‹ Cartulaire de la commune de Namur (volume 3)Chapitre 7 sur 49 · II. — MONUMENTS RELIGIEUX · texte numérisé non relu

II. — MONUMENTS RELIGIEUX

1° Églises collégiales. — Namur possédait alors trois églises collégiales. Le plus ancien et en même temps le plus curieux de ces monuments était certainement la collégiale Notre-Dame, dont l'origine inconnue devait' remonter aux premiers temps de l'existence de la ville. C'était un vaste édifice à cinq nefs et avec crypte, qui occupait le milieu de la rue actuelle de Notre-Dame. Il a disparu au commencement de ce siècle l.

La collégiale Saint-Aubain remplaça, au XIe siècle, une chapelle élevée sur les ruines d'un ancien monastère. Érigée en 1047, elle fut démolie en 1750, et remplacée par l'église que nous voyons aujourd'hui.

{ « L'antique oratoire dédié, au IVe siècle, par S* Materne, apparaît au Xe (en 935) transformé en église. » Annales, XII, 81. Voy. A. Dkschamps, L'antique église collégiale N.-D. à Namur, dans les Annales, XIII, 55; Le Beffroi, t. III, p. 140; Galliot, III, 197.

Il ne reste de l'ancienne bâtisse que la partie inférieure de la tour l.

La collégiale S* Pierre-au-Château, construite à une époque inconnue, mais certainement antérieure à l'an 1198, fut brûlée au siège de 1746 2.

2° Ordres religieux. — Les ordres religieux étaient au nombre de deux, savoir : les Croisiers et les Cordeliers ou Frères-Mineurs; tous deux s'établirent à Namur au commencement du XIIIe siècle. Les bâtiments des Croisiers, qui occupaient une partie de la rue de l'Escalier, ont entièrement disparu ; ceux des Cordeliers (plus tard Obvervantins , puis Récollets) sont aujourd'hui affectés à l'hospice d'Harscamp 3.

3° Paroisses. — Pendant l'époque qui nous occupe, on ne comptait à Namur que quatre paroisses : 1° celle de S'-Michel, dont le siège était à l'église collégiale Notre-Dame; 2° celle de S*-Loup, qui occu-

* En dehors des murs du Namur primitif, existait un monastère, vraisemblablement ruiné par les Normands au IXe siècle. Lorsque la ville s'étendit sur la rive gauche de la Sambre, on bâtit sur ses débris une chapelle, que le comte Albert II remplaça en 1047 par une église dédiée à S* Aubain. Voy. Notice sur la Cathédrale de Namur (par de Hautregard), Namur, 1851. Annales, V, 47, et XII, 83; Galliot, III, 183.

2 Promenades, pp. 42 à 54. Au XVIIe s., cette église était le siège d'une paroisse. Cfr. Cartul. de Namur, I, 3, note 5.

3 Voy. Cartul. de Namur, I, 182, 185, et II, 20; Annales, VII, 164; Galliot, Hist. de Namur, III, 222. Suivant Galliot, III, 230, le couvent des Cordeliers aurait été bâti en 1224; suivant Croonkndael, en 1235.

pait le centre du marché au beurre actuel. Elle fut démolie en 1778, le siège de la paroisse ayant été transféré l'année précédente, sous la même invocation, à l'église des Jésuites qui venait d'être supprimée. Simple chapelle annexée au monastère de Malonne avant 1272, S'-Loup fut, dit Galliot, érigée en paroisse dans le XIVe siècle l; 3° celle de S'-Jean-l'Evangéliste occupait à peu près le milieu de la place actuelle de S^Aubain; elle a été démolie vers 1750, lors de la construction de l'église cathédrale. Selon Galliot, elle aurait été construite et érigée en paroisse au XIVe siècle; mais ce renseignement doit être erroné puisque nous trouvons la mention d'un legs fait à l'église en 1272, et, en 1273, celle d'un * Johannes, » curé (investitus) de S*- Jean l'Évangéliste à Namur 2; 4° celle de S^Jean-Baptiste existe encore; c'est un monument d'architecture ogi-

1 Galliot, t. III, p. 205. En 1229 on trouve « Philippus a S*-Lupo, » échevin de Namur; suivant un usage fort commun, il emprunta son nom à l'église dont sa maison était voisine (Chartrier de Salzinnes). Un vicaire de S*-Loup est cité en 1248 (Galliot, t. IV, p. 265).

