‹ Cartouche, roi des banditsChapitre 40 sur 100 · LA LIGUE · texte numérisé non relu

LA LIGUE

« Cependant ce branlebas de combat de la gueuserie ne s'était pas accompli sans bruit.

« On avait beaucoup crié et déclamé dans les cabarets mal famés de la seigneurie ue

HaTitvilly et les seigneurs dont nous avons cité les noms plus haut en aVaieuç été

Informés.

Saiifcliez M. de Beauval, le baron et son fils n'avaient, chez leurs nobles voisins

rencontré que des critiques sévères.

Que signifiait cet argent de Cartouche distribué aux vagabonds et maraudeurs?... L'idée en était déplorable et les résultats n'avaient pas lieu de surprendre.

M. de Nerée le courtisan, le 7^oué de Versailles en fut particulièrement scandalisé. Il venait rarement en province et n'y séjournait que le moins possible mais il se trouvait offensé d'y être exposé aux entreprises d'un bandit, lui ou ses vassaux. Ce n'était pas tolérable et il allait montrer aux petits seigneurs de sa province conuuent on se débarrassait de pareille vermine.

11 évita toutefois des explications, les messieurs de Ilautvilly, blâmant tout haut la funeste influence qu'ils avaient eue sur les vagabonds et autres malvivants. Il ne les invita à se joindre à lui qu'après s'être entendu avec d'autres seigneurs.

M. de Beauval lui avait fourni des détails fort amusants sur don Hamire tout en lui montrant dans cet aventurier un adversaire redoutable et dont la capture pourrait lui faire honneur.

Il fut donc décidé que l'on s'informerait du bois où il avait son camp, qu'on le dépisterait avec la meute destinée à chasser le loup, qu'on le cernerait etque Ton passerait par les armes sans pitié tous les bandits. Ceux qui s'échapperaient de l'enceinte seraient chassés à cor et à cri, connue des fauves.

On se réjouissait de cette expédition comme d'une fête. Mallieureusem3nt on en parla trop. Le secret n'en fut gardé ni par les maîtres devant les domestiques, ni par ceux-ci chez les paysans. Les rôdeurs de don Raniire en furent instruit.

Il avait été décidé à Hautvilly que le baron écrirait au notaire de Port-Servan avant que Norbert prît part à l'expédition préparée à Nerée. Le baron trouvait la plume plus lourde que le mousquet ou l'épée, mais il faisait froid et il n'était pas assez solide pour se mettre en route ; malgré sa répugnance pour l'écritare il s'exécuta et écrivit entre autres choses : « Qu'il regrettait sincèrement d'avoir dans un moment d'erreur renoncé à un mariage qui aurait fait le bonheur de son fils elle sien... que la belle conduite de M'^'^ Macé avait achevé de l'éclairer et qu'il le priait de lui exprimer ses

regrets.

Enfin : — « Si conme le lui faisait espérer Norbert, M'^^ Jeanne voulait bien lui pardonner son erreur, il consentait au mariage de son fils. »

Il ajoutait que les brigandages exercés par Ramire avaient décidé plusieurs seigneurs qu'il citrait à s"armer contre lui et invité Norbert à se joindre à eux.

Cette chasse aux brigands était pour celui-ci un ennuyeux contretemps, mais il n'avait pu répondre par refus.

Aussitôt cette dernière corvée accomplie il se rendrait à Pont-Servan.

Il terminait en priant le notaire, s'il lui était possible, d'apporter lui-même sa réponse au château.

Naturellement la nouvelle demande du baron fut favorablement accueillie.

Jeanne aimait toujours Norbert, il était son premier et unique amour. C'était lui qui l'avait initié à la vie sentimentale et passionnelle. Il remplissait sajeunesse. Il

n'avait jamais eu de rival. Elle lui avait pardonné et se reprenait évidemment à la vie qu'il lui offrait de nouveau. On ne boude pas le soleil pour un nuage. Mais le malheur l'avait rendue superstitieuse. Cette campagne contre don Ramire l'inquiétait.

Par quelle fatalité, au moment de la conduire à l'autel Norbert se heurtait-il à cet obstacle?... Ce liamire lui avait déjà tant de fois porté malheur!... C'était le mauvais génie de sa destinée.

Aussi M. Gosset s'étonnait do ne pas la voir plus gaie.

Il en accusait les nonnes, qui sont les fées de l'écueil où elles ont brisé leur vie, du couvent oij elles se sont cloîtrés et qui souvent y retiennent les novices en prêtant au monastère, un charme qu'il n'a pas et en faisant si Ton peut dire, la propagande de leurs faiblesses et de leurs douleurs.

« Ces nonnes l'ont gâtée », pensait le brave notaire. N'eût été que par profession, il devait favoriser le mariage.

Ses filles d'autre part, étaient un ].)rin jalouses de la future baronne et rien que cela eût dû prouver à Jeanne quelle avait tort de ne point se réjouir d'avantage; mais Ramire restait comme un point noir à son horizon. Elle eut tenté de dissuader Norbert de poursuivre ce dangereux coquin, si elle l'avait pu.

Ses craintes allaient encore plus loin. Elle ne le voyait pas sans méfiance aller dans des châteaux où il devait rencontrer des femmes dont l'élégance mon laine pourrait lui prêter avec elle-même des points de comparaison fâcheux.

A son retour il la trouverait peut-être bien sotte et bien gauche auprès de ces dames et demoiselles de haute lignée. Et pourvu que ces nobles dames n'aient jamais entendu parler de l'immble Jeanne Macé et de sa grand'mère!... A cette dernière pensée la pauvre fille pâlissait de frayeur.

Deux ou trois jours après la lettre de M. de Hautvilly, M. de Gosset lui annonça le départ de Norbert pour Nerée.

Elle se prit à pleurer.

— Adieu donc! fit-elle, je ne le reverrai plusl

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