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ARTE

menacent de mort s’il révèle leurs faits et gestes au Bienheureux Guillaume Arnaud, venu à Fanjeaux pour y enquérir de l’hérésie. Un W. Boca d’Ase (Bucca Asini), de 1230 à 1234, avec sa femme Matheline, fréquente en diverses maisons et reçoit dans la sienne quelques Parfaits, parmi lesquels Pierre Coloma et son compagnon. Enfin Bernard Gasc déclare, en 1245, devant l’Inquisiteur, que vers 1205, c’est-à-dire avant que saint Dominique ait commencé son apostolat dans le pays, il a vu Arnald et Guillaume Faure chez les hérétiques, qui alors, à Fanjeaux, tenaient publiquement maison ; mais depuis, nul ne paraît avoir témoigné contre leur orthodoxie.

Simon de Montfort, de l’assentiment d’Alix sa femme et d'Amaury son fils aîné, donne en aumône à l’église de Notre-Dame de Prouille et à ceux qui vivent en ce lieu, d'abord deux champs, sis au territoire de Fanjeaux, afin qu’on puisse les échanger contre une terre voisine de l’église, dans le but d'agrandir les officines du monastère; puis, au dimaire de Sauzens, entre Bram et Villepinte, une terre pour six charrues et trente arpents de vignes; enfin, à Villasavary, sur l'héritage que Vilar et ses frères y possédaient, une terre pour deux charrues, une vigne et un jardin : de plus, pour le repos de l’âme de Geoffroy de Neauphle, le comte de Montfort fonde une chapellenie, assignant à l’église de Prouille, pour l’entretien du chapelain, une rente annuelle de trois muids de froment que l’on prendra au Vilar de Lauzed. Montfort donne encore à Prouille dix-huit deniers toulousains et plusieurs autres redevances.

Pamiers, 1°" décembre 1212.

S. Comes Leycestrie, Dominus Montisfortis Dei permissione , Bitterensis et Karkassensis Vicecomes, universis presentes litteras inspecturis salutem : Noverit Universitas vestra, quod nos assensu A. dilecte uxoris nostre, et A. primogeniti nostri, per remedium anime nostre et antecessorum nostrorum, dedimus in eleemosinam, Deo et Ecclesie Beate

Marie de Pruillano et ibidem conversantibus, duos campos terre, qui fuerunt Domine Cecilie : unum apud Montem

Fac-simile de l’acte de donation de Simon de Montfort.

Baion et alium apud Bezant*, quos volumus commutari pro terra que erat juxta ecclesiam; que clauditur cum eadem

(a) Montbayon et Bezant, hameaux dépendant du territoire de Fanjeaux.

ecclesia, ad ampliandas eiusdem domus officinas. Insuper dedimus inter Brom et Villampintam, in decimario de Sauzens* ad usus VI aratrorum et X arpenta ? vinearum in eodem decimario, cum ingressibus et egressibus suis et aquis et pasturis suis. Preterea eciam dedimus predicte Ecclesie terram ad usum 11 aratrorum, de hereditate quam Vilarius et fratres sui apud Villarium possidebant®, et unam vineam et ortum ibidem : et instituimus ibidem capellanum pro anima Gaufridi de Nealpha; ad usum cujus dedimus 1j modios trumenti sepedicte Ecclesie annuatim apud Villarium de Lauzed capiendos. Preterea dedimus predicte Ecclesie xvrr] denarios Tolosanos et dominia que ipsis pertinent; quos Arnaldus Raimundi debebat facere Mabilie et viro suo Bernardo. Hec omnia dedimus predicte Ecclesie libere et quiete perpetuo possidenda. Quod ut ratum et inconcussum habeatur omni tempore, presentem paginam sigilli nostri munimine fecimus roborari. Data apud Apamiam, anno Domini MccxIy, Kalendas Decembris.

Original : Archives de l'Aude.

