‹ Cartouche, roi des banditsChapitre 89 sur 100 · LE TRIOMPHE DE BERTAL'T · texte numérisé non relu

LE TRIOMPHE DE BERTAL'T

Trois jours s'étaient écoulés lorsqu'un beau matin Paris eut une surprise. Sa Majesté le roi Louis XV, qui se sentait à la fin très humilié de voir sa police tenue en échec par une poignée de bandits, avait accepté presque avec enthousiasme l'idée que Bertaut était venu lui soumettre.

Et c'était cette idée qui, ce matin-là, était mise à exécution.

Dans tous les quartiers de Paris, de grands roulements de tambours se faisaient entendre, et escortés de forts piquets de soldats, des huissiers du Châtelet montés sur des chevaux quedes agents tenaient en main.lisaient un ordre royal en vertu;duquel la tête du Capitaine de Minuit était mise à prix. La somme était assez importante et pouvait tenter les traîtres. De plus, si le fameux chef des bandits était livré par un de ses complices, grâce entière et pardon étaient promis à celui-ci.

— On aurait dû commencer par là, pensait Bertaut qui ne doutait pas du succès. Ces brigands quis'exposent pour quelques louis ou pour un butin quelquefois;assez maigre, ne demanderont certainement pas mieux que d'empocher vingt fois plus en ne courant aucun risque.

Mais une fois de plus le malheureux chef des Risque-Tout se trompait, une fois do plus il allait pouvoir constater son impuissance.

Certes, la proclamation faite par les huissiers du Châtelet avait eu un grand retentissement non seulement à la Cour des Miracles, mais encore dans tous les bouges de Paris où l'on ne parlait pas d'autre chose. Mais ces brigands avaient aussi leur honneur à eux et parmi ceux qui auraient pu jeter au bourreau la tête du Capitaine de Minuit, il n'y en eut pas un seul qui fut tenté d'accepter l'argent de la trahison Et le Capitaine, loin de s'émouvoir, riait.

>— Voilà qui est bien maladroit, mon cher, dit-il au lieutenant de police plus mort que vif. On veut ma tête... On crie dans tout Paris qu'elle vaut son pesant d'or... Mais si je prenais la tienne, ne serait-ce pas de bonne guerre ?

Et comme il voyait le pauvre magistrat devenir pâle et trembler, cela l'égayait, le divertissait.

Mais faire cette peur atroce à son otage ne suffisait pas au Capitaine. Il lui fallait une autre vengeance et il voulut répondre à la proclamation royale par un redoublement d'audace.

— Garçons! cria-t-ilà ses compagnons, est-ce que nous allons avoir l'air d'avoir peur? Est-ce que nous allons avoir l'air de trembler ?... Ce ne serait pas le moment, morbleul...

— Ce n'est jamais le moment^ Capitaine ! répondirent en même temps Sans-Merci ei l'Abbé.

— Alors, en avant, garçons !... et donnons l'assaut à Paris !...

ht maintenant l'audace des bandits ne conHaissait.plus de bornes.

Tout ce que l'on avait vu jusqu'à ce jour était dépassé. Ce n'étaient pas dix, ce n'étaient pas quinze attaques nocturnes par nuit, c'était cent.

On ne comptait plus non plus les maisons mises à sac et au pillage. Les hôtels les mieux défendus, les hôtels des plus grands seigneurs et des plus riches courtisans étaient dévastés de fond en comble, saccagés, ruinés...

Et parfois même en plein jour, en plein midi, on assistait à des spectacles étranges.

On apercevait à l'angle d'une rue ou d'un carrefour une foule immense et effrayée; QQ s'approchait, et l'on voyait que c'était le guet qui venait de découvrir un cadavre une nouvelle victime des bandes de l'insaisissable Capitaine de Minuit.

Et ce que Bertaut rageait, il serait impossible de le dii'e.

Il ne décolérait pas.

Il maigrissait de fureur, et ses quatre Risque-Tout n'osaient même plus l'approcher.

