il s'abandonna aux plus amères réflexions.

Il en fit malheureusement de bien cruelles nour ses voisins.

Cependant depuis quelques on avait publié les bans du mariage de Geneviève Lozeavec Noël Bornier, et le soir même de l'événementjles Bornier et les Loze avaient dîné ensemble. Geneviève avait aidé sa future belle-mère à faire des crêpes et Claude en avait mis de côté pour les offrir le lendemain à son pensionnaire.

Vers les huit heures, les deux frères avaient été reconduire à moitié chemin Geneviève et son père et étaient rentrés chez eux le cœur gros de joie, car il avait été décidé que Noël et sa femme habiteraient chez les Bornier.

Le lendemain vers midi, Claude, comme d'habitude muni d'une gamelle de fer-blanc et d'un pain frais, se rendit à la maison de rocher. Sa surprise fut grande en voyant Ifc jardin ouvert et se changea en effroi à la vue de la porte enfoncée.

Il courut à la chambre de Clairon.

— Claude ! Est-ce-toi? criait celui-ci.

— Oui, monsieur.

— Ah 1 je t'en prie, dépêche-toi, délie-moi.

Claude s'empressa de couper les cordes du malheureux qui rentra sous ses couvertures.

— Allume du feu, de grâce ! implora-t-il. Tu vois ce qui m'est arrivé.

1188 CARTOUCKE

— Ah ! monsieur, en voyant la porte enfoncée j"ai tremblé de vous trouver assassiné.

— Il s'en est fallu de peu. Ils m'ont laissé la vie, mais c'est tout ce qu'ils m'ont laisséje suis à peu près ruiné.

— Et vous n'avez pas pu vous défendre?

— Je n'en ai pas eu le temps.

Et Clairon raconta les faits tels qu'ils s'étaient passés, s'interrompant souvent pour gémir car ses bras et ses jambes étaient enflés et meurtris, il ne pouvait faire un mouvement sans souffrir.

Claude le plaignait et lui prodiguait des soins avec la bonté la plus touchante.

— Faut-il vous envoyer un médecin? demandait-il. J'irai à Versailles vous en chercher un.

— Non, c'est inutile, répondait Clairon, mais il est nécessaire d'avertir la justice.

— Je n'y manquerai pas, répondit Claude.

— Ah ! mon pauvre ami, repartit Clairon, quelles tristes révélations j'ai à lui faire. Et toi-même...

— Moi, monsieur?

— Oui, toi, n'as-tu rien à lui déclarer?

— Mais j'ai à lui dire dans quel état je vous ai trouv;!.

— Sans doute, mais ne sais-tu rien autre?

— Ma foi... non.

Clairon lui lança un regard déliant.

— Quoi ! tu n'as aucun soupçon ?

— Aucun. Les gens du pays sont tous honnêtes. Ceux qui ont fait le coup sont probablement des rôdeurs de Versailles ou de Paris, Mais vous n'avez pu les voir, s'ils s'étaient noirci le visage.

— Je crois avoir reconnu la voix de plusieurs d'entre eux.

— Qui donc soupçonnez- vous ?

Clairon prit un air mystérieux :

— Je le dirai, répondit-il, au brigadier de la maréchaussée.

— Prenez garde de vous tromper, mon bon monsieur. N'avez-vous pas d'autres raisons que la ressemblance des voix?

— Si, j'en ai encore une.

— Laquelle donc, sans vous commander?

— Tu l'apprendras plus tard, mon pauvre Claude. Ah! tués un digne et honnête garçon toi et je vois ce que tu vas souffrir bientôt.

— Mais que voulez-vous donc dire, monsieur? Expliquez-vous ; je vous en prie. Soupçonnez-vous une personne de ma connaissance, par hasard?

— Oui, Claude.

— Qui donc ? Nommez les personnes ? s'écria le jeune Bornier irrité et blessé de ces propos énigmatiques.

— Tu le sauras bientôt.

— Savez-vous que vous me fâchez, monsieur ?

— C'est possible ; mais c'est un cetit mal pour un grand bien. Je te prépare ainsi Si

h la triste nouvelle que tu dois apprendre. En attendant, va prévenir l'autorité sans t'arrêter à causer avec personne.

— J'y vais ; dit Claude, car je suis curieux de savoir ce que vous me cachez.

