LE COUVENT DES SAINTS-ANGES
La jeune marquise venait encore une fois de se taire et Jean de Lys, de son côté, réfléchissait.
Le sombre récit que venait de lui faire la jeune jemme réveillait son âme généreuse et autant il plaignait celle-ci, autant il éprouvait pour la marquise des Tournelles, qui avait été son bourreau, une aversion profonde, une haine violente.
Mais il y avait une chose qui étonnait étrangement le Jeune homme.
Comment se faisait-il qu'il eût été adressé à cette femme par son bienfaiteur, par le comte de Villeprcux ?
Le comte, c'est-à-dire la probité la plus haute, l'honneur incarné, en rapports d'amitié avec la marquise des Tournelles, avec cette créature qui était un monstre!
— Elle était adroite, habite, pleine d'hypocrisie, se dit Jean de Lys. Le comte] aura été sa dupe...
Mais si le jeune homme était indigné des révélations de Blanche, il n'était cependant pas encore au bout de ses surprises.
Il restait à la jeune marquise à lin raconter les moments les plus douloureux et plus terribles de sa vie.
Ce fut donc d'une voix très douce qu'elle reprit l'histoire do son martyre.
« — Cette dernière menace de ma tante, dit-elle, m'avait fait frémir... Il y a de cela quatre ans, bientôt cinq, et pourtant je me souviens encore de lefifroyable épouvante qui me saisit...
« Le couvent!
« Elle aurait dit la « prison » que je n'aurais pas été plus tremblante.
« Mais pouvais-je céder ?
« Mais pouvais-je fouler aux pieds ma fierté et mon orgueil ?
« Mais pouvais-je abdiquer, surtout sous le coup de semblables menaces, ma liberté, mon droit, mon indépendance ?
« Non, c'eût été une lâcheté, une honte dont je serais morte...
« Et puis, trop indulgente encore pour mes bourreaux, j'étais assez na'ive et assez aveugle pour me dire :
« — Ils ont voulu te faire peur, t'effrayer, t'acculer à ce mariage odieux... Mais te jeler dans un couvent, c'est-à-dire dans une tombe... mais te séquestrer et te faire disparaître du monde... Oh ! non, c'est impossible !... oh ! non, ils ne l'oseront pas!...
« Et ils l'osèrent ! »
Une flamme venait de briller dans le regard de Jean de Lys.
« — Oui, ils l'osèrent!... oui, ils eurent le courage de cette infamie ! continua vivement Blanche la voix vibrante.
« Oh! je n'aurais jamais dû oublier, je n'aurais jamais dû pardonner, je suis trop faible, trop lâche !...
« Je vois encore cette scène horrible et monstrueuse... Je les vois encore se jeter et se ruer sur moi... »
La jeune marquise s'était arrêtée net.
Elle ne pouvait plus parler. Des larmes l'aveuglaient.
Puis, enfin, se raidissant et avec des sanglots étouffé
« — C'était au milieu de la nuit du huitième jour, reprit-elle, du jour où je devais dire oui... du jour où je devais accepter pour époux le marquis de Solange...
« La marquise des Tournelles, que je n'avais pas revue et qui avait semblé m'éviter depuis sa menace, était venue à la nuit tombante me sommer une dernière fois de me rendre.
« Mais elle n'était pas venue seule. Son mari, son complice l'accompagnait.
« Ce fut lui qui parla.
« ï\ ne dit qu'un mot •
«— Votre tante vous a fait connaître notre volonté... Avez-vous réfléchi ?... Obéirezvous ?
« Mais il avait à peine achevé que je venais déjà de lui répondre.
« — Non,dis-je avec énergie, car personne n'aie droit de disposer de ma vie... car moi seule suis maîtresse de choisir ma destinée...
« — C'est bien ! fit-il.
« Puis il sorti, tandis que ma tante, qui venait de se retourner, ricanait tout bas.
« Ai-je besoin de vous dire que toutes mes terreurs m'avaient reprise?
« Aussi était-il déjà très tard que j'étais encore debout.
« Certes, je n'allais pas jusqu'à croire qu'on pounait se jeter sur moi et me faire violence, mais j'étais toute fébrile, toute nerveuse, et je me demandais avec angoisse ce qui m'attendait le lendemain.
« Et cependant — était-ce un pressentiment? — je ne pouvais m'empccher d'épier, de guetter...
« Aucun bruit dans le vieil hôtel des Tournelles. « Tout le monde devait dormir.
« Aucun bruit non plus au dehors.
« Je venais de regarder l'heure...
« Il était un peu plus de minuit.
« Et maintenant plongée dans un grand fauteuil et les paupières un peu lourdes, je songeais, je réfléchissais toujours.
« Je me disais que ma porte qui n'avait pas de verrou pouvait s'ouvrir facilenfient, mais ce qui me rassurait presque complètemest c'est que j'étais de plus en plus convaincue que le marquis et la marquise des Tournelles ne voudraient pas s'exposer au scandale d'un enlèvement de vive force.