Et il ne passait pas un jour sans relire l'interrogatoire de Bonne-Chance, ou plutôt les notes qu'il avait prises après ses entrevues avec le bandit.

Ily cherchait un indice, un éclair, une idée qui auraient pu lui échapper.

Et rien, rien!

Pourtant en cas de besoin, il avait voulu avoir toujours à présent ses quatre Risque- Tout sous la main.

— Qui sait, leur avait-il dit en refusant encore de se rendre, si un de ces jours nous ne serons pas plus heureux? Il faut donc qu'à tout moment et à toute heure je sache oti vous prendre.

Et Bertaut avait eu raison de ne pas désespérer, et cette précaution qu'il avait prise, comme on va le voir, était bonne.

Un matin — l'aube blanchissait à peine sa fenêtre,— comme il était déjà debout, occupé à relire pour la centième fois au moins les notes qui contenaient les révélations de Bonne-Chance, il entendit tout à coup frapper à sa porte.

Sans savoir pourquoi, l'agent de police eut un heureux pressentiment.

D'un bond il courut ouvrir et se trouva en présence de la vieille chiffonnière.

Celle-ci était venue si vite, elle avait un tel essoufflement, qu'elle resta d'abord plusieurs minutes sans pouvoir parier.

Enfin, la voix encore sourde

— Venez ! venez ! dit-elle.

— Vous l'avez revu? s'écria l'agent pâle de joie.

— Je le tiens 1... venez vite !

Bertaut aurait embrassé la vieille. Il la poussa devant lui et s'élança au dehors.

Une heure après ce n'était qu'un cri dans Paris. A tous les coins de rue, des rassemblements se formaient. Et c'était la même nouvelle qu'on se répétait partout : Enfin, on le tenait donc, ce fameux Capitaine de Minuit !... On venait de le prendre au lit et en ce moment le greffier du Petit-Châtelet rédigeait l'écrou.

Cette victohe allait assurer l'avenir de Bertaut et, par contrecoup, assurer aussi l'avenir de ses quatre Risque-Tout.

— La vieille quitte ta masure 1... quitte ta bicoque I... quitte ton crochet I... Mainte-

CAMTOUCIIE

Celait une demeure princiére.

nant tu peux être sûre qae lu ne crèveras pa* surtin grabat, dit avec enthousiasme l'agent à la vieille chiiîonnirre que la joie rendait folle A toi l'argent!... à toi la récompense promise par le roi!...

l'f,nlkveme>?t

Cependant Blanche qui pensait d'abord ne rester auprès de Bernard que jusqu'aux funérailles de la vieille Catherine avait été obligée de prolonger encore son séjour dans le petit château.

Lrv. 274. — Favnrd Frèros, (Hiiloiirs.

Le vieillard, brisé par l'émotion et la douleur, à son tour était tombé assez gravement malade et la jeune margiiise ne s'était pas senti le courage de retourner à Paris et de le laisser seul.

Jean de Lys, d'ailleurs, était venu la rejoindre, et la jeune femme se 'sentait encore plus libre et surtout plus heureuse dans cette solitude que dans l'hôtel de Solanges.

I\Te d'amour, Jean demeurait des heures entières aux pieds de Blanche.

Leur amour, qui depuis longtemps semblait ne plus -devoir grandir, augmentait cependant chaque jour.

Un seul nuage assom])rissait parfois leur radieux horizon. Blanche avait enlin osé, dire tout haut ce que depuis très longtemps elle pensait tout bas. Blanche avait un jour parlé de mariage.

Mais Jean de Lys alors avait eu un sourire triste, un sourire douloureux. Oh ! certes, ce qu'elle lui offrait là, c'était un bonheur que rien n'égalait, mais pouvait-il prétendre à elle ? mais pouvait-il accepter qu'elle descendît jusqu'à lui?