2 Voy. Cartulaire de Namur, I, 196, note. 2. Le testament de Nicolas de Jameda, en 1272, mentionne les églises St-Jean-Baptiste « in Namuco <> ou « in foro Namucensi, » S*-Loup, S* Rémi, St-Crispin, St-Nicolas en Herbattes, St-Jean-Évangéliste, Ste-Croix (des Croisiers), Sl-Martin « in Buleio; » les lépreux de Namur; an stql à la Halle; trois maisons situées « Namuco in fossatis; » et enfin « pitantia languentium hospitalis Namucensis. » (Chartrier des Croisiers, aux arch. de Namur.)

vale, mais modernisé. Selon Galliot c'était une chapelle qui fut érigée en paroisse 1440; mais ici encore il doit y avoir erreur puisque le curé de l'église S^Jean-Baptiste à Namur est mentionné dans un acte de 1272 , et figure comme témoin dans un autre document du 18 décembre 1380 l.

4° Chapelles. — L'église S^Nicolas, qui se trouvait près de l'ancienne porte de ce nom, était une simple chapelle succursale qui existait déjà en 1272 2. Elle ne fut érigée en paroisse qu'en 1655.

On comptait encore à Namur d'autres petits oratoires, où la messe était célébrée à certains jours : c'étaient la chapelle des Brasseurs dans la rue des Vifs, fondée en 1288 par Jacques Branche, receveur de Namur, et dotée par Gui cle Dampierre 3; celle de S*- Rémi, sur la Grand'place, déjà mentionnée en 1174, et dotée par le même Branche 4; celle de S*-Crispin ou des Bouchers 5, adossée à la halle aux

1 Galliot, t. III, p. 208. Chartrier de Namur, n° 479 Hs, aux arch. gén. du Royaume.

2 Galliot, t. III, p. 210; Annales, I, 384, note 4.

3 Voy. Cartulaire de Namur, I, p. 81, 144, 160, 178, 229. Cette chapelle était dédiée à N.-D. et à St-Hilaire. Cfr. Galliot, t. III, 211.

1 Cartul. de Namur, I, p. 8, note 1, et pp. 84, 87.

:; C'était un bénéfice à la collation du chapitre de St-Aubain ; dédiée plus tard à St-Hubert et reconstruite au siècle dernier, cette chapelle a été démolie récemment. Tbid., p 162, note 3; Galliot, III, 212.

viandes, citée en 1272 ; celle du pont de Sambre, dédiée à la Ste- Vierge, et démolie en 1695 l.

5° Béguinages. — Les béguinages, refuges restreints occupés par quelques femmes, étaient aux nombre de cinq.

En 1235, une veuve nommée Eve mit trois maisons qu'elle possédait dans la rue des Frères, près de S*-Aubain, à la disposition de femmes qui vivaient religieusement et que le peuple appelait béguines; l'acte de donation fut scellé par l'église S*-Aubain et par la ville. Telle est la fondation du Grand-Béguinage de Namur, nommé aussi béguinage tf-Aubain, béguinage de Géronsart, du nom des collateurs, et, plus communément, béguinage Hors-Postil, à cause de la poterne ou fausse porte du rempart par laquelle on y arrivait, en dehors de l'enceinte 2.