« — Ils me tendront quelque piège, quelque guet-apens, pensais-je. Il s'agira do le comprendre et de ne pas y tomber.. .
« Et lentement, doucement, je m'étais assoupie.
« Je songeais encore.
« Je me demandais si je ne trouverais pas dans une maison amie un asile, un abri plus sûr...
« Mais c'était là une vaine espérance, un projet irréalisable.
« D'abord je ne connaissais personne, mais en supposant même qu'une autre demeure que l'hôtel des Tournelles se fût ouverte pour moi, aurais-je pu profiter de son hospitalité?
« Le marquis et la marquise n'étaient-ils pas mes seuls parents, mes tuteurs, et ne pouvaient-ils pas me contraindre à vivre sous le même toit qu'eux jusqu'à mon mariage ou jusqu'à ma majorité?
« Donc, pas d'Olusion possible. J'étais leur proie, leur chose. Ils pouvaient même ne jeter dans un couvent sans que j'eusse le moyen de me défendre.
«Et, malgré tout, le sommeil me gagnait, m'accablait de plus en plus...
« Je finis par perdre connaissance.
« Soudain, je sursautai...
«Je n'étais plus seule.,.
« Des hommes venaient d'entrer dans ma chambre... des gens de M. des Tournelles, et derrière eux le marquis, la marquise dont le visage s'illuminait d'un sourire de triomphe.
« — Faites 1 dit mon oncle.
« Et les valets se ruèrent sur moi... Je voulus me défendre, et je criai, j'appelai :
« — Bâillonnez-la! dit la marquise.
« Et l'on m'emporta évanouie, morte... »
— Les misérables ! s'écria malgré lui Jean de Lys.
Mais Blanche restait pensive, tous les traits légèrement contractés et la face très sombre.
« — Oui, on m'emportait, on m'enlevait, reprit-elle avec un pâle sourire. Quand je revins à moi — après combien de temps? jo ne pourrais le dire — j'étais bien loin de Thotel des Tournelles, bien loin de Paris, dans la banlieue, dans un désert...
« Là s'élève une grande maison que j'avais entrevue deux ou trois fois et dont lo seul aspect m'avait fait frémir.
« Avec ses hautes murailles ^^paisses et noires, ses portes basses et ses fenêtres étroites et grillées, elle ressemble à une prison...
« C'est un couvent.
« On l'appelle le couvent des Saints-An?:es. J'étais là.
« L'aube naissante, grise et terne encore, éclairait faiblement ma cellule, je devrais dire mon cachot.
« Toute tremblante, tonte saisie, je venais de jeter un coup d'oeil autour de moi...
« Mais, brusquement, je fermai les yeux.
« Deux choses venaient de m' apparaître, deux choses qui m'effrayaient, m'épouvantaient: c'était d'abord, au pied de mon lit, si l'on peut appeler un lit le grabat sur lequel on m'avait jetée — un Christ avec ses plaies sanglantes et sa face de cadavre, un Christ énorme qui de ses deux bras étendus couvrait presque la moitié de la muraille ; puis c'étaient ensuite, percés dans la porte, cinq ou six trous assez petits, mais à travers lesquels, j'en étais sûre, des regards brillaient comme si, caché là derrière cette porte, quelqu'un m'épiait et m'espionnait.
« Et comme brisée, désespérée, anéantie, je pleurais silencieusement, soudain je tressaillis de nouveau.
« Dans le profond et solennel silence du couvent, une cloche venait de retentir, lentement et doucement d'abord, puis, tout à coup, avec des sons plus rapides et plus impérieux.
« La cloche se tut, et ses dernières vibrations tremblaient encore dans l'air, quand des voix de femmes éclatèrent,
« C'était un chœur lugubre, une psalmodie presque funèbre, une sorte de plainte qui ajoutait encore à mes angoisses,,.
« Ce cantique désolé, cette prière qui ressemblait à un chant de mort ne dura que quelques minutes.
« Puis le couvent retomba à une paix immense, à un grand silence que rien ne troublait.
« Oh ! oui, c'était bien là ma tombe... Nul écho du monde ne devait y arriver... J'y étouffais déjà et je me disais que je ne pourrais jamais mo sentir murée là sans mourir au bout de quelques jours ou devenir folle.
« Tout à coup je dressai la tête.
« Un bruit venait de se faire entendre tout près de ma cellule, une seconde's'écoula» puis la porte s'ouvrit.
« Immobile sur le seuil, une religieuse venait d'apparaître.
« Elle était jeune, très belle, d'une rare distinction, et sur son visage d'une extrême pâleur et dans son regard qui venait de s'arrêter sur moi, il me semblait hre une incurable tristesse qu'elle n'avait pu vaincre encore et qu'elle cachait mal.
— Mademoiselle, me dit-elle de sa voix très douce, madame la Supérieure va venir vous rendre visite dans cpielques instants. Veuillez vous préparer à la recevoir.
