‹ Cartulaire de la commune de Dinant (volume 2)Chapitre 2 sur 8 · Qu'iceux entrans ou admis payeront dorsenavant · texte numérisé non relu

Qu'iceux entrans ou admis payeront dorsenavant

dix patacons l dont le quart suivra à l'embellissement du phiètre ou autel Saint Perpète et les autres trois quarts au profit de la compagnie; et les relevans d'iceux un tiers de la mesme somme, à appliquer comme devant; voire que les enfans présens et futurs de ceux qui en sont desjà et la hantent effectivement et de la date de ce jourd'hai, et nés de père arbalestrier, comme devant, ne payeront qu'un patacon à J'accoustumée pour ladite relevation, outre demi patacon pour l'embellissement susdit, en cas qu'ils soient trouvés dignes d'estre admis, par le mesme choix que devant, et receus en ladite compagnie. Entendu que tous relevans ne pourront estre admis à serment avant l'âge de vingt ans, à moins qu'ils ne soient mariés.

5. Tous sortans ou voulans quitter la compagnie payeront quatre florins.

6. Et pour donner plus de lustre à icelle compagnie et porter les confrères à s'exercer à bien tirer l'arbalestre, il a aussi esté résoud que doresenavant celui qui abbatera l'oiseau, à la Pentecostes aura pour prix deux gobelets d'argent ou autres vaisselles vaillantes quarante florins, outre quatre pots de vin et l'exemption de ses escots, avec un homme avec lui, toutes les fois que la compagnie se récréera ensemble en corps, pendant son année; suppliant très humblement messeigneurs les bourguemaistres, pour tant

1 La compagnie proposait un droit d'entrée plus élevé, mais dans leur avis, les bourgmestres trouvèrent que dix patacons suffisaient, et le prince ratifia leur manière de voir.

plus pousser les confrères à cet exercice, d'accorder l'exemption de garde au roi, pour le temps de son année seulement.

7. Et comme il s'est louablement pratiqué que celui qui a eu trois fois abbatu l'oiseau jouissait d'exemption à perpétuité de tous imposts et charges qui s'accordent par la ville, lesdits de la compagnie résoudent de donner à tel empereur vingt patacons de quatre florins pièce qui font quatre-vingt florins, payables en deux ans du plus appareillé de leurs revenus, au lieu du collier, outre les goblets ci dessus et l'exemption à perpétuité de ses escots; priant messieurs les bourguemaistres d'estre servis d'accorder pour le futur l'exemption susmentionnée à tels empereurs.

8. Et comme lesdits confrères entendent de vouloir porter tous les honneurs deus à messieurs les officiers et magistrat qu'ils invitent annuellement à la Pentecoste, ils ont aussi la mesme résoud que quiconque ne viendra pas, à la première et seconde des festes, au disné, à moins d'une maladie ou excuse très légitime, cognue et préadvertie aux officiers d'icelle compagnie, seront obligés de payer leurs escots comme s'ils eussent esté présens, ainsi qu'il s'a ci- devant pratiqué.

9. De mesme que tous lesdits confrères devront se trouver aux jours ordinaires, sous le drapeau, à la messe qui se dit pour lesdits confrères, sur dix patars d'amende, qui se payera par tous défaillans es mains des mambours pour les renseigner, excepté les malades ou ceux qui auront excuse, comme devant; comme aussi se trouver aux processions lorsque l'on porte le

phiètre monsieur Saint Perpète, et aux enterrements et obsèques solennels et particuliers des confrères, sur l'amende prémise; pareillement, devront obéir à tous adjours qui se feront par les valets pour le fait de la compagnie, sur serment et amendes, sur cinq patars d'amende, à payer comme dessus; et devront chaque année tirer leur coup de serment à leur mieux, sur un florin d'amende à payer comme devant.

10. Que toutes amendes et forfaçons se devront juger pardevant les maires et six, à relater au conseil, les appels audit conseil saufs; voire quiconque ne voudra obéir et mettre en exécution ce qui sera ordonné et décrété par lesdits maires et six, et autres recès de la compagnie, pourra estre privé et desgradé d'icelle, sans que tel desgradé puisse avoir recours ailleurs qu'auxdits seigneurs bourguemaistres, qui en pourront dire définitivement, sinon que ceux qui se prétendront grevés pourront s'adresser à Son Altesse Sérénissime, nostre évesque et prince; à quoi les modernes confrères s'assujetissent et les futurs s'assujetiront d'eux- mesmes, à leur entrée, en passant serment; voire que s'il arrivoit que quelqu'un se seroit battu, querellé, ou avant autre inimitié de semblable nature entre aucuns confrères, qu'iceux ne pourront hanter la compagnie avant de s'avoir réconcilié ensemble.

11. Et comme il n'a par ci-devant esté permis à ceux qui ne sont de la compagnie d'entrer au jardin ou chambre des confrères sans que quelqu'un desdits arbalestriers y soit présent, il est aussi renouvelé et ordonné de ne permettre telle entrée aux estrangers pour se récréer, particulièrement en la chambre, sans

qu'on y puisse tenir taverne, directement ou indirectement, en y recevant des compagnies pêle-mêle et ordinairement, ce qui pourroit apporter du désordre et empescher les honnestes divertissements desdits confrères; estant arresté que, si quelque confrère y amène quelqu'un ou quelqu'uns, sera responsable des dégasts qu'y arriveront, au jugement de la cour.

12. Demeurant le résidu des autres bonnes anciennes usances et coustumes observées par lesdits confrères, tant en leur récréation, jardin, que autrement, et desquelles il ne se fait ici mention, en leurs force et vigueur.

13. Pareillement demeurant en ses forces l'accord fait entre la communauté de Dinant et lesdits arbalestriers, le 1er août 1599, approuvé et confirmé par feu Son Altesse Sérénissime Ernest, de haute mémoire \ comme aussi la franchise du jardin accordée par feu l'illustrissime cardinal Érard de la Marck, le 15 septembre 1517 2.

14. Finalement s'assujetissent les modernes confrères, et les futurs seront obligés, d'observer et faire ce qui se pourroit ci-après résoudre par la plus saine partie d'entre eux, au fait de quelques recèz particuliers pour le bien et le lustre de leur compagnie, selon les occurrences du temps \

Tous lesquels points et articles ci-dessus ayant fait diligemment adviser, et entendu là-dessus le rapport

1 Nous avons publié cette pièce sous le n° 481 du présent Cartulaire.

2 M. Bormans n'a pas trouvé cet acte, mais a publié, sous le n° 275, un octroi analogue accordé aux coulevriniers, le 8 mai 1515.

8 Suivent 1° la constatation que ces statuts ont été lus à la compagnie et admis par elle, les 24 et 25 mai 1G68, et qu'ils ont été approuvés par les bourgmestres, les 0 juin 16G8 et 22 mars 1069.

de nostre conseiller à ce député, comme aussi les déclarations des bourguemaistres vieux et modernes de nostredite ville de Dinant, contenantes que ledit règlement n'apportera que du lustre à cette compagnie, composée des plus honnestes gens de la ville, laquelle portera en procession la nouvelle châsse dans laquelle sera enfermé le chef de Monsieur Saint Perpète, comme ils portent le phiètre, nous avons bien voulu, pour ces raisons et autres à ce nous mouvantes, de grâce spéciale, approuver et confirmer, ainsi qu'en vertu des présentes de nostre .autorité principale approuvons et confirmons le susdit règlement en la forme et manière qu'il est ci-dessus escrit et insséré. Auquel partant, nous ordonnons sérieusement à tous ceux de ladite compagnie de se conformer et de l'observer ponctuellement, chacun en son regard, sous les peines et amendes comminées et reprises au souventdit règlement, et autres arbitraires, suivant l'exigence du cas. Si mandons et commandons à nos gouverneur et magistrat, officiers, justiciers et autres qu'il appartiendra, de les laisser pleinement et paisiblement jouir de cette nostre grâce sans y contrevenir ni permettre qu'il y soit contrevenu par qui que ce soit, en aucune manière. Nous réservant néantmoins, et à nos successeurs, le pouvoir et faculté de le corriger, changer, adder, diminuer ou révoquer selon que bon nous semblera. Car ainsi nous plaist-il.

Donné sous nostre sceel secret, en nostre cité de Liège, le 4e de mai 1669.

Archives de l'État à Liège. — Archives du Conseil privé. — Registre aux Dépêches 1667- 1611, fo 155.

La ville interdit les dépôts de poudre supérieurs à 50 livres.

7 novembre 1669.

Messieurs les bourguemaistres et conseil de cette ville, donnant ordre pour prévenir les malheurs que les incendies apportent, font deffence à tous bourgeois et marchands de tenir dans leurs maisons ou autres pachises en cette ville plus de 50 libvres de poudres à la fois, qui ne seront mises ailleurs qu'au sommet des greniers où les enfants ne puissent avoir accès, sur dix florins d'or d'amende, à répartir comme de coustume, offrant aux marchands de les accomoder gratuitement au besoing des lieux publiques de la ville pour les y mettre.

Fait en Conseil, le 7 novembre 1669.

Archives de la ville de Dinant. — Registre aux Missives 1668-1672, f° 78 v. — Copie simple du xviie siècle, liasse n» 128.

La ville de Dînant ayant fait interrompre les travaux de construction du pont sur la Meuse, l'entrepreneur demande le règlement de son compte.

7 mars 1670.

Messieurs les bourguemestres, comme vous sçavez que j'ay contracté, passé quelques années avec messieurs les bourguemestres et tiers de vostre ville de Dinant pour faire le pont sur la rivière de Meuse, selon les clauses et conditions reprinses en contract \ or est-il que ayant apprins que Vos Seigneuries ne seroient pas de dessein de ultérieurement travailler pour causes à eux cognues, je viens par la présente, vous demander et prier d'avoir la bonté d'entrer en compte avec moy, ou députer quelque cognoisseur pour ce faire, et à proportion que j'ay travaillé, suivant le contenu dudit contract, et je supplie Vos Seigneuries de prendre la peine de me rescrire vos volontés afin de me conformer à tout ce que sera de raison. Attendant l'honneur d'un mot de response 2, je demeure

1 Voir les pièces nos 657, 660 et ss.

2 Cette lettre n'ayant pas reçu de réponse, Gilles Masson insista, le 28 mars, menaçant de chercher « son droit par la voye ordinaire de justice « (Reg. aux Missives, 1668-1672, f° 90 v° et 94 v°).

vostre très humble serviteur, (s.) Gilles Piron maistre masson.

De la cité de Liège, ce 7me mars 1670.

Archives de la ville de Dinant. — Registre aux Missives, 1668-1672, f. 90.

Le Conseil privé de Liège déclare que l'es limeur public a le monopole des ventes judiciaires mais non celui des ventes volontaires.

9 septembre 1670.

Son Altesse Sérénissime, ayant fait examiner les requestes et pièces respectivement advancées par les bourguemaistres et conseil de Dinant, au nom de la généralité de laditte ville \ dune, et Jean-Baptiste André, estimeur commis par Saditte Altesse, d'autre

1 Lo Conseil de Dinant avait représenté au prince que l'estimeur prétendait avoir le monopole des ventes publiques, volontaires ou forcées, ce qui était contraire aux droits de la ville qui affermait chaque année « le coup de baston » au mont de piété, et à ceux des bourgeois, qui, de tout temps, avaient ou la liberté de choisir la personne qui leur convenait pour vaquer à leurs ventes volontaires (Liasse n° 129. Cfr. Registre aux Missives, 4668- 1672, P> 101, v° 107 à 112, 115 à 124).

part, demeurant emprès de la commission accordée audit André du 6me d'octobre 1653, déclare par celles du depuis données, en date du 2 de septembre 1667 et du 30 d'avril 1670, avoir entendu et entendre que les bourgeois et surcéants de saditte ville * seront obligés de se servir dudit André dans les venditions qui se feront sous bénéfice d'inventaire ou par décret du juge, mais que quant aux venditions volontaires et celles du mont de piété, laditte ville, bourgeois et surcéants demeureront dans leur ancienne coustume.

Donné au Conseil de Saditte Altesse le 9 de septembre 1670.

Archives de la ville de Dinant. — Original sur papier, avec sceau sur hostie, liasse n° 129.

1 La juridiction de J.-B. André ne s étendait pas seulement à la ville et à la banlieue. Les estimeurs jurés de la cité et pays de Liège ayant prétendu pouvoir exercer leur office dans les quartiers d'Entre-Saunbre-et-Meuse, André leur contesta ce droit. Une convention intervint entre eux le 17 avril 1671 : les estimeurs liégeois purent désormais officier dans les districts de Thuin et de Florennes, et Andr^' continua « l'exercice de sa commission tant dans le rest du quartier d'Entre-Sambre-et-Meuse que dans l'enthier d'iceluy de Dinant, Rochefort, conciles de Chiney, Chastelet, Chimay, que chastellenie de Couvin » (Reg. aux Missives, 1668-1672, î'° 180 v°).

Le Conseil privé de Liège informe le Magistrat de Dînant de l'occupation de Tongres par les Français et l'engage à tout faire pour éviter le même sort à leur ville.

14 mai 1672.

Messieurs, comme nous venons d'apprendre que les François auroient surpris et fait entrer le régiment d'infanterie de Rambeure dans Tongre, et qu'ils tiendroient cette place soub prétext de la protéger, et craignant quelque malheur pareil pour vostre ville par les troupes de S. A. le prince de Condé qui sont en marche, nous vous faisons cette pour que vous ayez soing de faire bonne garde. Et en cas que des trouppes se présentent à vos portes pour y entrer, vous aurez à vous en excuser civilement et absolument sur ce que la chose n'est pas dans vostre pouvoir sans les ordres de Son Altesse Sérénissime, et demanderez terme pour luy en donner part. Et cependant vous tiendrez vos portes fermées et vos bourgeois soub les armes, et ferez touttes les démonstrations, efforts et défences possibles pour vous maintenir 1. Et sur ce,

1 Le 15 mai, le Conseil protesta de son dévouement et promit d'augmenter la garde. Le 18, le mayeur d'Anseremme et l'officier de Ciialeux, accompagnés de six hommes renouvelèrent le serment d'obéir au mandement dos bourgmestres lorsqu'ils seraient convoqués pour la défense de la ville et ils firent la garde aux portes do la cité (Registre aux Missives, 1668-1672, f° 239 v<>).

Athenëi

demeurons, Messieurs, vos affectionnés, les chancelier et gens du Conseil privé de S. A. S. l'Evesque et Prince de Liège, (s.) de Liverloz, (s.) Creft. De Liège, ce 14e may 1672.

Archives de la ville de Dinant. — Registre aux Missives, 1668-1672, f° 239.

La ville de Dinant menace les Jésuites de supprimer le subside quelle leur accordait s'ils ne rétablissent pas cinq classes latines tenues par cinq professeurs.

24 mai 1672.