COMMENTAIRE

Cependant le chef de la croisade, après avoir quitté Moissac et confié à quelques-uns de ses chevaliers la garde des places récemment conquises, s’est dirigé vers Montauban, défendu par le fils du comte de Foix, Roger Bernard ; mais n'ayant pas de troupes suffisantes pour en faire le siège avec succès, Montfort est allé refouler les comtes de Toulouse et de Foix qui harcelaient la garnison

(a) Cf. acte VII, p. 215.

(b) C'est-à-dire triginta, arpenta.

(c) 11 résulte de ceci qu'à cette date de décembre 1212, Vilar, Galard et leur frère, coseigneurs de Villasavary, étaient faidits, et que dèslors leurs biens avaient été saisis et confisqués.

de Pamiers. Pendant ce temps, Enguerran de Boves, à qui il a inféodé en majeure partie cette contrée, s'est rendu, par Fanjeaux et Montréal, à Carcassonne, au-devant d’un corps de pèlerins allemands, et les a amenés à Pamiers; puis il les conduit à Saverdun dont il s'empare. Simon, de son côté, s’avance sur Foix où le comte Raymond Roger s'est réfugié; mais considérant la force de cette place, il se replie sur Auterive qu'il prend. D’Auterive il vient à Muret, château situé sur la Garonne, audessus de Toulouse, et, malgré la résistance acharnée de ses défenseurs, Montfort, après un glorieux fait d'armes, sauve les pèlerins d’une mort certaine et se rend maître de Muret. Les évêques de Conzerans et de Comminges, Navarre et Garsias de l'Horte, l'y rejoignent. « Ces hommes vénérables, écrit Pierre de Vaux-Cernay, remplis de l'Esprit de Dieu, aimaient de toute leur âme l’œuvre du Christ, » et ils avaient conseillé au comte cette entreprise; puis, tandis que l’évêque Guy de Carcassonne fortifie Muret, Simon, et les autres évêques qui sont avec lui, vont occuper Saint-Gaudens, dans le Comminges. De là ils font des excursions jusqu'aux portes de Toulouse, de telle sorte que le comte Raymond se décide enfin à traverser les Pyrénées pour solliciter l'intervention du roi Pierre d'Aragon. D'autre part, le comte de Foix en est réduit, avec des bandes de routiers, à faire de temps à autre invasion dans le Narbonnaiïs et le Carcassès ; se vengeant sur les pèlerins qu'il peut surprendre, il les emmène captifs et fait endurer même à des prêtres, assure le même Pierre de Vaux-Cernay, des tourments atroces et ignominieux.

Pendant que ces faits de guerre s’accomplissent non loin de l'humble et paisible sanctuaire de Notre-Dame de Prouille, pendant que les hommes d'armes passent et repassent sans cesse près de l'enceinte du monastère, grâce à l'autorité dont jouit l'homme de Dieu et au respect

Enr

qu'inspirent son caractère et sa vertu, tout bruit fâcheux vient expirer au seuil de la clôture des pieuses converties de Fanjeaux. Le Bienheureux, dans la sérénité d'une âme qui se confie pleinement à Dieu, ne s’alarme point; il prie, il évangélise tout autour de lui, et se rappelant la parole de l'Esprit-Saint : « Celui qui sème dans l’affliction récoltera dans la joie, » il poursuit son dessein avec une foi constante et il prépare l'avenir.

Vers la fin de novembre, un événement considérable le fait quitter Prouille de nouveau. Une certaine accalmie s'était produite dans la contrée, en dépit de la résistance désespérée de l'ennemi. C’est pourquoi, raconte Pierre de Vaux-Cernay (1), « en l’an de l’Incarnation du Seigneur 1212, au mois de novembre, le comte de Montfort convoqua en parlement général les évêques et les nobles de sa terre, au château de Pamiers. Son but était, après avoir purifié le pays de l’immonde hérésie qui l'avait corrompu tout entier (2), d'y établir de bonnes mœurs et d'y implanter des coutumes favorisant le culte de la religion chrétienne, la paix et la sécurité de tous; car depuis longtemps cette région était livrée à toutes les déprédations et à toutes les rapines. Le puissant opprimait le faible, le plus fort celui qui l'était moins (3). Le noble

(1) P. de V.-C., édit. Migne, t. CCXIII, p. 647.

