‹ Cartulaire de la commune de Namur (volume 3)Chapitre 18 sur 49 · XXXI · texte numérisé non relu

XXXI

même historien, mentionner comme une des principales, la combinaison des institutions de paix avec les libertés locales. Ce fat là, pensons-nous, le premier germe des franchises dont furent successivement dotées plusieurs de nos villes.

Si l'on considère l'état de la société au Xe et au XIe siècles, on trouve une anarchie effrayante, un renversement complet de toutes les idées d'ordre et de justice. Les habitants des campagnes, rassemblés en petit nombre au pied d'un château, sans forco contre les déprédations de leurs seigneurs, vivent dans un état d'oppression dont on peut difficilement se faire une idée.

La condition des habitants des villes est en général meilleure; leur agglomération sur un seul point, en les rendant moins accessibles à la violence, leur a permis de se livrer avec plus de sécurité aux arts de la paix; leur industrie leur a procuré l'aisance; plus nombreux et plus forts, ils commencent déjà à s'attribuer une juridiction et des coutumes particulières. Mais ces usurpations sur le pouvoir du souverain ne les protègent que faiblement contre l'arbitraire; il n'y a rien de bien réel dans ces commencements de liberté, et ces simulacres de garantie cèdent au moindre caprice du maître,

Quant aux nobles, confiants dans leur force, ils vivent de rapine, écrasent leurs vassaux sous un joug odieux, ou passent leur vie à se faire entre eux une guerre de destruction.

Ce fut au milieu de ce désordre immense, alors que la société entière aspirait après le calme et la paix, que l'Eglise prit enfin l'initiative des mesures propres à faire respecter les principes de la justice, et à protéger les faibles contre les oppresseurs. Vers le milieu du XIe siècle (1042) apparaissent : 1° la paix de Bien, qui doit en tout temps garantir d'injures les personnes qui, à raison de leur caractère, de leur profession ou de leur faiblesse, méritent une protection spéciale : les ecclésiastiques, les voyageurs, les marchands, les cultivateurs et les femmes; 2° la trêve de Dieu, qui interdit toute bataille, toute voie de fait durant certaines époques déterminées l.

Outre ces institutions bienfaisantes, dont jouirent également la France et nos contrées, une partie du pays wallon fut encore dotée, en l'an 1081 , d'un tribunal de paix, dont Albert III, qui régnait alors

1 Tailliar, op. cit., § 4.

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