Nous soubsignés, députés par messieurs les bourguemaistres et conseil vieux et nouveaux de cette ville de Dinant, par recès du 22e de may dernier, pour avoir response cathégorique et finalle des Révérends Pères Provincial, Recteur et autres de la Compagnie de Jésus de laditte ville, au sujet repris dans ledit recès et ceux du jour précédent et du 23e février du mesme an \ rapportons qu'en traitant avec lesdits Révérends

1 Le Conseil s'était plaint au P. Provincial que les Jésuites de Dinant

Pères conformément à laditte commission, nous leur avons déclaré qua moins qu'ils ne s'obligeroient, en forme convenable, de tenir et enseigner cincq escolles séparées, par cincq maistres, il estoit résolu par lesdits recès de ne leur payer doresnavant leur pension ny les gratifier d'aulcunes choses; en oultre, de faire agir pour la rente de douze muids prétenduement quittés hors de plus grande rente. Sur quoy iceluy père Provincial, accompagné du recteur et procureur dudit collège, respondit qu'il ne vouloit entrer en ce debvoir par obligation, mais qu'il promettoit qu'ens la Saint Remy prochain, il restabliroit lesdittes cincq escolles séparées, qu'il seroit enseigné par cincq maistres divers, et qu'il le continueroit si longtemps qu'il luy seroit possible; et lorsqu'il arriveroit des incommodités qui pourroient les empescher, il les déclareroit à messieurs du Magistrat. Et quant à la condition du

n'avaient que quatre professeurs, dont deux prêtres, pour enseigner la jeunesse, et l'avait prié de pourvoir le collège de cinq maîtres, à peine de se voir enlever le subside accordé par la ville en 1608. Le Provincial répondit le 15 mars que la situation provenait des calamités du temps présent : « La seule nécessité et manquement d'ouvriers, la peste et divers debvoirs do charité nous ont, en moins de deux ans, ravis plus de quatrevingts en ceste province, plusieurs bons et jeunes ouvriers. C'est pour cela que nous avons estes constraints a Air, à Béthune, à Nivelle, à Maubeuge et autres villes, de diminuer le nombre des maistres aussy bien que chez vous et j'en ay eu le commandement du R. P. Général. » Il promettait cependant de faire tous ses efforts pour rétablir les cinq classes •. avant le renouvellement des estudes qui se fait à la Saint-Remy, quand je deverais prendre un maistre d'ailleurs pour vous le donner. « Le Conseil Privé de Liège à qui le P. Recteur de Dinant s'était adressé pour obtenir son intervention délégua le chanoine de Coninck et le receveur général de Liverloz pour entendre les parties et les accorder si faire se pouvait (Registre aux Missives, 1668-1672, f0« 246 v° et. ss.).

testament du chanoine Le Febvre \ ledit Révérend Père Provincial at respondu qu'il l'accepteroit, mais qu'il ne vouloit pour ce s'astraindre à i'obJigation y portée, qu'il s'en référeroit à des arbitres ou à la justice 2.

Fait ce 24me may 1672. (Signé) Philibert Tabollet, Henri Scaille, Gislain Noizet, P. Henrart, G. de Juilliers, grenier.

Archives de la ville de Dinant. — Registre aux Missives, 1668-1612, fo 250 v«.

1 Par testament avenu le 17 novembre 1671 pardevant le notaire Mormont, Jean Le Febve, chanoine de N.-D. de Dinant avait légué au collège des Jésuites de Dinant (pour en jouir après la mort de ses sœurs, religieuses à Salzinne et à Solières) diverses rentes à condition « que ledit collège debverat entretenir un cincquième maistre, en sorte qu'il y aurat continuellement cincq maistrcs... et avant pouvoir jouyr des rentes que dessus, le recteur dudit collège debverat passer act judicielle d'acceptation et le faire ratifier et aggréer par leur Général et Provincial. »

2 L'affaire ne se termina pas immédiatement. Le 25 avril 1673, l'évêque de Liège écrivait au magistrat de Dinant : « Vous nous feriez chose très agréable d'accomoder ce différent quand même la ville debverait redoubler leur pension » (Archives de l'État, à Namur. —Ville de Dinant, Histoire et Administration. Cfr. aussi une pièce insérée ci-dessous, à la date du 5 juin 1683.

Accord entre le Conseil de Binant et t échemnage , constatant que des échevins, en pénétrant dans la maison d'un bourgeois pour inventorier et saisir le mobilier, nont pas entendu porter préjudice aux droits de la bourgeoisie ou du Conseil.

2 août 1672.

L'an mille six cents septante-deux, du mois d'aoust le deuxième jour, comparurent personnellement, pardevant moy le soubescrit notaire et des témoins embas dénomez, les sieurs Jean de la Hamaide et Robert Tabollet, bourghemaistres de la ville de Dinant, assistez du sieur Guilheame de Juilliers, greffier de laditte ville, partie faisant tant pour eux que pour le conseil de laditte ville, d'une parte, et d'autre parte les sieurs Henry de Walerand et Philippe-George Tabaguet, eschevins de laditte ville de Dinant, partie faisant tant pour eux que le reste de leur consistoire, munis respectivement des commissions qui seront cy-embas insérées. Là mesme at esté remonstré comment lesdittes parties estoient en procès tant en appelle pardevant Sa Majesté Impérialle en la chambre aulique à raison que lesdits sieurs eschevins ont entré dans la maison de Jean Jacqmart, bourgeois et marchand dudit Dinant, y ont arresté et inventorié des meubles

et y posé des gardes sans l'intervention de la cleff magistralle, que pardevant le Révérend Sr Officiai de Liège en matière d'injures; or est-il que par entremise de leurs bons amis et pour continuer dans la bonne correspondance qu'ils ont eu jusques au présent (soub le bon plaisir de Son Altesse Sérénissime), lesdittes parties sont tombées d'accord en la forme suivante, sçavoir : qu'au moyen de la déclaration faite et que font lesdits sieurs seconds comparants en qualité ditte qu'ils ont entrez dans laditte maison et y fait le dessusdit par la permission et consent tacitte des entfans présents dudit Jacqmart, et n'ont entendu préjudicier à la eletf et authorité magistralle, ny aux prévilèges des maisons des bourgeois, comme aussy au moyen de la déclaration que font lesdittes parties de ne s'avoir entendu injurier, lesdits procès cesseront et demeureront abollis, et tous fraix hinc inde compensez. Ainsy fait et passé à la maison du sieur Jean Marteau, à Liège soub la paroiche de Nostre-Dame-aux-fonds, en présence du sieur Mathias de Fléron, advocat, et honorable Hubert de Fléron, prélocuteur pardevant les sieurs eschevins de Liège, tesmoins requis ; ayant les parties et tesmoins soubsigné à la minutte originelle, puis ainsy soubsigné et moi B. Bartholdy, notaire approuvé et immatriculé suivant l'édit de S. A. Sérénissime prince de Liège, au prémis requis l.

Archives de la ville de Dinant. — Reg. aux Paroffres de 1672 (titre fautif), fol. 30 v<>.

1 Le volume cité comprend tous les actes relatifs à ce différend.

Le Conseil privé de Liège ordonne au Magistrat de Dînant de se concerter avec le gouverneur pour recevoir une compagnie de milice, et de prendre les ynesures pour empêcher un coup de main des Hollandais sur la ville.

2 octobre 1673.

Messieurs, nous avons veu l'advis que vous nous donnez par votre lettre du 30me passé, touchant le prétendu dessein des Hollandois sur la ville et chasteau de Dinant. Monsieur le Gouverneur nous en ayant pareillement fait part, et demandé quelque compagnie de nostre milice, nous luy escrivons de concerter et s'accorder avant tout avec vous là -dessus pour la réception et logement d'icelle dans vostre ville. Cependant, nous ne doutons pas que vous vous rendrez deuement sur vos gardes contre toutes insultes de qui que ce soit. A quelle occasion, nous trouvons bon aussi, qu'ensuitte de l'ordre que vous avons encore cy-devant donné, vous fassiez renfermer les portes qui sont le long de la Meuse, à la réserve d'une pour le commodité du public. Et sur ce, demeurons, Messieurs, vos affectionnés les chancellier et gens du Conseil

Privé de S. A. S. S. Evesque et Prince de Liège, (s.) de Liverloz, (s.) G. M. Sacré, pro secretario.

Archives de l'État à Namur. — Ville de Dinant, Lettre originale à la liasse Histoire et Administration.

Le Conseil informe les habitants que des partis hollandais battent la campagne aux environs de Dinant, et prend des mesures pour mettre la ville à Vabri d'une surprise.

5 octobre 1673.

Messieurs les Bourguemestres et Conseil de celte ville, estant informez par divers advis que les Hollandais ont fait sommer plusieurs villes de ce pays pour en recepvoir des contributions comme de leurs ennemis, quoy que sans raisons, et que ceux de la garnison de Bréda ont desjà fait des prises qu'ils ont déclarés bonnes sur les surcéans de cedit pays, le font cognoître au publicq, afin qu'un chascun se tienne sur ses gardes.

Et comme il coure des partys en ce voisinage qui y font des insultes, lesdits seigneurs commandent sérieusement à tous bourgeois et surcéans de se tenir

sur leurs armes avec les munitions convenables, pour, à la première semonce, user des justes deffences contre telles insultes, ordonnants à tous dixniers et caporaulx, à la suite des édits cy-devant publiés, de visiter les gens de leurs offices pour recognoitre s'ils sont pourveus de poudres, balles et armes à feu, ainsy qu'il estoit ordonné; donnant terme à demain à tous babitans de se pourvoir, s'ils ne le sont, et aux dixniers d'en faire rapport aux capitaines ou alphers de leur compagnie, pour eeux-cy en rendre cognoissance ausdits seigneurs bourguemestres, authorisants b-sdits seigneurs capitaines et alphers pour, avec le sergeant-major, adviser que les édits publiés soyent observés.

Et ensuitte renouvellent leur commandement à tous hostellains, hoslesses, taverniers et tous autres bourgeois et habitans de la ville et franchise indifférement, d'apporter chaque soirée aux capitaines et officiers de la garde (qui les renvoyeront ausdits seigneurs bourguemestres) le nom et surnom de touttes personnes qu'ils auront receu en leur maison pour y loger ou autrement demeurer, avec déclaration de leurs qualitcz et des lieux dont ils viennent, comme aussy de ne recepvoir et soustenir chez eulx pendant le jour aulcuns soldats, vagabonds ou autres estrangers, sans l'advertir immédiatement ausdits seigneurs bourguemestres ou officiers, comme dit est, avec la déclaration devantdite, à paine de trois florins d'or d'amende à répartir, contre tous contrevenans, pour la. première fois, ou autre arbitraire, si le cas le requiert.

Estant aussy ordonné à tous ceux à qui la garde

serat commandée de la faire avec les sentinelles, ainsy qu'il at esté prescrit, sans tirer en icelle, ny en montant ou descendant, en rendant aussy obéissance aux dixniers et officiers, sans l'abandonner avant que d'autres surviennent en leur place, aux paines comminées; avec deffence d'y mouter estant en boisson, et de boire ensdittes gardes, comme on a pris une mauvaise coustume, à paine de saisir au corps contre tous désobéissans et ceux qu'on y trouvera yvres, pour ensuitte payer une amende arbitraire.

Les gardes debvront nuit et jour, dans la ville et franchise, tenir les barrières fermées, pour en seulement donner l'ouverture lorsqu'il serat nécessaire aux passants, à paine arbitraire.

Que personne n'aille les rues sans lumière après les huit heures du soir à paine de saisie de corps et d'amende arbitraire.

Personne ne pourat laisser dans la ville et franchise sur la rivière de Meuse du costé de laditte ville aulcune barquette sans estre fermée ou cadenassée, à paine qu'elles seront saisies sur le champ, pour, hors de la vente d'icelles, estre levée une amende arbitraire. Debvront tous batteaux estre mennez vers les tanneries pour y estre cadenassez comme dessus l.

Archives de l'État à Namar. — Ville de Dinant. Copie contemporaine à la liasse Histoire et administration.

1 On lit en marge du document : Publié le 5 octobre 1673 aux trois marchés, Nelfe, St-Médart, Leffe et Viviers.

La mile de Dînant propose aux métiers plusieurs contributions, frappant spécialement les citoyens riches, pour subvenir aux frais des fortifications.

1 avril 1674.

Secondant les dispositions que vous avez dernièrement tesmoigné à voulloir vous deffendre contre les demandes et insultes à recraindre de ceux qui nous veulent du mal \ nous avons jugé expédient de faire diverses menues réparations et préparatifs pour cette deffense, et comme il est tout à fait nécessaire pour notre seureté, le bastion au rivage du jardin, un ouvrage à couvrir la porte Saint-André, avec un bon liane, aussi bien qu'à Saint-Jacques, et ragrandir les contremines de dessous Montfort, pour y avoir un flanc complet 2, quy ne seront de petite dépense, et cependant qu'ayant examiné la balance nous produite par le rentier, il se trouve qu'avant la fin de notre

1 Le 19 février 1673, la généralité avait consenti à faire exécuter divers ouvrages do fortification, notamment une muraille auprès du couvent des Frères Mineurs, et à payer divers impôts sur les bêtes abattues, sur la bière, sur le tabac, sur le maroquin et le 20e denier sur les maisons.

2 Los travaux furent mis en adjudication le 26 avril 1674. Le cahier des charges (liasse Histoire et administration, aux archives de l'État, à Namur) autorisait l'entrepreneur à se servir de pierres préparées pour la reconstruction du pont sur la Meuse. Le 10 juin suivant, il fut procédé au mesurage des travaux effectués aux portes Saint-Jacques et Saint-André (même liasse).

magistrature (quand bien on ne feroit plus rien), la ville se trouverat arriérée d'onze à douze mille florins au moins, et qu'il n'y a présentement aucuns deniers à employer, nous avons creu de vous devoir assembler pour vous remonstrer cette nécessité et estât de la ville, afin que vous délibériez et résoudriez sur des moyens sortables et suffisants pour cette entreprise et fournir à la courtresse.

On nous at entrautres suggéré le 20me denier sur les maisons et biens de la ville et franchise, à l'unicque charge des propriétaires et rentiers, afin que les pauvres en soient soulagés.

Item, trois florins sur le port de soye, et le double sur le port d'or et d'argent, à payer par touttes personnes parvenues à l'âge de quatorze ans, voir que celuy qui aurat payé sur l'or et l'argent ne payerat la soye, et entendu, pour le soulagement desdits pauvres, que les rubans, cordons, gallons, bouffons et barettes de soye, agnus et fers de coiffe d'argent, et bagues d'espousaille des femmes en seront affranchies, lesdits imposts à collecter suivant le règlement, à peine d'exécution sommaire à ordonner par Messieurs du Conseil.

En outre, la continuation des imposts accordés l'an passé à mesme fin; en outre à suggérer pour autant de temps que jugerez nécessaire au refurnissement des argents à lever à frais à ce sujet, par ceux que vous authoriserez, à moindre denier que faire se pourrat, afin de mettre au plustôt le prémis en estât, si vous continuez dans vos résolutions prises.

Archives de l'État, à Naaiur. — Ville de Dinaut, Registre aux Résolutions du métier des Merciers, fo 1 v«.

Le comte Sporch, général allemand, enjoint aux autorités dinaataises de donner les ordres nécessaires pour que les monnaies impériales soient reçues par les marchands de la ville.

7 juillet 1674.

J'ay icy entendu comment vostre bourgeoisie faisoit quelcques difficultés de recevoir l'argent impérial, par où doncq nos gens un et l'autre, pourroient souffrir disette d'achapter, nonobstant que les monnoyes de poix de Sa Majesté Impériale et autres ont esté receutes pour leurs valeurs et prix où que ce soye esté, comme aussy en vostre cheif ville de Liège, et par tous autres lieux ont esté receutes sans aucunes exceptions; aussy pour ce sujet ay-je voulu par cette vous requérir que metteriez, à votre bourgeoisie et aux appartenances et dépendances de vos territoires et où qui soit sous vos commandements d'y ordonner, les ordres nécessaires, par lesquels nos gens puissent subvenir à leurs nécessités par leurs achats avec les rnonnoies impériales et autres de poix et valeur, et par ce leur laisser toutes sortes de marchandises et victailles suivre, pourveu qu'avec ce on n'y perde rien.

En laquelle ayant esgard de mesme avec mes commandements, je demeure, mes très honorés Seigneurs, (signé) Johan, comte Sporch.

Datée du Camp de Sa Majesté Impériale près Spontin, 7me juillet 1674.

P. S. Désirant aussi que nos officiers et soldats en commun à leurs besoings, ainsi prie iceux demeurer immolestés, et les laisser entrer et sortir sans aucune difficulté.

Archives de l'Etat à Naraur. — Ville de Dinant, Copie à la liasse Histoire et administration.

Le baron de Haultepenne, gouverneur de Dinant, ayant admis au château une compagnie de soldats allemands que lui avait imposée le général comte de Souches l, est blâmé par le Conseil privé.

18 juillet 1674.