— Vous me connaissez, Blanche, lui avait-il répondu, et vous savez qui je suis... Je n'ai ni titre, ni nom, ni forlune... Ne serais-je pas un misérable et n'aurais-je pas à rougir à mes propres yeux si je vous condamnais à une pareille mésalliance?

Mais la jeune marquise ne s'attristait pas de ces refus, et elle comptait sur sa tendresse pour triompher un jour ou l'autre des résistances de celui qu'elle aimait...

Le jeune homme venait tous les jours au château, et lui aussi aimait à tenir compagnie au vieux Bernard.

Mais un jour, comme Blanche l'attendait, impatiente et comptant les minutes, il ne parut pas, et ce fut un valet qui vint apporter à la jeune marquise un bUlet ainsi conçu :

« Chère Blanche aimée,

« Un ordre de service auquel je ne m'attendais pas, me retiendra aui)rès de Sa

Majesté pendant quarante-huit heures.

« Dès que je serai libre, je volerai vers vous.

« Aimez-moi. Pensez à moi.

« Jean. »

Et la pauvre jeune marquise se sentit toute triste, toute sombre.

Quand le soir vint, jamais les heures ne lui avaient paru si longues.

EUe passa encore quelques instants auprès de son vieux serviteur, s'assura avec beaucoup de sollicitude, nous dirions presque de tendresse, qu'il n'avait besoin de rien, puis remonta dans sa chambre.

C'était là que la jeune marquise avait vu se dresser devant» elle le marquis de Morfer.

C'était là qu'elle avait eu à soutenir cette lutte terrible dont elle était sortie toute meurtrie et presque folle de terreur.

Ce nouvel attentat de l'infâme marquis, Jean de Lys ne l'avait jamais vu, el elle se promettait bien qu'il ne le saurait jamais.

D'ailleurs, elle n'avait plus peur, et elle avait maintenant au château, puisque Bernard ne comptait plus, quelqu'un pour la protéger et la défendre.

C'iUait un des valets de l'hôtel de Solanges, le plus ancien de tous, un homme dont elle avait pu déjà éprouver le dévoue:iient et la fidélité.

liUe n'avait donc aucune préoccupation du marquis de Morfcr, et ce fut très calme, très tranquille et avec le nom de Jean sur les lèvres et sa pensée dans le cœur qu'elle ferma les yeux et s'endormit...

Les quarante-huit heures que Jean de Lys devait passer près du roi étaient écoulées.

Ces heures aussi avaient semblé des siècles au jeune homme.

Aussi à peine fut-il libre, à peine eut-il quitté le palais de Versailles qu'il sauta à cheval et s'empressa de courir vers celle qui l'attendait.

Jamais course plus rapide, plus folle, plus vertigineuse.

Morfer lui-même, quittant la « Maison du Juif », malgré- toute sa passion et tout son désir, ne s'était pas élancé vers Blanche dans un pareil train d'enfer.

Quand il s'arrêta devant la grille du château, son cheval était blanc d'écume, le jeune homme n'avait jamais eu le visage plus radieux et plus épanoui.

Il allait donc la revoir !

Il allait donc se retrouver auprès d'elle I

Et il courut d'abord dans la petite maisonnette de Bernard où il croyait trouver la jeune marquise.

Mais il n'eut pas plutôt paru sur le seuil que le vieux serviteur, plus pâle et plus livide que jamais, eut un geste fou, un geste désespéré.

Blanche n'était plus au château, l'infâme Morfer avait pris sa revanche, l'infâme Morfer s'était rué sur elle et l'avait enlevée la nuit précédente.

Et le vieillard, en racontant ce crime qu'il n'avait pu empêcher, 'pleurait, sanglotait comme un enfant.

— Oui, trois hommes, trois cavaliers... trois misérables auxquels commandait le marquis de Morfer sont venus cette nuit... Oh! ma pauvre maîlresse 1... J'entends encore ses appels déchirants, j'entends encore ses cris 1... Et ils l'ont entraînée... emportée!...

Il ne put en dire davantage.

Les sanglots l'étouffaient.