Un registre écrit en l'an 1313, mentionne le Couvent

1 Promenades, pp. 170, 175. En dehors des murs, se trouvaient les chapelles de St-Martin en Buley (Promenades, 8; Cartul. de Namur, I, 187, note 1), de S* Georges au bois de Marlagne (Annales, II, 120 et VII, 159; Cartul. de Namur, II, 4;, et de S'-Jacques au Château, fondée par Philippe le Noble en 1198 (Annales, VII, p. 158; Promenades, 66, 170; Cartul. de Namur, II, 225).

2 Jean Wiarr donna sa maison à ce béguinage en 1350, et messire Denis de Vedrin y fonda la chapelle St-Denis. Cet établissement fut englobé dans le Séminaire en 1657 et 1688. Voy. un article de M, Wilmet dans les Annales, VI, 43, d'où ces renseignements sont tirés. Cfr. aussi Carlnlairc de Namur, I, 25; III, 348.

délie Tour, autre béguinage fondé dans le voisinage du premier, mais à l'intérieur des murs, près d'une tour de la ville. De même que le Grand-Béguinage, il dépendait du chapitre S^Aubain l.

Thomas le Coq, qui vivait en 1313, établit aussi un béguinage dit du Cocq, près de la Monnaie, vers le milieu de la Basse-Marcelle; le bâtiment avec la chapelle furent vendus le 20 juin 1503.

Le 19 novembre 1398, Gertrude du Pont fonda, non loin des Frères-Mineurs, un béguinage pour sept demoiselles pauvres du tiers-ordre de S* -François; la chapelle fut consacrée en 1427. Cet établissement ayant été donné le 3 mai 1463, par les descendants de la fondatrice, aux religieux de Boneffe pour leur servir de lieu de refuge 2, le béguinage Dupont fut transféré Hors-Postil. On le supprima vers l'an 1543.

Enfin, dans la rue S^Aubain, entre la rue du Chenil et la Marcelle, existait encore le béguinage de Rhynes, cité aux comptes de l'année 1420 ; il fut transformé en Séminaire en 1569.

Lorsque tous ces établissements furent réunis dans

1 Le béguinage délie Tour fit place, en 1642, au refuge de l'abbaye de Malonne, devenu le palais épiscopal actuel.

2 Ce refuge est aujourd'hui occupé par la maison des Sœurs de Notre- Dame. Voy. Annales, X, 81 ; Carlulaire de Namur, II, 397.

un même quartier, à la fin du XVe siècle, ils no firent pour ainsi dire plus qu'un avec le Grand-Béguinage.

6° Hôpitaux. — Des béguinages nous passons naturellement aux hôpitaux. Nous voyons, en effet, messire Denis de Vedrin annexer, vers le XIVe siècle, une salle de malades pour les femmes pauvres au Grand- Béguinage l. En 1498, un bourgeois nommé Robert, Gilon, fonda au bas de la rue S^Aubain un couvent de sœurs noires du tiers-ordre de S* -François. Les religieuses, qui devaient aller soigner les malades dans la ville, furent d'abord désignées par le peuple sous le nom de béguines ou noires sœurs béguines; mais dans la suite on les appela communément Grises-Sœurs de 8-François ou Seurettes 2; ce furent plus tard les Rccollectines.

Mais le principal de ces établissements était celui qui existe encore aujourd'hui sous le nom d'hospice St-Gilles, et qui autrefois s'appelait indifféremment ostellerie de Namur, maison de Vhospital, hôpital des pauvres, du pied du Château, de Notre-Dame ou Grand- Hôpital. On ne connaît pas l'origine de cette

* Annales, tome VI, pp. 52, 67, 2 /&«/., pp. 63, 72.

institution charitable, que l'on trouve mentionnée pour la première fois en l'an 1229 \

