I. — De Lasbordas® anno Domini mccxiv, x kal. Decembrise
P. Baudrigatestis juratus, dixit quod vidit hereticos publice stantes apud Lauracum et apud Lasbordas, sed nunquam adoravit, nec vidit adoraré etsunt xxxv anni vel circa<. Dixit tamen quod Arnaldus Baudriga, pater ipsius testis, fuit hereticus per septem annos et intravit Montem securumf; sed postea fuit reconciliatus a fratre Dominico ordinis predicatorum et rediit ad gremium matris Ecclesie; sed ipse testis
(a) Lasbordes, village de cinq à six cents habitants, arrondissement de Castelnaudary-sud, à cinq kilomètres de Villasavary et à huit environ de Prouille.
(b) C'est-à-dire le 22 novembre 1245.
(c) À partir d'août 1209, lorsque les croisés eurent pris Béziers et Carcassonne, les hérétiques se cachèrent ou se réfugièrent dans des places fortes de la montagne ; les souvenirs de P. Baudriga, quant aux dates, ne sont donc pas entièrement exacts.
(d) Montségur (Ariège), canton de Lavelenet, à trente kilomètres environ de Foix.
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nunquam adoravit eum. Nec vidit adorare nec aliquid dedit nec misit ei ex quo fuit hereticus*.
Original : Enquête de Fr. B. de Caux, Bibl. publ. Toul., ms. 609, f’114à.
(a) En marge du registre inquisitorial conservé à Toulouse, on lit cependant en face de la déposition de P. Baudriga : « iste recessit sine licentia et abiit, » c'est-à-dire que pendant l'enquête, il ne resta pas à la disposition des inquisiteurs, d’où l’on peut croire que, malgré ses affirmations contraires, il se sentait suspect.
XLITI
taymond Autier et Raymonde sa femme, hérétiques de Fanjeaux, s'étant convertis, sont réconciliés et absous : Raymond l’est à Prouille par saint Dominique, dont il obtient deslettres testimoniales, et Raymonde l’est par l'abbé de Villelongue ; mais celle-ci se fit hérétiquer de nouveau et fut plus tard brûlée comme relapse opiniâtre.
Prouille, 1211-1214.
I. De Castro novo darri*, anno Domini McexIv, xv kal. Marci ?. ‘
I. W. Auterii quondam de Villapicta, testis juratus, dixit quod Raimundus Auterii et Raimunda uxor ejus, pater et mater ipsius testis, fuerunt heretici; et postea fuerunt ad fidem catholicam conversi et reconciliati per Beatum Dominicum et per abbatem de Villa longa<, xxX anni sunt et
(a) Castelnaudary.
(b) 14 février 1246.
(c) Villelongue, canton de Limoux (Aude), n'est plus qu'un hameau de quelques habitants. C'était autrefois une abbaye cistercienne puissante, fille de Bonnefont. Elle a donné naissance à l’abbaye de Boulbonne. Le monastère des Cisterciennes de Rieunette, sur les frontières des diocèses de Carcassonne et d'Alet, à deux heures de Saint-Hilaire, dépendait de Villelongue. On conservait à Villelongue, depuis le seizième siècle, un rochet de chanoine qui avait été à l'usage de saint Dominique et qu’on avait apporté de Rieunette. Percin l’a vu encore en l’année 1683, quand il visita l’abbaye. (Percin, Monum. conv. Tol., p. 2he.) L'abbé de Villelongue, à cette époque, se nommait Arnald. (Hist. Lang., t. IV, p. 681; Doat, t. LXX, etc.)
amplius; et super hoc habuerunt litteras reconciliationis. Tamen dicta Raimunda, mater ipsius testis, rediit ad vomitum postea, et fecit se hereticam et fuit combusta ; sed ipse testis non adoravit nec vidit adorare nec aliquid misit eis. Item vidit hereticos stantes publice apud Saxiacum et apud Cabaretum et in aliis locis; sed non adoravit eos et sunt xxx anni.
Original : Enquête de Fr. B. de Caux, Bibl. publ. Toulouse, ms.
De Villapicta anno Domini Mccxiv, mr° kal. Marcii*.