(2) On nous permettra de citer, à ce propos, le témoignage consciencieux d’un savant de mérite dans un ouvrage récent : « Les « désordres et les maux incalculables causés par les Albigeois et « autres sectes avaient amené, dit ce savant, la Papauté et les « souverains de l’Europe occidentale à prendre contre les héré- « tiques des mesures sévères. On les assimila aux perturbateurs « de la paix publique. Une telle proscription ne fut pas l’effet de « cette haine féroce contre le mécréant que l’on prête aux princes « de ce temps. Elle était dictée par une considération qu’un écri- « vain (M. de Tourtoulon, Jacme I°r, t. IT, p. 160) a fort heureu- « sement résumée en disant que l’hérésie était alors un crime « social autant que religieux. » (J.-A. Brutails, archiviste de la Gironde : Les Populations rurales du Roussillon au moyen âge, p. 296. — Paris, A. Picard, 1891.)

(3) En effet, — et une étude sérieuse des documents de cette

comte voulut donc qu'il y eût des coutumes que nul ne pourrait enfreindre, de telle sorte que, d’une part, les seigneurs n’eussent recours qu'à des revenus certains, et que, de l’autre, le petit peuple pût vivre sous leur protection, sans être grevé par eux d’exactions immodérées. A cet effet, l'assemblée choisit dans son sein douze délégués qui jurèrent, sur les saints É rangiles, de constituer un droit coutumier assurant, autant que possible, la liberté de l'Église et un meilleur état de choses{dans la contrée. De ces douze élus, il y eut quatre hommes d'Église, savoir : Foulques, évêque de Toulouse, Navarre, évêque de Conzerans, un templier et un hospitalier; quatre chevaliers français et quatre nobles du pays, dont deux chevaliers et deux bourgeois. Les commissaires, avec une haute compétence, réussirent à formuler les coutumes désirées, et, pour que désormais elles fussent inviolablement gardées, le comte de Montfort et ses barons, au moment de leur promulgation, jurèrent tous, sur les saints Évangiles, de ne jamais les enfreindre. Enfin, à ces coutumes, rédigées par écrit afin d'en assurer l'autorité, le comte et les évêques présents apposèrent leur sceau (1). »

époque ne permet pas d'en douter, — aux seigneurs visés par la charte de Pamiers s’applique au premier chef ce qu’affirme M. Brutails de certains seigneurs du Roussillon au treizième siècle, à savoir «qu'ils appartenaient à cette mala gent, à cette classe de barons querelleurs et pillards qui devaient chercher, dans les guerres de religion, moins le triomphe d’une idée qu’une occasion de troubles et de brigandages. » Rappelons aussi que, le plus souvent, ces seigneurs trouvaient dans les chefs du catharisme des complices qui leur garantissaient l'impunité, et pour le temps et pour l'éternité, à l'unique condition de recevoir le consolamenlum, et aussi des coopérateurs de leurs méfaits dans les routiers, gens de sac et de corde, qu’ils prenaient à leur solde ou enrôlaient sous leur bannière par l’appât d’un riche butin.

(1) Ces prélats étaient : l'archevêque d'Auch, les évêques de Toulouse, Carcassonne, Agen, Périgueux, Conzerans et Bigorre. L'acte original de la charte fondamentale de Pamiers est en double aux Archives nationales de Paris. L'Histoire du Languedoc (édit. Privat, t. VIII, p. 625 à 635), le Thesaurus novus de D. Martène (t. I, p. 131), en contiennent une copie. Qu’y trouve-

Ceci se passait le 1#* décembre 1212, à Pamiers, dans la grand'salle du château.