Exhibuit consilio dominus cancellarius litteras gubernatoris Dionantensis capitulo eathedrali décima

1 Les troupes impériales, que le comte de Souches conduisait au secours des alliés, traversèrent le Condroz et passèrent la Meuse à Dinant. Le général allemand obtint du gouverneur du château de Dinant, baron de Haultepenne, l'introduction d'une compagnie de cent et dix hommes commandés par le capitaine Canisky dans la forteresse, afin de renforcer la garnison liégeoise. Cette immixtion de défenseurs étrangers était contraire à la neutralité de la principauté de Liège. Le baron de Haultepenne semble l'avoir admise trop aisément. Nous avons rencontré sous le n° 1474 de l'Inventaire manuscrit des Papiers du Conseil Privé, aux archives de

septima hujus scriptas, quibus indicit se comiti de Souches, preefecto generali exercitus imperialis, id petenti, permisse ut praesidium moderatum ibidem arci imponeret. Super quo, deliberatione habita, placuit illius Serenissimum certiorem reddere, eique summam consilii admirationem de facilitate, lenitate et pusillanimitate dicti gubernatoris testari, rogando ut desuper remedium opportunum adferre dignetur 1.

Archives de l'État à Liège. — Archives du Conseil Privé. Registre aux Protocoles du Conseil, 1614.

Liège, l'indication suivante : « Relation de ce qui s'est passé au château de Dinant lorsque le comte de Souche, général de S. M. I. y eut introduit une compagnie d'infanterie. » Malheureusement le personnel des Archives, malgré ses obligeantes recherches, n'a pu découvrir cette pièce intéressante. 1 Voir aussi à ce sujet les résolutions du chapitre cathédral (Archives de l'État à Liège. — Conclusions capitulaires du chapitre de S1 -Lambert, séances des 18, 19 et 20 juillet 1674). Le 23 juillet, le conseil privé résolut de demander à Dinant un récit détaillé des circonstances qui avaient amené l'introduction des Allemands dans le château. L'ayant reçu, il décida, le 28 juillet de l'envoyer au prince-évêque alors en Allemagne (Conseil privé, Registre aux Protocoles du Conseil). Aux représentations des Liégeois contre la violation de leur neutralité, le baron d'Isola, ambassadeur de S. M. 1., répondit que la compagnie n'avait pas été introduite au château «< animo retinendilocum * mais uniquement pour assurer le passage de l'armée et qu'au reste la garnison liégeoise n'avait pas été expulsée mais renforcée de quelques soldats impériaux. Au surplus, disait-il, Maeseyck, ville liégeoise, étant occupée par les Français, il n'y aurait rien d'étonnant si leurs adversaires occupaient Dinant (Même registre, 4 août 1674).

Le Conseil privé de Liège ordonne au magistrat de Dinant de s'opposer à ïaccupation de la tour de Mont fort par les Allemands.

30 août 1674.

Messieurs, Nous avons veu par vostre lettre du 29me de ce mois les advis que vous nous donnez du dessein que l'on auroit de tâcher de s'emparer en bref de vostre poste de Montfort et que l'on en seroit attendant les ordres pour l'exécuter. A quoy nous vous dirons que vous ayez à faire tout ce qui vous sera possible pour deffendre ledit poste et vous garantir contre toutes insultes semblables, pendant que nous en donnerons part à l'Estat, comme vous le désirez.

Et dans l'assurance que vous n'y manquerez, demeurons, Messieurs, vos affectionnés les chancellier et gens du Conseil privé de S. A. S. l'Évesque et Prince de Liège, (s.) de Liverloz, (s.) Creft.

Liège, 30 d'août 1674.

Archives de l'État à Namur. — Ville de Dinant, Lettre originale à la liasse Histoire et Administration.

Le Conseil privé de Liège engage la ville de Binant à s excuser auprès du gouverneur impérial et à ne pas fournir le bois et la lumière requis pour le service de la garnison allemande du château.

s. d. (1er septembre 1674 l).

Messieurs, ayant veu la lettre de Monsieur le comte de Souches jointe à celle que vous nous escrivez du 303 de ce mois, par laquelle il demande que vous subministriez pour le futur du bois et chandelle aux soldats impériaux qu'il a laissé en garnison à Dinant, selon que vous devez avoir promis en sa présence de faire, ou bien que vous vous accordiez pour cela en argent avec lesdits soldats, pour prévenir plus grande incommodité, nous vous dirons que si vous ne le luy avez pas promis, comme il suppose, vous pouvez vous en excuser sur ce que vous n'avez aucune part en ce qui touche le chasteau, et que la garnison de cette place n'a jamais esté à la charge de la ville

i Cette date nous est fournie par les Protocoles du Conseil privé (Archives de l'État, à Liège). A la séance du 1er septembre 1674, nous lisons : Ad litteras consulum et consilii oppidi Dionantensis 30Ill*! hujus, visis annexis comitis de Souches ad illos, pretondcntis praesidium, ox parte sua Castro Dionantonsi impositum, provideri de lignis < t candolis, respondeatur illis, nisi id promiserînt proutsupponit dictus cornes, eosdem se d<> co excusare posse.

en quoy que ce soit, ains de l'Estat. Au reste, nous vous renvoyons la lettre originelle avec la copie du translat qu'on nous at fait, demeurant, Messieurs, vos affectionnés les chancelier et gens du Conseil privé de S. A. S. l'Evesque et Prince de Liège l

(S.) DE LlVERLOZ, (S.) CREFT.

Archives de l'Etat à Naraur. — Archives de la la ville de Dinant. — Lettre originale à la liasse, Histoire et Administration.

Le Conseil privé de Liège, informé de l'expulsion de la garnison allemande du château de Dinant 2, félicite le magistrat et lui ordonne de fournir au gouverneur les renforts nécessaires.

18 octobre 1674.

Messieurs, nous avons eu très agréable que vous ayez envoyé du secours au chasteau de Dinant et si le gouverneur vous en demande davantage, vous l'en envoyerez au plus tôt et les y laisserez jusqu'à autre

1 Du protocole du Conseil privé (séance du 21 septembre), il résulte que le comte de Souches voulut exiger de bateliers, conduisant du bois et du charbon, ce qui était nécessaire au chauffage de ses soldats.

2 La compagnie allemande commandée par le capitaine Canisky avait été expulsée le 17 octobre (Voir pour les détails les pièces nos701, 703, etc.;.

ordre *. Sur ce, demeurons, Messieurs, vos affectionnés, les chancellier et gens du Conseil privé de S. A. S. l'Évesque et Prince de Liège (s.) de Liverloz, (s.) Creft.

Archives de l'État à Naraur. — Ville de Dinant, Lettre originale à la liasse Histoire et Administration.

Le gouverneur de Dinant informe le comte de Souches que les troupes allemandes commandées par le capitaine Canisky sont sorties du château de Dinant, et lui donne des détails sur cet événement.

19 octobre 1674.

Monseigneur 2, Lorsque Votre Excellence m'obligea à recevoir Je sieur Canisky avec ses soldats, par forme de renfort contre les surprises qu'elle disoit de craindre, ce fut sous la parolle que vous me donnâtes, Monseigneur, qu'il n'y avoit en cela aucune innovation

i « Lectis litteris gubernatoris Dionantensis... quibus nuntiat capitaneum, quem cornes de Souches militibus Caesareis ibidem prœfecit, introductionem Hispani in castrum molitum fuisse, sed id impedivisse gubernatorem auxilio civium quos illuc intrare curaverat. Respondeatur Lpfium reetc fecisse, scribique consulibus istius oppidi ut si quibus civibus adhuc egeat, ci subministrent « (Archives de l'État à Liège. — Protocoles du Conseil privé, 18 et 19 octobre 1674).

2 Cette lettre est adressée à Monsieur le comte de Souches.

et que la place de Dinant jouiroit de la neutralité comme auparavant, de laquelle je serois l'observateur, avec le commandement à l'accoustumée, sous les auspices de S. A. S. de Liège, mon seigneur et maistre, avec indépendance de l'une et l'autre des couronnes qui sont en guerre. Cependant il se trouve véritable que le capitaine Canisky voulut introduire, le 17 de ce mois, une garnison espagnolle qui parut devant la place, et cela sans que j'en eus receus ordre de mon Prince, ny de Sa Majesté Impérialle, dont les armes et la force insoutenable m'avoient .obligé de recevoir ce renfort. De manière que cette nouveauté estant une chose que mon devoir et la neutralité, que vous avez promis de vouloir maintenir, ne pouvoient souffrir, et qui tendon à la ruine inévitable de la ville, les bourgeois s'y sont opposé et je ne l'ay dû aussi permettre sans ordres légitimes. Au dessus de quoy, quelques trouppes françoises ayant paru le jour suivant à l'autre costé de la rivière pour escorter quelques chariots d'avoines, le mesme Canisky voulut tirer le canon contre ces gens là. Je luy dis que, n'estant pas insulté, je ne pouvois tirer ny sur l'un, ny sur l'autre des partys, puisque je tenois la place dans la neutralité accoustumée, et que par ainsy je ne devois empescher l'emplette des marchandises de l'un et l'autre, et que Votre Excellence s'estoit ainsy expliquée.

Mes raisons pourtant ne purent satisfaire un esprit qui méditoit de mettre en exécution des ordres que je n'avois pas, et qui vouloit passer de la contestation verballe à celle de la main pour en faciliter les moyens. A quel effect, ayant appelle les gens aux armes,

il s'est fait un combat dans la place, dans lequel le sieur Canisky ayant mal réussi, il est sorti de la place avec son monde, à qui j'ai fait conserver la vie par mes interpositions, puisqu'autrement ils couroient risque d'estre traités en gens qui vouloient introduire du monde sans la participation ni les ordres du gouverneur, et contre les intérests de la neutralité.

C'est le détail que j'ay trouvé convenable de vous faire, qui suis Monseigneur, de Votre Excellence le très humble et très obéissant serviteur, (s.) Haultepenne. De Dinant, le 19 d'octobre 1674.

Archives de l'État à Namur. — Archives dn Conseil provincial. Correspondance du Procureur général. — Dossier du 25 octobre 1674.

Le Conseil privé de Liège ordonne aux compagnies militaires de la banlieue de se rendre à Dinant pour concourir à la défense de la ville l.

20 octobre 1674

Son Altesse Sérénissime ordonne aux compagnies de Dorâmes, Celles, et à tous autres surcéans des

1 Le 25 octobre, ordre fut donné an grand bailly de Coudroz de commander ces milices * pour se rendre incossament à ladite ville et y assister, jusque à autre ordre, à la garde d'icelle » (Liasse n° 132,.

villages voisins de la ville de Dînant, de se trouver en la présente conjoncture dans ladite ville, avec armes et munitions, lorsqu'ils en seront semonces de la part des bourguemaistre et conseil de ladite ville pour lasseurance d'icelle r.

Fait au Conseil de sadite Altesse, le 20 octobre 1674.

Archives de la -ville de Dinant. - Lettre originale, avec sceau sur hostie, à la liasse n° 132.

Le Conseil de Dinant donne aux Etats de Liège les détails de l'expulsion de la garnison allemande du château 2.

22 octobre 1674.

Messeigneurs, nous venons, en acquit de nostre debvoir, vous donner parte et informer de ce qui s'est passé à la sortie de la compagnie allemande hors du chasteau de cette ville. M. le Gouverneur, le 17 du courant après midy, ayant fait demander du secours aux bourgmestres pour empescher que le

1 Une ordonnance analogue fut prise, le même jour à l'égard des habitants de la prévôté de Revogne, et renouvelée le 25 octobre, les gens de Revogne « faisant difficulté d'obéir » (Liasse n° 132).

2 Le titre de cette pièce porte : « Messieurs des Estats » et la date : « ce 22me octobre 1674. »

sieur Canisky, commandant une compagnie allemande audit chasteau, n'y fît entrer une garnison espagnolle, comme il prétendoit, le Conseil de la ville, assemblé à l'instant, on y envoyât cens bourgeois volontaires.

Estant soir, un bourgeois demandant : Qui vive? à trois soldats qui s'advançaient vers la porte dudit chasteau, ils respondirent : Espaigne. Les bourgeois respoudireni qu'ils ne cognoissent ny Espaigne ny France, et qu'ils s'avoient à retirer.

Le lendemain 18me, entre dix et onze du matin, il arrivât sur la montagne, à l'autre costé de la rivière, auprès de la censé de Wespin, un convoy de Philippeville, avec des chariots qui venoit chercher de l'avoine en ceste ville. Ce que voyant le sieur Canisky, il voulut que M. le Gouverneur feroit tirer le canon sur eux; ce qu'il refusât, disant que cela feroit rompre nostre neustralité et que M. le comte de Souches luy avoit dit qu'il ne mettoit ladite compagnie que pour l'asseurance du chasteau, affîn que les ennemis ne s'en empareroient et qu'il ne vouloit préjudicier à la neutralité susdite.

Pendant ces entrefaites, ils entrèrent dans des hauts propos, pendant lesquels M. de Kanisky donnât signe, et criât : Aux armes! à ses gens qui firent feu les premiers sur la garnison ordinaire et nos bourgeois, qui, à mesme instant, se mirent sur les armes et dépendirent tellement que les Allemands demandèrent quarliers qu'on leur accordât sitost. Et à mesme temps, furent désarmés. On les mit ensuite hors du chasleau, d'où ils passèrent par le fauxbourg, sans qu'on leur fist aucun tort, et s'en allèrent à Namur.

Il y at eu trois ou quatre Allemands tués dans la chaude, et un des valets de M. le Gouverneur tout le premier.

Le sieur Kanisky est sorti et s'en est allé ensuitte.

Le 19me, M. le Gouverneur at rendu par compte au maistre de la barcque de Namur et chargé sur icelle touttes les armes, munitions de guerre et farinne que les Espagnols avoient laissé ou deschargé sur la plaine aux environs du chasteau, avec touttes leurs valises et autres équipages et balotages. Ils ont esté ramenez audit Namur.

Messeigneurs, comme à ce sujet nous sommes à tout moment menacés d'insultes, nous venons vous prier très humblement et instamment de vouloir, pour une affaire si importante, nous envoyer incessamment trois cens hommes de la milice, soubz un bon chef, pour assister à nostre deffence, et de pourvoir aux réparations et munitions nécessaires au chasteau et à la ville pour leur seureté. Ce qu'attendant au plus tost de leur grand zèle à la conservation de l'Estat, nous les supplions de croire que nous sommes, avec tous respects, etc.

Archives de l'État à Namur. — Ville de Dinaut. Minute à la liasse Histoire et administration.

Le chapitre de N.-D. de Dînant proteste contre l'arrestation d'un soldat qui s'était réfugié dans les cloîtres de la collégiale et qui en avait été enlevé, au mépris du droit d'asile.

31 octobre 1674.

L'an de grâce 1674, du mois d'octobre le dernier jour, personeiernent constituez et capitulairement assemblez messieurs les Rds doyen, prévost et chapitre de cette ville de Dinant, constituant le chapitre de l'église collégiale de Dinant, lesquels ayant appris que certain soldat de la compagnie nouvellement venue de Liège pour suppléer la garnison du château \ se seroit jette sur les cioistres de nostre églize comme à une place d'azile et d'immunité, et que nonobstant qu'il a dut jouyr, le lieutenant de cette compagnie escorté le seroit venu enlever de ce lieu d'immunité par force avec armes, scandaleusement, en présence de tout le peuple, sans leur adveu ni permission, mesme contre leur gré, ont solemnelement protesté contre luy comme infracteur des immunités ecclésiastiques, et s'entendre de le poursuivre à la réparation de cet attentat par les censures ecclésiastiques et autres moyens qu'ils juge-

1 L'envoi d'une compagnie liégeoise avait été décidé le 22 et le 24 octobre (Protocole du Conseil privé).

ront le mieux convenir, comme aussy à satisfaction de tous dommages et intérests, ne soit que promptement et incessament il en fasse réparation et remette le soldat enlevé dans le lieu de son azile et immunité. De quoi ils ont bien voulu l'admonester avant de prendre des mesures ultérieures. Ayant constitué tous porteurs pour luy en faire l'insinuation.

Ainsy fait au chapitre, les ans et mois et jour susdits, présents Perpète Cléri l'ainé et Sébastien Misson, tesmoins à ce spéciallement requis et appelez.

De mandato DD. supradictorum, (signé) G. Franco, canonicus et scholasticus.

Le 2e novembre an 1674, le soldat ci-dessus nommé at esté amenez par deux de ses officiers en présence du peuple, dans le lieu où il avoit esté pris, ce qui a esté certioré et signifié par lesdits officiers à d'aucuns de mesdits seigneurs chanoines.

Quod attestor.

(s.) Nie. de S*- Hubert, notaire.

Archives de l'État à Namur. — Protocole du notair, Nie. de Si-Hubert.

