‹ Casier sanitaire des maisons et Ville de GrenobleChapitre 13 sur 19 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

RECHERCHES SUR LA DISTRIBUTION DES MALADIES CONTAGIEUSES DANS LA VILLE DE GRENOBLE

Les recherches que nous avons faites ont porté sur la fièvre typhoïde, la diphtérie, la scarlatine d'un côté, la tuberculose et le cancer de l'autre.

Pour le premier groupe, nous avons distribué sur une carte de la ville tous les cas déclarés de chacune de ces maladies séparément. Nous avons laissé de côté les décès peu importants par rapport à la morbidité, et qui n'auraient eu 1c1 aucune signification.

Pour le deuxième, nous avons opéré la même distribution pour les décès. La déclaration de ces deux maladies ne se faisant qu'au décès, la mortalité seule peut donner des résultats certains, d'autant que .ces maladies sont le plus souvent mortelles à brève échéance.

Nous avons eu à examiner quels rapports pouvaient exister entre les derniers cas, d'abord pour une même maladie, ensuite d’une maladie à l’autre.

Il eût été intéressant de rechercher si les décès d'une même maison étaient plus spécialement à certains étages, et si les divers décédés présentaient des liens de parenté ou s'ils avaient des antécédents héréditaires.

Ce travail nous aurait entraîné trop loin. Trop long, dans les conditions où nous nous trouvons, il serait facile

ile de le réaliser avec un casier sanitaire régulièrement tenu, à fonchonnement quotidien.

Quelqu'incomplètes qu'aient été ces recherches, elles nous conduiront cependant à des résultats importants. Nos recherches ont porté sur quatre années : 1906, 1907, 1908, 1909,

Fièvre typhoide.

La fièvre Evphoïde est fonction d'un microorganisme spécial : le bacille d'Eberth, et sa contagion est hors de conteste.

Elle se transmet surtout par l'eau de boisson, mais aussi par l'atmosphère et les contacts directs.

Les bacilles typhiques se trouvent surtout dans les mahères fécales où ils apparaissent vers le huitième jour de la maladie et où on peut les retrouver deux mois après.

Le bacille d'Eberth atteint surtout la jeunesse et l'âge adulte, mais le surmenage intellectuel, la misère physiologique, le surpeuplement, sont autant de causes adjuvantes.

La prophylaxie consiste dans la surveillance des eaux d'alimentation et du lait débité dans les maisons, et le lavage à grande eau des légumes destinés à être mangés crus; dans la désinfection des hnges, literies el locaux des malades.

J'ai trouvé 94 déclarations de maladies par fièvre {vphoïde en quatre années, soil en moyenne 23 par an. Mais ce chiffre doit être diminué des malades militaires,

loujours assez nombreux, 25 pendant les années 1906,

SANTE RE ES 1907, 1908, 1909. I] reste 94 — 25— 69, soit en moyenne 17 déclarations par an. Il y a lieu de constater que les militaires paient chaque année un tribut important à la fièvre typhoïde. Les cas se produisent surtout après les retours des Alpes ou les grañdes manœuvres. Les hommes, en état de moindre résistance, sont facilement contaminés par les eaux plus où moins souillées qu'ils rencontrent d'étape en étape.

En recherchant dans quels quartiers les cas de tvphoïde se déclarent le plus souvent, nous consialons qu'ils sont répartis à peu près uniformément sur toute la ville, avec prédominance cependant dans les quartiers excentriques ouvriers. Les maisons où on les rencontre ne sont pas malsaines, et apparaissent bien situées et bien dotées d'air, de lumière, de soleil.

Les épidémies ne se déclarent pas souvent dans le même quartier, dans les mêmes maisons. Elles éclatent tantôt en un point, tantôt en un autre, selon la cause de la contamination.

On peut dire qu'il nv a pas de maisons à fièvre tvphoïde dans une ville où tous les habitants boivent une eau pure. Le casier sanitaire des maisons sera cependant utile, parce qu'il permettra de constater rapidement en quels points la maladie se manifeste, la direction générale de la contamination et, par suite, de rechercher quel est l'agent de transmission du bacille d'Eberth.

La carte des cas de ivphoïde qui ont éclaté à Grenoble en 1909 est particulièrement intéressante à ce point de vue. Presque tous s'étaient produits dans un quartier s'approvisionnant de lait d'une même région. Le lait était transporté à Grenoble avec des bidons métalliques qu'on

TE ee lavait dans un ruisseau du village, contaminé par les matières fécales d'un typhique. Il y eut, en même temps, à Grenoble et dans le pays producteur de lait, une épidémie intense.

C'est là un exemple type de contamination d'une ville par le lait d'importation.

Les ouvriers d'usines métallurgiques présentent assez souvent des cas de fièvre typhoïde lorsqu'ils sont envoyés par leurs maisons en déplacement pour des installations spéciales.

On peut dire que dans une ville dont l'eau d'alimentation n'est pas suspecte, le bacille d'Eberth est toujours apporté de l'extérieur, soit par les liquides d'alimentation, par les légumes, par les soldats, voyageurs de commerce, etc. S'il y a épidémie réelle, le casier sanitaire permettra de trouver la cause et par conséquent de la supprimer.

IT Diphtérie.

La diphtérie est produite par le bacille de Loœæffler, et sa contagion est bien démontrée. Elle se fait habituellement par contact direct de linges ou d'objets souillés. Le bacille diphtérique persiste très longtemps chez le malade et on peut le retrouver dans son arrière-gorge et ses fosses nasales pendant plus de six mois. Les personnes qui ont approché le malade peuvent en présenter dans la gorge ou le nez.

La sérothérapie de Roux et Behring a fait reculer à Paris la mortalité de 2.393 en 1877, à 355 en 1889. La

même diminution s'observe partout,

eue.

J'ai trouvé 137 cas déclarés de diphtérie pendant quatre années, dont 21 militaires, soit 15,3 p. 100 de militaires.

Les autres cas sont disséminés un peu partout dans la ville. Cependant, il y a prédominance marquée pour les quartiers ouvriers. Dans le centre de la ville, dans les rues largement ouvertes et où le nettoyage quotidien est irréprochable, il n'v a presque pas de diphtérie.

Au contraire, les rues excentriques sont plus frappées, et parmi elles, les plus contaminées sont celles où le nettoyage, l'enlèvement des détritus est lé moins parfait, les montées d'escaliers sont sales et non balayées. Très souvent ces rues n'ont pas de trottoirs et sont garnies d'ordures.

A cela, il faut ajouter une population dont les enfants s'amusent à la rue, au milieu de la poussière ou de la boue. Iei, comme pour la fièvre typhoïde, il ne semble pas qu'il y ait des maisons à diphtérie.

Le casier sanitaire, en signalant la fréquence de la maladie dans certaines rues, amènerait une amélioration dans l'hygiène de ces rues, et peut-être provoquerait-1l la création dans ces quartiers ouvriers de parcs ou de

jardins, où les enfants pourraient se récréer.

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