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La croix d'Al Sicari ou le Chemin du Sicaire, d’après une photographie de M. Alma Cardes. — (Voir page 199.)
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Raimonde avoue que, hors de sa demeure, elle n’a jamais porté ces croix autrement que couvertes et cachées, sans doute par respect humain et par crainte des moqueries ou des reproches de ceux qu’elle avait quittés. Plus tard Raiïimonde épousa un Croyant du Mas, W. Gasc, qui, comme son père, était entièrement voué à la secte. Et cette femme, malgré l’indulgence et la bonté dont elle avait été jadis l’objet de la part de saint Dominique et de l'évêque Foulques, était, en 1246, suspectée non seulement d'être une Croyante par faiblesse, mais une hérétique Parfaite.
du temps ; et par conséquent M. Ulysse Robert se trompe quand il affirme « qu’il est fait mention pour la première fois officiellement du signe des hérétiques au Concile de Toulouse en 1229.» « Le statut 10 prescrivant, dit-il, qu’ils devront, pour témoigner qu’ils ont renoncé à leurs anciennes erreurs, porter deux croix sur la poitrine, l’une à droite, l’autre à gauche. » (Des Signes d'infamie, Paris, 1889).
M. Robert assure également que « le port des croix était considéré au treizième siècle, par les inquisiteurs ainsi que parle peuple et les hérétiques,comme la peine la plus infamante qui pût être infligée.»Elle venait, ajoute ce publiciste, après les peines canoniques et les peines mineures. C’est une erreur. M. U. Robert paraît ignorer qu'une peine infamante,au point de vue civil etcanonique,estune peine conséquence d'un crime capital, d'où résulte la perte de l'honneur et dela réputation, tandis que le port des croix, dans l'intention de l'Eglise, étaitune simple pénitence canonique destinée à produire dans le pénitent une confusion et chez autrui une crainte salutaire. C'était tout à la fois une pénitence médicinale, préservatrice et réhabilitant le coupable. Un pénitent du reste n’est pas infamé parce qu’il accomplit la pénitence qu'on lui à assignée, puisqu'au contraire toute pénitence proportionnée au crime fait cesser l'infamie de droit et de fait. Mais le port des croix, fûüt-il infamant, pourrait-on le comparer aux peines vraiment infamantes du droit civil français, renouvelées sous Louis XIV, par l'ordonnance de 1670, à laquelle ont coopéré les célèbres jurisconsultes Talon, Lamoignon, etc., peines qui n'étaient qu'accessoires de la peine principale. Citons en quelques-unes : La promenade par les rues du condamné placé sur un âne le visage tourné vers la queue, peine qui précédait le châtiment de l'adultère ou de l'excitation à là débauche ; Le carcan ou collier de fer qui servait à attacher le coupable pour l’exposer avec un écriteau sur la place publique (quelquefois cette peine était infligée seule, comme au cas de monopole ou d'accaparement) ; La marque appliquée à l’aide de fers rouges, tantôt sur le front, tantôt sur l’omoplate. Et ces peines infamantes ont été appliquées jusqu’à nos temps.
On a souvent accusé l’évêque Foulques, l'ami et le protecteur de saint Dominique, de cruauté et de perfidie à l'égard des hérétiques de son diocèse. Voici encore quelques faits empruntés aux registres
II. — Une autre femme du Mas-Saintes-Puelles, réconciliée du péché d’hérésie par saint Dominique, fut Na Segura. Elle avait dix ans lorsqu'elle reçut le Consolamentum et elle resta hérétique vêtue pendant cinq années. Mais à l’âge de quinze ans le Bienheureux la réconcilia. C’est elie qui l’atteste, sans toutefois dire quelle pénitence il lui imposa. Cependant, tout aussitôt, elle ajoute que
inquisitoriaux de Toulouse (Ms. 609) et de Carcassonne (Doat, 23 et 24) qui peuvent édifier un esprit consciencieux sur la valeur de cette accusation :
Vers l’année 1206, un écolier (scholaris), Etienne de la Garde, dans sa jeunesse, allait un jour avec des Parfaits, de Montesquiou à Lanta et Verfeil. Ceux-ci, l'ayant retenu avec eux, le revêtirent de leur habit (habitu herelicali) et il le porta pendant un an et demi, puis il les quitta et il s’en confessa, dit le déposant lui-même, « à Foulques de bonne mémoire, évêque de Toulouse, prédécesseur de l’évêque actuel, Raymond de Miromont, qui lui imposa une pénitence, et dès lors, il persévéra dans la foi catholique. »
À l2 même époque, Bernard Blanc, de Cambon, dans le Tarn, élait malade à la mort. On lui amène les hérétiques P. et B. Gitberg qui le consolent, Mais, dit un témoin, revenu à la santé, le seigneur Foulques lui ordonna pour pénitence de jeüner tous les vendredis pendant un an.
