‹ CartulaireChapitre 17 sur 48 · ADR · texte numérisé non relu

ADR

de l'Eglise cathare de Toulouse et résidait à Fanjeaux, L'hérésie albigeoise n’a jamais eu de ministre plus influent ni plus actif que lui (1),

Niort, en présence de beaucoup de chevaliers, au nombre desquels Ponce deVilleneuve, Raymond God, Pierre de Podio, etc., tous cheva= liers de Montréal; lesquels, après la cérémonie, adorèrent les hérétiques et en reçurent le baiser de paix. — Détail intéressant: Raymond de Roquefeuil laissa en mourant à ses consolateurs 500 sous de melgueil et il chargea Bernard Atho de Niort de les leur solder, mais celui-ci s’en abstint.

(1) Guilabert de Castres avait, dès l'année 1204, à Fanjeaux, administré solennellement le consolamentum à Esclarmonde, sœur de Raymond Roger, comte de Foix, et à trois autres Dames de la noblesse de Fanjeaux : Auda, dont nous avons déjà parlé, femme de Pierre de la Ihle et mère d'Izarn Bernard; Raymonde, femme du coseigneur de Fanjeaux, Guillaume de Durfort; Fais, mère de Sicard de Durfort. A cette cérémonie étaient présents le comte de Foix et les chevaliers les plus notables de la contrée. La même année, il hérétiquait à la mort le chevalier Pierre Roger de Mirepoix, qui, atteint d'une blessure grave, s'était fait transporter à Fanjeaux pour recevoir le consolamentum de ses mains. La plupart adorèrent. En 1209, à l'approche des croisés, sur les terres d'une des sœurs de Raymond Roger, on construisit en toute hâte, au sommet d'un pic escarpé appelé Monsécur, mons Securus, à 1200 mètres d'altitude, une forteresse imprenable dans laquelle se réfugia Guilabert de Castres avec des Parfaits et des Parfaites en grand nombre. De là, Guilabert rayonnait partout, conduit secrètement de château en château par des chevaliers affiliés à la secte ou par leurs hommes d'armes, En {22!, il préside à Picusse-en-Puissan le concilc cathare dont il a été question ; il revient vers 1224, avec audace, s'établir à Fanjeaux,à côté du monastère de Prouille déjà florissant; il a aussi dans le même temps sa demeure à Gaia-la-Selve où il reçoit l’adoration du comte de Toulouse et de son bayle Ponce de Villeneuve : on le voit tantôt à Castelnaudary, tantôt à Toulouse dans la maison du célèbre Alaman de Roais,et, dès qu'on le sait arrivé, les Croyants viennent à ses prédications et l'adorent. Mais voici qu'en 1229 Raymond VII fait la paix avec l'Église et le roi de France: tout aussitôt Guilabert de Castres court à Monségur et, assisté de plusieurs chevaliers accrédités, il supplie le seigneur du chàteau, Raymond de Pérella, de l'autoriser à y établir leur Eglise- Mère, « afin de pouvoir de là envoyer et répandre partout leurs prédicateurs. »

On constate de nouveau la présence de Guilabert de Castres, avec quatre de ses cohérétiques en 1231, à Toulouse, où il reçoit la visite de Ponce Grimoard de Castelsarrasin qui fut sénéchal du comte Raymond; puis vers 1234, au château d'Usson, dans les Pyrénées, chez les d'Alion, et ensuite au château de Niort où il reste six mois. Venu en secret à Fanjeaux, il s’en éloigne bientôt pour rentrer dans Monségur vers l'époque où devait arriver à Fanjeaux le B. Guillaume

« Beaucoup d’autres hérétiques, dont les noms ne sont pas inscrits au livre de vie, » dit Guillaume de Puy-Laurens, étaient venus prêter main-forte aux chefs du parti.

Du côté des défenseurs de la foi nommons l’évêque Diégo et saint Dominique, son aimable et fidèle disciple, le légat Raoul de Fontfroide et son vénérable collègue le Bienheureux Pierre de Castelnau. Ce dernier s'étant séparé de ses compagnons d’apostolat l’année précédente, à Béziers, les avait, pour cette circonstance, rejoints à Montréal avec l’abbé de Ciîteaux et douze autres abbés cisterciens.

Le nouvel évêque de Toulouse ne parut pas à la conférence de Montréal. On ne saurait en être surpris. Foulques n'était installé sur son siège que depuis le 5 février, premier dimanche de carême. Son premier devoir avait été naturellement de remettre un peu d'ordre dans son évêché que son prédécesseur avait laissé dans un état lamentable : mais, au commencement de 1207, il sera à la conférence de Pamiers. Maintes fois, dans les Actes que nous publierons à la suite de cette introduction, nous le retrouverons au nombre des plus insignes protecteurs, bienfaiteurs etamis du Bienheureux Dominique et de son Ordre.

