III. — MONUMENTS CIVILS
Parmi les édifices purement civils affectes à un usage public, le plus important était la Maison des
• « Les maistres de l'hospital des batteurs. » Comptes de la ville, 1515, fol. 198 vo; C. du Grand hôpital, 1629, fol. 13 v°.
2 Répert. des cens et rentes de l'hôpital, fol. 48 et v°; Cartul. de Namur, t. II, p. 157; Galliot, 111,214.
3 Voy. Cartul. de Namur, I, 187, note 2.
plaids ou Cabaret des échevins, sur lequel nous aurons à revenir plus loin. Nous ne nous occuperons ici que des ponts de Meuse et de Sambre, et des halles \
Pont de Meuse. — On ignore à quelle époque les deux rives de la Meuse furent reliées par un pont. Les historiens namurois désignent hypothétiquement le règne d'Albert II, c'est-à-dire la première moitié du XIe siècle. On peut supposer que la construction du premier pont fut contemporaine de la porte de Buley, et que, comme partout ailleurs, on n'y avait employé que du bois.
La bâtisse en pierres qui, sans doute, lui succéda, est mentionnée pour la première fois dans une charte du mois d'août 1264, par laquelle Gui de Dampierre assigne au couvent de Géronsart cent sols namurois à prendre sur le toinage du pont de Meuse 2. On le trouve ensuite cité en 1345 et 1364.
A cette époque, le pont de Meuse était, semblet-il, établi de la manière suivante. Lorsqu'on partait de Namur, on passait d'abord au dessus de sept arches en pierre. Sur la septième pile s'élevait une
1 Les moulins, les hôtels, les tavernes, les étuves, auraient pu figurer dans ce chapitre; mais nous avons craint de dépasser les limites assignées à notre travail.
2 Cartulairc de Namur, I, 42.
tour carrée percée d'une porte, qui défendait l'entrée du pont. Venaient ensuite un pont-levis (huitième arche) qui s'abaissait sur la huitième pile; puis une neuvième arche, avec tablier en bois recouvert d'un pavement; enfin, une dixième arche, construite en pierres ou en solives, et qui s'appuyait sur la culée de la rive droite. Il semble que, dans le principe, cette extrémité du pont n'était défendue par aucun ouvrage; elle touchait presque à l'église de S^Simphorien de Jambes et aux premières maisons de cette commune 1.
En 1364 des travaux furent exécutés entre la tour carrée et la rive droite 2. A la suite d'une terrible inondation qui survint au mois de février 1409, le monument dut être presqu'entièrement reconstruit, ce qui eut lieu dans le courant de l'année 1413. En 1429 et 1430 l'église de Jambes et quelques maisons furent démolies pour établir, sur la rive droite, un ouvrage servant de tête de pont. Comme une attaque de la part des Liégeois était imminente, cet ouvrage fut exécuté à la hâte en bois et en terre. Ce n'est qu'en
1 Promenades, p. 144.
- « En l'an 1364 ... furent faits les arvols et arcures depuis ladite porte (du pont de Meuse) jusqu'au piliers vers Jambes, et depuis ledit pillier jusques iceîle ville de Jambes. » Croonendael, manuscrit, p. 464.
1465 qu'on le remplaça par un boulevard en maçonnerie, composé de deux demi-tours placées au bord du fleuve et reliées par une courtine semi-circulaire; c'est la construction qui existe encore de nos jours en majeure partie. Ebranlé par les glaces et les inondations, le pont de Meuse fut entièrement rebâti dans le cours des années 1516 à 1520 \
Pont de Sambre. — Nous avons vu plus haut que la plus ancienne mention de ce pont date de l'année 1270 2. Un bac ou des nacelles ont pu suffire jusqu'au moment où la population s'étant considérablement augmentée, les relations entre les deux parties de la ville devinrent aussi plus fréquentes; il est donc probable que la construction du pont de Sambre est postérieure à l'établissement de la seconde, et peutêtre même de la troisième enceinte.