«Et quand elle sortit, son regard, qui s'était encore fixé sur le mien, parut me plaindre.
« Je fus vite debout, mais vous dire à quel trouble et à quelle émotion j'étais en proie, je ne le pourrais pas...
« Je D'avals jamais vu la Supérieure du couvent des Saint-Anges, mais je la connnissais beaucoup de réputation.
* On disait que c'était une femme très dure, très intolérante et dont la piété allait jusqu'au fanatisme. La règle de son ordre était très sévère, mais elle y ajoutait encore des pratiques barbares et inutiles, et l'on disait aussi queUpour ses religieuses, qui toutes tremblaient devant elle, elle était plutôt un tourmenteur qu'une mère.
« J'ai toujours été très fière, et ma fierté doublait à ce moment-là mon énergie et ma résolution.
« Mais cependant je ne pus m'empêcher de frémir quand je sentis s'entre-bâiller doucement la porte de ma cellule.
« Je me retourH.ii.
« La Supérieure était devant moi.
« C'était une femme d'une cinquantaine d'années dont le front, sous son long voile noir, avait la blancheur d'un cierge. Très grande, très maigre, elle avait les lèvres minces, le nez long et recourbé comme le bec d'un oiseau de proie, et sous d'épais sourcils d'un noir de jais, de petits yeux gris dont le regard était impérieux et menaçant.
« Pourtant elle m'aborda avec un sourire.
— Je crois que je vous fais un peu peur, me dit-elle. Rassurez- vous, mon enfant. Je viens vers vous en amie et pour vous donner de bons conseils...
« Elle venait vers moi en amie.mais il y avait dans son attitude, dans son regard et dans son accent, une hypocrisie qui ne m'échappa pas.
« Ma cellule, dont les quatre murs étaient blanchis à la chaux, je n'ai pas besoin de vous le dire, était presque nue, presque vide. Tout son mobilier se composait d'un pauvre lit sur lequel on m'avait jetée, et d'un escabeau de bois.
« La Supérieure, dès les premiers mots qu'elle avait prononcés, m'avait pris les mains.
« Alors, toujours les gardant dans les miennes, les serrant presque affectueusement lentement elle s'assit.
« Puis elle eut un sourire qui voulait être gracieux.
— Je vous regarde, me dit-elle, mais il paraît que vous êtes plus entêtée que vous n'en avez l'air...
« Et comme je n'avais pas encore dit une seule parole :
— Il ne faut pas avoir mauvais caractère, ajouta-t-eUe. 11 faut avoir confiance eu ceux qui vous aiment...
« Alors, j'eus un sourire amer, un sourire qui dut lui faire connaître toute ma pensée :
— Je n'ai personne qui m'aime, madame, personne qui s'intéresse à moi... Non si.'ulement je suis orpheline, mais encore je suis bien seule au monde...
— Personne ne vous aime 7
— Non, madame.
— Vous êtes seule au monde?
— Lest la vérité.
— Vous êtes folle 1
« Et la Supérieure, en prononçant ces derniers mots, avait été si brutale, que je no pus m'empêcher de tressaillir,
« Elle s'aperçut probablement de ce qui se passait en moi, car elle se radoucit aussi tôt, la voix plus doucereuse, plus mielleuse:
— Oui, vous avez été beaucoup éprouvée, dit-elle. Vous avez eu de grands chagrins, de profondes douleurs... C'est Dieu qui l'a voulu... Mais peut-être devriez-vous réflécliir un peu avant de vous plaindre .
« Je n'avais pu m'empêcher de la regarder avec stupéfaction.
— Réfléchir ? fis-je vivement.
— Eh I sans doute .
— Je ne vous comprends pas, madame.
— Vous êtes orpheline, mais combien d'orphelins sont encore plus malheureux que vous!...
— Je ne le crois pas.
— Vous pouvez le croire... Tous n'ont pas la chance d'avoir un oncle et une tante comme M. et M™" des Tournelles... :
— C'est une chance qu'ils ne m'envieraient pas, répondis-je avec un sourire ironique.
La Supérieure avait froncé les sourcils.
«— Je connais madame la marquise depuis longtemps... depuis très longtemps, ditelle la voix brève, et je le sais incapable de commettre une injustice envers n'importe qui et à plus forte raison envers vous...
« — La marquise est une misérable! m'écriai-je.
« — Ah ! prenez garde !
« — Oh! oui, une misérable!.. Elle veut me voler mon bonheur, me voler ma vie ...
« — Encore une fois, vous êtes folle, interrompit sèchement la supérieure. Voyons rentrez donc un peu en vous-même et pesez donc vos paroles... Une misérable!.. Cela, est vite dit... Mais votre tante ne mériterait que vous la traitiez ainsi que si elle pouvait avoir une arrière-pensée... Or, quelle arrière-pensée aurait -elle?.. Pourquoi vous sacrifierait-elle ?...