Or le jour où, à Pamiers, Montfort avec les évêques appose ainsi son sceau à cette charte solennelle des coutumes, au milieu d’une nombreuse assistance de prélats, de chevaliers, de notables et de gens du peuple, peut-être dans la même séance, le chef des croisés appose de nouveau ce même sceau à une autre charte, par laquelle il déclare que du consentement d’Alix son épouse, d'Amaury son fils premier-né, il fait, à l'abbaye de Prouille et à ses habitants, des dons véritablement princiers qu'il nous faut énumérer. Ce sont d’abord, au territoire de Fanjeaux et aux lieux dits Monthbayon et Bezant, deux champs {1) qu'il destine à être échangés contre une terre adjacente

t-on, si on les étudie sans parti pris ? Ce que P. de Vaux-Cernay a fidèlement indiqué, ce qu'ont voulu, ce que se sont proposé le Pape, les légats, les évêques, les princes et les chevaliers dans la croisade albigeoise, c’est-à-dire bannir du pays conquis une hérésie qui niait Dieu et son Christ, autorisait et légitimait les plus graves désordres ; restaurer le règne de Jésus sur les âmes, rendre à l'Eglise son culte, ses droits, la liberté de son action civilisatrice et sanctifiante; rétablir et maintenir la paix entre les seigneurs toujours en guerre les uns contre les autres; leur imposer la justice et l’équité dans leurs rapports avec leurs vassaux et le menu peuple; soustraire les faibles et les pauvres à leur tyrannie arbitraire et à l’exploitation des routiers. Certains des statuts de Paniers déterminent les tailles que l’on pourra percevoir et stipulent le droit d'appel au suzerain principal si on se croit lésé. Les veuves et les clercs sont déclarés exempts de tout impôt ou redevance. Les orphelins sont mis sous la tutelle de leurs parents les plus proches jusqu’à l’âge de seize ans, et s’ils sont sans famille, c'est au seigneur d'y pourvoir, Nul ne doit être estimé hérétique ou Croyant s’il n’est déclaré tel par un jugement régulier de l’évêque et des clercs. Enfin on organise un gouvernement et une force militaire capable d'assurer l’exécution de règlements dont le but principal est l’honneur de Dieu, le salut des âmes, la sécurité temporelle et le bonheur domestique de ceux à qui ils sont destinés. N'est-ce pas là une œuvre éminemment sage et patriotique? Quiconque l’approuve a-t-il à en rougir et à le regretter ?

(1) Ces champs avaient appartenu à une dame Cécile que nous n'avons pu identifier; peut-être est-ce la veuve de Trencavel, ex-vicomte de Béziers et de Carcassonne, dont Fanjeaux dépendait. Il en est de même d'Arnald Raymond, de Mabile et de Bernard, nommés dans l’acte.

au monastère et nécessaire à l'agrandissement projeté des bâtiments; puis, sur le territoire de Sauzens, entre Bram et Villepinte, au domaine considérable qu'il a donné en 1211, après le siège de Lavaur (1), le comte ajoute des terres labourables pour six charrues et trente arpents de vigne dans le même dimaire. À Villasavary, bien qu'il y ait installé un châtelain aux lieu et place des anciens seigneurs qui sont faidits, Montfort, sur les biens qu'il y a conservés, prélève en faveur de Prouille deux charruées de terre de labour, une vigne et un jardin. L'un de ses barons, Geoffroy de Neauphle (2), vient de mourir; Simon, qui pleure sa perte et a souci de sa prompte délivrance, fonde pour le repos de son âme une chapellenie ; il a à cœur d'en confier le soin au B. Dominique et à ses frères, et pour le service de cette chapellenie, il affecte trois muids de froment, à prendre annuellement en un lieu dit le Vilar de Lauzed. Enfin le noble comte parfait ses libéralités par le don de censives ou rentes qu'un certain Arnald Raymond devait servir à une femme nommée Mabile et à Bernard son mari.

Telle est en résumé la charte de donation de Simon de Montfort à saint Dominique, délivrée, comme la charte

(1) Cf. plus haut, p. 215.