L'inondation de 1409 qui nécessita la reconstruction presque totale du pont de Meuse, ébranla aussi celui de Sambre. Une contribution personnelle, puis un emprunt forcé durent être établis pour subvenir aux frais de sa réparation. Cette même année on reconstruisit une des piles en pierres. En 1411, le
1 Pour l'histoire du pont de Meuse après cette date, voy. Promenades, 141 à 164. Je n'ai fait qu'analyser cette notice.
2 Voy. ci-dessus, Chapitre II, 2e enceinte.
pont fut pavé. Comme il n'existe aucune" trace de grands travaux jusqu'à la fin XVIIe siècle, on peut croire que le monument se composait de trois arches. On sait, en effet, qu'au siège de 1695, lorsque les Français abandonnèrent la ville pour se retirer au Château, ils firent sauter une des deux piles du pont1.
Halles. — Des halles de Namur, qui toutes paraissent être d'origine fort ancienne, deux seulement ont subsisté jusqu'à notre temps. L'une est la halle aile chair ou boucherie, citée dès l'année 1303 ; elle occupait l'emplacement de celle qui fut construite vers la fin du XVIe siècle près du pont de Sambre, bâtiment dans lequel le Musée archéologique a été installé en 1854 2. L'autre était la halle au blé dont on rencontre la première mention en 1270; elle s'élevait à l'endroit même de la halle convertie de nos jours en marché couvert 3.
Les comptes de la ville font encore mention d'autres halles qui n'existent plus, et sur lesquelles on ne possède que des renseignements très-vagues. C'est ainsi qu'ils citent en 1270 une « antiqua halla » que nous croyons être la halle aux laines; en effet, un
* Promenades, 165 à 178.
2 Voy. Cartul. de Namur, t. I, p. 162; t. II, 16.
3 Voy. Ibid., t. I, pp. 57, 124, 128.
texte de 1368 parle d'un endroit « là où fut li vies halle des laines, en Marchiet, à Namur, » aboutissant par derrière aux murs de la ville; transférée, sans doute, dans les environs des halles au blé et au cuir, elle fut démolie de nouveau en 1560 pour rendre l'accès de la halle au blé plus facile l. En 1294 on trouve la « neuve halle des draps, » qui, suivant un texte du XVe siècle, était située derrière l'église S1- Jean « en Marché 2. » Il y avait même une halle aux souliers « sur la porte du Houyoux, » en 1356 3, et nous venons de voir qu'en 1560 une halle au cuir se trouvait dans les environs de celle au blé. Il est probable que, de même que cela existait pour la boucherie, les édifices servant de halles appartenaient au souverain; mais les étaux étaient des propriétés particulières qui se transmettaient comme de véritables immeubles, sans doute en vertu d'une accense héréditaire très-ancienne, puisqu'on ne trouve plus de trace de cette aliénation. Chaque étal était presque toujours possédé par plusieurs personnes, les unes pour une moitié, les autres pour un quart.
* Voy. Cartul. de Namur, I, pp. 57, 58, 124.
* lbid., p. 130, note 6; III, 82.
3 lbid., p. 21 ; II, 16, note 1, 59, 222; III, 40; Messager des sciences historiques, Gand, 1847, pp. 86, 95.
Parmi les propriétaires figurent le Grand-Hôpital et les Croisiers; ils louaient leurs étaux à des bouchers l. En 1351, sur la demande des propriétaires detaux, qui se plaignaient de pouvoir à grand'peine payer leurs rentes foncières au comte, ils furent autorisés à louer aussi leurs étaux aux marchands de poissons, auxquels on défendit même d'étaler ailleurs 2.
Outre les étaux des halles, les comptes de la ville mentionnent encore d'autres comptoirs ou tables d'étalage, notamment à la Neuve- Ville et, surtout, à Herbatte; ces derniers, placés en plein air dans les prés, n'étaient que temporaires; on ne pouvait les dresser qu'à la foire ou fête de Herbatte. C'étaient encore des propriétés héréditaires appartenant à des particuliers, à des corps de métiers, ou à d'autres corporations 3. Lorsqu'en 1391 la nouvelle enceinte fortifiée envahit les prés de Herbatte, le comte de Namur fut obligé de concéder aux propriétaires des étaux d'autres terrains équivalents, vers les falises de Herbatte et des Grands-Malades 4.
* Cartulaire de Namur, tome II, pp. 16, 59, etc.
2 Md., pp. 16, 160.
3 Md., tome I, 134.
* Md,, tome II, 184.