En un mot, avec le trouvère du treizième siècle dans son Romans Saint Dominike, à propos de la conférence de Montréal, disons :

À cel tans estoit le pais

ensi peuplés; ce m'est avis

de bougres que il surmontoient

ces chi en droite foi créoient,

et des plus vaillans de la terre

mout eut grantestrif (4)et grant gerre (2)

Arnaud pour procéder à une enquête juridique sur les faits et gestes de l’hérésie. En l’année 1239, il est à Monségur où les chevaliers de la contrée viennent le voir, l’adorent et mangent avec lui. A partir de 1240, on perd la trace de cet infatigable adversaire de l'Église et de saint Dominique.

(1) Estrif, — combat, querelle, dispute, — (2) Gerre, — guerre,

et grant disputison entreus.

Des malvaises gens et de ceus.

Qui prêchoient l’evangile nt Et li bougre pour eux despire (1) aioient a eus desputer

et si avoient fait mander

les parfais, cels ki plus savoient des malvais poins ke il tenoient.

Li Vesques et se compaignie Qui Jhesu-Crist n'oublioit mie.

Saint Dominike ki avoit

son cuer a malaise et destroit (2) de ses proisme (3) ki gerroient Jhesu-Crist et ki ne voloient .

reconnoistre leur bougresie.

À Montréal, pendant quinze jours, les missionnaires multiplièrent, en même temps que les prédications et les exhortations aux catholiques, les conférences doctrinales avec les hérétiques, en présence de multitudes avides d’assister à ce que le B. Jourdain nomme les Scrutins de la foi (4).

Cependant des arbitres furent choisis. L'histoire nous a conservé leurs noms : Bernard de Villeneuve-les-Montréal, et Bernard d’Arzens, l’un et l’auire chevaliers, puis deux bourgeois : Arnald Riberia et Bernard God, tous les quatre tenants de l'erreur, affirme Pierre de Vaux-Cernay. De fait, les procès-verbaux d’inquisition nous les montrent, avec des membres de leurs familles, hantant assidüment le Parfait Guillaume Bernard Coldefi et Braida ou Fabrissa de Mazerolles, dans leurs maisons respectives, ne craignant nullement de les adorer en compagnie d’'Aymerie, leur châtelain. Ce fait d’hérétiques de profession choisis

(1) Despire, — mépris, mépriser.

(2) Destroit, — serré, serrement.

(3) Proisme, — proximus, prochain. } (4) His interesse scrutiniis fidei.

comme arbitres dans üne discussion publique ‘arrache à Guillaume de Puy-Laurens cette parole de foi : « O dou: leur ! Est-il possible que l'Eglise et la religion soient tombées à un tel degré d’avilissement qu’on ait pu constituer juges de si grands opprobres des laïques, » et, pourrions-nous ajouter, à plus forte raison, des laïques adeptes dévoués de la secte albigeoïise.

Arnald de Verfeil, au nom des hérétiques, commença l'attaque : et au lieu d'établir avec calme la solidité des doctrines cathares, il s’emporta en déclamations et eninvectives passionnées contre l'Eglise de Rome. «L'Eglise de Rome, dit-il, n’est pas l'épouse du Christ, mais l'Eglise du diable. Sa doctrine est celle des démons. C’est la Babylone que saint Jean dans l’Apocalypse appelle la mère de toute fornication et de toute abomination, enivrée du sang des martyrs et des saints de Jésus-Christ. Son organisation n’est ni sainte ni bonne. Elle n’est pas du Christ. Ni, Lui ni les Apôtres n’ont déterminé l’ordre de la messe comme on la célèbre aujourd’hui, »

On le voit, l'erreur ne fait que se répéter à travers les âges. Arnald parlait déjà comme devaient, des siècles plus tard, s'exprimer Luther et Calvin, et tant d’autres de leurs disciples, sur le compte de l'Eglise qu'ils avaient trahie.

L'évêque d'Osma se présenta pour répondre à l'hérétique Arnald. Laissant de côté les injures, il s’appliqua à prouver la vérité de la doctrine catholique par les témoignages authentiques du Nouveau Testament.

On rédigea ensuite par écrit les arguments émis de part et d'autre pour ou contre la thèse énoncée. Ceux des mémoires (Î) qui parurent à chaque partie les plus probants fur, n' livrés au a.bitres, 1fin qu'après un examen sérieux

(1) Ces mémoires étaient appelés libelli, livrels, comme dans les procès judiciaires de l'époque.

et müre délibération ils pussent donner leur avis sous forme de sentence définitive. On attendait de leur impartialité cet acte d'équité et de justice ; on se trompait : rien ne fut défini. Les juges, pressentant le triomphe de la vérité, refusèrent de porter leur sentence; ils ne consentirent pas même à restituer aux catholiques leurs mémoires, de peur quele public n’en prît connaissance. Bernard de Villeneuve, interrogé plus tard par Guillaume de Puy-Laurens sur ce qu'ils étaient devenus, répondit qu'on les avait égarés à l’arrivée des croisés, en 1209, lorsque les hérétiques s'étaient enfuis dans toutes les directions. « Pour moi, je soupçonne, ajoute le même historien, que les arbitres, étant amis de la secte, les auront supprimés.» Néanmoins; Bernard de Villeneuve ne put s'empêcher d’avouer qu’en dépit de ces manœuvres pour étouffer la vérité, environ cent cinquante hérétiques, d’après ce qu’ils purent saisir de la discussion orale, revinrent généreusement à la religion de leurs pères.