« J'aurais eu bien des choses à répondre, mais je savais que cette femme devait être prévenue contre moi, que je me heurterais contre un parti pris, et je crus qu'il était de ma dignité de garder le silence.
— Vous ne répondez pas, fit la supérieure avec un petit sourire de triomphe. C'est qu'en effet vous n'auriez aucune bonne raison à donner, aucune preuve à fournir pour justifier le jugement téméraire qui vous portez sur cette digne femme.
« La marquise des Tournelles capable de vous voler votre bonheur, de vous voler votre vie!...
« Est-il possible que vous ayez pu avoir une semblable pensée et prononcer de telles paroles !
« Vous êtes donc une ingrate?... c'est donc en la méconnaissant que vous la récompensez de toute la tendresse dont elle vous a entourée et de tous les soins qu'elle a eus pour vous? (
« J'étais déjà bien pâle, je le sentais, mais je dus pâlir encore davantage, continua
CAIITOUCIIE
ITOo
Ils échangeaient un dernier regard.
Blanche. Les soins. la tendresse de cette marâtre!... On osait en parler!... On m'accusait d'ingratitude, moi qui lui avais donné une affection qu'elle ne m'avait jamais rendue, moi qui avais toujours été sa victime I
« Je fus sur le point d'éclater.
« Je fus sur le point de tout raconter, de .faire l'histoire de mon long martyre
dans celte maison.
a Mais,d'abordJene voulais pas pleurer, et je sentais déjàquedes larmesme moii^ talent auK yeux, je sentais déjà que mon cœur faiblissait, se brisait de plus en plus.
« Etpuiscette religieuse, cettefemme que j'avais en face de moi n élailpas unjuge, mai. une ennemie... Comment aurais-je pu la convaincre?... Comment aurais-je pu
LlV. -14. — Fayard Frères, éditeurs.
me la rendre favorable et la gagner à ma cause ?... C'était impossible... Il valait miens me taire.
« La supérieure, qui avait encore souri d'un air triomphant, reprit plus lentement et pins sévèrement :
« — Je comprends votre confusion et votre embarras... Vous reconnaissez maintenant que vous eu tort?... Vous épouserez le marquis de Solange?...
« Je ne lui répondis que d'un'mot, mais ce mot fut prononcé avec un tel accent que je la vis tressaillir :
« — Jamais, madame 1
« — Jamaisî?
« — Jamais !...
« Elle venait de'me repousser. Elle me regardait. SonMsage me fit peur.
« Puip, la tête baissée, eUe garda' le silerce.
« Enfin relevant le front et appuyant avec menaee>ur chacune de ses paroles :
« — Vous êtes une nature|'rebeUe, reprit-elle la voix sourde, mais je dois, dans votre intérêt, vous instruire des conséquences que votre révolte pourrait avoir...
« — Oh! je m'attends à tout! répliquai-je dédaigneusement.
« — A tout, c'est beaucoup|dire, fit-elle avec un sourire encore plus menaçant. Vous oubliez d'obord que vous n'avez pas encore l'âge d'avoir une volonté...
« — On me le fait bien voir, répondis-je.
— Vous n'avez que seize ans et tant que vous "serez mineure, M. et M™° des Tournelles pourront disposer de vous...
« — Me martyriser encore... Oui, je comprends...
« — Vous dompter! s'écria vivement la supérieure avec un éclair dans le regard.
« Elle venait de se lever d'un bond. D'un geste brutal eUe me montrait la porte.
« — On ne sort pas facilement d'ici, sachez-le bien! dit-elle.
« — Oh ! jai de la patience, répondis-je. J'attendrai.
« — C'est ce que nous verrons.
« Et sur ces mots, cette religieuse, qui m'avait fait l'effet d'un bourreau, disparut.
« J'avais fait bonne contenance, poursuivit la jeune marquise, mais je vous avoue que j'étais à bout de force et de courage.
« Aussi, à peine étais-je seule que j'éclatai en sanglots.
« La cloche du couvent s'était remise à tinter, et cette sonnerie très lente, très douce, presque lugubre, ajoutait à mon immense tristesse.
« Il me semblait qu'elle sonnait le glas de quelqu'un, le mien, car n'était-ce pas moi qu'on enterrait là toute vivante ?
« Pourtant j'avais fini par me calmer, m'apaiser un peu.
« Je réfléchissais, je cherchais à y voir plus clair dans l'horrible situation qui m'était faite.
« Oh! je n'avais pas l'espoir de lasser le marquis et la marquise des Tournelles, la marquise surtout... Peut-être mon oncle aurait-il pu céder plutôt par indifférence que par bonté, mais je savais bien que sa femme était inexorable et sans pitié...
« Non, s'il me restait encore une lueur d'espérance, c'était celle-ci : trouver le moyen qu'au dehors quelqu'un s'occupât de moi, prît à cœur ma délivrance...