Le jeune Bornier s'éloigna à grands pas, il rencontra les gendarmes, comme ils revenaient de leur tournée habituelle. Et quelques heures plus tard le brigadier, accompagné du maire et de Claude se rendit sur les lieux du crime.

Le maire interrogea Clairon, il lui demanda s'il soupçonnait quelqu'un du pays.

— Oui, répondit Clairon d'une voix ferme; j'ai remarqué deux hommes dont j'ai reconnu la voix. L'un était un individu de petite taille, large des épaules, qui a une voix de fausset. C'est, je crois, un braconnier qui cet été est venu deux fois m'offrir du gibier : même taille, même aspect et même voix que le braconnier Jaru.

— Et le second?

— Ah ! pour le second, cela me fait vraiment de la peine de le dénoncer, à cause de sa famille que je crois honnête.

Claude pressentit qu'il s'agissait de lui ou de quelqu'un des siens ; il pâlit.

— Parlez, dit le magistral.

— Le second, reprit le plaignant avec effort, est un jeune homme d'une vingtaine d'années, de haute taille, sa voixa éveillé tout d'abord mon attention et mes souvenirs. C'est lui qui parlait le plus souvent qui me demandait où était mon argent et qui semblait diriger le pillage de la maison.

Il portait une petite moustache et des anneaux d'or aux oreilles. C'est lui qui m'a bandé les yeux, je crois ; en tout cas, voici le mouchoir dont il s'est servi, et qui porte ses initiales.

Clairon tendit un nomehoir de toile bordé de raies rouges, aux iîàliales N. B.

— Mon mouchoir 1 s'écria Claude.

— Votre mouchoir ? demanda le maire. N'êtes-vous pas Claude Bornier?

— Oui, monsieur.

— Ce ne sont pas là voa initiales.

— Mais ce sont celles de mon frère qui s'appelle Noël, j'avais pris hier ce mouchoir pour venir ici et je l'ai oublié dans cette chambre.

— Mais tu n'es pas entré hier dans ma chambre, mon ami, dit Clairon.

— Si monsieur; rappelez- vous ; vous m'avez dit d'aller y prendre un verre.

— Je ne m'en souviens pas.

— Quoi! vous accuseriez...

— Laissez-nous la parole, jeune homme, dit le magistrat. Quel est le second coupable que vous désignez monsieur?

— Noël Bornier, M. le maire.

— Mais vous ne connaissez pas mon frère! s'écria Claude avec indignation.

— 11 est venu plusieurs fois ici.

-Ah! c'est abominable.

— Brigadier, dit le maire, écartez le témoin.

— Mais monsieur, s'écria Claude, cet homme est fou; laissez-moi donc défendre mon frère!

-- \^ous le défendrez devant le juge examinateur, qm viendra bientôt.

Dire l'exapération de Claude est impossible. Accuser Noël !... Il eût été moins blessé d'ôlre accusé lui-même.

— Cet homme est fou, répétait-il sans cesse. Comment peut-on l'écouter? c'est co montrer aussi fou que lui.

Quand à Jean-Baptiste Clairon, il demeurait convaincu et impassible.

Vers la fin de la journé eune instruction plus minutieuse fut faite par le juge examinateur de Versailles, qui, du domicile de Clairon, se transporta chez les Bornier ; bref un mandat d'amener fui décerné contre Noël, qui, la nuit même, fut écroué à la maison d'arrêt de Versailles.

Claude avait suivi son frère emmené entre deux gendarmes et l'avait embrassé tendrement au moment où il franchissait le seuil de la prison; puis il était rentré chez lui dans un morne désespoir.

Le lendemain, J.-B. Clairon se passa de dîner. Il ne lui restait rien dans son gardemanger et il n'osa aller crier famine chez ses voisins du village.

Pas un paysan ne lui aurait, à prix d'or, vendu un morceau de pain. Il se décida i prendre le chemin delà ville. Là, convaincu de ne pouvoir habiter de nouveau sa mai son de rocher, il en fit enlever les meubles et l'étrange demeure fut rendue à sa solitude absolue.

Revenons à la famille Bornier.

Est-il nécessaire de dire que Clairon s'était complètement mépris ?

Noël et le braconnier étaient innocents.

Et tandis que ces derniers se désolaient en prison, les vrais coupable, Pelissier et sa bande faisaient bombance et se préparaient à de nouveaux exploits.

A quelque temps de là, ils pillèrent une maison de campagne des environs.

