‹ Casier sanitaire des maisons et Ville de GrenobleChapitre 16 sur 19 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

L'examen de quelques îlots nous a montré que la tuber-

-. culose est localisée à Grenoble dans des maisons ou dans des groupes de maisons qui constituent des foyers de contamination. On l'y trouve chaque année, et quelquefois plusieurs fois par année. Elle n'v vient pas par hasard, comme le font les maladies contagieuses dont nous avons parlé (fièvre typhoïde, scarlatine, diphtérie): elle

v esten permanence.

Us

Pour ces maisons et pour ces groupes de maisons, la mortalité et même la morbidité par les autres maladies contagieuses n'est pas superposable à la mortalité par la tuberculose. On doit chercher dans l'immeuble umême la cause de la persistance de Ja maladie.

Les îlots étudiés doivent être divisés en deux groupes. Un premier groupe comprend les îlots À, B, C, D, caractérisés par des rues étroites, des cours petites et humides, des constructions très élevées empêchant le soleil de pénétrer dans les logements.

Ce sont les maisons les plus insalubres dont l'insalubrité ne peut disparaître qu'avec elles. Leur démolition s'impose. À leur place pourraient s'édifier des constructions claires, avec de larges rues et de vastes cours. Le deuxième groupe comprend.les îlots F, G, E. Ici, les constructions ne sont pas privées (de soleil. Elles sont au contraire entourées de réservoirs d'air, et leur insalubrité pourrait être facilement supprimée. Ce sont les maisons curables, que des modifications et quelques remaniements rendraient habitables sans danger.

Cancer.

296 personnes sont décédées à Grenoble par le cancer pendant les années 1906, 1907, 190$, 1909, soit en moyenne 74 par année, ce qui nous donne une mortalité de 1,1 par 1.000 habitants. Ces décès se sont produits dans 278 maisons, dont 144 ont eu, pendant la même période, des décès par tuberculose. Mais les autres décès

sont déclarés dans des maisons presque toutés voisines

DL

> 0 de maison ayant eu des tuberculeux. Quatorze maisons ont eu deux cancéreux, deux en ont eu trois.

Ces maisons sont plus spécialement dans les quartiers ouvriers, où sévit habituellement la tuberculose.

La mortalité par le cancer étant trois fois momdre que celle par la tuberculose, et son évolution étant en général plus longue, une période de quatre années d'observations est insuffisante pour établir d'une façon indiscutable tous les foyers de cancer.

Seul un casier sanitaire lonchonnant pendant de nombreuses années pourrait les déterminer avec certitude. Je citerai seulement trois ilots, deux constituant des loyers intenses de cancer, l’autre présentant deux cas dans une maison où sont morts deux tuberculeux à la même époque.

ilot D

L'ilot D est celui que le cancer a visité le plus fréquem-

ment.

‘Ilot D:

SAS D (Oo!

o |8 Décès

{1 Deces par cancer

J'ai trouvé IS décès par cancer dans un espace très restreint. Presque dans toutes les maisons, 11 y a eu des décès par cancer: l'une d'elles en a eu deux, une autre trois.

Toutes ces maisons ont également une mortalité par tuberculose très élevée. Elles ont tous les caractères des maisons insalubres.

Peut-être étant données leur profondeur, leur aération nulle sont-elles plus humides ? Peut-être les moisissures se développent-elles plus vigoureusement que dans les ilots À, B, C, où l'insalubrité règne, mais où la mortalité par rapport à la tuberculose est bien moindre.

Ilot E

L'ilot E, déjà signalé pour la tuberculose n'est constitué que par deux petites maisons voisines avant eu

IlotE

as, Deces pan cancer

chacune deux cas de tuberculose.

L'une d'elles, celle avant son rez-de-chaussée occupé par des écuries, a eu deux cancéreux en quatre ans. Ces écuries ne sont pas propres. Le fumier est mal enlevé, et une forte odeur s'en dégage. Les champignons et toutes

moisissures peuvent se développer librement,

Ilot 1!

L'ilot I est formé par quelques maisons, ne manquant ni d'air ni de lumière, et se faisant remarquer cepeacant par une lorte mortalité par cancer. Nous retrouvons 1c1 le ruisseau découvert signalé dans l'ilot G, mais au leu de passer en avant des maisons, 1l passe en arrière, puis traverse la rue sur laquelle sont construites les maisons de l'îlot [. Nous comptons dans un petit espace lHinil décès par cancer.