« Mais qui trouver? à qui m'adrcsser ?
« Le marguis des Tournelles était très bien en cour, il passait pour exercer une certaine influence sur l'esprit du roi, et dans ce monde de courtisans sans cœur pas un n'eût voulu s'exposer à s'attirer sa rancune...
* Cependant je fouillais dans ma mémoire, je cherchais des noms...
« Mais une autre réflexion me vint.
« En admettant même que quelqu'un eût voulu prendre ma défense, comment aurais-je pu le fairejpré venir?
« N'étais-je pas prisonnière?
« Ne savais-je pas que toutes les lettres que j'écrirais seraient interceptées?
« Il m'aurait donc absolument fallu essayer d'intéresser à mon sort une religieuse et compter sur sa complicité.
« Mais ici encore deux pensées m'arrêtaient,
« La première, c'est que je pouvais être trahie, dénoncée, et alors ma situation ne devenait-elle pas pire et n'avais-je pasjtout à craindre, tout à redouter des misérables oui me tenaient dans leurs mains?
« La seconde, c'est que si je trouvais une religieuse assez compatissante pour m'aider à sortir de cet enfer, sa courageuse intervention pouvait être découverte, et alors n'allais- je pas la perdre avec moi| et attirer sur elle le courroux impitoyable et le terrible ressentiment de la supérieure ?
« J'avais eu quelques secondes d'espoir,'mais je ne tardai pas àretomber plus abattue et plus anéantie que jamais.
« Et j'étais dans un découragement si profond, dans une prostration si complète que ce ne fut que le surlendemain — et lorsque je faillisjm'évanouir d'inanition — que je me rappelai que depuis mon enlèvement je n'avais pas mangé.
« Mais alors on s'occupait déjà des moyens de me « dompter », comme avait dit la supérieure.
« Chaque malin celle-ci entr'ouvrait la porte de ma cellule.
« Raide dans sa robe noire, les sourcils froncés et son œil mauvais fixé sur mol, elle ne faisait pas un pas et restait immobile sur le seuil.
« — Epouserez-vous le marquis de Solange ?
« — Non !
« Pas un mot de plus.
« Elle sortait .
« Mais il s'écoula très peu de temps sans que j'eusse de ses nouvelles.
« D'abord elle s'était contentée de me tenir là, entre les quatre murs de ma cellule, comme un mort entre les quatre planches de sa bière.
« Puis, au bout de quelques jours on avait essayé de me réduire par la famine : un peu de pain et un peu d'eau, et c était assez, et c'était tout.
« Puis ou m'avait enlevé mes vêtements et un matin en me réveillant je n'avais plus trouvéîsur l'escabeau au pied de mon ht que des habits de rehgieuse, mais des habits si sordides et si répugnants qu'en présence de cette nouvelle aggravation de torture jùubhai tout le reste.
« Et chaque matin toujours la même question :
nos CARTOUCHE
« — Epouserez-vous le marquis de Solange ?
« Et toujours la même réponse faite avec une énergie faro'iche:
« — Non! jamais!... jamais!...
« Alors les supplices continuèrent.
« On m'avait privée de soleil et de grand air, on m'avait condamnée au jeûne et réduite à porter des vêtements dont le seul souvenir me remplit encore de dégoût, co n'était pas suffisant. Il fallait trouver encore autre chose, il fallait me « dompter »-
« Un matin la supérieure entra.
«Je m'attendais à sa sommation habituelle, mais non, elle ne me dit pas un mot, pas une parole.
« Seulement elle se retourna et fit un signe bref.
« Deux religieuses parurent, deux femmes dont le visage était si froid et le regard si sombre que leur seul aspect me glaça.
« C'étaient, paraît-il, les deux aides de ce bourreau.
« L'une de ces deux femmes portait d'énormes ciseaux, l'autre une corde.
« La supérieure veaait de me désigner du doigt.
« — Coupez-lui les cheveux! dit-elle.
« Je vous avoue que j'eus un cri, un cri de douleur autant que d'indignation, et que je reculai.
« — Si elle résiste, ajouta la supérieure, attachez-la !
« Et d'un regard foudroyant eUe m'ordonnait de m' asseoir.
« Que pouvais-je faire?
« J'obéis.
« Les ciseaux grinçaient, mes cheveux tombaient en lourdes masses à mes pieds tavidis que je me sentais trembler de colère et de honte.
« Quand je restai seule, je fus debout d'un bond. Je devais avoir l'air d'une folle. Je pleurais, je criais... Puis, brusquement, j'eus le vertige... Le sol tournait, tournait... une pluie d'étincelles m'aveuglait... je grelottais... et d'un coup je tombai la face sur les dalles, ensanglantée, évanouie... »
En ce moment on n'aurait plus reconnu Jean de Lys. Son front s'assombrissait de plus en plus à mesure que Blanche parlait et son regard, toujours si doux, étincelait de colère. Oh! comme il aurait voulu être arrivé à temps et avoir pu tenir au bout de son épée ces deux misérables : le marquis des TourneUes et le marquis de Solange!