Les maîtres étaient absents, la concierge était allé s'amuser en ville, une jeune servante gardait seule la maison. La pauvre fille fut liée et sommée de servir de guide à Pelissier.

Elle-même ne fut pas épargnée. On lui vola ses boucles d'oreilles, une broche et un anneau d'or. Et Pelissier, qui avait appris la funeste méprise de la justice, traça à la craie sur une porte l'avis suivant :

« Que l'on n'accuse aucun paysan des environs! »

Cependant, la famille Bornier était réservée à une nouvelle et plus crueUe épreuve.

Claude, mi-né par le chagrin, dépérissait à vue d'œil. Ni le travail, ni les consolations de ses parents ne pouvaient l'arracher à la tristesse qui le dévorait. On craignait, si Noël était condamné, qu'il ne se suicraât.

Et si Geneviève essayait de relever son courage:

— Vous ne l'aimez donc pas? lui disait-il.

Il s'emportait, puis craignant de l'avoir blessée, lui demandait pardon:

— Geneviève, vous êtes ma sœur : le chagrin me tourne la tôle ; au fond du cœur je vous aime comme notre pauvre Noël; si vous étiez à sa place je ne serais pas moins désolé. Vous le pleurez; je le sais. Eh bien ! ne me cachez pas vos larmes, pleurons-le ensemble.

— Il nous faudrait un peu de distractions, dit Geneviève.

— Eh bien, c'est dimanche la fête à Saint-Cloud,voulez-vous y venir avec ma mère?

— Volontiers, Claude.

Le dimanche suivant, ils furent à Saint Cloud.

Là, tandis que Geneviève et sa mère s'étaient arrêtécschez une marchande démodes, il alla sur la place avec l'intention d'acheter quelque chose à la fiancée de Noël.

Il rencontra un juif qui vendait des bijoux faux et lui acheta pour une dizaine de francs, une broche et des boucles d'oreilles. Puis il retourna souriant, porter son cadeau à la jeune fille.

— C'est de la part de Noël, lui dit-il. Geneviève aussitôt se para des bijoux.

Tous trois furent ensuite dans un cabaret manger des gâteaux et boire de la bière.

Tandis qu'ils causaient, un individu, assis à une table voisine les examinait' avec une attention trop soutenue pour ne pas être indiscrète.

Geneviève à la fin en devenait toute rouge de honte. Claude s'en aperçut et "perdit patience.

— Monsieur, dit-il, qu'avons-nous donc de si curieux pour être regardés ainsi ? L'inconnu sourit, se leva et s'approchant du jeune Bornier :

— Vous me demandez ce qui excite ma curiosité? dit-il.

— Oui, monsieur.

— Eh bien ! ce sont les bijoux de mademoiselle.

— Ah ! fit Claude, qui crut à une impertin-ence, vous faites le malin avec moi parce que je suis un paysan, mais prenez-y garde... Je ne vous dis que ça. 'Je ne suis pas

disposé à supporter votre insolence.

— Ne vous fâchez pas et parlez moins haut, je vous prie. J'ai à vous parier sérieusement.

— Je ne vous connais pas, repartit Claude avec aigreur.

— Nous avons le temps de faire connaissance. Mais un mot seulement, je vous prie. Si vous ne voulez pas me répondre, c'est à mademoiselle que je m'adresserai.

— Eh bien ! que voulez-vous ?

— De qui mademoiselle tient- elle ses boucles d'oreilles et sa broche? Claude, à cette question étrange, ouvrit de grands yeux.

— De moi, répondit-il.

— Et où les avez-vous achetées ?

— Sur la place.

— A qui ?

— A un marchand ambulant.

— Dans une baraque ?

— Non, ce marchand circulait dans la foule avec une boîte entr'ouverte.

— Et vous retrouveriez ce marchand?

— C'est bien possible. Mais pourquoi ces questions? Voudriez-vous acheter des bijoux semblables?

— Non, écoutez-moi bien.

L'inconnu se pencha vers Claude et lui dit à voix basse :

— Ces bijoux ont été volés.

Claude fit un saut en arrière.

— Vous diles?

Puis arrêtant sur l'inconnu un regard menaçant et plein de colère contenue :

— iMalheureux !

— Je ne vous accuse point, mais ils ont été volés.

— Qu'en savez-vous ?

— Je suis agent de police et j'ai sur moi le signalement des bijoux en question . Depuis le malheur de son frère, Claude était devenu extrêmement ombrageux. Lo

seul mot de vol le troublait. Il perdit contenance et pfilit.