La conférence terminée, Pierre de Castelnau laissa de nouveau ses collaborateurs et retourna en Provence où l’appelaient d’autres intérêts graves de la sainte Eglise de Dieu. Le vénérable abbé de Citeaux, pour reproduire et imiter, dit Pierre de Vaux-Cernay, le nombre des membres du collège apostolique, avait amené avec lui douze autres abbés cisterciens; il les dispersa dans toute la contrée et assigna à chacun le champ particulier qu'il aurait à évangéliser à la sueur de son front. C’étaient, ajoute cet historien, « des hommes de grande religion, d’une vie parfaite, de haute science et d’une incomparable sainteté, prêts à rendre raison à tout contradicteur de leur foi et de leur espérance. Du reste, ils n’allaient pas seuls : ils avaient avec eux des religieux de leur Ordre, avec lesquels ils menaient une vie humble et austère, « selon ce qui leur avait été montré sur la montagne, c’est-à-dire ce qu'ils avaient appris et entendu de l’évêque d'Osma. »

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Saint Dominique, lui, dirigea ses pas, sans délai, vers Fanjeaux, distant de Montréal d’un peu plus d’une lieue, et, en passant près de l’antique sanctuaire de Notre- Dame de Prouille, il ne manqua pas de s’y arrêter et de mettre sous la protection de la bienheureuse Vierge Marie l’apostolat qu’il allaitinaugurer à Fanjeaux et d’où devaient sortir de si grandes œuvres.

Ce fut le 9 ou le 10 juillet 1206 que le Bienheureux Dominique gravit, pour la première fois, les pentes escarpées de la colline sur laquelle est bâti Fanjeaux.

Guilabert de Castres s’était empressé de revenir dans cetle ville. On eût dit qu’il avait le pressentiment des merveilles et des fruits de salut qu'y devait opérer le serviteur de Dieu et qu’il voulait mettre ses adhérents en garde contre les enseignements persuasifs etles grands exemples de vertu qui avaient amené, à Montréal, de si heureuses conversions.Peut-être même, parmi ces convertis, quelquesuns avaient-ils été ravis au nombreux troupeau que le diacre hérétique dirigeait à Fanjeaux. Cette ville, en effet, élait un des centres principaux de la secte. Nulle part, dans la contrée, on ne citait de Parfaits plus zélés que Guillaume de Pexiora et Guillaume de Carlipac, de Parfaites plus ardentes que Guillelmine de Tonnens ; Auda, sa fille, mère d'Hélis de Mazerolles et d’Izarn-Bernard; Fays, mère de Sicard de Durfort; (ces deux dernières, nous l’avons vu, avaient été hérétiquées solennellement, en 1204, avec la la femme du comte de Foix) ; Raimonde, mère des chevaliers Pierre Mir et Pierre de Saint-Michel. Ces Parfaits et ces Parfaites tenaient maison à Fanjeaux, comme leur chef Guilabert de Castres.

Les chevaliers ctles nobles de Fanjeaux, avecleurs mères, leurs femmes et leurs enfants, étaient, à peu près tous, des Croyants attitrés et dévoués : nommons les de Durfort, Raimond, Hugues, Sicard, et le chätelain Guillaume; les De Festa, Gallard, Bernard-Hugues, Ysarn-Bernard ; les

God, les de Tonnens, les du Mortier, les de Saint-Michel, les Raymond Ferran, les du Vilar, les Picarella, les Faure ou de Faris, Guillaume de Beaumont ou Belpech, Bego, etc.; et parmi les Dames : Longebrune, femme de Raymond Ferran; Esclarmonde, mère de Bernard Hugues de Festa; India, mère de God de Fanjeaux; Turcha, femme de P.-R. de Tonnens; Orbria, mère de Gallard de Festa.

Comme à Montréal, bourgeois, chevaliers, nobles dames participaient avec assiduité aux rites et cérémonies cathares. Dans la noblesse, une seule femme avait résisté à l'entrainement général. C'était la châtelaine Na-Cavaers, coseigneur de Fanjeaux avec Guillaume de Durfort : du moins nous ne la voyons jamais assister aux réunions de la secte.

Une des premières préoccupations de saint Dominique, en arrivant à Fanjeaux, fut de provoquer une conférence publique. En soutint-il seul le poids? On serait tenté de le penser; car, dans les chroniques, il n’est question que de lui, peut-être parce que, dans cette circonstance, le saint joua le rôle principal et fut, pour ainsi dire, le héros, l’homme prédestiné de cette conférence.

Voici de quelle manière on procéda dans la discussion. Les catholiques rédigèrent chacun un mémoire contenant les raisons et les témoignages les plus propres, selon eux, à confirmer leur foi. On soumit ensuite ces livrets à un examen critique. Le mémoire de saint Dominique ayant paru le plus probant fut adopté de préférence et communiqué aux trois arbitres choisis par les parties pour être confronté avec le mémoire présenté par les hérétiques, et, par suite, obtenir une sentence autorisée.