La jeune marquise ne s'était tue que quelques secondes.
Elle reprit :
« On a dans les couvents, et l'on avait surtout au couvent des Saints-Anges, l'imagination fertile pour le mal.
« J'avais déjà beaucoup souffert, mais je n'étais cependant pas au bout de mes épreuves.
« On m'avait déjà privée de nourriture, on me priva de lumière.
•< La fenêtre de ma cellule n'était qu'une fenêtre de cachot avec de gros barreaux de fer qui lui donnaient un air sinistre.
« Mais je pouvais encore, malgré tout, voir un peu de ciel et recevoir un peu ai clarté.
« On jugea qui j'étais trop heureuse.
Un beau jour une planche épaisse condamna cette fenêtre, une planche que l'on avait bien pourtant voulu percer de quelques trous afin que je pusse respirer 1
« A quel moment était-on de la journée?... Etait-ce l'heure rayonnante de midi ou l'heure toujours un peu mélancolique et un peu triste où le soir va tomber? je n'aurais pu le dire.
« Il me restait le sommeil.
<^< Quand on dort, on oublie.
« 11 me fut défendu de dormir ! />
Puis, comme Jean de Lys n'avait pu retenir un mouvement, la jeune marquise reprit aussitôt avec un pâle sourire :
— Quand je vous disais tout à l'heure qu'on a dans les couvents l'imagination fertile... oui, on m'empêcha de dormir !.,. La chapelle n'était-elle pas là?... Chaque soir on m'y traînait, et deux religieuses, qui chaque fois changeaient, y restaient âmes C(jtés jusqu'à l'aube... Et je devais prier, me prosterner, merepentir !... Me repentir de quoi?... Du mal qu'on me faisait I...
Et Blanche, qui, jusque-là, était restée assez calme, eut un petit rire sérieux, etpendant quelques minutes elle resta le regard perdu devant elle comme si elle voulait revivre encore dans leurs moindres détails ce:4 souvenirs douloureux.
« A cette vie atroce oii je n'avais pas une minute dejépit, pas une seconde de repos, ma santé s'usait promptement, poursuivit la jeune marquise.
« Chaque jour je dépérissais et l'on n'aurait plus reconnu dans la pauvre et misérable recluse que j'étais à présent, la jeune fille que j'avais été autrefois.
« J'avais constamment le cerveau plein de vertiges et dans les veines une fièvre ardente, une fièvre qui me dévorait...
« Mais cet état de ma santé ne m'alarmait pas.
< Au contraire, c'était avec une sorte de joie amcre que je me sentais devenir chaque jour plus faible et plus chancelante...
« Car rien ne me rattachait à la vie et je ne pouvais craindre la mort.
« Et non seulement je ne la craignais pas, mais encore je l'appelais à grands cris comme une délivrance et comme un terme à tous mes maux.
« Mais mes bourreaux s'aperçurent que leur proie pourrait leur échapper.
«.- Alors on me traita un peu moins durement: on me donna de la nourriture, du sommeil et l'on me rendit un peu d'air et de lumière...
.^ J'étais presque heureuse. Je pensaia que ma tante avait fini par être attendrie, touchée de pitié, et je me berçais du fol espoir qu'on allait bientôt me rendre ma liberté...
« Mais je ne conaaissais pas encore tout ce qu'il y avait de noirceur dans cette âme et je vis bientôt combien je m'étais étrangement trompée,, car un jour... »
La voix de la jeune marquise s'était subitement éteinte et ses yeu.^ se remplirent de larmes.
Elle semblait reculer, pleine d'ellroi, devant les souvenirs qui se dressaient à ce momont devant elle.
« — Oh I ce jour-là, je ne l'oublierai jamais, je vous le jure! reprit-elle enfin, tandis
que Jean de Lys s'apercevait gii'elle était secouée d'un léger frisson. Car c'est ce jour-là qui décida de ma vie, de ma destinée... Car c'est ce jour-là que je fus enfin vaincue et « domptée ».
Elle eut un sourire amer, puis elle ajouta:
« Depuis quelque temps déjà, depuis plus d'une semaine, la supérieure semblait m' avoir oubliée et je ne recevais plus la visite qu'elle avait eu autrefois l'habitude de me faire chaque matin...
« Je vous avoue que ce n'était pas là une de mes moindres joies, car^ la vue seule de cette femme était un supplice pour moi...
« Mais, brusquement, un après-midi, je la vis entrer,
« Elle avait pris un visage souriant, un air bienveillant et affable.
« Puis, comme elle me voyait trembler :
« — Voyons, flt-eUe la^voix très douce, très càlin^ rassurez-vous et écoutez-moi... Nous avons à causer.
« Et vivement elle ajouta :
« —Il est là!
« Je la regardai, je n'avais pas compris.