Informations tenues sur les circonstances qui ont amené, le 11 octobre, la retraite de la garnison impériale du château de Dînant.

Novembre 1674.

Résultat des informations tenues \ en suite des lettres de S. E. du xxve d'octobre dernier 2, par le conseiller procureur général du Conseil de Namur et l'auditeur de la province assumé, sur ce qui s'est passé à Dinant, à l'esgard de la garnison impérialle qui en at esté chassée le xviif du mesme mois, comme s'ensuit :

Primes. Que par un jour de mercredy, xvije d'octobre dernier, deux cavaliers, couverts de manteaux rouges, que l'on présumoit estre dragons, arrivèrent, sur le midy, au chasteau de Dinant, l'un desquels délivra au capitaine Canitsky, y commandant la garnison impérialle, quelques lettres.

Qu'immédiatement après, il fut veu la communicquer

1 Cette pièce est le résumé d'une volumineuse enquête qui fut tenue du 31 octobre au 7 novembre 1674, par Nicolas Cuvelier, procureur général de Namur, Godefroid Fyos, auditeur militaire de Namur et Jean-François Péronno, adjoint. Les dépositions des témoins existent au dossier.

2 La lettre de don Juan Domingo de Zuniga et Fonseca, comte de Montery, gouverneur général des Paj^s-Bas, ordonnant au procureur général près le Conseil provincial de Namur de faire une enquête sur les événements qui se sont passés au château de Dinant, est au dossier.

au sieur de Hautpenne, gouverneur du chasteau, luy parlant sur la place, avec la lettre en mains, que les soldats impériaux crurent estre les ordres pour sortir.

Qu'environ une heure après midy, ledit commandant fit assembler, au son du tambour, ses gens au millieu de la place, et les ranger prests à marcher avec armes et balottages, mesme fit charger son bagage sur son chariot.

Que sur les trois heures, estans ses soldats dans cet estât, ils entendirent battre le tambour parmy la ville, à la semonce et advertance dudit gouverneur. Lequel, selon le dire de deux tesmoins, avoit auparavant intercepté une lettre, laquelle l'un dépose avoir esté escripte audit Canitsky par un nommé Nicaise, munitionnaire de ceste ville de Namur, par laquelle il luy doit avoir mandé qu'il croyoit qu'il aurat receu soixante hommes du régiment du baron de Maisiers et quelques munitions, et que laditte lettre doit estre es mains dudit gouverneur.

Que peu après, montèrent audit chasteau quantité de bourgeois, par trouppe et intervais, les uns armés, les autres sans armes, qui en furent munis du magazin dudit chasteau, hors duquel on en at emporté par brassées.

Que lesdits bourgeois se rendirent au corps de garde de la vielle garnison liégeoise, les uns au quartier du magazin, les autres dans la maison et chambres dudit gouverneur, quelques-uns sur la batterie et lieu du canon, et le reste dans tous les autres postes.

Que sur les cinq heures, ledit Canitsky fit retirer ses gens, les renvoyant chacun dans leurs baraques.

Que sur les sept à huict heures soir, on entendit deux coups de canons qui furent lâchés d'une thour voisine dudit chasteau, et dépendante de la ville, nommée la thour Montfort, pour appeler les François (comme aucuns disent), ou pour faire venir les paysans de la banlieue (ainsi qu'autres déposent).

Que la nuicte s'estant passée sans aucun vacarme, ny autre br'uict que celuy que faisoient les sentinels liégeois criant de divers endroits : Qui va là? le lendemain, sur les neuf heures matin, on vit paroistre deux esquadrons françois, dont l'un estoit couvert de manteaux jaunes, l'autre de bleus, l'un estant de cavallerie, et l'autre de dragons.

Qu'à la veue d'iceux, ledit Canitsky alla chez le gouverneur luy remonstrer que l'ennemy approchoit, que c'estoit de son debvoir de le charger, qu'il se ressouvînt qu'en qualité de gouverneur, il avoit preste serment pour S. M. I. es mains du comte de Souches, et que s'il ne voulloit pas tirer sur les François, que du moins il eust à luy permettre; puis, comme le gouverneur eust déclaré qu'il ne voulloit faire ny l'un ny l'autre, il répliqua qu'il le feroit par force (selon que le lieutenant de la garnison impérialle dépose par le récit que luy en at fait ledit Canitsky).

Qu'à suite de ce, ledit gouverneur retint dans sa maison en arrest ledit Canitsky, qui ne parut plus du depuis.

Que peu après, ledit gouverneur fut entendu crier du seuil de sa porte : Allons, mes enfants, aux armes!

Que ledit cris fut redoublé (comme un tesmoing dépose) par un officier de la vielle garnison.

Que ledit officier, marchant à la teste d'une troupe de bourgeois meslés avec les soldats de la vielle garnison, courrurent au corps de garde desdits Impériaux et deschargèrent, tant sur le sentinel, qui fut tué, que sur les autres soldats, dont trois furent aussy tués (entre lesquels il y a eu le corporal) et trois autres blessés.

Qu'à mesme temps, ils forcèrent les baraques desdits Impériaux, les désarmèrent et chassèrent sur la place, sans que lesdits Impériaux eussent le temps ny le pouvoir de tirer un coup, à cause de l'imprévu et inopiné insulte qui leur fut fait.

Que un valet dudit gouverneur at esté tué par le coup d'un bourgeois ou soldat de laditte vielle garnison qui, ayant thiré sur ledit corporal et frizé seullement ses cheveux, alla donner au corps dudit valet qui estoit à l'opposite, sur la porte de l'escurie de son maistre, avec les armes en mains; ce qui ne profita guère audit corporal qui, par un autre coup postérieur, fut couché sur le carreau.

Que semblable malheur auroit arrivé à plusieurs autres Impériaux si le sergeant de la vielle garnison n'auroit arresté la furie des bourgeois, criant par plusieurs fois : Hait!

Que, pendant l'assemblée honteuse des Impériaux dans la place, désarmés, comme dit est, ledit gouverneur parut tout essouqué, jurant les Mort-Dieu, et enfonçant le chappeau dans la teste.

Que peu après, on les fit ainsy sortir du chasteau,

aucuns destitués de leurs ballotages \ qu'on leur avoit enlevé, conduits et environnés par une grande multitude de gens armés qui les firent traverser la ville, à la veue de quantité de François qui se mocquoient deux, par les rues joncées de bourgeois quy estoient aux armes.

Que le mesme jour du jeudy xviije octobre, sur le midy, le sieur Madaillian et chevalier Montai, avec quelques autres officiers, entrèrent dans la ville de Dinant, et que peu après, Ton vit deux batteaux, chargés de sacs pleins d'avoine, dériver du costé de Dinant, et traverser la Meuze au costé de Saint-Médard, où les cavaliers français emportèrent lesdits sacs sur leurs chevaux au haut de la montaigne, où il y avait quantité de chariots qui avoient esté commandés sept k huict jours auparavant, tant des terres de Sa Majesté que d'autres.

Qu'une partie françoise fut commandée à Bouvignes, qui se posta dans le cimetière; et qu'à la faveur d'icelle, aucuns bourgeois de Dinant allèrent quérir quantité de grains que l'on disoit leur appartenir, provenants des terres de Sa Majesté.

Qu'ils ont encore faict le mesme environ le xxvije ou le xxviije dudit mois, par l'assistence et entremise de quelque infanterie françoise qui se rendit encor lors audit Bouvignes et se posta en partie dans le cimetière, pendant qu'autre partie obligeoit les bour-

1 Les bagages laissés par les Allemands au château de Dinant leur furent restitués et. emportés à Namur (Protocoles du Conseil privé, 24 octobre 1674).

geois dudit Bouvignes à porter aux batteaux ou nassales les grains qu'aucuns Dinantois vinrent encor chercher.

Que (selon la déposition d'un témoing, qui estoit présent) le jour de laditte expulsion après midy, le sieur Madaillian s'estant rendu dans la maison de M. Aux Brebis avec Robert Tabolet, ledit Canitsky s'y seroit retrouvé, et sur la demande que Madaillian luy fist d'où provenoit sa disgrâce, il auroit respondu qu'il avoit ses ordres, et qu'il devoit laisser entrer des Espagnols dans la place, et -luy en sortir. Dont ledit Madaillian répliqua en ces termes : Que diriezvous si, passé huict jours, on ne C avoit escrit? Et icelluy Tabolet dit qu'il prouveroit qu'une personne, à qui ledit Canitsky avoit confié le secret, l'avoit donné à entendre à plusieurs personnes dèz le dimanche auparavant.

Que dèz le commencement d'octobre, un sourd bruit courroit audit Dinant, que le baron de Berloz de Merlemont, bailly du Pays de Liège Entre-Sambre-et- Meuze, prétendoit la place du sieur de Hautpenne \ gouverneur de l'avantdit chasteau, et que Ton se persuada de tant plus que la dame Madaillian estant venue peu après, à l'incognu ou sans bruit, dans la ville de Dinant, chez le bourgmestre Tabolet, accompagnée de l'espeuze dudit baron de Berloz, et estante, le jour de S1 François, iiije dudit mois, au disner

1 On voit aux Protocoles du Conseil Privé, 12 novembre 1674, qu'à cette date une lettre secrète fut écrite au baron de Berlo pour l'informer qu'au cas où le gouverneur de Dinant déserterait son poste, il eût à prendre le commandement.

chez l'abbé de LefFe, avec ledit sieur de Hautpenne, icelluy fut remarqué faire une froide minne à laditte de Berloz.

Que, selon qu'un tesmoing dit, M. Juliers, greffier de Diuant, qui estoit à Liège avant l'expulsion de la garnison impérialle. doit avoir escrit qu'on voiroit du changement audit chasteau dans peu de jours.

Archives de l'État à Namur. — Archives du Conseil Provincial, Correspondance du Procureur général, dossier du 25 Octobre 1674 1.

Récit des événements qui se sont passés au château de Binant et ont amené l'expulsion de la garnison impériale 2.

Sans date 3.

Mémoriale contenant les services rendus à S. A. S.

i Le même dossier renferme une enquête faite le 18 octobre par la justice de Dinant. 11 en résulte que le capitaine Canisky avait reçu des ordres qu'il ne voulait pas reproduire, et que tout le monde, à Dinant, avait la persuasion qu'il avait l'intention de faire pénétrer au château une garnison espagnole.

2 Ce récit est une sorte de panégyrique du lieutenant-mayeur de Dinant, Gilles Goderneaux. Nous le publions parce qu'il donne des détails intéressants sur les circonstances qui provoquèrent la retraite do Canisky.

3 La pièce est postérieure au siège de Dinant par le général de Sporch ; nous la donnons ici parce que sa partie principale concerne les événements d'octobre 1674.

par Gille Goderneaux, lieutenant-mayeur de Dinant, au château de ladite ville, après que M. de Canisky y fut introduit avec une compagnie de cents et dix hommes par M. le général Souche.

Il se trouve, après que M. le comte de Souche, général des armées de S. A. I., eût fait entrer au château de Dinant une compagnie d'infanterie commandée par M. de Canisky, qui fut en l'an 1674,

Qu'iceluy Canisky eut, au bout de quelque temps, des correspondances avec les gens de S. M. Catholique et jusques à ce point qu'il eut convenu de leur livrer la place.

Laquelle convention par bonheur fut de découverte par une lettre adressée, contre leur attente, entre les mains de M. le baron de Haulpenne, leur gouverneur.

De quoy ledit Goderneaux ayant esté averty en marchant parmi les rues de la ville, il se rendit à grands pas au château.

Où estant, il trouva M. le baron de Haulpenne, fort embarassé à raison de la petitte garnison, qui pourtant à son entrée tesmoigna de la joye de le voir et du chagrin pour qu'il estoit sans armes dans un rencontre si important.

Et quoy qu'il ne souhaitoit point qu'il le quitteroit, après qu'il luy eût fait voir la nécessité qu'il y avoit d'introduire des bourgeois pour empescher le livrement, il luy permit de descendre affîu de les semoncer et les induire à s'y rendre avec des armes.

A la suitte de quoy, ledit Goderneaux, sans perdre de temps, descendit en la ville et fut chercher des armes en sa maison, puis s'en retourna en grande

course, criant en traversant la ville à toute force : « Aux armes! » exhortant et pressant de tous costés un chacqun de s'armer et se rendre au château pour s'opposer au desseing de Canisky qui vouloit le livrer aux Espagnols.

Et s'y rendit avec précipitance, suivy de quantité de bourgeois, esmeus tant par ses crys et instances, que d'aultres personnes.

Jusques à là qu'ils se retrouvèrent en nombre de soixante entrés par défilé à plusieurs fois, ce quy rasseura M. le Gouverneur, et luy donna bien de la joye, pour qu'il se voyoit en estât d'empaischer les desseins de Canisky.

Lequel, s'estant apperceu du secours, fit retirer sa compagnie, qu'il avoit rangé en bataille sur la place, et chacqun en leur cartier et cazerne, et ainsy donna lieu aux bourgeois de se rendre dans le quartier de M. le Gouverneur.

Lequel, après avoir tesmoigné beaucoup de satisfaction du bon debvoir et diligence dudit Goderneaux, en désignant les postes luy dit que, pour qu'il se fioit plus à luy que à tout aultre, il luy donneroit le plus meschant des postes, quy fut aux casemattes et escuries de dessoubz le cartier de feu M. Cabareaux, lieutenant-gouverneur de ce château, beau-père audit Goderneaux.

Disant pour marcque du plaisir qu'il en recepvoit et de son amitié qu'il vouloit, comme il fit, soupper avec luy audit poste.

Puis, ce fait, et après plusieurs conférences en particulière, luy recommanda fort et ferme de bien

veiller sur un affaire sy important, disant qu'il s'en alloit reposer sur luy.

Et ensuitte de cet ordre, ledit, Goderneaux print le soin de tenir la main aux affaires, et veilla, sans prendre un moment de repos, toutte la nuit, allant incessamment visitter les postes de la garnison de S. A. et ceux des bourgeois, encourageant les uns et les aultres et leurs recommandant fortement d'estre toujours sur les armes et prestes à se bien deffendre, veu, comme ils n'ignoroient que Canisky avoit entreprins de livrer la place aux Espagnols, que cette affaire ne se termineroit point sans combat, qu'il falloit les battre et les chasser, pour le maintenir à S. A. S., nostre très honoré Prince.

Et de fait, le lendemain le mattin, au petit jour, à la faveur d'un brouillar, un party destaché de quelques compagnies espagnolles, qui s'estoit venu poster à ce dessein dans la fosse Rapaille, lieu esloigné d'un tir de fusil dudit château, d'où ils ne pouvoient estre veus.

Lequel party se présentât à la porte, demandant qu'elle leur fût ouverte, à prétexte d'y faire entrer des munitions de bouche et de guerre envoyées audit sieur Canisky.

De quoy estant imbut, comme d'un affaire qu'il avoit concerté, il se rendit sur le boulewart; M. le Gouverneur de mesme, et peu après ledit Goderneaux, qui, entendant les instances que faisoit le Canisky d'ouvrir les portes et le refus du sieur gouverneur, soutint fort et ferme que cela ne se debvoit faire, luy remonstrant, en présence d'icelluy Canisky, le

risque auquel il s'engageroit, veu que lorsqu'il y auroit un chariot sur le pont-levis, les chartiers destelleroient les chevaulx et le laisseroient là, et que lors, ces Espagnols, postés tout contre, avanceroient et que ainsy il auroit l'enuemy en cul et en teste, et que conséquamment la place seroit livrée et perdue.

Disant, pour éviter ce péril, que s'il y avoit par là des munitions destinées pour le château, qu'il les feroit descharger à la porte, qu'il y avoit de la garnison suffisamment pour les y introduire. Ce qu'ils furent obligés de faire, puis se retournèrent avec confusion.

Pourquoy le sieur Canisky, enrageant de n'avoir peu exécutter sa trahison, s'estudia à trouver le moyen de s'en venger.

Et en print le prétexte aux neuf heures et demy du mattin, le mesme jour, voulant mettre le feu au canon -sur quelques escadrons de cavaillerie françoise quy parurent à l'auttre costé de la Meuse, lesquels venoient à Dinant de Philippeville chercher des avoinnes pour les y reconduire.