.…. Pontius Auterii, testis juratus, dixit quod KR. Auterii pater ipsius testis et Raimunda mater ipsius testis fuerunt heretici apud Fanum, et postmodum conversi et reconciliati : ita tamen quod Pater ipsius testis fuit reconciliatus per Beatum Dominicum apud Prulianum, et super hoc habuit litteras testimoniales ab eodem; et sunt xxxv anni; et dicta mater ipsius testis fuit reconciliata per abbatem de Villalonga. Et sunt triginta anni et amplius; et tamen dicta mater ipsius testis Raimunda rediit postea ad vomitum et fuit facta iterum heretica; sed ipse testis nichil dedit parentibus predictis ; nec misit eis aliquid, nec eos adoravit : Item vidit hereticos stantes publice apud Saxiacum et in alis locis, sed non adoravit eos ; et sunt xxx anni etamplius.
Original : Enquête de Fr. B. de Caux, Bibl. publ. Toul, ms. 6c9, f0 176.
COMMENTAIRE
I.— Bernard de CauxetJean de Saint-Pierre, inquisiteurs par autorité apostolique, après le martyre des Bienheureux Guillaume Arnaud et Étienne à Avignonet, procédèrent, on le sait, selon le devoir de leur charge, en 1245 et 1246, à une enquête sur l’état de l'hérésie cathare dans le Languedoc. Le 22 novembre 1245, ils étaient à Las
(a) 3 mars 1246.
Bordes ; parmi ceux qui déposèrent alors devant eux, sous l'obligation du serment, un habitant de cette petite localité, nommé P. Baudriga, fit une déclaration d’un intérêt d'autant plus grand, qu'à cette heure les renseignements de cette nature sont devenus aussi rares qu'ils sont précieux. P. Baudriga déclara donc, à l'enquête, qu’Arnald son père, après avoir reçu le consolamentum, était resté
Les ruines du château de Montségur.
hérétique vêtu pendant sept années, et, lorsque les croisés eurent occupé le pays, les principaux ministres albigeois et beaucoup de Parfaits et de Parfaites s'étant réfugiés dans le château de Montségur, Arnald Baudriga s'y retira à leur exemple. Cette forteresse était, en effet, un lieu de refuge des plus sûrs. Au sommet d'un pic escarpé, à 1,200 mètres d'altitude, en prévision de la guerre qui se préparait, le comte de Foix, Raymond Roger, avait per-
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mis d'élever ce château fortifié sur les terres patrimoniales de sa sœur, l'hérétique Esclarmonde, pour servir d'asile aux sectaires et à leurs Croyants compromis {1}. On avait taillé et creusé dans le roc, et, des matériaux qui en furent extraits, on entoura de hautes et épaisses murailles les quatre côtés de l'excavation.
L'accès de la place était fort difficile; on n'y parvenait que par des sentiers extrémement raides. Sans cesse des adhérents de la secte y venaient visiter les évêques cathares : Gaucelin, Guilabert de Castres, Jean Combiaire, Bertrand Martin et leurs acolytes. Ceux-ci, à leur tour, de Montségur se répandaient impunément dans toute la contrée et ilss'ylivraient sans aucune crainte à leur propagande funeste. C’est à Montségur qu'on forma, en 1242, le complot de massacrer les Bienheureux inquisiteurs, et c'est de Montségur aussi que les principaux conjurés partirent, encouragés par les chefs de la secte.
P. Baudriga, dans sa déposition, ne dit pas comment ni en quelle circonstance son père quitta cette retraite de Montségur, dont les ruines imposantes dominent encore le village actuel et la rivière du Lasset, affluent du grand L'Hers. |
«Le serviteur du Christ, Dominique, comme on le chante dans l'office de sa fête, bruülait d'un zèle dévorant pour le salut des égarés. Ainsi que le cerf a soif des eaux vives, il avait soif du martyre. » Qui sait si, dans l'ardeur de ce zèle et tout altéré du désir de se sacrifier, il n'a pas tenté de pénétrer dans Montségur à la recherche de la brebis perdue? Tout au moins eut-il l’indicible joie de la rame-
(1) Raymond de Pereille, seigneur de Moniségur, déposant devant frère Ferrier, à Caunes, le 30 avril 1244, déclara : « quod, ad instantiam et preces Raimundi de Mirapisce et Raimundi de Blasquo et aliorum hereticorum, rehedificavit castrum montis securi quod antea destructum extiterat et postmodum receptavit in castro hereticos prefatos et alios multos..….. de tempore quod sunt quadraginti anni et amplius, » {Doat, t, XXII, fo 217b.)
ner à Dieu, et Arnald, réconcilié par le saint, termina heureusement sa vie dans la foi de ses ancêtres.