(2) Neauphle-le-Château, à une lieue et demie environ de Montfort-l'Amaury. Dans le voisinage est Neauphle-le-Vieux, sur la rivière de la Mauldre où jadis il y avait une abbaye de Bénédictins fondée en 1066. La seigneurie de Neauphle, au treizième siècle, dépendait du comté de Montfort. Simon de Neauphle, qui en était le seigneur, avait deux frères, Galeran et Geoffroy. Celni-ei accompagna Montfort, son suzerain, à la croisade de 1209. Le Cartulaire de l’abbaye de Vaux-Cernay contient plusieurs donations dues à la générosité de Geoffroy de Neauphle. Ce chevalier, en partant pour le Languedoc, fit son testament dans lequel il donne aux lépreux de Neauphle un muid de vin à prendre en la cuve de son pressoir d'Etang-la-Ville, près de Marly (Seine-et- Oise), et, au défaut, deux setiers de blé à prendre sur sa grange sise au même lieu. Simon son frère souscrivit à cet acte, ainsi que Guy de Lévis et deux membres de la famille Mauvoisin. (Cartulaire de EC RERRS, p. 189, — Mém. Société Rambouillet, t. IV, p. <Uc.)

solennelle des coutumes, à Pamiers, le 1 décembre 1212. Or la simultanéité parfaite de ces deux actes le même jour, au même lieu, n’indique-t-elle pasiclairement, à défaut de textes positifs, que saint Dominique est présent (1), et que, s’il ne figure point parmi les commissaires officiels chargés de rédiger les coutumes, parce que sa grande humilité en a décliné l'honneur, il à été, du moins, au nombre des conseillers consultés et écoutés de préférence, soit par Montfort, soit par les arbitres, évêques, chevaliers ou notables, qui tous le vénèrent et l’estiment profondément?

Le comte est un homme de foi. Geoffroy de Neauphle, son vassal fidèle, l’a généreusement servi et a partagé ses labeurs et sa peine; il veut donc qu'on célèbre à perpétuité le saint sacrifice pour ce frère d'armes qu'il a perdu. Parmi les prêtres et les moines présents à Pamiers et qui sont nombreux, plus d’un aurait pu remplir dignement ses intentions; mais non, c'est au Bienheureux Dominique et aux siens qu'il confie cette œuvre de miséricorde; peutêtre aussi parce que le Saint a été l'ange consolateur, le ministre de la paix divine au chevet du chevalier mourant. De là cet acte du 1 décembre 1212 que nous venons d'étudier. Ne rend-il pas de nouveau témoignage à l'exactitude de cette parole du B. Jourdain, déjà citée : « Pendant que les hérétiques et leurs adhérents le tournaient en dérision, les fidèles, dans leur dévotion, multipliaient au Bienheureux leurs félicitations pieuses. Les catholiques lui prodiguaient leur vénération; la suavité de sa

(1) Du reste, les donations dont Prouille et saint Dominique sont ici l'objet ne sont pas faites au hasard. Elles accusent une intention marquée, celle de faciliter des constructions devenues indispensables au monastère et d’accroitre des ressources dont le besoin se fait sentir. Qui aurait fourni des indications aussi précises à Simon de Montfort, si ce n’eût été quelqu'un vivant à Prouille comme saint Dominique , parfaitement au courant des choses locales, et ayant tout crédit sur l’esprit du donateur ?

sainteté et la beauté de sa vie touchaient le cœur des grands, et les archevêques, les évêques et les prélats de ces contrées l'avaient en très grand honneur (1). »

(1) B. Jordanis opera, édit. Berthier. — Fribourg, 1891.

Enguerran de Boves, chevalier français, que Montfort a gratifié d’une partie du comté de Foix, par amour de Dieu et de la B. Marie, pour le salut de son âme et celui de ses parents, donne un moulin à Sainte-Marie de Prouille, à l’abbaye nouvellement fondée, à Dominique, chanoine d’Osma, et à tous les Frères et les Sœurs présents et futurs, servant en ce lieu, Dieu, Sainte Marie et le monastère.

Prouille, $ décembre 1212.