A raison qu'il en fut empesché par des bourgeois comandés à cet effect par M. le Gouverneur, qui l'obligèrent à se retirer et laisser le canon.

Sujet qui le ramenna, tout en cholère, sur la place, proche le cartier de M. le Gouverneur, où il estoit en conférence avec ledit Goderneaux, à dessein de prendre vengeance de tant d'obstacles à ses pernicieuses m traîtres entreprises.

Comme il fit assé paroistre par des arrogants inter-

rogats, luy demandant avec fune sy c'estoit luy qui vouloit l'empaischer de faire feu sur ses ennemis.

A quoy luy fut réplicqué qu'il n'avoit point d'ennemis, et qu'il estoit posté dans le château par M. le général Souches pour le soutenir avec luy contre touts ceulx qui vouldroient insulter contre sa neutralité; que cette cavaillerie ne songeoit à rien moins; que d'un lieu sy esloigné où elle estoit, oultre l'insuffisance des troupes, elle ne pouvoit leur faire insulte; de plus qu'elle n'estoit là que pour escorter les avoinnes susdittes.

Et quoyque dèz lors il avoit dessein de comander ses gens quy estoient sur les armes, le long de la gallerie de la chapelle, sur la cour, de faire feu, il trouva bon de le différer et s'en alla en son cabinet, pour, sellon toutte conjecture, deschirer touts papiers et lettres quy luy pouroient nuire; où il resta environ un car d'heure.

Puis revint sur la place, dans le mesme endroit, où M. le Gouverneur estoit encor, accompagné dudit Goderneaux, et luy demanda de rechef sy c'estoit luy quy vouloit l'empaischer de faire feu sur ses ennemis.

Et luy estant encor réplicqué qu'il n'avoit point d'ennemis et qu'il n'estoit en cette place que pour le sujet cy devant dit, que, partant, il l'empaischeroit de faire faire feu sur eulx,

Il print résolution, par un désespoir de n'avoir réussy, de risquer un chocq pour, en cas de victoire, voyant qu'il ne pouvoit aultrement mettre à fin sa trahison encommencée.

Et se mit ensuitte à dire : « Tu ne me l'empaischeras pas, ou mor... nous nous ferons tous coupper la

gorge! » Et s'écria : « Armons! » et Monsieur le Gouverneur : « Aux armes! »

Dont à mesme instant la compagnie allemande, qui estoit sur l'avantditte gallerie, attendant cette semonce, fit feu, de manière que ledit Goderneaux fut obligé de courir de ce lieu et passer toutte la place au travers de leur mousquetterie pour se .... (rendre) à son poste.

Où il ne trouva plus qu'un de ses gens et un des valets de M. le Gouverneur, lesquels nonobstant il fit prendre les armes et sortir avec luy sur la porte dudit poste pour combattre et le soutenir.

En quel lieu il se donna encore une gresle de mousquetterie et fut tué à ses pieds le susdit valet, ne laissant pour ce, oultre ses deffenses, de crier incessamment, tant à la vielle garnison qu'aux bourgeois : « Tue, tue! Courage! Nous en serons les maistres! «

Et en effet, peu de temps après, les Allemands, perdant courage, cessèrent de faire feu. Ce que voyant, ledit Goderneaux se rendit allinstant au beau millieu de la place et comanda qu'on auroit à les désarmer. Ce qui fut exécuté en un moment, et les armes portées en la grande sale du cartier de M. le Gouverneur.

Puis ordonna que l'on les ramasseroit et que on les feroit mettre en un gros sur la place.

Et ce fait, fut trouver M. de Canisky en la cuisine de M. le Gouverneur, et après lui avoir reproché fierrement et avec de.s haultes parolles sa perfidie et trahison, luy dit qu'il méritoit que on le massacreroit et quelque chose de plus, et qu'il estoit indigne d'aucune grâce.

Puis luy dit qu'iJ failoit qu'il sortiroit avec sa compagnie et s'en iroit. Et de fait, nonobstant touttes allégations, oppositions, contestations et prierres qu'il pnst faire, ledit Goderneaux, après lui avoir réplicqué que l'on ne le soufriroit pas là dedans davantage, le fit sortir. D'où il se rendit à Namur avec ses gens.

De manière que cette place, par les bons debvoirs d'icelluy Goderneaux et générosité de la garnison et bourgeois, fut purgée de ces canailles et remise entièrement soubz l'obéissance de S. A. S.

Un jour ou deux après leur sortie,, le lieutenant dudit Canisky, enrageant de cette disgrâce et confusion, envoya par son valet un cartel à M. le Gouverneur, qny, après l'avoir receu, fit appeler ledit Goderneaux, lequel, en ayant eu communication, demanda que on lui feroit la grâce de lui donner de l'encre et du papier pour rescrire audit lieutenant, dont la substance de la lettre estoit telle, sçavoir :

Qu'il debvoit estre de sa cognoissance qu'il n'estoit permis à des Gouverneurs d'accepter des cartels, ny sortir des places de leur gouvernement, et que ainsy il le prenoit à contretemps, mais que luy, ledit Goderneaux, en qualité de son lieutenant, estoit preste à luy donner satisfaction; que partant, il n'avoit que à limitter le lieu et le temps et que cela sera bien fait. Et cette lettre fut remise entre les mains dudit valet, mais le lieutenant, selon toutte apparence ne le trouva pas bon, puisqu'il en est demeuré là.

Quelques mois après, on fut averty que cette ville de Dinant seroit siégée par l'armée impérialle.

Au sujet de quoy, les soldats du château se figurant

quelque mécontentement, commencèrent à entrer dans une sédition telle qu'ils ne recognaissoient ny gouverneur ny officiers.

Ce quy estoit bien d'une dangereuse conséquence dans l'occurence du temps; pourquoy M. le Gouverneur fit venir ledit Goderneaux au château, lequel, estant informé de ce désordre, s'en alla au lieu où les soldats mutinés estoient, et les trouva dans des extrêmes émotions, proférants mils jurments, disants qu'ils vouloient abandonner le château.

Ausquels iJ donna de fortes réprimandes, leur disant avec témérité qu'ils méritoient tous d'estre pendus, les assurant de plus, s'ils ne s'appaisoient, que M. l'auditeur arriveroit pour cette fin dans deux ou trois jours au plus.

Et fit en sorte, sans craindre le risque où il s'estoit engagé, tant par menaces que belles remonstrances, qu'il ramenna la plus grande partie à leur debvoir, et les obligea à venir demander pardon à M. le Gouverneur, avec promesse de, au futur, luy porter respect et obéissance.

Laquelle sédition recommencea le mesme jour par deux fois et fut tousjours appaisée par ledit Goderneaux, mais non pas, comme on peut s'imaginer, sans bien du risque, peyne et difficulté.

Et deux à trois jours avant le siège, ils se soulevèrent encor, à prétexte que l'on leur debvoit deux à trois mois de gage, disants qu'ils n'avoient de quoy subsister et que partant ils ne prendroient point les armes à moins de payement; et furent de rechef appaisés par les asseurances que leur donna ledit Goderneaux qu'il y seroit pourveu.

Et en effect le lendemain, ils receurent le payement de leurs gages, mais ayant apprins que l'argent provenoit de Messieurs les bourghemaistres de cette ville, ils entrèrent en un aultre souslèvement plus dangereux que ceulx d'auparavant; dont ledit Goderneaux pendant cette tumulte estant arrivé au château les fut encor trouver et se servit des mesmes mennaces et remonstrances, voire plus fortes que celles d'auparavant; mais leur cholerre et sédition croissait à proportion qu'il les mennaçoit et s'efforceoit à les remettre et appaiser, parlant audit Goderneaux avec plus d'arrogance et désespect qu'ils n'avoient fait jusqu'alors, luy demandant, entre aultres choses, avec des jurments de mort et de sang, sy le Magistrat, de quy procédoit ce payement, entendoit de les commander, ce qu'ils ne souffriroient jamais et abandonneroient plustôt assurément la place.

Ce que ayant entendu, il crut qu'il les pourroit encor appaiser sy le sujet de leur mescontentement ne provenoit que de la crainte d'estre commandé par le Magistrat.

Et pour parvenir à son but, il leur fit voire que le Magistrat n'avoit rien à leur commander; que mesme il n'avoit point la présomption de s'attribuer cette authorité sur eux ; que partant ils ne debvoient rien craindre de ce costé là, et qu'ils n'avoient que à obéir et suivre les commandements de leur gouverneur et se résoudre à bien deffendre cette place pour la maintenir à son seigneur et prince, lequel par sa bénignité méritoit que tous sacrifieroient leur vie pour son service, et fit sy bien, après cent sortes

de belles remonslrances sur l'honneur d'un prince, de leur gouverneur, du bien du peuple, sur la punition quy les attendoit s'ils comraettoient quelque lascheté, et enfin sur tout ce que l'esprit put suggérer à cette personne, de quy l'extrême zèle ne peut se récongnoistre que par son sang et sa vie, qu'il les appaisat et promirent de se deffendre dans la dernière résolution.

Archives de l'État à Liège. — Archives du Conseil prive, papier no411 intitulé Relation de ce qui s'est passé au Chasteau de Binant.

Reddition de la ville de Binant au comte de Sporch, général allemand, qui déclare pardonner aux Dinantais l'expulsion de la garnison allemande, à condition que les bourgeois prêtent serment de fidélité à £ Empereur et lui livrent la tour de Mont fort et la porte Saint-Nicolas 2.

21 novembre 1674.

Veu les submissions faites par les députés 3 vers Sa Majesté Impériale et Son Excellence 4 au nom de toute leur communauté, et acceptant icelles au nom de Saditte Majesté, et préférant d'une bonté particulière la clémence à la rigueur, at remis et pardonné à laditte ville et habitans d'icelle, sujets de Saditte Majesté, toutes prévarications que peuvent avoir fait

1 Le texte de cette capitulation a été donné par Bouille, Histoire de la Ville et Pays de Liège, t. III, p. 389.

2 Après l'expulsion du capitaine Canisky (voir pièce nos 701, 703, 705, 706), le comte de Souches envoya de Beeringen, où il s'était établi avec l'armée allemande, le général comte de Sporch pour châtier les Dinantais. A son approche, deux factions divisaient la ville : le parti de la défense à outrance prévalut. Le comte de Sporch ordonna au comte de Stahremberg d'investir la place. Le gouverneur rendit le château après une résistance si molle qu'on la considéra comme une trahison. La bourgeoisie dut alors abandonner la lutte et se rendre aux conditions émises dans la capitulation ci-dessus.

3 Jean de Frahan, bourgmestre, et Jean de Tresogne. dit L'hoest, tiers de Dinant.

* Le comte de Sporch, commandant l'armée impériale, alors à Bouvignes.

contre leurs debvoirs de fidèles sujets d'icelle tant à la ville que château, en préjudice des ordres de Saditte Majesté et de sa garnison y placée, à condition qu'iceux, bourgeois et habitans de laditte ville et de ses appendices, renouveleront les serments de fidélité et obéissance à Saditte Majesté, entre les mains de Saditte Excellence ou de celuy qu'il y pourrat commettre pour cela; comme aussy de remettre la forteresse de Montfort \ avec les armes et munitions de guerre, entre les mains du commandant qui y serat laissé de la parte de Saditte Majesté; que tout présentement, sans aucun délay ny relâchement lesdits bourgeois remettront entre les mains de Son Excellence la porte de leur ville d'en haut, ditte de Saint- Nicolas, comme pour gage de leur bonne foy, moyennant que Son Excellence, au nom de Saditte Majesté Impériale les asseure de les laisser libres et paisibles dans la possession de leurs biens meubles et immeubles et de les conserver dans les privilèges dont ils jouissoient auparavant comme membres de l'Empire et Pays de Liège, les asseurant que la garnison qui y serat laissée vivrat avec toute sorte de bon ordre et discipline et qu'ils ne contribueront à leur subsistance que ce à quoy leur quote porterat avec le reste de la généralité du Pays de Liège.

Fait au camp impérial de laditte ville, die et anno ut supra.

Archives de la ville de Dinant. — Registre aux Recès, 1614-1683, f° 7 vo. — Archives de l'État à Namur, Copie à la liasse Histoire et Administration.

1 BOUILLE parlo à ce passage de « la forteresse. « Il supprime les mots « de Montfort, » ce qui pourrait faire croire qu'il s'agissait du château. Celui-ci était déjà au pouvoir des Impériaux.

Le magistrat de Binant demande au commandantimpérial d'intervenir auprès des autorités des Pays- Bas pour que des mesures soient prises en vue d'assurer le ravitaillement des habitants et de la garnison.

Décembre 1674.

Les magistrats supplient. S. E. l de représenter à Monsieur l'intendant Francquenne :

Que passé desjà trois à quatre ans, il at esté interdit de la parte des Espagnols l'entrée de toutes sortes de grains et fourages dans Dinant, à cause de quoy elle en est absolument wide et défournie.

Que s'il faut entretenir la garnison impériale, il faut que la libre entrée desdits grains soit permise sans imposts.

Qu'il soit libre aux habitans ou aux commissaires ou rnunitionnaires d'aller achapter des grains dans les villes et pays du roy d'Espagne, en payant, et dans les autres villes du Pays de Liège.

Qu'il soit permis aux habitans aïans des biens aux champs où il est besoing de travers, d'en pouvoir voiturer sans empeschements les fourages croissant, afin s'en pouvoir servir à l'usage de la garnison.

1 Le comte de Stahremberg, gouverneur impérial de Dinant.

Que comme aujourd'huy la ville de Dinant est subjette et de même considération que les autres villes de l'Empire, alliées de l'Espaigne, le commerce de rivière ou de terre soit libre et sans pavages, afin que le peuple puisse subsister et profiter pour entretenir la garnison ; autrement, il n'est pas possible qu'il le puisse faire.

Qu'il soit interdit aux garnisons de Givet, de Spontin, du Chasteau-Thiry, de Houx et autres du voisinage de faire des courses proches cette ville, où ils prennent toutes les denrées qui s'y aportent au marché, en tele sorte qu'il n'y entre quoy que ce soit, ce qui met la ville en tout défaut, et fait que les paysans, ne pouvant venir débiter leurs denrées, ne peuvent payer la taille à l'Estat, en conséquent, ne pouront fournir le taux à l'armée impériale.

Que les meubles et marchandises et biens retirés par ceux de Dinant dans les pays du Roy Catholique se pouront retirer sans frais ny payages.

Archives de lu ville de Dinant. — Registre aux Becès, 1674-1683, fo 4.

Ordonnance du comte de Stahremberg, commandant impérial de Dinant, pour les prestations à fournir par les bourgeois aux officiers et aux soldats de la garnison.

6 décembre 1674.

Il est ordonné par le comte de Staremberg, conseiller et Chamberlain de S. M. L, son général de bataille et commandant de la ville de Dinant, ses dépendances et le pays d'Entre-Sambre-et-Meuse.

Qu'ayant consenti les magistrats de la ville, pour tenir autant meilleure corespondance entre les soldats et leurs hostes, par leur bonne volonté, de donner, outre les ustensiles et la couverture, deux livres de pain à chaque soldat par jour, que les officiers et soldats de la garnison de ladite ville de Dinant, tant de cavalerie que d'infanterie, s'en doivent contenter entièrement, sans molester ny inquiéter leurs hostes en leur demandant davantage.

Lesdits soldats et officiers se contenteront en leur donnant la portion de bois que leurs hostes leur bailleront par jour, sans faire des trop grands feux inutilement, lesquels seront extincts partout après la retraite du soir touchée.

Que, pour les soldats ordinaires, il serat libre à chaque bourgois de les laisser chauffer à leur feu de famille pour se descharger du livrement dudit bois.

Il est ordonné à tous vivandiers de traiter leurs chevaux à leurs dépens, ou de les vendre, à la descharge desdits bourgois.

Il serat libre aux bourgois de se pourvoir de quelque maison pour y mettre leur logement, afin de pouvoir tenir leur résidence libre, ordonnant ausdits soldats de s'y placer et de se contenter dudit feu, logement, utensiles et pains, tel qu'il est dit au premier article, sans qu'ils puissent constraindre lesdits bourgois de leur donner autre subsistence.