Un autre hôpital, placé en dehors des murs de la ville à cause de sa destination particulière , était affecté aux lépreux; il portait le nom de Grands-malades et quelquefois de Petits-lépreux, et contenait une chapelle en l'honneur de Ste Marie-Madeleine. Une bulle du pape Grégoire VIII, de Tan 1118, nous le montre déjà parfaitement organisé. Dans le principe, la léproserie était desservie par des frères qui faisaient profession religieuse, vivaient en communauté et continuaient à jouir de leurs droits civils. Placée sous la protection des papes, elle était exempte de dîmes et s'administrait elle-même. Au XVe siècle elle devint un établissement communal, dirigé par les élus de la ville sous la haute surveillance des échevins. Un maître ou gouverneur des Grands-Malades réglait les menus détails de l'administration. Les religieux qui le desservaient firent place à des laïques, hommes et femmes, appelés frères et sœurs.

Abstraction faite du sexe, les hospitaliers des Grands-

' Voy. CartuL de Namur, I, 51, et III, 66; Galliot, III, 212. En l'an 1312, Jean de Flandre, comte de Namur, affecta à cet hôpital, « séant en la rue de N.-D., à piet du chastial, » tous les revenus de la table S'-Jean- Baptiste de Namur.

Malades formaient deux catégories bien distinctes : d'une part, les haitiés ou prébendiers sains, qui acquéraient à prix d'argent leur entrée à l'hospice, et y jouissaient d'une provende ; d'autre part, les malades, ladres ou mésiaux, hospitaliers attaqués de la lèpre, qui y étaient admis gratuitement l.

Le XVIe siècle vit s'élever deux nouveau hospices; l'un, spécialement affecté aux pestiférés, était Y hôpital S^Roch, fondé en 1549 près de la porte S^Nicolas; il disparut en 1696 2; l'autre, dit Yhôpital des batteurs, est mentionné pour la première fois en 1515; il occupait les grandes maisons de bois sur la place Lillon,

x Les prébendiers ne devaient pas être bourgeois de Namur; ils pouvaient se marier et sortir quand et aussi souvent qu'ils le voulaient. Leur nombre, en moyenne double de celui des ladres, variait de six à dix. Ils disparurent vers 1578, époque à laquelle l'établissement était en pleine décadence. Quant aux lépreux, les Namurois seuls étaient admis; ils devaient professer la foi catholique et être déclarés malades par les juges de la léproserie de Cornillon à Liège. Entretenu aux frais de la ville, le lépreux payait à son entrée certains droits dont les indigents étaient dispensés. Il était conduit en cérémonie à l'hospice par le curé de la paroisse. Les femmes étaient reçues comme les hommes. A la fin du XVIIe s. U n'y avait plus de lépreux ; les revenus des Grands-Malades furent probablement affectés au Grand-Hôpital. C'est aujourd'hui une espèce de ferme. (Voy. Annales, I, 330 etsuiv. ; Cartul. de Namur,!, p. 1; III, passim; Cartul. de Bouvignes, I, 36.)

2 Annales, I, 382; Promenades, p. 380. Galliot, qui semble avoir considéré les béguinages comme des hôpitaux, se trompe lorsqu'il dit, tome III, p. 220, que cet hospice fut érigé en 1349.

appelées les maisons des batteurs et démolies en 1784 l.

Quant à l'hospice actuel de S'-Jacques ou des Incurables, d'abord appelé hospital d'Outremer, il fut primitivement établi pour les pèlerins de S*- Jacques; il en est fait mention dans un acte de l'an 1273, et la chapelle est citée en 1356. Au siècle passé, tous les étrangers qui traversaient Namur, pouvaient aller y demander l'hospitalité pour une nuit. Le bourreau avait dans ses attributions d'aller chaque matin expulser les mendiants et vagabonds qui avaient profité de cette faculté 2.

Nous devons enfin mentionner qu'un acte de 1323 et le testament de Pierre de Courtrai, doyen de S*-Pierre, daté de l'an 1398, semblent indiquer qu'il existait alors à Namur un hospice pour les aveugles 3.

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