Quant à Jean de Lys, il demeurait foudroyé.

Avait-il bien entendu?

Avait-il bien compris ce que venait de lui dire Bernard ?

Blanche entre les mains de Morfer!... Blanche entre les mains de cet homme I...

Et H était envahi par une telle colère qu'il en devenait effrayant.

— Mais où retrouver ce bandit?., ou retrouver ce misérable? s'écria le jeune homme les poings crispés.

Mais, soudain, il eut un cri de joie.

Bien qu'il pût à peine se tenir debout et qu'il fût dans un état de faiblesse extrême, B.nniard était accouru aux premiers cris de Blanche.

Il avait essayé de la défendre, il avait lutté comme un lion, mais ils n'étaient que deux, lui et le domestique que la jeune marquise avait appelé auprès d'elle.

Deux hommes à peine armés contre le marquis de Morfer et .trois gredins déterminés et résolus, la partie n'était pas égale...

Ils avaient été vaincus, terrassés, mais le vieux Bernard, pendant que les ravisseurs, prenaient la fuite, avait cm saisir ce mot jeté à voix basse par le marquis de Morfer à ses complices :

— A Vincennes !... Ventre à terre!

Jean de Lys n'entendit pas un mot de plu

— Adieu! cri a-t-il â Bernard.

Une minute après il sautait à clieval et disparaissait comme un éclair.

lE CHATlMENr

En effet, le marquis de Morfer, qui depuis quelque'temps préméditait son coup, avait loué là-bas, dans un des coins les plus reculés de Vincennes — alors très désert — un yieux château depuis longtemps inhabité.

Grâce à ses tours énormes et à ses murs épais et crénelés, ce château, bien que ses fossés eussent été comblés, ressemblait à une forteresse.

C'était là que le marquis et ses complices avaient transporté la jeune marquise à demi morte de terreur et de désespoir.

Seule dans une grande pièce dont l'aspect ^sinistre ajoutait encore à ses frayeurs, Blanche brisée. Blanche toute meurtrie, Blanche que les misérables avaient bâillonnée pour l'empêcher de crier à l'aide, pleurait, sanglotait, folle, éperdue.

— Oh! plutôt que d'appartenir à cet homme... plutôt que de subir les caresses de ce monstre, oh ! oui, plutôt la mort! s^était-elle écriée.

Et au moindre bruit qu'elle entendait, au plus faible écho qui pouvait lui parvenir, elle tressaillait, le cœur serré par une horrible angoisse et tout son sang figé dans ses vei nés

Elle s'était assise, plus défaite qu'une morte et le front tombé dans ses mains.

Brusquement elle fut debout, le front menaçant, l'œil étincelant.

Dans un angle obscur une petite porte s'était ouverte lentement et sans bruit, et le marquis de Morfer était apparu.

L'infâme souriait et la joie du triomphe rendait son visage peut-être plus hideux encore.

Il fit quelques pas, puis ricanant doucement :

— Je vous avais bien dit que je prendrais ma revanche, flt-il. Je vous avais bien dit qu'un jour ou l'autre vous seriez à moi...

Et comme la jeune femme ne pouyait retenir un geste d'horreur :

— Oh ! ne vous effrayez pas... ne vous alarmez pas, reprit vivement le misérable. Jô n'entends pas vous faire violence, mais c'est de bonne volonté que je veux que vous tombiez dans mes bras...

Blanche le souffleta d'un mot:

— Lâche l

Alors, sans même tressaillir, sans même bondir sous l'outrage, il partit d'un grand éclat de rire.

— Oui, je comprends votre colère,., je comprends votre courroux, dit-il. Mais cette grande indignation vous passera et vous deviendrez raisonnable... Et c'est, je crois, le parti le plus sage que vous ayez à prendre...

— Bandit!

— Oui, insultez-moi, mais écoutez-moi... Personne ne connaît votre retraite, j'en suis sûr, mais la connaîtrait-on que maintenant que je vous tiens, que maintenant que vous êtes en mon pouvoir, je défie bien qu'on vous arrache de mes mains!... Donc réfléchissez et méditez ce que je viens de vous dire.