Il est aussy défendu à tous bourgois de rachapter leur logement, à peine de désintéresser ceux qui le seront à leur place, et de peine arbitraire.

Et comme les officiers ne pouront pas jouir de leurs utensiles toutes en nature, il ne leur serat pas permis d'exiger de leur hoste, au lieu d'icelle, plus qu'un demy esquelin par portion de bouche, et un quart d'esquelin par portion de cheval; ce receu, l'hoste ne leur baillerat autre chose que les licts et les bois.

Donné à Dinant, le 6me de décembre 1674.

Archives de la ville de Dinant. — Registre aux Recès, i 614- 1683, f» 5.

Le comte de Stahremberg, gouverneur allemand de Binant, défend de convoquer le Conseil sans le prévenir et ordonne au Magistrat de lui communiquer toute la correspondance publique.

7 décembre 1674.

Ernest Ruttiger, comte de Starchemberg et du S1 Empire, seigneur des comtés de Schaumbourg et Efferding, etc., conseiller chamberlan, général de bataille, colonel d'un régiment d'infanterie et gouverneur de la ville et château de Dinant et des places en dépendantes.

Puisque l'état des affaires présent et le service de S. M. Impériale m'oblige que je sçache tout ce qui se traite au Conseil de la ville, il est deffendu par celle-cy, aux bourgmaistres de convoquer doresnavant ledit Conseil, et à celluy-cy de s'assembler sans que j'en sois advertis auparavant, pour y pouvoir envoyer toujours de ma parte un capitaine qui aie la cognoissance de tout ce que se traitera audit Conseil.

Et comme il m'a été raporté que les bourgmaistres et ceux du magistrat recevoient toute sorte de lettres touchantes les affaires publiques et d'estat sans me communiquer la moindre chose, j'ordonne que telles correspondances secrètes soient entièrement interdites,

et en cas que les bourgmaitres ou quelqu'un du magistrat recevroient des lettres de cette qualité là, je veux qu'elles me soient montrées sans dilation, sous peine aux transgresseurs detre châtiés très rigoureusement 1.

Ce 7 décembre 1674.

Rècès, 1 614- 1683, fo G.

Le comte de Stahremberg, gouverneur impérial de Dinant, ordonne de procéder, sans délai, à détection d'un second bourgmestre.

9 décembre 1674.

Ernest Ruttiger, comte de Starchemberg, seigneur des comtés de Schaumbourg et Efferding, conseiller chamberlan, générai de bataille, colonel d'infanterie, gouverneur de Dinant et des places en dépendantes et Pays d'Entre-Sambre-et-Meuse.

1 A la suite de cette défense, le Conseil ne put plus correspondre librement. Aussi s'excusait-il, le 11 mars 1675, de n'avoir pu avertir le Conseil privé de ce qui s'était passé depuis l'introduction de la garnison impériale (Reg. aux Recès, 1674-16X3, f°77 v°).

Comme maintenant que les troubles de la guerre sont passés, il est de mon devoir de restablir en cette ville toutes les bonnes coutumes et règles qui étoient cy-devant pour l'utilité du bien publique, et qu'entre autres il se trouve qu'il y avoit toujours deux bourgmaistres pour tant plus facilement démesler et expédier les affaires comunes, lesquelles me semblent, dans la cunjuncture présente, encore plus pesantes et plus difficiles pour un seul, je trouve bon, Monsieur \ de vous advertir qu'il est temps de créer un autre sans délay et de vous ordonner de le faire sans aucune perte de temps, m'advertissant du jour et de l'heure de l'élection, pour pouvoir envoyer un officier qui y assiste de ma part 2.

Fait à Dinant, le 9 décembre 1674,

Archives de la ville de Dinant. — Registre aux liecè.s, 1674-1683, fo 3.

1 Le bourgmestre Colbau, à qui cet ordre est adressé.

2 Le Conseil convoqua une assemblée de la bourgeoisie pour le 10 décembre. Maximilieu de Matagne y assista, comme délégué du commandant. Jean de Frahan fut élu bourgmestre et agréé par le comte de Stahremberg (Reg. aux Recès, 1674-1683, fos 3 v°, 6 v°).

La ville de Dînant alloue au comte de Stahremberg, gouverneur impérial, 600 patacons par mois, pour sa subsistance.

11 décembre 1674.

Le onzième de décembre, le Conseil estant assemblé, délibérant sur les demandes de S. E, le comte de Starhemberg, remercie Saditte Excellence du bon traitement quelle fait à cette et la supplie de le continuer et user au futur de sa bénignité en considération du zèle des honestes gens de cette ville et de l'indigence et misère du peuple.

Et comme il avoit esté accordé à Saditte Excellence, à son entrée, pour honoraire, une somme de six cents patacons, et que du depuis, sur remonstrance luy faite, elle at eu la bonté de remettre laditte somme en luy livrant quatre pièces de bon vin clairet, le magistrat le furnirat, avec actions de grâces à la civilité de Saditte Excellence.

Accorde à Saditte Excellence pour sa subsistence et de son Estât, durant le quartier d'byver, la somme de six cens patacons par mois, ayant commencé à avoir course au premier de novembre dernier, qui luy seront furnis réelement.

Archives de la ville de Dinant. — Registre aux Reces, 1614-1683, fo 8.

La ville de Dînant prend des mesures pour assurer le logement de la garnison et pour se procurer les sommes nécessaires afin de remplir ses obligations envers les Impériaux.

12 décembre 1674.

Le xijme de décembre 1674, messieurs du Conseil de ville, ayant délibéré d'assembler la généralité pour leur proposer les difficultés qui se rencontrent dans les mouvements présents, afin d'apporter les remèdes et consentements convenables au salut publique ;

Représentent que, sur certaines commissions subreptices ou prétendument obtenues de la généralité ou de quelque membre d'icelle aux dernières assemblées, l'on auroit, sur le prétexte de certaines fortifications inutiles ou autres nécessités publiques, prins quantité d'argent à fraix en divers endroits, et que l'on apprend qu'il se continueroit encor à en lever en vertu desdites commissions non limitées ny réglées; l'on demande si effectivement il y at eu ordre formel et compétant de ce faire, et s'il ne seroit bon et à propos en ce cas d'en voir l'aplicat et renseignement.

Et, venant sur les nécessités présentes, l'on donne à cognoitre auxdits assemblés, que comme quantité de mannans, bourgeois et inhabitans de cette ville ont déserté leurs maisons et la jurisdiction, telement que

les logements leur assignés se treuvent inutiles, à la surcharge des habitans restans, qui ne pourront, à la fin, suppléer ny supporter leurs charges, s'il ne seroit pas à propos pour y remédier, de pouvoir, par voie de parate exécution et main-mise, se saisir desdites maisons et prendre le désintéressement de l'absence des propriétaires, premièrement sur leur propriété et les droits qu'ils ont à y clamer, et successivement sur les rentes en degrés de postériorité jusques audit désintéressement, se réservant néantmoins le moyen de consuivre lesdits propriétaires et déserteurs par toutes autres voies, tant pour l'indemnité de ladite ville que desdits rentiers.

Que comme il convient cependant avoir promptement des grandes sommes d'argent, tant pour furnir à la subsistance de S. E. convenue, portante six cens patagons par mois \ que pour quantité d'autres sommes accordées à divers généraux à la reddition de la ville, si comme de trois mils ducats à M. le général Sporck, de deux cents ducats à M. le comte de Louvigni, de deux cents autres ducats à M. le comte Gulften, de six cents patagons d'entrée à Saditte Excellence, de quatre cents patagons aux canoniers, du supplément des portions pour les personnes désertées et maisons abandonnées et ruinées, qui reviennent à des grosses et notables sommes, outre beaucoup d'autres menues de la dépence qu'il convient faire à la réparation et. fortification du château, do Montfort, et de beaucoup d'autres places de cette ville, tellement qu'il convient

1 Voir pièce précédente.

avoir des grandissimes sommes d'argent, de quoy l'on demande à l'assemblée les avis et moyens.

Et si, comme l'on croit, que les commissions prétenduement données dans les dernières assemblées de ville pour prendre argent à fraix sont défectueuses et nullement authorisées de la pluralité, l'on demande s'il ne seroit pas bon de les déclarer nulles et de nulle valeur, et à cet effect en faire les protestations, authorisant les affiches publiques à en faire dans Liège et ailleurs, comme non avenues et contre l'intention des principaux et plus grande partie des habitans.

Nous attendrons la dessus vos salutaires avis sans aucun délais l.

Archives de la ville de Dinant. Registre aux Recès, £674-1683, f o 8 v<>.

1 Les bourgeois d'emmy la ville, les batteurs et les neuf métiers discutèrent ces propositions. De leurs délibérations, il ressort :

« Que la plus grande et saine partie des corps assemblés demande renseignement des sommes levées et prises à fraix du passé, avec cessation des commissions pour ce données.

» Item, de pouvoir exécuter les désintéressements des maisons désertées par les voies proposées;

» Item, de pouvoir prendre de l'argent à fraix pour fournir aux nécessités présentes et futures; à quel effet ils authorisent les commissions à en donner. » (Reg. aux Recès, 1674-1683, f° 11).

Le 15 décembre, le Conseil donna pouvoir à Henri de Walrand de se rendre à Liège et d'y emprunter de l'argent aux meilleures conditions possibles, en donnant comme gage les biens et revenus de la ville en général et des habitants en particulier (Même registre, f° 11 v°).

Le 18 janvier 1675, le Conseil ordonna à tous ceux qui avaient reçu ou manié des fonds provenant des emprunts antérieurs à l'arrivée des Impériaux de justifier de leur emploi dans les quinze jours (Reg. aux Recès, 1674-1683, f° 34 \°>.

Le même registre renferme de nombreux actes d'emprunts faits par la ville de Dinant à cette époque.

Le Conseil de Binant 'prend des mesures de police pour assurer la propreté de la ville, la surveillance des étrangers et la répression des vols.

24, 26, 27 décembre 1674.

Messieurs les bourguemaîtres et Conseil, prévoyants une infection en cette ville par les ordures y croupissantes et qui s'augmentent de jour à autre, afin y obvier, ordonnent à tous bourgois et inhabitans d'icelle d'incessament et sans délay les faire nettoyer devant leurs maisons et les faire porter en la rivière de Meuse ou dans le bastion du jardin, à paine de trois florins d'amende à la charge des défaillans. Fait en Conseil, le 24me de décembre.

En Conseil, le 26me décembre 1674. Messieurs, par ordre de S. E. Mgr le comte de Staremberg, ordonnent à tous hostellains et dames d'hosteleries dedans cette ville et franchise de, chacun jour, au temps de la fermeture des portes de ville, sur le soir, porter à Saditte Excellence les noms et surnoms de tous estrangers qui seront logés chez eux, avec le lieu de leur résidence et d'où ils sont venus, à paine de trois florins d'amende à charge des défaillans et défaillantes.

Mesdits sieurs authorisent messieurs les bourguemaîtres et tiers de choisir et dénommer quatres per-

sonnes pour demeurer aux entrées et portes de ville depuis le matin, à l'ouverture d'icelles, jusques au soir, à la fermeture, pour recognoitre les personnes estrangères qui entreront, et tenir note de leurs noms et surnoms et de l'hostelerie où ils iront loger, pour en aporter liste et estât, chacun jour au soir, à messieurs les bourguemaîtres.

En Conseil, 27me décembre 1674. Messieurs, étant informés qu'il se fait diverses voiles dans les maisons des bourgois, font deffence à tous bourgois et inhabitans de cette ville, de quelle qualité ils soient, de ne recevoir ny souffrir être receu ou aporté en leur maison aucun meuble, marchandises ou autres choses qu'ils pouroient suspecter avoir esté volé ou dérobé, et aussy de ne dissimuler aucun larcin ny larron, mais qu'incontinent les ayant descouvert, ils aient à en advertir messieurs les bourguemaîtres, à paine qu'ils seront chastiés comme larrons et fauteurs de larcin.

Archives de la ville de Dînant. — Reg. aux Recès, 1674-1683, f»s 19, 19 v».

Le Conseil, afin de réduire la consommation du grain, défend de brasser des bières fortes et de distiller du brandevin.

7 janvier 1675.

En Conseil, le 7me janvier 1675.

Messieurs les bourguemaîtres et Conseil, prévoïans que le défaut des grains qui se trouve dans cette ville \ outre les maux qu'elle at souffert et souffre encor journelement, la vat plonger en des dernières misères, et informés que la plus grande partie des grains se consument en brasser des bières fortes et brandevin, font deffence, commenceante dès ce jourd'huy, à tous brasseurs et autres personnes de quelle qualité ils soyent, de ne faire ny brasser aucune sorte de bière pour être vendues et distribuées par taverniers et hostellains à plus haut pris que de trois patars le pot, et aux brandeviniers, de doresnavant, sans permission, faire et brasser aucuns brandevins, à paine de dix florins d'or d'amende, aplicable tiers au profict

1 Le 2 janvier, le Conseil avait ordonné des visites domiciliaires afin de s'assurer de la quantité de grain existant dans chaque maison (Reg. aux Recès, 1674-1683, f° 20 v°). Le 8 janvier, il fut prescrit aux dizainiers de dresser la liste exacte des personnes habitant leur circonscription, en y comprenant les soldats logés chez les bourgeois (Même registre, f° 30). Cette mesure avait pour objet de réglementer la consommation des vivres.

de S. A., tiers à la ville et le rest aux pauvres et rapporteurs. Ordonnant cependant aux brasseurs et taverniers et tous les autres, qui ont des vielles bières brassées avant la présente, de s'en défaire et les avoir distribué avant le premier de febvrier prochain, à peine des amendes dessus statuées.

Archives de la ville de Dinant. — Registre aux Recès, 1 614- i 683, fo 29.

Le cornée de Stahremberg, gouverneur impérial de Dinant, exempte tes échevins de Dinant du logement des gens de guerre.

8 janvier 1675.

Ernest Ruttiger, comte de Stahremberg, gouverneur général du Saint Empire, etc., conseiller et chambellan de S. M. I., général de bataille de ses armées au Pays-Bas, colonel d'un régiment d'infanterie et gouverneur des ville et château à Dinant, etc.

Ayant considéré les privilèges des eschevins de Dinant, leurs raisons, fonctions et employ, déclarons les tenir exems et les exemtons actnelement, et leurs résidences, de tous logements de gens de guerre et

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choses en dépendantes, ordonnant à tous officiers et soldats de nostre commandement, ensemble aux bourguemaitres, Conseil et gens de la police d'icelle ville de les laisser jouir libres d'icelle exemtion sans les y troubler, ny les empescher.

Donné à Dinant, le huitième de janvier mil six cent soixante-quinze.

Archives de la ville de Dinant. — Registre aux Recès, 1674-1683, f«91. — Registre auxParoffres, 1612-1680, fo 96 vo.

Le comte de Stahremberg. gouverneur impérial de Dinant, ordonne que le produit des gabelles soit versé entre ses mains \

12 janvier 1675.

Nous, Ernest Ruttiger, comte de Stahremberg, etc., ordonnons aux bourguemaîtres de la viile de me faire apporter tout incontinent les deniers, receus depuis le comencement du mois de novembre jusques à la fin du mois de décembre, des imposts sur la bierre, levés

1 Le 21 janvier, le Conseil, menacé d'exécution militaire, se décida à ordonner aux fermiers des gabelles de verser ce qu'ils avaient touché entre les mains du comte de Stahremberg (Rey. aux Recès, 1674-1683, f°36).

tant pour le Prince et les Estats que celles qui ont esté levées pour la ville, continuant ainsy les mois suivants, sur paine d'exécution militaire. Fait à Dinant, le 12 janvier 1675.

Archives de la ville de Dinant. — Registre aux Recès, 1614-1683, f» 31 vo.

Le Conseil, en présence du renchérissement du prix des vivres, ordonne l'expulsion de tous les étrangers qui nont pas les moyens de pourvoir à leur subsistance.

31 janvier 1675.

Eu féauté, le dernier de janvier.