Quant au fils du converti, bien qu'il ait, au cours de l'enquête à Las Bordes, donné lieu de le suspecter en prenant la fuite, nulle part nous n'avons lu quoi que ce soit de défavorable à son endroit. Il n'en est pas de même de sa femme Julienne, fille de cette Ermengarde réconciliée, elle aussi, nous nous en souvenons, par saint Dominique (1). Vivant à Fanjeaux avec son fils Aymeric Servient, qu’elle avait eu d’un premier mari, elle avait, en 1233, laissé administrer, en sa présence et dans sa propre demeure, le consolamentum cathare à Auger Isarn, son frère (2). Celui-ci, en mourant, légua aux hérétiques, ses consolateurs, quarante sous de melgueil « à prendre sur ses terres quand il les aurait recouvrées, » sans doute parce qu'elles lui avaient été enlevées pour motif d'hérésie. P. Baudriga, soit qu'il n’eût pas encore épousé cette femme, soit pour une autre cause, ne prit pas part à la cérémonie de cette hérétication.
IT.— Dans l'enquête des Frères Bernard de Caux et Jean de Saint-Quentin furent également entendus W. Autier, à Castelnaudary, le 14 février 1246, et P. Autier, son frère, à Villepinte, le 27 du même mois. Déjà leur oncle W. Autier avait, au mois de décembre précédent, déposé à Las Bordes, et de ces divers témoignages, se complétant l’un l’autre, il résulte que le père et la mère des deux témoins W.et P. Autier ont habité Fanjeaux et qu'ils
(4) Cf. plus haut, pp. 272-276.
(2?) Dans la déposition de Marquise, de Prouille, racontant l’hérétication d’Auger Isarn, on a un des exposés les plus complets de la cérémonie du consolamentum suivie de l’adoration et du baiser de paix. Ce rit fut accompli tout à côté de Prouille, la nuit, pendant que les religieuses chantaient l’office divin, par le fils majeur de Toulouse Bertrand Martin, sous la protection de plusieurs chevaliers bardés de fer et armés d’épées, avec la connivence secrète des représentants du comte Raymond VII. (Cf. aussi Cartulaire de saint Dominique, p. 276.)
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étaient hérétiques lorsque saint Dominique évangélisait le Languedoc. Raymond Autier et Raymonde, sa femme, se sont-ils enfuis lorsque le comte de Montfort s'est emparé de Fanjeaux ? Rien de plus probable. Ce qui est certain, c'est que Raymond, hérétique depuis trois années, ayant rencontré le saint dans une de ses missions, ne put résister à l’éloquence persuasive et toute surnaturelle de ses exhortations. Sa conversion semble au Bienheureux assez sincère pour qu'il se crüt en droit de l'absoudre et de lui accorder une de ces lettres de réconciliation dont le sens et la portée ont été plus haut suffisamment expliquées. En se faisant hérétiques, le mari et la femme durent se séparer et abandonner leurs enfants pour s'attacher, l'un à quelque hérétique vêtu, devenu son compagnon, et l’autre vivre en compagnie d’une ou de plusieurs autres Parfaites. Raymonde, à son tour, parut se convertir. Elle ne fut pas cependant réconciliée par saint Dominique, mais par l'abbé du monastère de Villelongue, qui avait reçu, comme le saint, le pouvoir spécial d'absoudre de l’hérésie. L'abbéde Villelongue donna, luiaussi, à cette femme, des lettres testimoniales indiquant sa conversion et la pénitence extérieure qu'elle aurait à accomplir. R. Autier fut fidèle à ses promesses, la bénédiction de saint Dominique demeura sur lui jusqu'à la fin, et, dit son propre frère dans sa déposition, il mourut dans la foi de l’Église romaine (1); mais Raymonde, au témoignage de ses deux fils, qui avaient juré par serment de dire la vérité, retourna, selon l'expression de l'Écriture, à son
(1) Anno quo supra MCCXLV, nonas Decembris; B. Auterii dixit quod Raimundus Auterii frater ipsius testis fuit hereticus per tres annos et postea conversus fuit et mortuus in fide ecclesie romane et ipse testis vidit eum pluries, dum erat hereticus, et nunquam adoravit et sunt xx anni vel circa. (Bibl. de Toul.,ms. 609.) B. Autier, qui était, en 1245, un vieillard, assigne à l'événement la date 1220 environ. Les dates données par W. et P. Autier sont
plus exactes et se rapprochent davantage du temps où saint Dominique évangélisait Fanjeaux et ses alentours.
