I. — ENCEINTES FORTIFIÉES
Première enceinte. — Il est hors de doute que lorsque Namur devint la capitale du nouveau comté, elle se trouvait resserrée dans des limites trèsétroites. La tradition, conforme cette fois au bon sens et à l'étude des lieux, rapporte qu'elle occupait uniquement la partie située au pied du Château et à laquelle la Sambre et la Meuse formaient une limite naturelle. Il suffisait, en effet, pour en faire une place inexpugnable, d'établir un retranchement dans chacun des défilés qui y donnaient accès : c'est l'origine des portes de Buley et de Bordial l.
i « Le bourg primitif ne comprenait que la partie de la ville actuelle située dans l'Entre-Sambre-et-Meuse. C'est ce que j'appellerai la première enceinte.... J'imagine qu'à l'établissement gallo-romain succéda, au Ve ou au VIe siècle, un château franc qui commandait les vallées delà Sambre et de la Meuse. Plus tard, quelques modestes habitations se sont
Seconde enceinte. — Les chroniqueurs ajoutent, — et en ceci le bon sens leur donne encore raison, — que le premier agrandissement de la ville se fit au delà de la Sambre; il comprenait le terrain aujourd'hui circonscrit au midi par la rivière, à l'ouest par la rue de Brunswick, au nord par la Grand'Place et les Fossés-Fleuris, et à l'est par la rue du Puits- Connette *.
Si on ne retrouve plus aucune trace de cette seconde enceinte, c'est que, sans doute, elle ne consistait qu'en un retranchement en terre muni de palissades; elle disparut du reste assez tôt, car on remarque que les plus anciens rédacteurs des répertoires de rentes,
élevées sur l'étroite bande de terrain qui s'étend au bas du rocher, à l'endroit où les deux rivières viennent mêler leurs eaux. Puis, bientôt, les édifices qui satisfont aux premières nécessités sont venus compléter la bourgade : l'église pour la nourriture spirituelle, le moulin pour les besoins matériels. Tels ont dû être, me semble-t-il, les commencements de Namur » (Borgnet, Promenades, pp. 114, 117 et suiv.)
1 » A une époque fort reculée, et qu'il sera toujours impossible de préciser, des habitations se sont insensiblement élevées sur la rive gauche de la Sambre. Plus tard, mais à une époque également inconnue, on a entouré ce nouveau bourg .d'un nouveau retranchement en terre, garni de palissades et défendu par un fossé. Cette fortification primitive formait un parallélogramme dont un des deux grands côtés longeait la Sambre, et qui s'étendait vis-à-vis de l'ancienne ville, depuis le confluent jusqu'au moulin de la Batte. Du côté de la campagne, une seule porte, celle de Gayette, donnait entrée dans le vicus. Plus tard encore, l'enceinte urbaine fut reportée vers l'ouest jusqu'à notre rue du Puits-Connette. » Ibidem, p. 190, 179 à 196. Cfr. Histoire de Namur, p. 21.
subdivisant la ville en quartiers divers, ne font aucune mention de cette défense, ce qui serait tout à fait contraire à leurs habitudes si elle eut encore existé l.
A défaut d'autres preuves, quelques faits viennent cependant confirmer les récits consignés dans nos chroniques locales.
Il est à remarquer, en effet, que jusque dans le XVIe siècle, ce quartier porte le nom de bourg (vicus); la rue des Brasseurs s'appelle la rue du bourg, (vicus vici) 2; le mot Brusewi ou Brusewy, transformé plus tard en Brunswick, a évidemment aussi le vocable vicus pour racine. A l'extrémité opposée, nous trouvons les Fossés- Fleuris et les Fossés- Connettes , qui rappellent les anciens travaux de défense; enfin la porte Gayette, qui donnait entrée dans le bourg, subsista, jusque dans le XVIe siècle, au commencement de la rue de l'Ange, vers la Grand'Place. Quant au pont de Sambre, qui unissait le bourg à la ville primitive, on ne le trouve mentionné pour la première fois qu'en 1270 3.
Troisième enceinte. — La troisième enceinte de
* Voy. le Répertoire de la collégiale N.-D., dressé par Jean de Romont, aux archives de l'État, à Namur.
2 Cartulaire de la commune de Namur, t. I, p. 81, notes.
3 Promenades, p. 165; Cartul. de la commune de Namur, 1. 1, p. 93, note 3.
Namur, dont la construction ne peut davantage être précisée, existait certainement au XIIe siècle 1 puisque des textes authentiques rapportent que Bauduin le Courageux prit la ville, en 1188, à la suite d'un assaut donné aux murs derrière S*-Aubam 2. Les plus anciens documents qui nous sont parvenus parlent, en effet, des murs du côté de S^Aubain en 1235, de la porte Saienial en 1262, des portes Houyoul et S'-Aubain en 1313.
