‹ Cartulaire de la commune de Namur (volume 3)Chapitre 9 sur 49 · IV. — ASPECT DE LA VILLE · texte numérisé non relu

IV. — ASPECT DE LA VILLE

Les édifices religieux mentionnés plus haut, et sans doute aussi les hôpitaux, contribuaient à embellir un peu la ville, dont les maisons étaient construites dans les formes et les proportions les plus modestes, pour ne pas dire plus.

Il paraît assez difficile, au premier abord, de se faire une idée des habitations de nos aïeux, car il n'en existe peut-être plus qu'une seule (dans la Basse- Neuville) qu'on pourrait faire remonter à l'époque qui nous occupe. Mais il s'en trouve encore dans certaines localités voisines, à Dinant et à Bouvignes notamment, qui nous représentent assez bien ce que devaient être en général celles de Namur.

Un fait résulte de l'examen des nombreux inventaires de meubles délaissés par les défunts : c'est l'exiguité des proportions dans les demeures habitées par les bourgeois les plus opulents; on n'y trouve ordinairement que deux places au rez-de-chaussée, autant au-dessus, et pas de second étage; seulement une petite dépendance dans la cour, une étable, un appentis, un bouge. Jamais on ne rencontre de ces maisons fortifiées, de ces steens qui ornaient singuliè-

rement les villes de Gand et de Bruges. Si telles étaient les habitations de nos riches citains, je laisse à penser ce que devaient être les demeures des pauvres, c'est-à-dire de la généralité.

Les Placards et les Édits politiques de Namur, publiés à une époque postérieure, et parlant alors d'un état de choses qui s'était notablement amélioré, peuvent aussi nous fournir à ce sujet d'utiles renseignements. C'est ainsi que les Édits de 1687 nous apprennent qu'alors encore la plupart des maisons étaient construites en bois, et que « les excessives saillies d'icelles maisons, cy-clevant emprinses et usurpées sur les rues, apportaient une grande difformité à la ville l. » Un autre document de la même époque atteste que les demeures des bourgeois de Namur étaient couvertes de chaume.

Pour se faire une idée approximative de l'aspect de la ville à cette époque, il faut également tenir compte des changements et des améliorations apportés à la voirie. Notons, par exemple, que toutes nos places sont de création récente; la Place du Palais de Justice était occupée en majeure partie par

* Grandgagnage, Coutumes de Namur, I, 339. Cfr. Annales, VII, 371, note.

les fossés de la ville, celle de S^Aubain par l'église et le cimetière de S'-Jean-Evangéliste, le Marché au beurre par l'église S*-Loup, la Grand'Place par des maisons qui en couvraient la majeure partie, la Place de la Monnaie par des jardins, une partie de celle du Spectacle par des fossés et des enclos, celle de Lillon par un bras du Houyoul et des habitations en bois.

Un grand nombre de rues appartiennent à notre époque; telles sont : le Rempart ad Aquam, où il n'existait que des jardins s'ouvrant sur la rivière au moyen de postis; la rue des Fossés, la rue Neuve, celles de l'Ouvrage et de l'Escalier, la rue Verte, celles des Nobles, de Bavière, de la Monnaie, de l'Arsenal, de l'Évêché, les rues Blondeau et Grandgagnage. Plusieurs ont été élargies ou rectifiées anciennement, comme celle du Puits-Connette; d'autres l'ont été récemment, comme les rues de Notre-Dame, du Pont de Sambre, des Brasseurs, de la Marcelle, de S^Jacques, etc.

Quant à l'état de la voirie, remarquons, que les rues ne commencèrent à être pavées qu'à la fin du XIVe siècle. Faut-il parler de leur malpropreté? On peut en juger par les comptes de la ville, par les édits anciens et modernes, et même par les Édits

politiques, qui disent assez, par les interdictions portées à une époque peu éloignée de nous, ce que devait être la propreté des rues au XVe siècle. Après avoir défendu « de jeter des chiens et des chats morts dans la rue; d'y répandre de l'eau ayant servi à détremper le stockvis et la morue; de déposer des vilainies et immondices contre les églises et les bâtiments publics, ce qui cause de l'infection et puanteur : v> les Édits de 1687 interdisent aux bourgeois de faire glisser les ordures qui se trouvent devant leurs maisons jusque chez leurs voisins ou au milieu du grand passage des rues les plus fréquentées, nommément es lieux où diverses rues se croisent, en sorte qu'on ne peut y passer qu'en marchant dans les boues, eaux et immondices; de jeter ou faire vider par les fenêtres de leurs maisons, tant de jour que de nuit,, urines, excréments, etc.; de faire, en des chambres en haut ou autres lieux élevés, des courots ou canaux par lesquels ils font découler les eaux sales, lesquelles étant' jetées sans précaution, tombent sur les passants à leur 'dommage; de jeter es rues les fumiers des étables des bêtes; etc. » \ En voilà assez pour édifier le lecteur.

4 Grandgagnage, Coutumes de Namur, I, pp. 341-343.

Ainsi, maisons en majeure partie construites en bois, ne possédant qu'un étage, empiétant sur la voirie, pressées dans des rues ou plutôt des ruelles étroites, tortueuses et sordides : tel était, du moins pour les trois premières enceintes, la physionomie de la ville dans les dernières années du moyen-âge.

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