vomissement et se fit hérétiquer de nouveau. De fait, en 1233, lorsque le comte de Toulouse, ayant recouvré ses États, fermait les yeux sur les agissements de la secte, Raymonde, à Fanjeaux, dans la maison d'Hugues de Durfort, assiste à l’hérétication de Gauzios, femme de Gallard, seigneur de Villasavary, en la compagnie de plusieurs membres des familles nobles de la région. La même année, à Roquefort, on la rencontre encore chez le père de Guillaume Raffard, avec Beldona de Verdun et deux autres femmes hérétiques amenées par le beau-frère de Beldona. En cette circonstance, beaucoup de gens de Roquefort et même de Lasbordes, Guillaume Autier et Bernard Autier son oncle viennent les visiter et les adorent {1}. Plus tard, elle fut prise, et, convaincue d'avoir été parjure et relapse opiniâtre, elle fut, selon la législation civile et canonique du temps, punie du supplice du feu. Ce fut à Castelnaudary, en 1240 : Raymonde, Beldona et deux autres hérétiques étaient réfugiées dans un bois, près de Verdun, sous la protection de deux habitants de l'endroit. Mais le chapelain de Verdun les ayant fait arrêter, elles furent conduites à Castelnaudary.
Une fille de Raymond et de Raymonde Autier ayant été citée à déposer en 1237, devant le B. Guillaume Arnaud, lui cacha l’hérétication de sa mère par crainte; mais, en 1243, elle l’avoua à Frère Ferrier, qui faisait l’inquisition à Limoux (2). On ne manquera pas de remarquer que ces témoins, le frère et les deux fils, se défendent d’avoir adoré leurs parents et de leur avoir envoyé quoi que ce soit. C’est que tout commerce avec les hérétiques était de droit interdit aux catholiques. Bien plus, Pierre Autier, si l'on en croit la déposition de W. Rivière, de Fanjeaux, instruit par ce dernier que deux Parfaits étaient
(1) Doat, t. XXIII, £° 105, et t. XXIV, f 13 b: Déposit..de
Guillaume Rafard de Roquefort, hérétique converti en 1278. (2) Bibl. publ. Toulouse, ms. 609,
venus en secret dans ce château, signala leur présence au Prieur de Prouille, Frère Raymond Cathala, qui les fit prendre, et pour ce motif, Aymeric d'Alzonne, fils de Na Anha, femme hérétique, tenta, avec deux complices, de tuer W. Rivière dans sa demeure; c'était en l’année 1238 (1).
De tant de milliers d’hérétiques touchés de la grâce et réconciliés, comme P. Baudriga et R. Autier, par saint Dominique durant son laborieux apostolat de dix à douze années dans le midi de la France, nous n'avons pu, en scrutant les quelques procès-verbaux d’inquisition qui nous restent, en découvrir que douze à peine, outre les deux ou trois déjà connus; mais, si peu nombreux qu'ils soient, ils rendent incontestablement et pieusement hommage à la bonté et à la charité du Bienheureux serviteur de Dieu, Frère Dominique d'Osma.
III. — L'homme de Dieu n'avait pas pour cela cessé d’administrer au spirituel le diocèse de Carcassonne. On peut le supposer du moins, puisque l’évêque Gui n’était rentré dans sa ville épiscopale que pour la quitter aussitôt, et, avec Gui de Montfort, frère du comte Simon, conduire dans le Rouergue et le Quercy les pèlerins qu'il avait récemment amenés de France. En même temps le saint continuait avec ardeur et une infatigable persévérance son œuvre d'évangélisation à travers les diocèses voisins, de Béziers, d'Albi, de Toulouse, de Comminges et de Conserans; car au témoignage de Guillaume Pierre, abbé de Saint-Paul de Narbonne, qui l’avait particulièrement connu à cette époque, «c'était un grand zélateur des âmes (2). » Sa réputation de saint, d'apôtre et de thaumaturge croissait et augmentait chaque jour. IL n'y à donc pas lieu d'être surpris qu'on ait, à plusieurs reprises,
(1} Doat, t. XXIII, f° 161-2.