Cette troisième enceinte, qui fut améliorée à la fin du XIVe siècle, — témoin la grosse tour de S*-Jacques construite en 1388, — suivait à peu près les rues actuelles des Fossés et de la Marcelle, la place du Palais de Justice, puis, formant brusquement un angle, passait derrière la tour de l'église S^Aubain, et venait aboutir à la Sambre, en aval du nouveau pont de Salzinnes. Elle était défendue par quinze tours et trois portes solidement fortifiées, savoir : du Houyoul, de Saienial et de S^Aubain. Les vestiges de ce rempart sont aujourd'hui encore si évidents,
1 D'après la tradition, cette re fermeture remontait au règne d'Albert, c'est-à-dire à la seconde moitié du XIe siècle. On peut admettre que cette troisième ligne de fortifications, peut-être commencée au XIe siècle, était, certainement achevée au XIIe. Promenades, 200, 197 à 288. Cfr. Cartul. de Namur, II, 40.
2 Promenades , 267.
qu'il ne peut y avoir aucun doute sur l'emplacement et la direction de ces murs l.
Quatrième enceinte. — Enfin une quatrième enceinte, commencée au XIVe siècle (vers 1357) mais seulement achevée dans le XVe, enveloppant le quartier de la Neuve-Ville et les habitations qui s'étaient élevées peu à peu en dehors des murs, donnait à la ville à peu près ses limites actuelles. Il n'en reste plus de trace visible depuis le démantèlement exécuté dans ces dernières années. Elle était également défendue par trois portes, dites de S^Nicolas, de Fer et en Trieux, et par douze tours, dont les deux .plus importantes, celles de S'-Roch et de S^Jean, s'élevaient respectivement sur la Meuse
et sur la Sambre
Dans les travaux de défense que nous venons de passer en revue, et dont la charge incombait tout entière à la commune, nos ancêtres déployaient une intelligence remarquable. Appel aux maîtres maçons, examen des travaux de même^ nature exécutés à
1 Voy. Promenades, passim. Pour ces agrandissements successifs de la ville, nous ne pouvons que renvoyer à ce livre remarquable qui entre à ce sujet dans les plus petits détails. Cfr. aussi Hist. de Namur, pp. 24, 77, et Galliot, t. I, 84; t. II, 116; t. III, 22.
2 Borgnet, Promenades, pp. 115, 289 à 401; Histoire de Namur, p. 158; Cartul. de Namur, t. II, p. 40, note 7, et p. 184.
l'étranger, surveillance minutieuse des bâtisses : rien ne fut épargné pour donner tout à la fois un aspect pittoresque et un caractère de grandeur et de durée à ces constructions qui devaient garantir leur tranquillité et leur indépendance. On peut en juger par la vue de Namur que nous a transmise le géographe Bruin à la fin du XVIe siècle; mais on s'en convainc mieux encore en parcourant les comptes de la ville à cette époque. En général, les murailles, épaisses d'environ sept pieds \ avaient une hauteur de dixhuit pieds jusqu'à la plate-forme donnant passage d'une tour à l'autre. Les plus petites de celles-ci, semi-circulaires vers la campagne et à pan droit vers la ville, s'élevaient à environ vingt pieds, sans le toit. Les grosses tours, formant angle ou défendant l'-entrée des rivières, étaient rondes; il nous en reste un spécimen curieux, quoique mutilé, dans la tour S^Jacques ou beffroi actuel. Les murs, *à l'intérieur, mesurent 12 pieds au rez-de-chaussée, 10 pieds 1/2 aux deux premiers étages, 9 aux troisième et quatrième, et 7 au couronnement. Le diamètre de la tour, hors oeuvre, est, à sa base, de 44 pieds. Autrefois elle s'élevait de 90 pieds au-dessus des galeries des mu-
1 Pieds de St-Lambert ; 3 pieds 4 pouces = 1 mètre.
railles urbaines; si à ce chiffre on ajoute 24 pieds, hauteur approximative de ces murailles (non compris le mur crénelé), on obtient une élévation totale de 114 pieds l.
Les portes, dont le dernier spécimen, tronqué également, a disparu en 1862, se composaient de deux tours semi-circulaires réunies par une courtine sous laquelle s'ouvrait le passage. Un pont-levis, suivi d'un pont en pierre à murs crénelés, traversait le fossé, et était défendu à l'extérieur par deux tours jumelles ou par une bastille semi-circulaire.
On aura remarqué que nous ne donnons aucune date à ces ouvrages; il est impossible, en effet, de rien préciser à cet égard : les travaux de fortification étant à la charge exclusive de la commune, ne pouvaient s'exécuter que fort lentement 2. La tour S^Jacques en est une preuve; construite dans les dernières années du XIVe siècle, elle coûta, sans compter le comble, la somme de 3,078 moutons, c'est-à-dire l'équivalent des recettes d'une année 3.
1 Promenades, p. 227.
8 A propos de la lenteur de ces fortifications, voy. le beau travail de MM. Torfs et Casterman sur les agrandissements st les fortifications d'Anvers, dans les Annales de l'Académie d'archéol. de Belgique, 2e série, t. VIII, notamment p. 58.
3 La recette communale de 1388 s'éleva à 3,658 moutons.
Les quatre enceintes successives de Nami*. étant connues, pénétrons dans l'intérieur de la ville et tâchons de la décrire telle qu'elle était vers le milieu du XVe siècle, en portant d'abord notre attention sur les édifices religieux.