Messieurs, informés que la cherté et pris des grains s'augmentent de jour à autre en cette ville et pays circumvoisins \ et qu'il y a grand nombre de personnes

1 Le 18 février, le gouverneur impérial ordonna à la ville de Ciney d'envoyer immédiatement, à Dinant, tout le grain qu'elle possédait (Reg. aux Recès, 1674-1683, f° 50 v°). Le magistrat de Ciney répondit le surlendemain que le bourg et les environs avaient subi toutes les horreurs de la guerre, que la disette y régnait et qu'il était impossible de venir en aide aux Dinantais (Même registre, f° 54). Le comte de Stahremberg prescrivit de visiter tous les greniers de Ciney pour s'assurer de la sincérité de cette réponse (laid., f° 66).

estrangères de touttes âges et sexes icy réfugiés et quantité de pauvres, mendians et mendiantes, font commandement que toutes lesdites personnes, qui n'ont les moyens et puissance de se nourrir de leurs propres biens et provisions, aient à sortir de cette ville et franchise, ens vingt-quatre heures, à paine d'en estre chassés. Deffendent aussi à tous bourgeois et autres de les suporter, recevoir et cacher, chez eux ou autres, à peine de trois florins d'or d'amende à payer irrémissiblement et aplicables tiers au Prince, tiers à la ville, et le rest au raporteur. Sy ordonnent la présente estre publiée et affichée en lieux publics et accoustumés.

Archives de la ville de Dinant. — Registre aux Recès, Î614-1683, fo 41.

Le comte de Stahremberg, gouverneur impérial de Binant, ratifie le choix de délégués envoyés par le Conseil à l'évêque de Liège pour lui exposer la situation, et défend de procéder à une élection réclamée par des opposants pour désigner d'autres députés.

15 février 1675.

Ernest Ruttiger, comte de Staremberg et du Saint Empire, etc., conseiller chamberlan de S. M. I., son

général de bataille, colonel d'un régiment d'infanterie et commandant des ville, château de Dinant et Pays d'Entre-Sambre-et-Meuse pour S. M.

Estant informé que les bourguemaîtres et Conseil de cette ville ont dessein de faire partir quelques députés vers S. A. l'Electeur de Cologne, leur prince et évesque de Liège, pour luy représenter Testât présent de ladite ville, luy renouveler et rendre les debvoirs de leurs respects et obéissance qu'ils sont obligés, ayant à cet effect esté proposés et avancés les personnes de Henri de Walrand et Philippe- Georges Tabaguet, eschevins dudit Dinant; oultre plus, que lesdits (quoique bien capables de cette charge) ne sont agréés d'aucuns personages contraires à ce louable dessein, et qui, soubs l'appuy d'un party qui les doibt favoriser, prétendent avancer et y faire préférer d'autres de leurs factions, par voie élective; Nous, désirant empescher les suittes mauvaises que semblable manière d'agir poldrat aporter au publicque, avec un préjudice et retardement irréparable, déclarons agréer que lesdits Walrand et Tabaguet, advancés et proposés, soient députés, ainsy que l'agréons par cette, avec interdiction auxdits bourguemaîtres et gens dudit Conseil d'en choisir et dénomer aultres, à peine de nostre indignation.

Donné audit Dinant, le 15e de février 1675.

Archives de la ville de Dinant. — Registre aux Recès, 1614-1683, fo 49 v«.

La Ville de Binant supplie le comte de Stahremberg de faire entrer en compte, dans le règlement des tailles qui lui sont imposées, les dépenses quelle doit subir pour la défense du château, et de faciliter le ravitaillement de la place.

20 février 1675.

Nous avons veu par celle de S. E. l escrite à M. Streff, capitaine commandant, la continuation de ses affections vers nous et le grand zèle qu'elle at à nostre deffence et protection. Desquelles la remercions très humblement, l'asseurant que nous y contribuerons, et toutte la bourgeoisie, ce qui serat toujours de nostre pouvoir pour les seconder. Et comme Mr le capitaine Vingarden nous presse pour le paiement de la quotte des tailles dont nostre ville est chargée avec le plat pays par ordre de Mr de Chavagnac, et que V. E. a eu la bonté de nous faire espérer qu'icelles se pouroient rencontrer sur les dépenses immenses que nous faisons par ses ordres aux fortifications et munitions du château et place de Montfort,

1 Le comte de Stahremberg venait de transférer sa résidence à Huy et avait laissé le capitaine Gaspard Streiff comme commandant du château de Dinant. A peine installé, Streiff enleva de la maison de ville 229 armes à feu qu'il lit porter à la tour de Montfort (Reg. aux Recès, 1674-1683, f° 51).

à quoy le résidu du pays deveroit satisfaire, nous la supplions, avec tous respects et humilité, de nous faire la grâce d'obtenir ordre de Mr le comte de Chavagnac que telles dépenses nous soient tenues en compte sur nostreditte quote 1; et d'une même suitte obtenir permission de nous laisser suivre de la ville de Huy quelque partie de grains pour la subsistence de cette ville, puisque nous recognoissons que nostre voisinage, tant de nostre pays que du comté de Namur, ne nous en fournirat en suffisance, nonobstant les diligentes recherches que nous- en faisons incessamment 2. Ce nous serat un surcroît dos obligations que nous et toutte la populace luy aurons éternellement et de luy rester très humbles et très obéissants serviteurs.

Archives de la ville de Dinant. — Registre aux Recès, 1674-1683, fo 51 v«.

1 La réponse de Stahremberg, datée du 26 février, ne fut pas favorable : - Nous sommes, disait-il, en si grande faulte d'argent qu'il faut amasser tout ce qu'on peut pour pouvoir payer nos troupes » (Reg. aux Recès, 1674-1683, f° 60, 67 v°). Et il ajoutait : « ce que vous avez livré au château est vôtre; ce pourquoy on ne le peut pas recevoir comme paiement des tailles. »

2 Le comte de Stahremberg promit de faire tout ce qui serait en son pouvoir pour envoyer du grain de Huy à Dinant (Même registre, f° 68).

Le comte de Stahremberg prend des mesures sévères contre les habitants de Saint-Médard qui ont abandonné leurs maisons et ne satisfont pas aux 'prestations militaires.

3 mars 1675.

Nous, Ernest Ruttiger, comte de Starchemberg, etc. Ordonnons aux bourguemaistres et gens du Conseil de la ville de Dinant de faire revenir ceux qui ont quitté leurs maisons à S*-Médard, et de les faire payer, si bien que ceux qui y sont encore, ce à quoy ils sont taxés de contribuer par mois pour le service de la compaignie des dragons, sur paine que ces déserteurs là seront traités en rebelles, leurs biens confisqués et leurs maisons bruslées, s'ils ne reviennent incontinent à satisfaire à leur devoir. Et jusque, la ville de Dinant serat obligée de satisfaire pour eux en tirant à soy leurs maisons. Fait à Huy, ce 3me mars 1675.

Archives de la ville de Dinant. Registre aux Recès, 1614-10S3, fo 69.

La Ville de Binant ayant imploré le secours de VÊvêque, celui-ci lui reproche de ne pas £ avoir tenu au courant des événements et ordonne de lui présenter un rapport détaillé de tout ce qui s'est passé depuis l'occupation par les Impériaux.

11 mars 1675.

Prince Sérénissime, Les magistrats et habitants de la ville de Dinant, se trouvant en des misères et désolations extrêmes, sont obligés de les représenter à V. A. S. pour en attendre des effets de sa bénignité, et ont donné charge à leur député en cette ville de luy remontrer qu'après s'être veu constraints de soutenir un siège ruineux, de promettre et doner de grosses sommes d'argent aux généraux de S. M. I., ils se treuvent chargés d'une garnison de dix compagnies d'infanterie, de deux de cavalerie et d'une de dragons, qui s'augmentent tous les jours par de nouvelles recreutes, d'une subsistence à leur gouverneur, de réparations, fortifications et munitions, tant à leur château qu'à la forteresse de Montfort, et nonobstant cette excessive garnison, constrains à payer leur contingent des tailles avec le reste du plat pays, chargés des feux des gardes à ces places et de la ville, de quantité de messagers, envoyés et employés, du louage

de divers batteaux quand il leur est ordonné, et néantmoins privés de tous leurs deniers publiques (saisis par lesdits généraux), ce qui les met dans des misères et nécessités extrêmes, telles que tous lesdits habitans seront obligés de déserter, y constrains aussy par le défaut des grains et de toutes autres subsistances; qui les fait avoir recours à V. A. S., qu'ayant esgard à leurs larmes et à leur désolation, elle veuille par son pouvoir y aporter du remède, ou au moins les faire comprendre dans les traités qu'elle ferat avec S. M. I., ou d'autres princes, pour une fois être remis en leur liberté, revenus à cette estât, et revivre comme ses très humbles et très obéissans sujets, ne pouvant avoir recours qu'à leur prince légittime, de quy ils espèrent tous bons effects. Au Conseil, ce 8e de mars 1675.

Apostille. S. A. S. étant bien intentionée pour le soulagement de la ville de Dinant ordone au magistrat de déduir spécifiquement, par détail en forme de journal, tout ce qui s'y est passé depuis qu'elle at esté occupée, et les intérests que laditte ville et bourgois ont souffert, S. A. ayant pour désagréable que jusques à présent ledit magistrat ne luy en at donné la moindre advertance 2.

Fait au Conseil de S. A., le 11 de mars 1675.

Archives de la ville de Dinant. — Registre aux Iiecès, 1674-1683, fo 79.

1 Henri de Walrand, échevin de Dinant.

2 Le Conseil s'excusa de ce retard eu disant * que l'on auroit, passé longtemps, satisfait, s'il avoit esté libre aux magistrats de s'assembler pour vacepuer aux fonctions de leurs devoirs » (Reg. aux Recès, 167â-468Ss f° 88 v°; cfr. ci-dessus, pièce n° 710).

Le comte de Stahremberg fait ses adieux à la ville de Binant.

2 avril 1675.

Messieurs, il me déplaît que l'accident impourveu de la surprise du château de Liège \ à laquelle on sa creu obligé de remédier de la part de S. M. I., m'aye empesché de prendre congé de vous de bouche; je vous l'ay fait donc par cette lettre, en vous remerciant de toutes les bontés que vous m'avez tesmoignez durant mon séjour à Dinant, vous asseurant qu'en tout ce que je pouray pour le bien de votre Estât, et de votre ville en particulier, je ne manqueray point de m employer avec bien de la joie, ce que Messieurs de Liège auroient ressenti par elfect si quelques uns entre eux, trop préoccupés de l'argent de la France, n'auroient mieux aimé les juges qu'ils leur sont imposez que leur liberté que j'avois envie de leur procurer, et empesché, par leur cabale, les effects de mes soings. Cependant je crois que pour vous en particulier vous n'aurez pas sujet de vous plaindre

1 Dans la nuit du 27 au 28 mars, Ferdinand de Billehé, baron de Vierset, commandant la citadelle de Ste Walburge à Liège, l'avait livrée aux Français. Le général impérial de Chavagnac avait immédiatement envoyé des troupes, notamment celles de Stahremberg, présenter leur concours au gouvernement du Prince-Évêque.

de mon commandement 1 et espère que vous voudrez bien que j'emporte avec moy quelque mémoire de votre bonne volonté 2. Ce que j'espère en me disant Messieurs, votre très affectionné (s.) E. R. Staremberg. De Quiquempoi 3, ce 2 avril 1675.

Recès, 1674-1683, fo 99 v<>.

1 Ces protestations d'amitié semblent ironiques quand on considère les vexations de tous genre qu'avaient dû supporter les Dinantais. De même les sentiments exprimés dans la réponse que fit le Magistrat à la lettre publiée ci-dessus (Reg. aux Recès, 1678-1683, f° 100).

2 Cette invitation fut comprise. Dans sa réponse, le Magistrat disait à Stahremborg qu'outre « la civilité qui avoit esté convenue à son entrée pour chaque mois (voir ci-dessus, pièce n°712), nous adjoutons cejourd'huy pour son adieu quatre cents escus. » De plus, le capitaine Franck, secrétaire du comte, qui avait apporté la lettre que nous publions, « proposa » à la ville « de payer pour sept compagnies les rations, à cinq patars chacune, durant la course de ce mois, ou faute de ce, lesdittes sept compagnies seront icy renvoiées à la charge de la bourgeoisie. » Le Conseil fut surpris de devoir payer la subsistance de sept compagnies « qui restent à Huy; » mais l'appréhension de leur retour arracha son consentement à cette nouvelle extorsion (Reg. aux Recès, 1674-1683, fos 100, 100, v° 102, 103).

3 Kinkempois, dépendance de la commune d'Angleur, sur la rive droite de la Meuse, en amont de Liège.

La Ville de Dînant commande à l'orfèvre namurois Posson des plats et aiguières en argent destinés à être offerts au comte de Stahremberg.

3 avril 1675.

Monsieur, en cas que les deux bassins qu'avez entrepris de faire pour Monsieur le comte de Straremberg soient achevez, nous vous prions d'en délivrer l'un, pour nostre compte, à Monsieur le capitaine Wingarden, son maître d'hostel, et nous envoier le poid et pris d'iceluy bassin et pot. Et nous ne manquerons de vous en faire tenir le paiement en peu de jours l.

Espérant que nous ferez cette faveur, nous sommes, Monsieur, vos affectionnés en service, les bourgemaîtres et gens du Conseil de Dinant.

Archives de la ville de Dinant. — Registre aux Recès, 1674-1683, fo 99.

1 II résulte d'un relevé des sommes que coûta l'occupation allemande (Arch. de la ville de Dinant, Liasse n° 132) que le bassin et l'aiguière furent payés 693 fl. 6 s., monnaie liégeoise.

Le général français de Medaillan ayant demandé que les sujets français soient reçus à Binant, la Ville répond quelle ne jouit pas de la liberté et que ses postes et fortifications sont occupés par une garnison allemande.

23 avril 1675.

Messieurs, J'ai toute la joie possible de vous savoir délivré d'une pesante garnison \ et comme votre ville est à présent en la liberté (ce qui at esté au château ne devant ny pouvant vous empescher d'avoir comerce avec vos voisins), j'ai ordre de sçavoir de vous si vous esté dans le dessein d'entretenir avec nous une bonne correspondance, et si les subjects du Roy, tant militaires qu'autres, peuvent passer et estre dans votre ville avec la mesme seureté qu'ils ont passé et esté de tout temps. Vous sçavé, Messieurs, que bien que la citadelle de Liège soit à présent sous la protection du Roy et qu'elle soit occupée par ses armes, la ville ne laisse pas de recepvoir et mesme de garantir de toutes insultes les personnes qu'y pourront avoir affaire, bien que contraires au service du Roy. Cette exemple

1 Allusion au départ du comte do Stahreinb&rg et d'uno pari if d< la garnison.

ne nous deveroit pas faire doubler de la seureté dans votre ville, mais il est toujours mieux d'en estre asseuré par la responce que je vous supplie très humblement de me faire sur ce sujet, laquelle j'attend pour en rendre compte et vous asseure cependant que je suis, Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur. (Signé) Medaillan.

Réponse.

Monsieur, Nous vous sommes bien redevables de la joie que vous prené de nous sçavoir délivrés d'une pesante garnison, quoiqu'il soit assé cognu que nous ne possédons pas encor la liberté qu'il semble, par la vôtre du 23me, qu'esté informé être icy, veu que nos portes sont en la garde des soldats allemands des garnisons du château et place de Montfort qui peuvent empescher les correspondances de notre ville avec celle de Philippeville. Et combien que la citadelle de Liège seroit présentement soub la protection du Roy et de ses armes, qui permettent la seureté en la ville des personnes qui y ont affaire, nous vous supplions très humblement, Monsieur, d'estre persuadé que cette exemple de Liège ne nous peut pas garantir icy de la subjection où nous sommes, ny les subjects militaires ou autres de Sa Majesté Très Crestienne dans le comerce que nous désirerions aussy bien qu'eux en bon voisinage. Qui est la responce que vous prions d'agréer et que peuvent vous donner ceux qui sont

toujours, Monsieur, vos très humbles et très obéissans serviteurs.

De Dinant le 25me d'Avril 1675.

Archives de la ville de Dinant. — Registre aux Recès, 1614-1683, f. 111.

Le commandant impérial réquisitionne cinquante hommes Jtabituês au travail pour compléter les fortifications du château.

26 avril 1675.