« Oui, M. le marquis de Solange est là ! reprit-elle. Il demande à vous voir en ma présence et je suis prête à l'y autoriser. Mais je tiens à connaître d'abord quel accueil vous entendez lui faire... Voulez-vous le recevoir?..
« __ Oui, répondis-je, mais àla condition qu'il viendra me dire lui-.'Hême qu'il renonce à cette union que j'abhorre... •
« — Vous lui en ^demandez trop, dit ia supérieure dont le sombre visage avait déjà repris son air terrible, il vous aime trop pour renoncer au bonheur qu'il s'était promis...
« — Dans ce cas, je le priede'me dispenser de^^sa visite,répliquai-je.
«Xa supérieure me regardait, hochant la tête.
« — Ce n'est pas votre dernier mot? fit-elle avec une grande colère contenue.
« — Si, madame.
« EUe haussa les épaules.
« — Vous faites pitié !s'écria-t-elle.
« Puis, brusquement, brutalement, elle HxO saisit par les poignets.
« — Eh bien, voulez-vous que je vous dise tout ? voulez-vous savoir ce qui se passe?.. J'ai revu M™® la marquise des Tournelles, oui, j'ai revu votre tante, et j'ai l'ordre d'aller jusqu'au bout, l'ordre formel de briser à tout prix votre rébellion stupide et folle !.
« Ses lèvres minces étaient devenues pâles et grimaçaient dans une contraction nerveuse, son regard me brûlait, son visage avait pris la lividité du marbre : elle était affreuse.
« Et ses mains me serraient à présent avec tint de force que j'avais les poignets meurtris et que je sentais ses ongles m' entrer dans la chair.
— Or, voici ce que jo \tuïv vcici ce que j'ordonne! reprit-elle la voix éclatante et en appuyant sur les mots. Vous allez sur-le-champ consentir à recevoir M. le marquis de Solange, et là, devant moi, vous laisserez tomber votre main dans la sienne !..et là, devant moi, vous direz oui!
— Oh! torturez-moi, affamez-moi, faites-moi mourir 1 m'écriai-je indignée, hors lie i"noi, mais jamais je ne serai à cet homme !..
« Mais la supérieure souriait, et le sourire que je lui voyais à présent était plus terrible que l'explosion de sa colère.
— Jamais vous ne serez à cet homme, dites-vous? fit-elle à voix basse, tandis qu'elle accompagnait ces paroles d'un sourd ricanement. C'est que vous ne connaissez pas toutl..
« Et d'un geste rapide elle étendit la main dans la direction de la porte.
« Elle s'était redressée pleine d'un infernal orgueil, et les dents serrées, le soufllc
court, effrayante, elle ajouta :
« — Dites, avez-vous quelquefois, dans le silence du couvent, entendu des plaintes, des cris, des gémissements?
« — Oui, répondis-je malgré moi.
«— Et c'étaient des plaintes déchirantes, n'est-ce pas, des cris terribles ?
« Je n'avais pas répondu, mais j'avais pâli.
« - C'étaient desrehgieuses qu'on châtiait... des religieuses dontla faute était cependant moins grande que la vôtre.
« Oui, à genoux et les mains liées derrière le dos, les épaules nues, on les fouettait... Ah ! elles pouvaient crier, supplier, demander grâce.... le fouet tombait !... tombait toujours !... le fouet qui fait ruisseler le sang et qui emporte la chair!...
« J'avais compris.
« Toute frémissante, folle de terreur, je l'implorai :
«0h! ce n'est pas possible, m écriai-je, vous n'irez pas jusque-là... vous no m'infligerez pas cet affreux supplice dont je redoute encore plusThumihation que la douleur !... « Et je tentai l'impossible. J'essayai d'attendrir cette âme de bronze.
« Je m'écriai:
« Songez, madame, que je ne vous ai rien fait et que vous ne me connaissez pas... Non, c'est vrai, vous ne me connaissez pas, il y a seulement quelques jours... Pourquoi voudriez-vous être cruelle et barbare ?... Oh! si vous connaissiez mon histoheci si vous saviez ce que j'ai souffert déjà!... Je suis une pauvre enfant toute seule au monde, une pauvre enfant dont on abuse...
« Mais elle n'avait interrompue d'un geste Violent ;
« — C'est *jissez!... Je ne veux de vous qu'un mot, un seul... Le marquis de Sola'îga est là... Le marquis de Solange attend, le recevez- vous ? vous rendrez-vous ?...
Je venais d'éclater eu sanglots.
« Je joignais les mains.
« — Qu'on n'exige pas cela de moi, m'écriai-je.
« — C'est bien. C'est tout ce que je voulais savoir.
« Et vivement la supérieure sortit.
« IMais son absence ne fut pas longue.
« A peine quelques secondes.
« Quand elle rentra, elle n'était pius seule.
« Ses deux bourreaux, les deux sœurs qui m'avaient couDé les cheveux l'accompagnaient.
