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la basilique non moins illustre de Notre-Dame du Puy. De là, il atteignait Paris par la Bourgogne.

Or, à la date de l’année 1203, Blanche de Castille, âgée de seize ans et mariée au prince Louis, fils aîné de Philippe-Auguste, était depuis quelque temps à la cour de France, près de la reine Ingeburge, naguère réconciliée avec le roi son époux. Sans nul doute, l’évêque d'Osma avait été chargé par les princes d’Espagne de messages pour la jeune reine et il devait solliciter l'intervention bienveillante d’'Ingeburge auprès du roi de Danemark en faveur de l’importante mission qui lui était confiée.

S'il est vrai, comme l’atteste l’arbre généalogique mis en tête de cette introduction, que saint Dominique ait été par sa mère, la bienheureuse Jeanne d’Aza, le proche parent de Blanche de Castille, il partagea certainement l’excellent accueil fait à Diégo d'Osma.

On le conçoit aisément, un projet d'union si honorable pour la famille royale de Danemark, proposé au nom du chevaleresque Alphonse IX, par des envoyés de haute lignée et de grande vertu, ne pouvait manquer de réussir: la demande fut accueillie avec empressement, et bientôt, en repassant par la France, Don Diégo et Dominique purent en donner l'assurance joyeuse à la sœur du prince Ferdinand, puis, quelques semaines plus tard, au roi et à la reine de Castille et de Léon.

Dès lors, à la cour d’Alphonse IX, on se hâta de préparer un cortège vraiment royal pour aller chercher et escorter jusqu’en Espagne la jeune princesse danoise; et tout aussitôt les saints négociateurs de reprendre la route que déjà deux fois ils ont parcourue. Louis de France, Blanche de Castille, Ingeburge, les accueillent de nouveau avec une bienveillance d'autant plus grande que les deux reines ont personnellement pour agréable l’heureuse issue de cette négociation. Nous aimerions assurément connaître quelque chose des entretiens de ces illustres per-

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sonnages : l’histoire ne nous en a pas livré le secret. On parla, sans aucun doute, de la patrie lointaine, du lamentable état de l'Eglise dans le Midi, du bonheur réservé au jeune fiancé qui fut depuis saint Ferdinand, des espérances que faisait naître ce projet d'union pour le peuple d'Espagne; et le souvenir de ces entrevues,en une circonstance aussi solennelle, dut rester ineffaçable dans la mémoire de ceux qui y prirent part (1).

Cependant, les ambassadeurs d'Alphonse de Léon et de Bérengère de Castille ne s’attardèrent pas à la cour de France, tant était vive leur impatience de mener à bonne fin des démarches aussi avantageusement commencées. Le Seigneur toutefois dans sa sagesse en avait disposé autrement; car, sur ces entrefaites, la fiancée du prince Ferdinand avait émigré vers un monde meilleur, et comme chante le trouvère picard cité plus haut :

« Mors qui à tous est anemie, Ki ne vieut nului espargnier, Ne jovène por le viel laissier; N’espargna mie la pucièle

Ki estoit jone et riche et bèle. »

Sitôt qu'il a la certitude de ce triste événement, l’évêque d’Osma en informe la cour de Castille; il renvoie en Espagne la suite nombreuse et brillante qui devait escorter

(4) Plus tard, au printemps de l'année 1215, Louis VIII, accomplissant le vœu qu'il avait fait de se croiser contre les Albigeoïs, descendit en Languedoc. Le 21 mai, il était à Carcassonne. De cette ville, accompagné du Légat Pierre de Bénévent, de Simon de Montfort, de plusieurs évêques et seigneurs, il se rendit à Fanjeaux par la route de Montréal. Il passa par conséquent sous les murs du monastère de Prouille, où résidait saint Dominique. Ce fut donc le saint qui ouvrit au prince les portes du sanctuaire vénéré de Notre- Dame, et qui le reçut ensuite dans l’église de Fanjeaux, dépendante du monastère. Puis s'adjoignant au cortège de Louis VIII, saint Dominique dut le suivre à Toulouse, terme de son pèlerinage ou quarantaine de service; car l’histoire nous montre le saint dans cette ville, un peu avant l'été de 1215, admettant dans l'Ordre naïssant des Prêcheurs le Vénérable Pierre Celläni. On peut s'expliquer de même la tradition qui, en 1219, à Paris, fait assister la reine Blanche . aux prédications du B. Dominique sur la très sainte Vierge.