En possession des deux mémoires contradictoires, le jury, après un débat prolongé, ne parvint point à s’entendre. La conférence se tenait dans l’Aula, grand'salle

de l’habitation seigneuriale de Guillaume de Durfort (1). Là comparaissaient les justiciables qui relevaient de la juridiction du châtelain; là se réunissaient les membres de sa famille, ses amis, ses homes, ses serviteurs et les notables de la cité, pour les affaires importantes.

Au fond de la grand’salle se trouvait, selon l'usage, une de ces vastes et hautes cheminées du moyen âge qui, sous son large manteau de bois sculpté, pouvait abriter la plupart des assistants (2). Ne pouvant donc tomber d’accord, les arbitres se décidèrent à soumettre, dans le foyer de la salle, les deux mémoires ou livrets à ce qu'on appelait alors l'épreuve du feu.

L'Ordalie ou Jugement de Dieu, soit par l’eau, soit par le feu, était encore souvent usité au commencement du treizième siècle. On l’appliquait non seulement aux personnes, mais encore aux choses, quelquefois même à des reliques dont on suspectait l'authenticité. « Quand il y a doute, écrit un auteur moderne (3), sur l’innocence ou la culpabilité d’un accusé, rien de plus naturel à l’homme, à défaut de preuves, et les moyens humains d'investigation étant épuisés, que d'avoir recours à l'intervention directe de la divinité manifestant la vérité ou l’erreur, le droit ou l'injustice, l'innocence ou le crime. » L'épreuve du feu était de différente sorte : Il y avait celle du fer incandescent, sur lequel on devait marcher où que l’on touchait de la main et l'épreuve du bûcher. Ce fut à cette dernière que les juges soumirent les deux écrits. L'Eglise n’a jamais imposé ni même approuvé de pareilles expériences entachées de superstition ; mais la puissance de Dieu n'est pas liée par sa créature, souvent le Seigneur intervenant

(1) Cette habitation était située dans la rue En Pélisse qui aboutissait à li rue des Chevaliers, carreria militum.

(2) Viollet-le-Duc.— Dictionnaire d'Archéologie, etc., aux mots: salle — cheminée, etc.

(3) Jaugey. — Dict. d'Apologétique, au mot : Jugement de Dieu.

miraculeusement s’est servi de cette pratique condamnable pour procurer sa gloire et le salut des âmes. Ainsi en advint-il, en juillet 1206, dans la grand’salle de Guillaume de Durfort : saint Dominique, pendant que se préparait l'épreuve, priait avec confiance et répétait avec le Psal-

Le livre de saint Dominique sort intact des flammes.

Fresque du P. Besson dans la salle capitulaire du couvent de Saint-Sixte, à Rome.

miste : « En toi, Seigneur, j'ai espéré, je ne serai point confondu. »

Cependant un grand feu est allumé, on y jette les deux mémoires. En un instant celui de l’hérétique est consumé et disparaît dans le brasier, tandis que le mémoire du saint reste intact, Bien plus, à la vue de tous, il s'élance

hors des flammes : on le rejette jusqu’à trois fois dans le feu et trois fois il s'en échappe, « lancé, dit un très ancien manuscrit de Prouille (1), par l’invisible main du Tout- Puissant-sur la poutre qui forme le manteau de la cheminée, et où il laisse trois traces profondes de brülure que l'on voit encore, en souvenir perpétuel d’un aussi grand miracle. » « C'est ainsi, écrit Constantin d'Orviète, que par la volonté souveraine de Dieu s’est renouvelé, pour le seul écrit de saint Dominique préservé de l'incendie, ce qui jadis eut lieu pour les trois jeunes hommes précipités dans la fournaise, afin qu’un tel prodige manifestit clairement ct la vérité de la foi orthodoxe et la sainteté de celui qui la défendait (2). »

« Le feu même, dit le Père Jean de Réchac dans sa Vie de saint Dominique, impatient de voir l’innocent au milieu des flammes, le rejeta dehors sur une solive ou poutre ; il demeura sans aucune action sur luy et donna trois approbations miraculeuses pour une, afin que ces dévoyez ne

(1) Perçin(Monzuim. conv. Thol,) citant ce texte, dit au dix-septième siècle : « ex Breviario ms°. vetuslissimo Prullii. »

(2) L'Office de saint Dominique, composé soit par le Bienheureux Jourdain, soit par Constantin d'Orviète, rappelle ce miracle du feu au troisième répons des Matines :

Verbum vitæ, dum palam promitur,

Surgunt hostes; liber conscribitur ;

Favent omnes : sic error vincitur,

Ter in flammas libellus traditur,

Ter exivit illæsus penitus :

Sic error vincitur, fides extollitur.

Tandis que le saint annonce publiquement la parole de vie, l'ennemi proteste. Un mémoire est écrit, un accord survient; ainsi l'erreur est confondue et la foi exaltée. Trois fois le livre est jeté dans le feu et trois fois il en sort sans la moindre atteinte.