Puis après l'avoir tenue encore sous son regard pendant quelques secondes, lentement il sortit.

La jeune marquise frissonna.

Oui, elle était bien perdue!

Oui, elle était bien au pouvoir de ce misérable sans scrupule, de ce gentilhomme sans honneur!..

En effet, qui donc la découvrirait jamais là, dans ce château ignoré?

Et si Jean, qui devait être fou de désespoir, si Jean, qui allait remuer ciel et terre pour la découvrir, y parvenait, ne jouerait-il pas inutilement et follement sa vie?...

Et cependant quelques heures plus lard, Jean de Lys accourait.

Il entrait à Vincennes...

On lui avait fait connaître le château.

— Là-bas... là-bas, mon gentilhomme, lui avait -on dit.

Et comme Blanche, immobile comme une statue, continuait à demeurer accablée sous le poids de son désespoir, soudain elle se redressa, toute saisie, toute frémissante.

Un grand bruit venait de se faire tout à coup au dehors, un grand bruit qui montait du pied du château.

Ouvrir une fenêtre et regarder ne fut, pour la jeune marquise, que l'affaire d'une seconde.

Et, brusquement, elle recula, jetant un cri où il y avait de la joie et de l'épouvante.

C'était lui!.. c'était lui qu'elle voyait!...

C'était Jean de Lys qui se battait pour elle!... Jean de Lys qui venait la sauver!...

Trois hommes, les trois bandits qui l'avaient enlevée, se ruaient avec le marquis de Morfer sur le jeune chevalier.

Celui-ci avait été désarçonné, mais U s'était relevé plus prompt que l'éclair.

Son épée étincelait, jetait des éclairs.

Blanche ne pouvait détacher ses yeux de cette scène terrible.

— Mon Dieu... mon Dieu, protégez-le I murmurait-elle, haletante et les mains jointes

Et tout à coup elle eut encore un cri, mais cette fois un cri de joie.

Deux des adversaires de Jean de Lys venaient de tomber pour ne plus se relever, le troisième fuyait, et le jeune homme n'avait plus en face de lui que le marquis de Morfer.

CARTOUCIIl!)

Ils s'étaient Jetés l'un sur raiitre avec rage, avec furie.

— Oh! je te tuerai!... je te tuerai, tourmenteur de femmes ! criaic Jean.

Et livide de colère, non de peur, car il était brave aussi, le marquis de Morfer ricanait.

Riais brusquement, son ricanement s'éteignit, et la gorge traversée d'un furieux coup d'épée, il tomba comme une masse, battant l'air do ses deux bras étendus.

Et Jean de Lys alors aperçut Blanche.

Il lui sourit, puis, plein iMicorede la fièvre de cette lutte terrible, il luifcria:

— Il n'y a plus de mai-quis de Morfer!...

Deux heures après, Jean de Lys et la jeune marquise traversaient Paris, se rendant à l'hôtel de Solanges.

Tout à coup, et comme ils approchaient de la Grève, une foule énorme, immense, leur barra la route.

Jean interrogea un homme du peuple qui se trouvait près de lui.

— Qu'est-ce donc?... Que se passe-t-il donc? demanda-t-il.

— Ce sont les bandits qu'on mène au supplice, répondit cet homme. Et montrant la Grève, 11 ajouta :

— Regarde,?;, mon gentilhomme... vous devez voir les échafauds...

— De quels bandits me parlez-vous donc?

— Des bandits de Capitaine de Minuit.

Puis cet homme raconta que Rertaut, ayant découvert la rcfraite de la bande, s. était jeté dans la Cour des Miracles, à la tête d'un grand nombre de soldats et d'agents.

L'affaire" avait été chaude, car les brigands, surpris, s'étaient défendus en désespérés.

Mais enfin ils avaient été vaincus et la justice ne s'était pas amusée à perdre son temps avec eux.