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la princesse; puis, dégagé vis-à-vis du roi qui l'avait investi de sa confiance, il prend le chemin de la Ville Eternelle.

Voir et entendre le Vicaire de Jésus-Christ, recevoir sa bénédiction, ses conseils, ses encouragements, s’agenouiller et prier au tombeau des Saints Apôtres, n'est-ce pas le besoin de toute âme prédestinée dans l'Eglise à de grandes entreprises pour la gloire de Dieu?

À Rome, les pieux pèlerins trouvent Innocent III douloureusement préoccupé des ravages toujours croissants de l'erreur dans le midi de la France : apprenant qu'ils ont traversé jusqu'à trois fois ces malheureux pays, le Souverain Pontife ne manque pas de les entretenir de ce grave sujet, et, à son tour, il reçoit la confidence de leurs intimes aspirations. Ce n’est pourtant pas de l’apostolat contre l’hérésie que l’évêque Diégo entretient le Pape: il le conjure avec larmes de lui permettre de renoncer à l’épiscopat: il allègue son insuffisance, la redoutable responsabilité d’une charge au-dessus de ses forces, et surtout le mouvement irrésistible qui le porte à se donner à l'évangélisation des Cumans, peuplades sauvages errant dans les steppes immenses qui vont des monts Carpathes au Volga. Innocent III oppose à l’évêque d'Osma un refus absolu. Il ne consent même pas à ce que Diégo tente, sans cependant résigner son évêché, l’apostolat qu’il convoite avec tant d’ardeur.

Cette opposition du Pape entrait évidemment dans les desseins de la Providence. « La sagesse du Tout-Puissant, remarque Thierry d'Apolda, avait dirigé toutes choses de telle sorte que les désirs du pieux évêque furent exaucés, non toutefois comme il l'avait souhaité, mais selon le bon plaisir toujours saint de la volonté du Seigneur, et Diégo, rentrant en Espagne, emporta avec lui dans sa plénitude la grace de l’obéissance et de la charité. »

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Saint Dominique de son côté dut ouvrir son âme au Vicaire de Jésus-Christ, Assurément, si l’évêque d'Osma eut obtenu de pouvoir se consacrer à la conversion des Cumans, le disciple et l'ami fidèle aurait suivi son maitre et père vénéré. Ne sait-on pas que l’apostolat des Cumans fut son ambition, son rêve de prédilection ? IL avait soif du martyre et il espérait en recevoir la palme des mains des infidèles. Innocent III n’y aurait pas contredit, mais les résolutions du Souverain Pontife à l'égard de l’évêque d’'Osma lui étaient connues ; elles répondaient à l'attrait secret et non moins vif de son cœur d’apôtre : le salut des hérétiques du Languedoc par la prédication évangélique. Il dut l’avouer au Pape; et, en ordonnant à Diégo de retourner dans son diocèse, peutêtre Innocent III eut-il l’intuition qu’il favorisait par là, avec la vocation de Dominique et la fondation de son Ordre, une des plus belles manifestations de l'amour du Seigneur Jésus envers les âmes rachetées au prix de son sang |

Quoi qu’il en soit, Diégo et Dominique se concilièrent la bienveillance du Souverain Pontife et de son entourage({) etils quittèrent la Ville Eternelle fortifiés et remplis de consolation et d'espérance (2).

A cette époque, après Rome, Citeaux était le principal

(1) Bernard Gui, Catalog. Magistr, Ordinis, etc.