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« Chacune portait un fouet aux longues lanières de cuir,
« Derrière elle, des masses noires de religieuses entraient, envahissaient ma cellule, et je reconnus, perdue tout au fond, la jeune sœur qui, le lendemain de mon arrivée dans cette sinistre maison, était venue me prévenir de la visite de la supc''rieure.
« Je devais être fort pâle, livide, mais elle était certainement aussi défaite que moi.
« Son, regard, très doux, ne me quittait pas, un regard plein de compassion et do pitié.
Cette jeune femme, je l'ai toujours cru et je le crois, encore, "avait dû être jetée là, dans cet horrible enfer, pour avoir commis le^même crime que moi...
« La supérieure avait fait un 'signe.
<^< Les deux aides, qui épiaient et guettaient tous ses mouvements, s'étaient aussitôt rapprochées de moi...
« Et tout à coup, lourdement^une main s abattit sur mon épaule.
« — A genoux ! cria la supérieure, à genoux !...
« Mais j'eus un cri terrible,
•< D'un bond je venais de me réfugier à l'sxtrémité de la cellule.
« Il y eut un grand silence parmi ]es religieuses, un silence plein 'de surprise et de terreur.
« Et toutes regardaient la supérieure, cherchaient à lire sur son visage ce qui allait se passer.
« Mais eUe demeurait impassible, impénétrable, .
« Elle faisait même entendre un petit ricanement très doux.
« Puis tendant la main vers moi :
« — Vous avez tort, dit-elle très froidement : ce'a se payera par quelques coups de fouet de plus.
« Et tournant lentement la tête, son regard se fixa pendant une seconde sur les deux religieuses.
« Elles se jetèrent sur.'moi, m'entraînèrent. -
« Et toutes les deux crièrent, la voix rauque et l'œil mauvais :
« — A genoux !... à genoux !
« Et elles mejet.>rent sur le sol avec tant de violence que je ne pus retenir un cri de douleur.
« Je m'en souviens cependant: toutes les religieuses qui étaient|là restaient im mobiles comme des statues.
« Pas un mouvement, pas un geste de pitié, pas un cri de commisération.
« Toutes regardaient la supérieure devant qui elles temblaient.
«Et déjà j'avais les mains liées, l'épaule nue... une des deuxrehgieuses, ses manches retroussées, se reculait, le fouet se levait, allait siffler,
« Je criai : — Grâce ! pitié !
« — Attendez! dit la supérieure toujours très calme,
« Alors, souriante :
« — Eoouserez-vous M. le marquis de Solange ? demanda-t-elle.
Jean de 'Lys cheininaU peiisii.
« J'avais le délire, la tète perdue.
« — Ouil répondis-je.
« — Il peut venir ?
: : A la bonne heure ,... Je savais bien que vous r.nirie. pa. «-';;-'-"'- . Ellen'eut besoin alors ni cVun mot. ni d'un signe, un regard 1.. satUU . Lentement et sans bruit toutes les religieuses se "t'«';«" ■ . u „•, avait plus dans la cellule qu'elle et mo.. <^^^y^^::::: ,,e. avec un sourire satisfait mes poignets meurtns... Llle ape.vui. P . — Couvrez-vous 1 fit-cUe rapidement.
LiV. 215. — Fayard Frères . éditeurs-
« Et elle ajouta :
« — Je l'ai fait prévenir... Il va se présenter devant vous d'un instant à l'autre.
« Puis, vivement et tout bas :
« — Le voici! dit-elle.
« Le marquis de Solange, en effet, s'avançait; j'entendais le bruit de ses pas.
« Mais je n'avais pas tourné la tête.
« Les yeux fixés sur les dalles je restais immobile et pélriflée. ' « Tout à coup je sentis que sa main s'emparait doucement de la mienne.
« Il la porta à ses lèvres.
« — Vous conseniez donc enfin à être ma femme? dit-il avec un accent très doux, où je croyais cependant deviner une lég-ère pointe d'ironie.
« J'avais frémi de colère et de baine.
« Je me taisais.
« — Répondez donc ! s'écria la supérieure. Monsieur le marquis vous demande si vous consentez à accepter l'bonneur qu'il vous fait, si vous consentez à devenir marquise de Solange ?
« N'étais-je pas dans la même situation que le patient que l'on torture?
« Avais-je mon libre arbitre, ma volonté, mon indépendance?
« Pouvais-je répondre non?
« — Oui ! fis-je tout bas.
« Alors il voulut bien ménager mon orgueil. Il eut un 'cri de joie comme si ce dénouement n'était pas prévu et comme si je m'appartenais encore.
« — Ob ! venez!.., venez vite! s'écria-t-il. Votre tante est là qui se désole !... Venez vite !... Elle nous attend!...
« Et c'est ainsi que je sortis du couvent des Saints-Anges.
« Mais il me restait un autre martyre à connaître et d'autres supplices à subir. p>