— Qu'avez-vous donc, Claude? lui demanda Geneviève.

— Rien, répondit-il.

— Que lui dites-vous donc, monsieur?

L"ager:t eut un sourire mystérieux.

Geneviève avail l'air candide; ses regards avaient la pureté limpide des yeux d'un enfant, mais lui par caractère et par métier ne croyait plus à la candeur des jeunes filles.

— Voyons, reprit-il, remettez- vous. Vous n'êtes en cause qu'indirectement. Je ne vous accuse pas, mais enfin ce marchand ?... •

— Je le retrouverai, répondit Claude avec exaltation.

Venez, ajouta-t-il en s'adressant à sa mère et à Geneviève. Nous allons chercher sur la place le marchand qui tantôt m'a vendu les boucles d'oreilles.

— Mais pourquoi ?

— Vous le saurez plus tard. Venez, nous n'avons pas une minute à perdre. Les deux femmes se levèrent inquiètes.

Claude les avait quittées et marchait seul en avant comme un fou. L'agent le suivait de près.

Arrivé sur la place, Claude chercha le juif de groupe en groupe, mais en vain. L'agent lui demanda le signalement de cet homme, il le lui donna exactement et pendant plus d'une heure ils continuèrent leurs recherches. Le juif avait probablement écoulé sa marchandise et quitté la viilo. Enfin l'agent se lassa.

— Jf pense, dit-il à Claude, que j'y ai mis de la patience.

— Et moi! fit ingénument ce dernier.

— Vous allez me suivre avec ces dames chez M. le commissaire,

— Encore !

— Il le faut ; mais ne craignez rien. Puis s'adressant aux deux femmes :

— Venez, leur dit-il .

— Oui, mais qu'y a-t-ildonc?

— On va vous le dire. Ne vous alarmez pas.

Le bureau n'était pas loin. L'aspect singuher du lieu, les visages peu avenants des amiliers les impressionnèrent tout d'abord. . L'agent fit son rapport, puis le commissaire interrogea Claude.

— Comment vous nommez-vous? D'où êtes-vous?

— Claude Bornier,de X...,près Versailles.

Les deux hommes de police eurent un mouvement de surprise.

Cependant Claude ot Geneviève s'étaient revus et s'étaient juré de travailler à la découverte des coupables.

— Seriez-vous parent de Noël Bornier, actuellement détenu à Versailles?

— Je suis son frère.

Nouvelle sensation.

— Approchez, madame; qui ète-ç-vons?

— Je suis sa mère.

— Et cette jeune fille 'J

— Geneviève Loze qui doit se marier avec mon pauvre Noël.

— Dites-moi, mademoiselle, de qui tenez-vous les boucles et la broche que vou: portez ?

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— De Claude qui ine les acheta tout à l'heure à la foire, pendant que sa mère et moi nous étions chez un mercier près de la place.

— Vous savez que ces bijoux ont été volés.

— Volés !

— Veuillez me les remettre.

La mère Bornier détacha la broche etlesboucles tandis que la jeune fille sanglotait dans son mouchoir.

— Ces objets, reprit le commissaire ont été volés dans une villa des environs parles mêmes individus qui ont dévalisé lamaison de Rochers. Nous en avons la description.

L"agent donna lecture de ce signalement, il était parfaitement exact.

— Vous prétendez toujours avoir acheté ces objets ? reprit le commissaire.

— Oui. monsieur.

— C'est une étrange fatalité. Si vous êtes coupables, vous avez des figures bien trompeuses, mais je ne peu m'arrèter à cette considération; l'antécédent de l'affaire Clairon m'oblige à la prudence. Une dernière question :

— Vous connaissez un nommé Pelissier?

— Non, monsieur.

— L'affaire est entendue, dit le magistrat d'une voix sévère. Femme Bornier et vous, jeune fille, vous êtes libres jusqu'à nouvel ordre. Quant à vous, Claude Bornier, qui reconnaissez avoir donné à la fille Loze des bijoux volés, je vous garde.

11 y eut une indicible explosion de douleur, mais sur un signe du commissaire, Claude fut arraché des bras de sa mère et emmené au violon, tandis que les deux femmes étaient poussées dehors.

Nous renonçons à dire leur retour à la maison.

— Vous nous avez porté malheur, dit le père Loze : je neveux plus que ma fille

vous fréquente.

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