(2) Qu'on nous permette cette remarque : L’évêque d'Osma et son compagnon, étant à Rome à la fin de l’année 1204, s’y trouvèrent au moment où Innocent III couronna lui-même solennellement Pierre III d'Aragon, dans l'église de Saint-Pancrace. Saint Dominique entendit, par conséquent, le serment que fit ce prince, avant de recevoir des mains du Pape la couronne royale, serment par lequel il s'engageait à combattre l’hérésie albigeoïise par tous les moyens en son pouvoir, et qu'il trahit ensuite à Muret. Lors donc que le saint vit le corps inanimé du roi d'Aragon, baigné dans son sang, après la fameuse bataille dont il fut le témoin, le souvenir de ce qui s'était passé à Rome, en 1204, lui revint nécessairement à l'esprit, et il dut se dire qu'il n'est pas bon de forfaire à la parole donnée au Seigneur.

foyer de vie intellectuelle et divine de la chrétienté. Cette abbaye célèbre, alors dans tout l’éclat et la splendeur de sa discipline monastique, avait à sa tête Arnald Amalric qui, d’abord abbé de Poblet, en Catalogne, puis de Grandselve, au diocèse de Toulouse, fit si grande figure dans l’histoire de son temps. Diégo et Dominique ne résistèrent pas au désir d’un pélerinage en ces lieux bénis, où avait vécu saint Bernard, et, repassant les Alpes dans les premiers mois de l’année 1205, ils vinrent frapper à la porte de Cîteaux. L'abbé Amalric n’était pas là, le pape l'ayant, dès l’année précédente, adjoint à Pierre de Castelnau et à Raoul de Fontfroide, en qualité de légat en Languedoc.

A Cîteaux, écrit le B. Jourdain, « Diégo, séduit par la sublimité de vie des nombreux serviteurs de Dieu qui le glorifient dans ce monastère, sollicite et obtient la faveur de revêtir l’habit cistercien ; il veut même emmener quelques religieux avec lui, afin de s'initier, par leur sainte conversation, aux pratiques de la vie qu’il vient d’embrasser, et aussi avec le dessein, quand il serait en Castille, de les employer à fonder un monastère de leur Ordre dans son diocèse. »

Les chroniques primitives ne nous font rien connaître des impressions qu'éprouva le B. Dominique au spectacle de la vie si édifiante des moines de Citeaux. Nous savons seulement qu’en cette occasion il s’abstint d’imiter son père et son ami, gardant son entière liberté pour d’autres dévouements. Le souvenir de ses entretiens avec le Vicaire du Christ lui était présent. Peut-être aussi, par une de ces touches mystérieuses dont les hommes prédestinés ont la grâce aux heures décisives de leur existence, Dieu l’avaitil averti de réserver l'avenir, en soulevant pour lui un coin du voile qui dérobait encore aux yeux de tous le plan admirable de son infinie bonté. Peut-être encore l'esprit et le cœur de Dominique étaient-ils déjà en plein dans ces pays albigeois qu'il s'agissait d’arracher à l’er-

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reur, et la pensée de l’hérétique converti à Toulouse ne laissait-il plus le saint libre de former d’autres projets.

On était pour lors aux approches de la fête de Pâques qui, en l’année 1205, tomba le 10 avril (1). Les solennités pascales terminées, l’évêque d'Osma et son bienheureux compagnon, tout embaumés des parfums de la vie de Citeaux, se mirent en route et, descendant de la Bourgogne par les bassins de la Saône et du Rhône, ils se dirigèrent vers Montpellier pour rentrer en Espagne.

C'était là que la Providence attendait les deux illustres voyageurs ; là qu’allaient devenir manifestes les volontés de Dieu sur son serviteur Dominique. L'heure de Dieu allait sonner, l'heure de sa miséricorde envers les âmes par la prédication de saint Dominique et la fondation de l'Ordre des Frères-Prêcheurs.

(1) Nous nous séparons ici d’'Echard pour la chronologie des Actes de saint Dominique, et nous adoptons üäc préférence celle qu'ont suivie les Bollandistes et Mamachi.

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