Hot I

QO Deces par cancer

O Deces par tuberculose

Le ruisseau, qui passe en arrière, traverse des is'nes, où il se charge de matières orgamques: il contient peu d'eau en été et des fermentalions putrides s'y produisent à ce moment.

Le ruisseau est probablement la cause d'insalubrité de ces maisons. Dans les deux maisons les plus éprouvées par le cancer, nous avons dans chacune un cas de tuberculose, et dans une maison très proche, placée à quelques mètres du ruisseau, 4 décès par tuberculose.

Tuberculose et cancer.

Si la mortalité par maladies contagieuses autres que la tuberculose n'est pas superposable à la mortalité tuberculeuse, il n'en est pas de même de la mortalité tuberculeuse et de la mortalité cancéreuse. Et les recherches que nous venons d'exposer semblent le prouver.

De toule antiquité, les populations ont tenu pour <onlagieuses la tuberculose et le cancer. De nombreux aüteurs ont voulu voir dans le cancer une maladie microbienne à marche lente, dont l'évolution est facilement rapprochable de celle de la tuberculose. De même que le follicule tuberculeux est l'expression de la défense de l'organisme contre le bacille de Koch, de même on a voulu voir dans le noyau cancéreux l'expression de la défense de l'organisme contre le germe pathogène du cancer, La distmbution des décès par tuberculose et par cancer dans la ville de Grenoble nous oblige à continuer ce rapprochement des deux maladies.

Nous avons constalé la présence et la fréquence de l'une

et dé l'autre dans les mêmes quartiers, dans les mêmes maisons, et cértains cas sont particulièrement typiques.

C'est d'abord l'ilot D, où pour 24 décès par tuberculose, nous avons 18 décès par cancer exactement aux mêmes points, dans les mêmes maisons el constituant une mortalité globale effrayante.

Dans la même maison, 2 décès tuberculeux, 3 décès cancéreux, dans une autre, 2 décès tuberculeux et 2 décès cancéreux, dans 3 maisons contiguës, 3 décès par cancer, 2 par tuberculose. Tout cela en quatre ans. Que serait-ce si l'on pouvait exposer les résultats de dix et quinze années !

Le croquis où les décès tuberculeux sont indiqués par un cercle ©, et les décès cancéreux par un carré f1, est suggestif.

Dans une autre maison d’une autre rue, nous comptons 2 décès par cancer, et 1 décès par tuberculose: les maisons voisines ont des décès tuberculeux.

Dans une autre rue, une maison nous donne 3 décès par tuberculose, 2 par cancer.

Toutes ces maisons sont enclavées dans des îlots imsalubres; mais quelquefois, elles constituent à elles seules le foyer de contagion.

Maisons à tuberculose, maisons à cancer, ont les mêmes caractéristiques de la maison malsaine.

Toutes les maisons tuberculeuses ne semblent pas être des maisons à cancer et mversement, mais les unes et les autres sont insalubres au même titre.

Cependant, une remarque s'impose à propos des maisons à cancer des îlots D et E: ces maisons, si elles ont des escaliers, si elles manquent d’air et de soleil, paraissent plus particulièrement humides. Les escaliers, les

ere appartements dégagent une odeur de moisi: le sol des

allées est d'ailleurs garni de moisissures. Dans la maison

© [1] Deces par caricer © Décès par tuberculose

de l'ilot E, déjà signalée, se trouve une écurie dont le crottin porte des champignons et des moisissures.

Je n'en tire aucune déduction en faveur de telle théorie de contamination. Je constate seulement.

Le développement parallèle de ces deux maladies est une preuve de plus que le cancer est contagieux et transmissible.

Pour le cancer, comme pour la tuberculose, nous nous trouvons en face de maladies évoluant lentement, pour lesquelles 1l n'est pas possible de pratiquer l'isolement ni aucune mesure de désiniection qui rendrait impossible la contamination.

Pour l'une et pour l'autre, malgré de sérieuses lésions, les malades peuvent continuer leurs occupations et, par conséquent, transporter leur agent pathogène un peu par-

tout. [sera plus facile de frapper au point de départ,

Er

Le rôle joué par l'habitation dans l'étiologie et surtoul dans la conservation de la maladie est indéniable. C'est le logement insalubre qui les transmet. C'est le logement insalubre qu'il faut transformer ou détruire.

En améliorant, aérant et embellissant les maisons, on aura employé le meilleur agent de désinfection : le soleil.

En supprimant le logement malsain, on ne supprimera pas la tuberculose ou le cancer, mais on leur enlèvera leur meilleur pourvoyeur.

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