Chaque année, aux premières vêpres de la fête du saint Patriarche, les religieux du couvent de Fanjeaux chantaient ce répons, au lieu de l'O spem miram. Dans un manuscrit de Bernard Gui, qui se trouvait autrefois au couvent de Toulouse, on lisait ces deux vers :

Iilæsus digne sancti liber exit ab igne, Bed flammis dignis errores corripit ignis, (V, anoienne Ann, dom,, août, 1.)

pussent aucunement douter de la vérité qu’il contenait (1).»

D'après certains historiens, le miracle du feu se serait renouvelé à Montréal vers le même temps, mais avec quelques variantes qu'il est bon de noter en passant : « Un des

(1) Cet auteur, qui visita le couvent de Fanjeaux en novembre 1642, dit : « On voit encore trois plaies proportionnées à la figure d'un livre que son attouchement a imprimé, ne plus ne moins que s'il üt été brulant et ardant comme un fer chaud: j'ai remarqué aussi, étant sur les lieux, que cette poutre est carrée d'un grand pié d'époisseur et les plaies imprimées sur icelle ont trois dois de profondeur demy pié et deux dois de largeur. Et parce que le livre, sortant du feu par une vertu divine et invisible, s'élança de luimême par trois fois et qu'à chaque fois, sautant sur cette poutre, il y imprimait une brülure de sa grandeur et largeur, comme s'il eût porté le feu quant et soy, on prit cette traverse ou petite poutre et on la garda religieusement au monastère de Prouille. »

En 1209, les biens de Guillaume de Durfort ayant été confisqués parce qu’il était faidit (révolté), la poutre miraculeuse fut enlevée de la grand'salle de sa maison seigneuriale et déposée au monastère de Prouille, où elle resta jusqu’à la fondation du couvent de Fanjeaux.

En effet, au xiv° siècle, on eut la pieuse pensée de convertir le lieu du miracle en un sanctuaire dédié à saint Dominique. La maison avait été rendue à la famille de Durfort. Dès l'année 1325, Prouille voulut l’acquérir comme l'attestent des Lettres de Charles IV, roi @e France (Perçin et Archiv. de l'Aude). On ne sait s'il fut alors donné suite à ce projet; mais c'est probable. Un acte du 4 septembre 1346 montre le damoiseau Roger de Durfort et Richa sa femme vendant leur propriété à Fr. Raymond de Durfort, Provincial de la Province de Toulouse. « Considérant, disent-ils, que par la vertu d'en haut, un miracle a été opéré par le feu dans cette maison à l'honneur du B. Dominique et de la sainte foi, lorsque le Bienheureux préchait en ce pays contre l’hérésie; désirant de tout notre cœur qu’à la gloire de Dieu, de la B. Marie, de tous les saints et du monastère de Prouille une chapelle soit construite et un autel de saint Dominique érigé en ce lieu où s'est produit le miracle susdit, nous vendons, etc. »

Le prix de vente fut de 350 livres tournois pour lesquelles, dit l'acte, le noble Assaut de Montesquieu constitua aux vendeurs uue rente annuelle de 45 setiers de froment et de 4 livres tournois dont, «attendu sa vive dévotion pour ladite chapelle », il octroya en même temps quittance au Provincial. L'acte de vente fut passé à Prouille en présence de Fr. Guillaume Bernard, des Frères Mineurs, maître en théologie, de Fr. Hélie de Ferrières, Prieur de Prouille, de Fr. Guillaume, Prieur de Carcassonne, etc. — Ce ne fut, sans doute, que la sanction écrite et légale d'une donation verbale faite antérieurement ; car six jours après, le 10 septembre, le Provincial Raymond de Durfort et le Prieur de Prouille prenaient possession de la chapelle de Saint-

église

a poutre du miracle du feu conservées dans 1

La pierre et 1

Cardes.

Fanjeaux graphie de M. Alma-

de

après une photo

nôtres, raconte Pierre de Vaux-Cernay, nommé Dominique, homme de toutesainteté etlecompagnon de l’évêque d'Osma, avait mis par écrit les preuves qu’il avait données en publicet il avait confié son manuscrit à un certain hérétique

Dominique déjà prête, en présence de plusieurs autres Frères-Prêcheurs et de toute la population de Fanjeaux. La messe fut célébrée avec pompe par le Prieur et un sermon solennel fut donné par le Provincial. En cette fête, riches et pauvres témoignèrent une grande allégresse, dit un contiauateur de Bernard Gui dans un manuscrit de Carcassonne cité par l’ancienne Année Dominicaine (tome I, d'août, p. 169).