Notum sit omnibus hominibus hæc audientibus, quod ego Ingelranus de Bova, motus amore Dei et Beatæ Mariæ, bono animo et spontanea voluntate, et sine omni dolo in perpetuum dono et trado, sine omni meo meorumque retentu, Domino Deo et Sanciæ Mariæ de Prolano, et loco ipsius, et abbatiæ de novo factæ, et Dominico Oxomensis canonico et cunctis Fratribus et Sororibus præsentibus et futuris ibi Deo et Sanctæ Mariæ et monasterio de Prolano servientibus, pro redemptione animæ meæ et parentum meorum, molendinum venti, quoä tuit Raymundi de Gramazia et Pictavini Arvei in warentena, quæ fuit de illis de Villario, scilicet totum meum jus quod habeo in isto molendino prædicto, quod eo reædificavi, et emi medietatem quam Raymundus de Gramazia ibi habebat ; ut habeant et teneant

et semper possideant ad suam voluntatem semper faciendam, sicut ego melius facere debebam.

Testes hujus rei sunt : Guillelmus capellanus anglicus, magister Bernerius, Arnaldus Ortiguerius. Facta carta ista nonas decembris, feria quarta, anno ab Incarnatione Christi, millesimo ducentesimo decimo secundo, regnante Philipo rege Francorum. Arnaldus Sancii de Lauriaco scripsit.

Copie : Bibl. nat., Doat, t, XCVIIJ, f° 13°.

Sceau d'Enguerran de Boves, = 1212.

COMMENTAIRE

Enguerran de Boves (1), nous l’avons vu, commandait naguère l’un des deux corps de troupes de l'armée catholique qui opérait dans le comté de Foix. Montfort lui avait

(1) Boves était un château fortifié dont on aperçoit encore les ruines aux portes d'Amiens. La famille de Boves était puissante dans le pays; plusieurs de ses membres furent vidames d'Atrilène. Enguerran, dont il s’agit ici, était allé avec ses frères à la croisade

depuis quelque temps donné en fief une partie notable de ce comté: on comprend dès lors qu'il ait été, l’un des premiers, fidèle au rendez-vous de Pamiers. Il y était donc le 1er décembre, parmi les chevaliers qui jurèrent d’observer la nouvelle constitution, s’il ne fut même l'un des commissaires désignés pour l'élaborer; et voici que, quelques jours après, nous le retrouvons à Prouille avec saint Dominique. Ils y sont venus, accompagnés du chapelain d'Enguerran, l’Angiais Guillaume, et de maître Bernier, homme de loi probablement. Enguerran se rend-il à Carcassonne où l'appellent les intérêts de la croisade? A-t-il mission du comte d'organiser, de concert avec saint Dominique, la chapellenie fondée pour Geoffroy de Neauphle? Est-il enfin venu reconduire jusqu’à Carcassonne les pèlerins allemands qu'il a, peu de temps auparavant, introduits dans le pays de Foix, pour porter secours à l’armée croisée? Toutes ces conjectures sont possibles. Quoi qu'il en soit, le 5 décembre, Enguerran de Boves est à Prouille, et sa présence y est constatée par la donation qu'il fait, au monastère et à saint Dominique, du moulin à vent (1) qu'il a reconstruit dans une garenne dépendant de Villasavary. Rien dans l’acte ne donne à pressentir les motifs de sa générosité. Est-ce le désir d’imiter son chef et son suzerain le comte de Montfort ? Est-ce par reconnaissance pour un bienfait personnel dont il a été l’objet, ou encore

de Terre-Sainte, en 1202. Il y connut Simon de Montfort, Robert Mauvoisin et les autres chevaliers de la suite de Montfort. Ainsi s'explique qu’à la voix de Foulques de Neuilly prêchant la croisade albigeoise, il ait suivi l'illustre guerrier dont il avait partagé la fortune en Orient. Enguerran fut également l’un des hommes de confiance du comte Simon. Il l’employa pour des expéditions difficiles et de délicates missions, dont le succès lui valut en particulier, comme il a été dit, l’inféodation de presque tout le pays dès l'année 1211. (P. de V.-C., édit. Migne, t. CCXII, p. 637 et 642.)

(1) Les moulins comme les fours publics étaient alors entre les mains des seigneurs qui en avaient le monopole et en tiraient un revenu avantageux. (Cf. Brutails, Les Populations rurales du Roussillon, p. 230, note 3.)

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