Messieurs, quoique, passé huit jours ou environ, je vous aie envoyé ordre de livrer des hommes pour travailler à la fortification de cette place en lieu des pauvres entfans des plus pauvres familles qui s'y sont treuvés de temps en temps, les plus aisés et commodes ayant toujours tesmoigné d'estre les plus mal aisés et moins affectionnés au service de S. M., sy est-ce qu'il ne vous at pas pieu de vous y conformer. Ce qui m'oblige à vous adviser que sy demain, à sept heures matin, vous n'envoyez icy, à la fin que dessus, cinquante personnes habituées au travaile, et ainsy de jour à autre jusque au dernier de ce mois includ, je seray constraind de prendre des mesures qui ne vous seront utiles ny au publicque; de quoy.

je me déporterai volontiers sy le désirez, qui suis, Messieurs, votre très humble et affectionné serviteur (Signé) Gaspar Streiff, comendant.

Archives de la ville de Dinant. — Registre aux Eecès, 1674-1683, fo 110 v«.

Le général de Medaillan insistant l, la ville de Dinant maintient quen dépit de sa bonne volonté, elle ne peut avoir de communications avec les sujets de la France dans les circonstances actuelles.

27 avril 1675.

Messieurs, j'ay receu la responce que vous m'avez fait à ma lettre. Sur quoy je vous diray que je conserve pour votre ville une si parfaite inclination que j'ay creu luy devoir faire un très bon office en ne faisant pas voir à Mgr le mareschal de Créqui ce que vous m'avez respondu, par ce qu'il est trop bien informé de ce que vous pouvé faire pour entretenir la bonne correspondance pour ne pas voir par votre lettre le peu de disposition que vous y avez. Vous jugez bien qu'une mauvaise volonté de votre parte ne

1 Voir ci-dessus, pièce n° 725.

peut qu'attirer des disgrâces sur votre ville, et cette considération ne m'a pas seulement fait taire votre responce, mais aussy me donne la pensée de vous dire qu'il est très nécessaire que vous envoyé icy au plutôt quelques persones pour avoir l'honneur de faire la révérence de la parte de votre ville à Mgr le Mareschal, et vous devé cette diligence pour plusieurs raisons, et je vous conjure de songer à votre repos. Pour moy, Messieurs, je m'acquitte de ce que l'inclination que j'ay pour vos habitants peut désirer de moy en vous donnant cet avis l.

Cependant je vous asseure que je suis, Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur.

(Signé) Medaillan.

Réponse,

Monsieur, Les inclinations très obligeantes que vous tesmoignez pour cette ville auroient assez de pouvoir de la porter à des résolutions conformes, si le gouvernement soub lequel elle est présentement ne l'empeschoit et rendoit impuissante, pour lui avoir prescrit des lois contraires, que la violence des armes l'at fait souffrir et continue par l'occupation de ses places fortes, portes et clefs, privation de la plus grande partie des armes et munitions des bourgeois, deffence de correspondance et commerce avec votre ville et

1 Lo commandant impérial exigea qu'on lui communiquât cette lettre et la réponse (Reg. aux liecèa. 1674-1683, p. 112 v°).

subjects de S. M., l'accès vers ses généraux, l'envoy de messagers que l'on emprisonne et menace du dernier supplice et paines très rigoureuses, et autres semblables choses que tout le monde advouerat et receverat aussi bien que nous pour excuse légitime des correspondances et commerce que nous souhaiterions estre utiles et réciproques, et que nous vous supplions encor, Monsieur, ainsy les vouloir agréer, et nous continuer toujours, Monsieur, vos très humbles et très obéissans serviteurs.

Archives de la ville de Dinant. — Beg. aux Recès, 1674-1683, fo 112.

Le commandant impérial défend aux Dinantais toute communication avec la France, et ordonne d'appréhender tout Français qui s'introduirait dans la ville.

30 avril 1675

Gaspar Streiff, capitaine au régiment de S. E. le

1 Nous voyons au Protocole du Conseil Privé de Liège (29 avril 1675), une résolution tendant à engager les Dinantais à reprendre la garde des portes de la ville. En effet, sous cette date, le Conseil Privé écrivait : « Nous sommes esmerveillés que vous ne tâchez pas d'obtenir du comandant du château de pouvoir garder doresnavant vos portes, comme font ceux de

comte de Stahremberg et commandant es ville et château de Dinant pour S. M. I., etc.,

Comme il importe de veiller à la conservation des ville et château de Dinant et à ce que les fidèles subjects de S. M. I. y résidens ne soient surpris et insultés, en façon que ce soit, par l'entremise d'aucuns moins zélés au service de Saditte Majesté, lesquels, pouces ou induits par un instinct naturel indiscret et tout à fait aveugle, ne buttent qu'à se procurer une sincère correspondance et intelligence avec les subjects de Sa Majesté Très Chrestienne, directement contre leur debvoir et contravenant malicieusement au serment de fidélité qu'ils ont unanimement preste à S. M.; nous deffendons bien sérieusement à tous manans et inhabitans de laditte ville et banlieu de Dinant, de quelle qualité et condition ils puissent estre, d'avoir aucune correspondance secrète et préjudiciable avec les villes et subjects de Saditte Majesté Très Chrestienne, et de permettre qu'aucuns d'iceux, nuls exceptés, entrent et séjournent dans cetteditte ville et banlieu, soit en habit ordinaire ou déguisés, les enchargeant bien à certe, que s'ils en

Huy, ausquels on leur en a rendu les clefs, en sorte qu'ils se gardent euxmesmes passé jà quelque temps. Ce qu'il nous semble que vous pouriez obtenir à leur exemple, si vous faisiez instance pour cela. » La pièce que nous publions ci-dessus montre que Streiff n'était guère disposé à cette concession. Aussi le magistrat de Dinant répondait-il, quelques jours plus tard, au Conseil Privé : « Nous avons agis vers le capitaine comandant pour nous descliarger de la garde que les Allemands ont des portes de cette ville et relivrement des clefs d'icelles en nos mains, à l'exemple de ceux de Huy. A quoi il n'a voulu condescendre, s'excusant sur des parollos et menaces que doibvent avoir usé certains bourgeois » (Registre av.x Recès, 1674-4683, fos 114,115).

découvroient aucuns, de nous en advertir prompteraent et entre tems de s'en asseurer par touttes voyes, à peine qu'estant treuvé en deffaut de se conformer au présent édict en forme et manière, ils seront chastiés et punis sans rémission comme rebelles à Saditte Majesté et désobéissans à nos ordres, là où au contraire ceulx qui s'y conformeront seront recognus et récompensés selon leurs mérites.

Données au chasteau de Dinant, le 30 avril 1675.

Archives de la 'ville de Dinant. — Registre aux Recès, 1674-1683, fo 110.

Pour éviter le bombardement de la ville, le Conseil accueille les exigences du commandant impérial relatives aux frais des fortifications du château.

8 mai 1675.

Sur demandes nous faites de la parte du capitaine comandant de lui fournir quatre chevaux et deux chariots pour charier les matériaux nécessaires aux fortifications ultérieures du château et de payer les journées des ouvriers y travaillants, tous fers et feronneries nécessaires et plusieurs munitions de vivres, avec menaces, au défaut, d'exécution militaire et

même de donner bombes et grenades sur la ville et embrazer icelle, Messieurs ont requis et député monsieur le bourgmestre Frahan, les sieurs Bilquin, tiers, Léonard Delacourt, juré, et Pierre Henrar, vieux juré, pour aller au château et présenter audit comandant le peu de raison qu'il avait de nous obliger au dessus.

Ce qu'ayant esté fait le même jour après midy et représenté audit comandant que telles demandes étoient directement contre l'intention des généraux par la capitulation faite à la reddition de cette ville T et que Son Excellence nous en avoit exempté par ses lettres depuis sa sortie de cette ville 2, et aporté diverses autres raisons pour le faire désister desdites prétentions, nonobstant icelles, iceluy at persisté et exigé une somme de trois cents patacons pour nous en délivrer jusqu'audit jour susdit, et oultre plus, que devenons payer et acquiter tout ce qui at esté travaillié audit château jusque à même jour, et aussi livrer quattre tonnes de bière pour la provision de la garde du fort de Maximilien, proche de la porte Saint André.

Et pour toutte conclusion, lesdits députés sont demeurés d'accord, soubz le bon plaisir et agréation de ce Conseil, afin d'éviter lesdites menaces être libres

1 Voir ci-dessus, pièce n° 707.

2 Le 5 avril, le comte de Stahreinberg, répondant à la lettre par laquelle lo Conseil lui annonçait l'allocation de 400 écus comme don de dépari, écrivait : « Je vous donne ma parole que je ferai en sorte que pour l'entre tenoment des trois compagnies qui resteront dans le château de Montfort, vous serez entièrement deschargés « (Reg. aux Recès, 1674 1683, f° 102).

desdites prétentions et céder à la violence, pour une somme de deux cents vingt-cinq patacons, à payer en diverses termes pendant le cours de ce mois, de livrer lesdites tonnes de bière et payer tous ouvriers jusque audit jour, sous promesse par ledit commandant faite et le sieur Masoigne l et le capitaine Clystings de ne plus rien prétendre au futur pour lesdites fortifications. Ce qu'at esté aggréé et ratifié par le Conseil assemblé en féauté, et ordonné au rentier d'y fournir.

Archives de la ville de Dinant. — Registre aux Recès, 1614-1683, foll4.

En prévision rCun siège, le commandant impérial de Dinant ordonne à la ville de fournir immédiatement des subsistances pour la garnison.

14 mai 1675.

Gaspar Streff, capitaine au régiment de S. E. le comte de Staremberg et commandant es ville et château de Dinant pour Sa Majesté Impériale.

1 Mattagne, intendant ries fortifications. Le 5 mai, il avait encore fait des réquisitions auxquelles il avait fallu obtempérer (Même registre f° 115 v®).

Comme il importe au service de Sa Majesté et du publicque de, pendant cette conjoncture \ pourvoir de bonne heure à tout ce qui est nécessaire pour la subsistance de la garnison de cette place, afin de la fortifier et animer à une vigoureuse défence contre les attaques des ennemis, nous ordonnons aux bourgmestres, tiers et gens du Conseil de Dinant d'à la veue de cette, faire être icy soixante tonnes de bière, une pièce de brandevin, deux cens livres de tabacq, quatre cens livres de lars, six cens livres de fromage de Hollande, six cens livres de beure, et mille pieds de planches. De tout quoy leur serat donné acquit pertinent pour en être restitués en cas qu'ils ne soyent consommés pendant un siège, ou par telle autre voye que sera mieux trouvé convenir.

Fait au château de Dinant le 14me de may 1675.

Archives de la ville de Dinant. — Registre aux Recès, 1614-1683, fo 119 v«>.

1 On annonçait l'approche de l'année française commandée par le maréchal de Créquy.

Le lieutenant-gouverneur de Philippeville, de Medaillan, engage les Dinantais à recevoir comme des sauveurs les Français qui assiègent le château.

20 mai 1675.

Messieurs, je ne sçaurais mieux vous faire voir la sincère inclination que j'ay pour votre ville qu'en vous tesmoignant le desplaisir que j'ay que, par des meschants conseils, vous ayez refusé ce que vous estié obligés de demander les premiers pour vous maintenir dans votre ancienne liberté, et que ce refus vous puisse attirer les armes du Roy, pour vous forcer à une submission que l'intérest publicq vous debvoit faire souhaiter. Ainsy, Messieurs, je ne vous invite pas présentement à ouvrir vos portes, puisqu'elles ne peuvent être à l'espreuve des armes sy puissantes du Roy; mais je vous exhorte d'ouvrir vos cœurs pour tesmoigner la joye que vous aurez de l'aproche des armes du Roy, espérant qu'elles vous délivreront de l'oppression que les ennemis vous ont fait souffrir, et qu'ainsy vous implorez la protection de Sa Majesté, de laquelle vous attendez tout soulagement, comme des gens qui ont tousjours esté et veuillent être bien intentionnés. Voilà, Messieurs, ce que l'inclination que j'ay pour tout votre peuple m'oblige de vous

dire, vous asseurant que je suis de tout mon cœur, Messieurs, votre très affectionné et très obéissant serviteur (s.) Madaillan.

A Philippevilie, ce 20me may 1675.

Archives de la ville de Dinant. — Registre aux liecès, 1674-1683, fo 123 v<>.

Le Conseil rétablit les gardes bourgeoises aux portes la ville.

20 mai 1675.

En féauté, le 20e de may 1675.

Messieurs ordonnent de faire garde à quatres disaines, lesquelles quatres disaines se debveront trouver à la maison de la ville au son de la cloche, pour être posté et recevoir les ordres par le major, à peine de trois florins d'amende à paier promptement et irrémissiblement à la plainte des dixainiers.

De même à la Basse-ville, se trouverat, à la porte Saint André, une disaine, au son de la cloche-porte.

Le même commandement se fait aux quartiers de Leffe, S4 Médart, Viviers et Neffe.

Archives de la ville de Dinant — Registre aux Reces, 1674-1683, f« 123.

Le Conseil informe le duc de Créquy, maréchal de France, que la ville est disposée à nopposer aucune résistance à son armée.

21 mai 1675.

Monseigneur \ Nous avons ouï les intentions de Votre Excellence par le rapport de Monsieur de Sorines. Il netoit pas nécessaire quelle nous les marquast, puisque nous la tenions assé persuadée que, de tout temps, la France avoit recognu les bonnes intentions des habitants de Dinant pour le service de Sa Majesté. Nous avons prié ledit sieur de Sorines de retreuver Votre Excellence pour l'asseurer que nous n'avons pas d'armes à employer contre l'armée française, au contraire, nous avons ordonné à tous nos bourgois, sur peine de la vie, de ne pas s'opposer à vos intentions, et alons envoïer de ce pas au comandant du château le prier de retirer ses gardes des portes 2, et s'il ne veut y déférer, nous en alons faire retirer nos bourgois et

1 Cette pièce est intitulée, dans le recueil dont nous l'extrayons : « Minutte de lettre écrite, le 21 mai 1675 à Son Excellence Monseigneur le duc de Créquy, raareschal de France, général de l'armée de Sa Majesté. »

2 On a vu, par la pièce précédente, que la bourgeoisie avait repris, au moins en partie, la garde des portes de la ville.

les faire tenir dans leurs maisons, afin de ne pas donner lieu de croire que nous servons à leurs oppositions.

Nous supplions très humblement Votre Excellence de nous protéger et de croire en touttes occasions nous tesmoignerons que nous sommes, Monseigneur, ses très humbles et très obéissans et très affectionnés

serviteurs

Archives de la ville de Dinant. — Registre aux Recès, 1674-1683, fo 124.

1 L'armée française était arrivée le 19 mai sur les hauteurs qui dominent le faubourg de St-Médart. Une magnifique gravure contemporaine, œuvre de L. de Chastillon, représente le siège du château. Elle porte l'inscription suivante, qui résume le récit des historiens : « Dînant, ville célèbre de l'évesché de Liège, scituée sur la Meuse, à quatre lieues de Narnur; le mareschal de Créqui, par ordre du Roy, s'estant présenté devant cette ville le dix-neufvième de mai 1675, elle ouvrit d'abord ses portes. Son château, bâti sur un roc d'une espèce de marbre très dur, se deffendit mieux et 500 Allemans qui estoient dedans ne se rendirent qu'après que la mine y eût fait bresche, le 29me mai 1675. * Les archives communales de Dinant ne renferment pas l'acte de capitulation. D'après Bouille (Histoire de la Ville et Pays de Liège, t. III, p. 400), les officiers sortirent avec armes et bagages, et les soldats restèrent prisonniers de guerre.

Inventaire des pièces cC artillerie et des munitions trouvées par les Français au château de Binant et à la tour de Montfort, après la capitulation de la garnison allemande.

29 mai 1675.

Pièces et munitions d'artillerie qui ont esté trouvé dans le château de Dinant et dans la tour de Montfort, le 29me may 1675 :

Canons de fonte

Boulets .

de 24 1. . . .

de 4 1. ...

de 2 à 3 1. . .

de 1 à 2 1. . .

Mortiers de fer .

de 12 . .

Poudre. . . 60

de 8 . .

Plomb ... 40

de 6 . .

Mesche. . . 120

Grenades

Arquebuses à crocq.

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