En 1347, Clément VI promulga des indulgences en faveur de ceux qui visiteraient ce sanctuaire où, dit le Pape, N.-$. Jésus-Christ, à la prière de saint Dominique, « a de longue date opéré des miracles innombrables et en opère chaque jour. » De son côté, le roi Jean le Bou accordait des lettres d'amortissement, à la requête de la Prieure ct du monastère de Prouille, « en considération du miracle accompli en ce lieu où le livre des hérétiques resta « in combuslionem et cibum ignis » et le livre catholique sortit intact par l’action du Seigneur qui opère des miracles là où il veut. »

Bientôt les Dominicuins songèrent à s'établir à Fanjeaux. En 1348, le sieur Raymond Terren leur ayant donné par testament une maison et un verger pour y fonder leur couvent, ils prirent possession. en l'année 1350, de ce lieu situé près de l'église paroissiale et à une certaine distance de la chapelle de Saint-Dominique; mais, le prince de Galles, fils aîné du roi d'Angleterre, ayant dans son expédition en Languedoc brülé Fanjeaux qui tenait pour le roi de France, les Pères, en 1356, transportèrent leur couvent à la maison du miracle, et comme l'emplacement était trop restreint, le roi Charles V, sur la demande des religieux, accorda gracieusement deux arpents de terrain à prendre sur les biens communaux pour édifier leur couvent, à l'unique condition de célébrer, pour lui et pour les siens, deux messes, l'une du Saint-Esprit, l’autre de Notre-Dame. (Perçin et Archiv. de l'Aude).

Dans ce couvent, écrit Jean de Réchac, « il y a un cloître à 42 pas de long en carré et des chambres dessus; une belle galerie appuyée sur 20 colonnes; une sacristie voûtée de 15 pas de long et 13 de large. L'église fut bâtie justement à l’endroit de cette place où est la salle qui fut honorée du miracle susdit. » D'où il faut conclure que la chapelle primitive de Saint-Dominique devint partie intégrante de la nouvelle église. Une entrée donnait sur une des ailes du cloitre.

En l'année 1546, l’église du couvent de Fanjeaux fut consacrée par Fr. Guillaume du Prat, évêque de Tarse et vicaire général du cardinal archevêque de Toulouse.

La poutre, soutenue par des chaines de fer,fut suspendue au milieu de-l’église à 22 pieds de hauteur. On avait aussi gardé la dalle du foyer où se fit le miracle et on l'avait placée sous l'autel, « et, dit encore un manuscrit de la Bibliothèque nationale (fonds français,

afin qu'il püt s’instruire de son contenu. » Or, dit un chroniqueur lyonnais du treizième siècle, sire Mathieu de Feurs (1) : « Cèle nuit, le hérité assemblé d’environ le feu, il mist, hors, la cèdule, laquèle il avoit receue : Auquel li compaignon distrent que il la getast ou feu, et, si èle ardoit, leur fois fut vraie; et se èle ne pooit ardoir, que la foiz de la Romaine Eglise fust vraie : Pour laquèle chose, èle fu getée ou feu. Laquèle, com elle ieust un pau demouré sanz nulle arsure, èle salli dou feu tout maintenant; dont il furent tuit esbaiïs. Lors dist uns d’aus plus durs de touz les autres : soit getée de rechief et ensi esprouverons plus plènement la vérité. Laquèle s’en issi derechief, Et encore cil dist : soit getée la tierce foiz et lors

n° 8691, f° 59), par une louable coutume et dévotion du monastère de Prouille, les filles qui y doivent prendre l’habit vont, la veille ou quelques jours avant leur entrée en religion, faire dire la messe à la dite chapelle où, pour l'ordinaire, elles communient. Après la messe, elles vont baiser la dite pierre, droite et appuyée contre la muraille, tandis que l’on chante une Antienne à saint Dominique. »

La plus notable partie de la poutre se treuve actuellement dans l'église de Fanjeaux où elle est dressée contre le mur en face de l'autel de Saint-Dominique, grâce à la sollicitude pieuse de M. l'abbé Babou, curé-doyen de Fanjeaux. La pierre du foyer est scellée audessous de la poutre.

Quant au couvent et à l'église, passés depuis la Révolution en des mains laiques, tout y à été profané: l'église n’est plus qu'une espèce de grange et le couvent une maison particulière. Ne se trouverat-il pas un fils du saint fondateur de l'Ordre des Frères-Précheurs pour acquérir, restaurer et rendre à l'Ordre ces lieux si pleins de glorieux souvenirs.

Le mémoire miraculeux écrit par saint Dominique est malheureusement perdu. On ignore quel en était le contenu. Certains ont alfirmé, mais sans preuves, qu'il traitait de l’humanité de Notre- Seigneur Jesus-Christet indirectement de la Conception Immaculée de Marie.

(1) Vies des saints de Ja fin du xui° siècle dont voici le titre : Qi commentent li saint qui sont pris ou livre sire Mathieu de Fuer, hasiographe lyonnais. (Bibl. grand séminaire du Puy). Mathieu de Feurs semble avoir été de la noble et antique famille lyonnaise des de Feurs. Un des membres de cette famille, Durand de l'eurs, vendit, en 1236, au B. Humbert de Romans, Prieur des Dominicains de Lyon, l'un des tènements où furent construits l'église et le couvent de Notre-Dame-de-Confort.

saurons sanz doutance la vérité, et, de rechief getée ou feu, s’en issi toute saine. »

Cependant, continue Pierre de Vaux-Cernay, « les hérétiques, malgré ces prodiges réitérés, ne se convertirent pas ; persévérant dans leur opiniâtreté, ils firent entre eux le pacte de ne point parler de ce miracle et de ne pas laisser venir le fait à la connaissance de l’un des nôtres. Toutefois un chevalier quelque peu favorable à la bonne cause ne tint pas sa promesse et il révéla le miracle, «dans lequel, remarque B. Gui, apparut manifestement du même coup la vérité de la foi catholique, la sainteté de l’homme de Dieu et la fausseté des perfides sectaires. »

