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VI. — De Brom, anno Domini 1246, iii nonas junii (fo

P. Martelli testis juratus......… dixit quod dum esset puer, stetit apud Fanum Jovis cum W de Podio Suirano et G. de Podio Suirano hereticis per duos annos et pluries adoravit eos, toties quod non recordatur; et postea exivit inde et stetit cum Sancto Dominico bene per duodecim annos et amplius, et postea non vidit hereticos nisi captos et sunt quadraginta anni.

VII. — De Castro novo Darri, anno Domini 1246, v Kal. julii (fo 252).

P. Jaule testis juratus dixit quod fuit hereticus per tres annos et tunc stabant heretici publice apud Saxiacum et sunt quinquaginta anni et postea fuit confessus fratri Dominico à quo habuit litteras quas amisit, etc...

Dépositions faites sous la foi du serment, en 1245-1246, devant l’inquisiteur Frère Bernard de Caux.

Original. Bi9l. publ. de Toulouse, ms. 609.

COMMENTAIRE

I. — Depuis l'acte solennel de donation accompli le 15 août 1207 par Ermengarde Godolina et son mari Sans Gasc, jusqu’à la mise en possession réelle et effective de l'église de Saint-Martin de Limoux, par l’archidiacre de Carcassonne Isarn d'Aragon, le 9 mars 1209, — mise en possession dont nous donnerons bientôt l'instrument officiel, — nous n'avons pu découvrir ni charte ni diplôme en faveur du monastère et de la Sainte-Prédication de Prouille. L'histoire se tait également sur saint Dominique pendant ce laps de près de deux années, Nous le constatons aujourd’hui ; plus tard nous en expliquerons le motif. Mais si le silence se fait autour de saint Dominique et de son œuvre, à partir du mois d'août 1207, le généreux ministre de Jésus-Christ n’en continue pas moins avec zèle et persévérance son apostolat. Nous en avons la preuve dans les documents que nous commentons en ce moment et que nous publions d’après un registre d'enquête sur le crime d’hérésie, dont l'original, datant de l’année 1246, se conserve, sous le n° 609, à la bibliothèque municipale de Toulouse, Saint Dominique, dans ces documents, apparaît sous un jour encore peu connu.

À sept kilomètres de Castelnaudary, est le village de Mas-Saintes-Puelles, placé sur les bords du Tréboul, affluent du Fresquel. Ce village doit son nom de Saintes- Puelles à ce que, dans les premiers siècles de l'Eglise, deux Vierges chrétiennes subirent le martyre dans la bourgade romaine de Recaudum, située sur l’emplacement du village actuel (1). Mais de 1206 à 1209, et longtemps après, cette localité, comme d’ailleurs presque toutes les localités du Languedoc, était un foyer

(1) Vivien-Saint-Martin, Dict. géograph.

ardent de catharisme. On comptait au Mas plus de dix maisons attitrées de parfaits, hommes et femmes ; maisons fréquentées par les de Canast, les Vital, les Gasc, les Maestre, les Campanh. Il y avait aussi au Mas-Saintes- Puelles quelques catholiques fidèles ; et peut-être saint Dominique, quand il évangélisa ce bourg, y rencontra-t-il celui qui, depuis, fut le fondateur de l'Ordre de la Merci pour la Rédemption des captifs, s’il est vrai, comme il en existe une tradition respectable et autorisée, que, né au Mas ou dans le voisinage, Pierre Nolasque, encore jeune, ait vers l’année 1215 quitté sa patrie et se soit réfugié à Barcelone, précisément pour se soustraire à la séduction des sectes vandoise et cathare. Assurément ni l’un ni l’autre des deux saints ne pouvaient se douter qu’à quelques années de là, en 1222, peu après la mort de saint Dominique, l’un deses fils les plus illustres, saint Raymond de Pennafort, son second successeur comme maître général des Frères-Prêcheurs, revêtirait, en vertu d’une vision miraculeuse de la Sainte Vierge, le même Pierre Nolasque de l’habit de l’Ordre de la Merci en présence du roi Jacques d'Aragon, dans la cathédrale de Barcelone ; et qu’ensuite, il rédigerait pour l’Institut nouveau la règle qui lui fut donnée par le pape Grégoire IX. Que de fois on trouve dans la vie des saints de ces coincidences, de ces rencontres providentielles où l’action divine apparaît manifeste et qu’il n’est pas hors de propos de signaler en passant.

Or, en 1246, quarante ans après la rencontre très vraisemblable de saint Dominique et de saint Pierre Nolasque au Mas-Saintes-Puelles, il y avait encore en ce lieu trois femmes qui avaient été jadis réconciliées de l’hérésie par saint Dominique lorsqu'il y prêchait vers l’année 1206,

L'une d'elles s'appelait Raimonde. Tout enfant, le diacre cathare Isarn de Castres l’avait hérétiquée. Chef de la secte au Mas, il rayonnait de là dans les villages et

chateaux circonvoisins. On le voyait souvent à Laurac-le- Grand, chez Blanche, mère du fameux Aymeric de Montréal qui y tenait maison avec deux de ses filles Mabille et Navarre, et Blanche et ses compagnes venaient à leur tour au Mas visiter Isarn de Castres et les autres hérétiques. Chacune de ces visites était l’occasion d’un rendezvous des Croyants, principalement des chevaliers et des dames du pays, pour la prédication, l’adoration et les autres rites accoutumés (1). Saint Dominique eut donc au Mas- Saintes-Puelles Isarn de Castres pour adversaire. La jeune Raimonde vécut deux ans hérétique vêtue dans la secte ; après quoi saint Dominique la réconcilia. Mais dans sa déposition elle ne dit pas quelle pénitence le saint lui imposa : ce fut sans doute la même que lui donna Foulques, évêque de Toulouse, lorsqu'il vint à son tour prêcher au Mas : celle de porter deux croix cousues à son vêtement sur la poitrine parce qu’elle avait de nouveau adoré les hérétiques et les avait crus, dit-elle, de bons hommes (2) :

(1) Bibl. de Toul., Ms. 609. — Doat, t. XXIII, 175.

(2) On “possède d’autres témoignages de l’apostolat de l'évêque Foulques au Mas-Saintes-Puelles. Une Na Comdors déclare, en 1246, devant l'inquisiteur Fr. Berrard de Caux, qu'à l'âge de dix ans sa mère la fit hérétiquer et elle fut hérétique formelle pendant neuf mois. Quand l'évêque de Toulouse la réconcilia, il lui ordonna de porter deux croix sur ses habits.

Llorente et D. Vaissete expliquent ainsi l’origine de cette pratique : au moyen âge les pèlerins qui faisaient le vœu de prendre part à une expédition en Terre-Sainte attachaient une croix sur leur épaule droite en signe de leur engagement. Or, en 1208, lorsque le comte de Nevers et d’autres chevaliers se croisèrent contre les Albigeoïis, ils se mirent à porter la croix sur la poitrine afin de se distinguer des pèlerins de Terre-Sainte. Les hérétiques alors, pour se déguiser, en portèrent également une. C'est pourquoi, dit Llorente, saint Dominique aurait ordonné aux réconciliés de porter des croix. Mais afin de ne pas les confondre avec les hérétiques, on les aurait obligés à en porter deux qui fussent apparentes et de nature à humilier. Cette dernière explication ne nous parait pas exacte: saint Dominique et Foulques ayant donné pour pénitence de porter deux croix avant qu’il füt question de la croisade contre les Albigeois, il est évident que cette pénitence était déjà en vigueur, en vertu d’une coutume établie ou d’un pénitentiel

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