Ermengarde Godolina et Sans Gasc font leur dona
(1) Ces donnés n'étaient autres que les oblats, oblati, de l'Ordre de Saint-Benoît. — Cf. Ducange, aux mots oblati, donati, laudare, laudemium, servicium. — Auguste Molinier, Etude sur l’administration féodale dans le Midi. — Hist. Lang., t. VIX, pp. 131-213.
tion, comme il convient, à Dieu d’abord le Seigneur des seigneurs, à la Vierge Marie, dont le sanctuaire est vénéré partout dans le pays, à tous les saints du paradis, à Dominique d’'Osma, qu’ils nomment seigneur Dominique et non pas Frère, comme dans l’acte précédent, sans doute par considération pour sa personne et parce qu'il devient leur suzerain. Les membres des deux communautés, au contraire, sont désignés sous le nom de Sœurs et de Frères, non pas qu'on les ait soumis à l’organisation monastique de Fontevrault et de certains Ordres religieux où les deux familles vivaient sous les mêmes observances et dans des habitations collatérales. À Prouille, il y a principalement le cloître des Sœurs, et, à côté, une maison d’apostolat ; les populations édifiées appellent le tout la Sainte-Prédication (1), manifestant ainsi la réputation de ferveur et de zèle que l’œuvre de Prouille avaitacquise en si peu de mois.
3. — Et maintenant, que donnent Ermengarde et son mari? D'abord leur personne en se faisant les vassaux du monastère, puis la maison {avec toutes ses dépendances) qu'ils possèdent à Villasavary (2), château fort bâti sur un mamelon isolé au milieu de la plaine de Fanjeaux, à trois kilomètres environ de Prouille, enfin un jardin qu'ils tenaient en censive d’un certain Pons Humbert, en un lieu qui portait alors le nom de Terra caplata. Ce lieu serait aujourd’hui Villeneuve-le-Comtal, village situé au sud de Castelnaudary (3).
(1) Probablement pour ce motif, on disait, au treizième siècle, la Prédication de Limoges, la Prédication de Lyon, etc., pour désigner le couvent dominicain établi dans l'une de ces villes.
(2 Cet endrnit ne s’appelait encore, en 1207, que le Vilar.
(3) Un érudit, fort versé dans la connaissance de l’histoire et de la topographie locale, l'abbé Astre, chanoine de Carcassonne, a laissé dans sa famille, à Villepinte, un manuscrit où nous avons lu : Ville neuve-le-Comtal, sur la rive droite d’un ruisseau qui se jette dans le
4, — Or, Villasavary avait, à l’époque qui nous occupe, pour châtelains, deux frères, Vilar et Galard, qui, en qualité de seigneurs du lieu où se trouve la maison des donateurs, ont à intervenir dans l'acte. Ils affranchissent, en effet, Ermengarde et Sans, c’est-à-dire qu'ils les laissent libres de se donner au monastère et ils louent leur donation de Villasavary, c’est-à-dire qu’ils l’approuvent et y consentent sous la réserve d’un droit de quatre deniers à percevoir selon l'usage.
5. — A sept kilomètres de Villasavary et à dix de Prouille est Villepinte (Villapicta, Pictavilla) sur la rive gauche du Fresquel et à l’est de Castelnaudary. Les gens de Villepinte ont conçu, eux aussi, pour saint Dominique et son œuvre, la plus religieuse sympathie, et ils aiment à approvisionner gratuitement la Sainte-Prédication de céréales, de fromage, d'œufs, de paille, de vendange, de bétail: bœufs, ânes, etc., mais Vilar et Galard, s'ils affranchissent les donateurs, n’en gardent pas moins leur droit d'impôt sur ces aumônes, soit parce qu'ils sont peut-être également châtelains de Villepinte, soit plutôt parce que, pour se rendre à Prouille, il fallait traverser le territoire de Villasavary, et, pour ce faire, il y avait à payer un droit de leude ou de transit. Ici encore le peuple se montre généreux, charitable, accessible aux saints exemples et à un enseignement convaincu et désintéressé; le seigneur albigeois, lui, escompte ces nobles dispositions et il en profite. Ces détails nous initient pareillement à la vie austère que l’on menait à Prouille; on y était dans une extrême pauvreté et on y pratiquait l’abstinence; aussi n’apporte-t-on, pour la nourriture des
Treboul, portait le nom de Terra copulata, Terra caplata. Ce lieu fut plus tard abandonné comme centre de population et les moines d’Alet construisirent, dans le voisinage, une ville neuve. De là le nom de Villeneuve-le-Comtal, sous lequel, ajouterons-nous, il était connu dès l'année 1245.
Frères etdes Sœurs, que du blé, peut-être du blé noir, des œufs et du fromage.
Il nous reste à passer en revueles personnages nommés dans l’acte si intéressant que nous étudions :
Quant à saint Dominique, nous savons ce qu'il a été jusqu'ici; or, «en l’année du Seigneur 1207, écrit Étienne de Salagnac, à la nouvelle de la mort de l’évêque Diégo, le légat apostolique, les douze abbés cisterciens et les autres restés pour prêcher dans le Toulousain et l’Albigeois, se retirèrent, ad propria sunt reversi; seul le bienheureux Dominique demeura avec un petit nombre qui s’associèrent à lui dans le travail d’une infatigable prédication. Aucun de ses compagnons, cependant, ne lui était attaché par le lien des vœux; mais ils le suivaient librement et spontanément, retenus par le mérite de sa sainteté. » « Parmi ces ouvriers de la première heure, dit encore le bienheureux Jourdain, il y avait Guillaume Claret et un certain Frère Dominique, espagnol, » Ce pieux Frère, nommé dans les chroniques tantôt Dominique le Petit, tantôt Dominique de Ségovie, ne quitta pas le bienheureux Père pendant les années de son apostolat dans le midi de la France. Au moment de la dispersion, en 1217, il fut envoyé en Espagne avec Frère Michel d'Uzéro, puis il vint rejoindre saint Dominique à Bologne. Retourné quelque temps après en Espagne, il devint prieur du couvent de Madrid, et ensuite de Ségovie. Les historiens primitifs racontent de lui des traits d’une admirable vertu. Il mourut en odeur de sainteté (1).
Les Sœurs étaient celles dont nous avons donné les noms à la fin de notre Introduction.
Les Gasc et les God étaient des familles importantes de
(1) B. Jourdain. — Gérard de Frachet, Vies des Frères. — Étienne de Bourbon, De Septem donis, — Thomas de Catimpré, Bonum univ. de apibus; Bernard Gui, etc.