En 1210, c'est Brunissende, hérétique formelle, qui veut se convertir et que sa fille conduit à l’évêque de Toulouse. Celui-ci l’'absout et lui donne une pénitence ordinaire.
Olivier de Cuc, chevalier d’Auriac, raconte que son père, Pierre Raymond de Cuc était hérétique vêtu et vivait à Lavaur chez des Parfaits qui y tenaient publiquement maison. Olivier, son fils « par l'ordre du seigneur Foulques, » alla le trouver et le conjura de se convertir à la foi catholique, lui assurant que le seigneur-évêque de Toulouse le recevrait avec bonté, s'il voulait se repentir sincèrement, et le dit Pierre Raymond, en l’entendant, abandonna la secte et revint à la foi. Il en est de même d’une femme nommée Brunisseude qui, en 1225, tenait publiquement maison à la Bécède et que Foulques réconcilie en lui enjoignant une simple pénitence. »
À Vaudreuille (Haute-Garonne), W. Raymond s'entretenant avec son frère Nadal, hérétique, celui-ci lui donne à entendre qu’il veut se convertir. Tout aussitôt W. Raymond en avertit le chapelain ou curé du lieu qui, à son tour, en prévient « le seigneur Foulques de bonne mémoire » présent alors dans le village. L'évêque consent à réconcilier l’hérétique ; mais Nadal ne profite pas de ce bon vouloir et il s'enfuit. C’est encore Raymond Adémar, chevalier de Lanta, qui déclare « que peu de temps avant la mort du saint évêque, l’entendant prêcher il se convertit et quitta la secte, » Ce n'est certes pas
là l'homme impitoyable tel que nous l'ont dépeint certains historiens modernes. ,
l’évêque de Toulouse lui donna deux croix à porter, ce qui donnerait à penser que le saint et l’évêque auraient ensemble évangélisé Mas-Saintes-Puelles, l’évêque se réservant d'indiquer le pénitence publique à accomplir (1). Na Segura, dans sa déposition, confessa qu’elle n'avait fait sa pénitence que d’une manière fort incomplète. Souvent elle laissait ses croix ou elle les cachait. Elle affirma néanmoins qu'après avoir adhéré au catharisme, elle n’eut plus de rapports avec la secte depuis qu'elle eut déposé devant les inquisiteurs Fr. Guillaume Arnaud et Fr. Ferrier. Ce n’était pas vrai: elle mentait sciemment, car depuis son abjuration entre les mains de saint Dominique, elle s'était mariée avec un certain W.Vital, d’abord Croyant fanatique et ensuite hérétique vêtu. Et jusqu’à sa comparution, en 1245, devant le juge d’Eglise, Fr. Bernard de Caux, on la voit recevant dans sa demeure, au Mas, les chefs cathares Bertrand Martin, Arnald. Prader, ainsi que la Parfaite Bolbena et sa compagne. Et lorsque W. Vital, son mari, est devenu lui-même hérétique Parfait, elle l'adore, lui et ses cohérétiques, et elle les fréquente assidüment en la compagnie de W, Campanh et de sa concubine, et aussi de la sœur de celui-ci, concubine d’un certain A. Maestre, lequel, installé dans la léproserie du lieu, ne craignait pas de mener, avec cette femme, joyeuse vie aux dépens des malades. Évidemment Na Segura n'avait guère profité de la miséricordieuse charité de saint Dominique.