A peine pris, ils avaient été condamnés et maintenant on les conduisait au gibet.

— Quelqu'un qui n'a pas dû être fâché de l'aventure, c'est le lieutenant de police, ajouta l'homme. Les brigands l'avaient enlevé et il a eu delà chance de se tirer sain et sauf de leurs griffes...

Et comme il parlait encore, un grand cri lui coupa la parole.

— Les voilà !... voilà le cortège! criait la foule.

En efTet, en chemise, une corde au cou et un cierge dans la main, tous les bandits qui avaient survécu à la terrible bataille que leur avait livrée Bertaut, tous les brigands qui avaient fait trembler Paris marchaient au supplice.

A côté des bourreaux, Sans-Merci et l'Abbé venaient en tête.

Sans-Merci était sombre, farouche, peu résigné.

Mais l'Abbé restait très calme, presque souriant :

— Je l'avais bien dit que nous finirions un jour ou l'autre par être pendus ! murmurait-il.

Et pendant que le cortège passait lentement, salué par les clameurs furieuses et les huées de la foule, l'homme du peuple que Jean de Lys avait tout à l'heure interpellé, ajouta :

CARTOUCIIK 21

— Le Capitaine de Minuit, qiii avait 6té pris le prcnier, était parvenu à s'évadci mais on l'a repris... Tenez, je crois que ce doit être celui-là...

rcn effet, l'hominn nn '^o. imninnit pas, et celui qu'il montrait était bien le ch^f d( la bande.

La tête haute, le regard assuré, le pas ferme, un sourire dédaigneux sur les lèvres, il allait à la mort sans sourciller.

Et comme Jean de Lys le regardait, étonné de trouver chez un vulgaire bandit un si vrai courage, il entendit que Blanche, qui venait de se pencher à son oreille, lui parlait tout bas :

— Cet homme n'est pas le Capitaine de Minuit, dit-elle vivement.

— Comnient?

— Le C;ipitaine de Minuit n'est plus... le vrai Capitaine de Minuit, vous l'avez tué. Jean de Lys eut un cri :

— M or fer !

— Oui, c'était lui !... Cet homme que vous voyez, n'était que son lieutenant... Lui sculconnaissaitlemarquis...,luî seul savait qu'il existait. Il commandait la bande, mais les ordres qu'il donnait ne venaient pas de lui...

— C'était Morfer qui l'insiiirait?

— Dans presque tous les cas.

— Est-ce possible?... Un gentilliommei

— Oui.

— Un marquis I

— Oui.

— Un chef de bande !... un chef de voleurs!... Est-ce que vous ne vous trompez pas, Blanche.

— Non, j'en suis sûre \... non, je vous l'affirme ? répondit énergiquement la jeune femme. Le marquis de Morfer s'était ruiné, et il n'avait reculé devant rien pour refaire sa fortune... Cet homme qu'on cherchait partout... ce bandit redoutable sur lequel on ne pouvait mettre la main, on le coudoyait tous les jours dans les salons les plus aristocratiques de Paris, on le coudoyait tous les jours à Versailles !...

Oh! je connaissais son secret depuis longtemps, ajouta-t-elle, mais il m'avait défendue un jour, mais il m'avait peut-être sauvé le vie, et je n'ai jamais eu, malgré toutes les terreurs qu'il m'inspirait, le coui'age de le trahir...

— Vous avez été trop généreuse Blanche, répondit vivement Jean de Lys, car cet homme n'était pas seulement votre ennemi, mais un ennemi public.

Pourtant le sinistre cortège avait passé.

Il arrivait maintenant au pied dos échafauds.

Une trouée se fit dans la foule et Jean de Lys et la jeune marquise purent continuer leur chemin.

Quand ils arrivèrent à l'hôtel de Mélanges, ils étaient encore tout pâles de l'immense émotion qu'ils avaient eue le matin et du saisissant spectacle qu'ils venaient de voir.

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