F Bientôt, l’évêque Diégo, soucieux des intérêts de son Eglise d’Osma, dont il était éloigné depuis plusieurs années, se décidait à retourner dans son diocèse, et dès les premiers jours de l’année 1207, se mettait en devoir d’exécuter son dessein. Il choisit, pour franchir les Pyrénées et gagner la Castille, la route qui traversait Pamiers, dans le pays de Foix. On profita de cette circonstance pour convoquer une conférence dans cette ville. Ce fut la dernière dont les particularités soient venues jusqu’à nous ; la dernière aussi à laquelle ait pris part l’évêque d'Osma. Saint Dominique, qui ne devait plus revoir en ce monde son évêque et son Père bien-aimé, l’accompagna jusqu’à Pamiers. Ils s’y rencontrèrent avec Foulques, évêque de Toulouse, Navarre, évêque de Conserans et plusieurs abbés. Le Comte de Foix, Raymond Roger, dit le batailleur, y vint aussi: Il y avait son château. Ce fut même dans la grand’salle de ce château que se tint la conférence. Raymond Roger était un homme de guerre : Pierre de Vaux-Cernay l’appelle « un traître détestable, un cruel persécuteur et ennemi de l’Eglise. » Sans être croyant dévoué, il encourageait et soutenait l’hérésie dans ses états. En 1204, il était, à Fanjeaux, le témoin de l’hérétication d'Esclarmonde, sa femme, par Guilabert de Castres. Il

avait marié son fils, Roger Bernard, à Ermessende, fille unique du vicomte de Castelbo; et le père et la fille furent plus tard condamnés comme hérétiques. Une des sœurs du comte de Foix était cathare, l’autre vaudoise. Les vassaux du comte suivaient son exemple; qu’on en juge: le plus puissant d’entre eux était Atho Arnald, seigneur de Château-Verdun. Ce seigneur, après avoir pris part à toutes les campagnes contre les croisés, consent, en 1217, àaservir de caution à son suzerain et se livre comme otage lorsque le comte de Foix fait sa paix avec l'Eglise; mais Simon de Montfort meurt et tout aussitôt Atho Arnald, devenu libre, retourne à ses anciens errements. En 1226, Louis VIII, venu, à la tête d’une armée, dansle midi et accompagné du légat du Pape, impose son autorité à toute la contrée. La paix est négociée avec le roi de France et avec l'Eglise. Non seulement le seigneur de Château- Verdun accepte cette paix, mais, du pays de Foix, il vient à Melun trouver la régente Blanche de Castille et son jeune fils Louis IX. Il leur prête serment et il appose son sceau à cette déclaration, dont l'original est aux archives nationales de Paris (1). « Moi, Atho Arnald de Château- « Verdun, fais savoir, à tous ceux qui les présentes verront, « que m'étant confié en la bonté miséricordieuse du vé- « nérable Père et seigneur Romain de Saint-Ange, car- « dinal-diacre, légat du Siège apostolique, et de mon «€ illustrissime seigneur Louis, roi de France; le susdit « Roi m'a accordé la faveur d’une rente annuelle de 50 li- « vres tournois, à prendre sur sa cassette privée, jusqu’à « cequ'il y soit pourvu régulièrement. Pour ce motif, je « lui rends hommage lige: Fait à Melun, en septembre « de l’an du Seigneur 1229. » Quoi de plus explicite et de plus formel! Et cependant, dès l’année suivante, nous voyons ce seigneur, à Monségur, appuyant la démarche

(1) J.I, suppl. XXX*».

des évêques cathares auprès du châtelain, pour obtenir d'établir le siège de leur Eglise dans sa forteresse: à cette occasion, en vrai Croyant, Atho Arnald ne manque pas d’adorer les hérétiques. Peu de temps après, il tombe malade à Montgradail, dans la maison de la châtelaine de Fanjeaux, dame Cavaers sa parente. Tout aussitôt il réclame l’hérétication : Hugues et Sicard de Durfort de Fanjeaux lui amènent W. Tournier et son compagnon. Pendant le consolamentum, Maître Arnaud de Campragna de l’abbaye de Saint-Antonin de Pamiers {{), qui a eu vent de ce qui se passe, se présente; le chevalier Arnaud Roger de Mirepoix l’amuse et le retient à la porte jusqu’à la fin de la cérémonie et le seigneur de Château-Verdun meurt hérétique Parfait (2). ;

Les vaudois mêlés aux cathares étaient nombreux dans la contrée. La sœur du Comte de Foix les vénérait et les avait accueillis sur ses terres (3). La discussion pour ce motif porta principalement sur leurs doctrines. Elle fut menée avec vigueur et clarté par l'évêque d’'Osma. Les vaudois étant plus accessibles et plus sincères que les cathares, Durand de Huesca (4) et ses compagnons présents à

(1) Maître Arnaud de Campragna, que nous trouvons à Montgradail, en 1231, si empressé d'’arracher à Satan sa victime, était, en 1207, à Pamiers, un clerc séculier de grand renom, mais favorable aux seclaires. Ce fut lui cependant qui, d'un commun accord, fut élu pour arbitre de la conférence de Pamiers.

(2) En 1243, Arnauld de Melglos, déposant devant l’inquisiteur Frère Ferrier, raconta le fait en présence du Prieur de Prouille, de l'abbé de Pamiers et de maître Arnaud de Campragna. (Doat, t. XXIV-249 et XXII-142.)

(3) C'est elle, dit Guillaume de Puy-Laurens qui, au cours de la conférence, s'attira cette apostrophe du Frère Etienne de la Miséricorde : « Allez, Madame, filer votre quenouille; il ne vous sied pas d'intervenir en semblable discussion. »

(1) Durand de Iuesca converti fut le fondateur de l'Ordre des Pauvres catholiques. Lui et ses compagnons : Durand de Najac, Guillaume de Saint-Antonin, Jean de Narbonne, Ermengaud et Bernard de Béziers allèrent, après leur conversion, se présenter au Souverain-Pontife Innocent III, qui les accueillit avec une bonté

toute paternelle et reçut leur abjuration. Le Pape les prit sous sa protection spéciale et les recommanda aux évêques des diocèses où

la conférence se laissèrent volontiers convaincre, et, confessant leurs erreurs, ils vinrent, remplis d’une confusion

salutaire, se jeter aux pieds des évêques et des prédicateurs de la foi.

Le peuple en majeure partie, surtout les pauvres, remarque Pierre de Vaux-Cernay, acclamèrent les Apôtres de Jésus-Christ,

L’arbitre de la conférence lui-même, Arnaud de Campragna, gagné par la sainteté de leur vie et la force de leurs arguments, séance tenante, s’offrit, lui et ses biens, sans réserve, à l'évêque d'Osma; et, fidèle à sa parole, il ne tarda pas à se consacrer à Dieu, dans l’abbaye de sa ville natale, où il occupa toute sa vie des charges importantes. Il devint l’ami de saint Dominique et de l’évêque de Toulouse, un zélé défenseur de la foi, s’associant, jusqu'à sa mort, à toutes les luttes de l'Eglise contre l’hérésie (1). En 1221, il était à Rome, avec son évêque, auprès de saint Dominique, qui se préparait, avant de mourir, à cé. lébrer le deuxième chapitre général deson Ordre. Ensemble ils s’entretinrent intimement des intérêts des chères maisons de Toulouse et de Prouille; l’histoire nous en a

ils voudraient établir des maisons de leur Ordre. Leur règle offre plus d’un point de ressemblance avec celles des Tiers-Ordre de Saint- Dominique et de Saint-François. Ils avaient adopté un habit blanc avec un manteau de couleur tannée, récitaient l'office divin et s'occupaient d'œuvres de miséricorde, orphelinats, refuges, hôpitaux, etc.. de telle sorte qu'il semble que saint Dominique n’a pas dû étreétranger à leur formation au moins par ses conseils. En Catalogne, vers l’année 1232, l'Ordre des Pauvres catholiques était sous la juridiction du Provincial des Dominicains d'Esvagne. De l'année 1208 à l’année 1212, on ne compte pas moins de quatorze lettres du Pape Innocent III à leur sujet, témoignant de la sollicitude touchante de la sainte Eglise de Dieu pour les pauvres égarés qui rentrent dans son sein avec sincérité, Cependant cet Ordre, soit à cause de son origine qui le mettait en suspicion auprès des évêques, soit pour un autre motif, ne dura pas longtemps et dès la seconde moitié du treizième siècle, il avait disparu.

(1j On le voit, en 1236, coopérer à une enquête faite par le Bienheureux Guillaume Arnaud et Frère Jean de Navarre, et dans laquelle comparut Pons Grimoard, sénéchal de Cahors.

transmis le souvenir dans un acte, où Maitre Arnaud de Campragna, à Rome, est témoin de la donation définitive que Foulques fait, à saint Dominique, de l’église de Fanjeaux (1).

Bien qu’au moment de la conférence le comte de Foix ait fait montre d'impartialité, en défrayant tour à tour les vaudois et les prédicateurs catholiques, il ne paraît pas que ni lui, ni les siens, se soient laissé gagner par les nobles exemples reçus à Pamiers. Bien au contraire, jusqu’à la fin, ils persévèrent dans leur funeste opiniâtreté.

La conférence de Pamiers terminée, l’évêque d'Osma et son cher fils Dominique se firent un suprême et touchant adieu. Frère Dominique revint à Fanjeaux, et Diégo, à pied, le bâton à la main, traversa les Pyrénées et la Castille, au prix des plus grandes fatigues. On était en hiver; arrivé à Osma, la maladie le réduisit bientôt à toute extreémité, « Et, dit le Bienheureux Jourdain, il acheva sa vie mortelle dans une haute sainteté, alla recevoir la récompense glorieuse de ses bons travaux et, chargé de mérites abondants, passa de la tombe au repos opulent de l’éternité, »

(1) 17 avril 1221.

JL

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